14/03/2015

Dresseur de fantômes (Camille Brissot)

Dresseur de fantômes.jpgA La Rochelle, Theophas et Valentine embarquent à bord de la frégate « L'Odorante », le plus grand bateau à aubes du monde dont le propriétaire est leur vieil ami le capitaine Gregory Peck. Pour le compte de riches excentriques, ils parcourent le monde à la recherche de trésors ou d'objets plus ou moins bizarres. Cette fois, il s'agit de retrouver le scalp pris à un célèbre coiffeur par une tribu indienne quelque part au Far West. Souvent les gens ont l'impression que Theophas parle tout seul car il est le seul à être capable de voir Valentine qui est réduite à l'état d'ectoplasme ou de fantôme suite à un empoisonnement au cyanure pratiqué par le Collectionneur, leur meilleur client, une sorte de psychopathe très fier de son cabinet de curiosités.

« Dresseur de fantômes » relève du genre steampunk, c'est à dire de la science-fiction et même de la rétro fiction à vapeur. L'intrigue ne manque pas d'originalité avec cette histoire de fantôme traitée avec élégance, légèreté et même avec un certain humour. Le ton est décalé et même un tantinet parodique, ce qui n'est pas désagréable du tout. Les personnages auraient gagné à bénéficier d'une psychologie plus élaborée et de comportements un peu moins simplistes. L'écriture est fluide et agréable et, merveille, ce livre assez court (moins de 200 pages) raconte une histoire complète qui se lit presque d'une traite et ne se perd ni dans des descriptions à n'en plus finir ni dans des méandres à possibilités multiples. C'est simple, efficace et divertissant, que demander de plus ?

4/5

(Livre critiqué pour le Prix Futuriales d'Aulnay sous Bois)

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12/03/2015

La femme cachée (Jean Sera-Montès)

la femme cachée.jpgQuelque part en Amérique du Sud, une prisonnière qu'on imagine « politique » est longuement interrogée par des soldats. Salvador, un des gardiens de la prison, s'intéresse à elle et cherche à améliorer son sort. Il use d'un stratagème risqué pour la faire transférer dans un premier temps à l'infirmerie et dans un second dans une cellule individuelle du quartier des politiques. Elle s'y retrouve seule, moins exposée et surtout elle échappe à la torture. Elle peut même tranquillement accueillir son protecteur qui devient très vite son amant. Mais comment Salvador a-t-il pu organiser tout cela ?

Le format de « La femme cachée », un peu plus de 80 pages, peut classer ce texte dans la catégorie « novella » ou dans celle des longues nouvelles voire des courts romans. Il n'en demeure pas moins que cette histoire tragique reste une fort belle réussite. Tout d'abord par son intrigue tout à fait originale et par son contexte particulier. Que d'horreurs et de monstruosités certains régimes totalitaires d'Amérique latine ne se sont-ils pas rendus coupables dans les années 70 et suivantes ! Sera-Montès a l'élégance de rester évasif sur le nom précis du pays où se déroule cette histoire et sur les raisons politiques qui ont placé l'héroïne dans la triste situation où elle se trouve. Vers la fin, le lecteur aurait aimé en savoir un peu plus sur les arcanes d'un dénouement qu'il ne déflorera pas pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte. Car il faut lire ce livre ne serait-ce que pour son style fluide, élégant, agréable et même un tantinet sophistiqué. L'auteur dispose d'une plume magnifique. Il sait ciseler de belles phrases bien équilibrées, n'hésite pas à employer des termes recherchés comme « rubescence » ou « cachexique » et réussit de très convaincantes et poétiques descriptions. Tous les ingrédients du succès sont présents dans « La femme cachée » : une bonne histoire, une belle écriture (cela devient suffisamment rare à notre époque pour ne pas le noter) et un contexte intéressant autant du point de vue politique qu'historique. Que demander de plus ?

4,5/5

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10/03/2015

La République des roseaux (Jean Sera-Montès)

la république des roseaux.jpgAprès une trentaine d'années d'absence, l'auteur, issu d'une famille rapatriée d'Algérie, revient Cité des Grands Chênes sur les lieux où il a passé une enfance heureuse. Il y découvre que presque tout a changé. On a construit partout. Il y a de nouvelles routes, de nouveaux immeubles, de nouvelles maisons et le pire pour lui, c'est que La Frayère, la jolie petite rivière qui serpentait dans le vallon et qui servait de terrain de jeux à tous les gosses du coin, a été domestiquée, bétonnée, corsetée et transformée en un infâme cloaque... « La vision des fiers roseaux de jadis s'est substituée à celle du goudron et des bâches de plastique », note-t-il avec un brin de nostalgie. Et les souvenirs un à un l'assaillent... La guerre d'Algérie et ses horreurs, Agnès, la grande, qui est enceinte et doit se cacher dans la cité, son petit ami Jean-Louis qui a subtilisé de l'héroïne à des malfrats locaux et la bande de gamins qui s'organise pour leur venir en aide...

« La République des roseaux » est un joli roman assez difficile à classer, ce qui est peut-être le signe distinctif d'une œuvre originale. A la fois récit de souvenirs d'enfance, roman noir, conte philosophique, méditation poétique sur la vie, la jeunesse, la nature et l'amour, cet ouvrage possède une musicalité propre qui ne peut que séduire le lecteur.

On y trouve des personnages hauts en couleurs bien dans l'esprit d'une époque révolue dont ne peuvent se départir d'une certaine nostalgie celles et ceux qui l'ont connue. On y trouve aussi le côté charmant d'une « Guerre des Boutons » provençale avec les affrontements entre la bande des Roseaux et celle de l'Olivier. Les premiers émois amoureux aussi touchants qu'émouvants. On ne s'ennuie pas à lire ce livre car les péripéties ne manquent pas : incendie, chevaux accidentés, bagarres, mort d'un enfant et j'en passe. Le tout raconté de manière impressionniste, par petites touches qui laissent au lecteur toute sa part d'imagination. Le style est fluide, agréable, impeccable. A lui seul, il justifie la lecture. Jean Sera-Montès est vraiment un auteur à suivre de très près...

4/5

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08/03/2015

Les sociétés de pensée (Augustin Cochin)

les-societes-de-pensee-et-la-democratie-moderne-augustin-cochin.jpgEdité en 1921, cet ouvrage sous-titré « Etudes d'histoire révolutionnaire » est tout autant une étude historique qu'un essai sociologique voire un traité philosophique. Cochin ne se contente pas de relater des faits, il veut en comprendre les causes et, comme le médecin, refuse de s'en arrêter aux symptômes de la révolution de 1789. Il constate que tout est parti de la philosophie, ou plutôt des « philosophes » des « Lumières » avec tous leurs concepts abstraits reposant sur des illusions ou des leurres toujours très loin voire opposés à la simple réalité. Ainsi, le « Contrat social » de Jean Jacques Rousseau est-il basé sur le vote (qu'il distingue de l'élection d'ailleurs). D'où l'émergence d'une minorité et d'une majorité. Mais, fait étrange, pour Rousseau, il ne peut y avoir ni minorité ni majorité, mais une « Volonté Générale », une sorte de pensée qui vient du dehors par contrainte légale. On est « forcé d'être libre ». Si le citoyen s'oppose à cette « Volonté », il rompt le pacte social, perd son statut de citoyen et se transforme en ennemi du peuple, autant dire qu'il devient une bête à abattre. « Si Volonté Générale signifie majorité, citoyen, homme libre et liberté, indépendance, tous ces concepts n'ont plus aucun sens et deviennent même totalement incompréhensibles et ont même le sens contraire de ce qu'ils signifient habituellement », note Cochin. « La paix = la guerre, la vérité = le mensonge et la liberté = l'esclavage. » Cochin nous fait découvrir chez Rousseau toute la folie de la novlangue de Georges Orwell (1984), déjà en germe bien levé avant même que la révolution française se soit entrée dans les faits. Le lecteur comprend également que dans le « Contrat social », la politique, n'est ni plus ni moins que de la théologie et que l'idéal révolutionnaire est une sorte de religion dévoyée avec ses dogmes, son clergé et ses blasphèmes. Le politiquement correct actuel en est un bel exemple. On peut être moralement coupable tout en restant révolutionnairement innocent !

Cochin ne s'arrête ni aux anecdotes ni aux épiphénomènes. Peu lui importe les personnages, il se focalise sur les concepts, les mécanismes d'ingénierie sociale (qu'il appelle « jeu royal »), les principes moteurs, affichés ou secrets, tout ce qui peut ressurgir à toutes les époques, sous toutes les latitudes et au sein de n'importe quelle société. Universalité et fonctionnalité du principe révolutionnaire de l'inversion des valeurs traditionnelles. Dans la seconde partie du livre, l'auteur dissèque l'élection des députés en Bretagne puis la campagne électorale de 1789 en Bourgogne. Ses découvertes dans le domaine de la manipulation des foules sont particulièrement étonnantes. Il nous invite à ne pas nous contenter de l'histoire racontée aux enfants et aux naïfs mais d'aller jeter un coup d'oeil dans les coulisses. Il met en lumière le rôle éminent joué par les avocats et autres hommes de robe toujours très habiles à noyauter les assemblées au moment de la réunion des états généraux par exemple. Et il termine sur cette question ô combien philosophique : « mais d'où vient qu'on tue ? » Un livre intéressant, bien argumenté, bien étayé et bien documenté, avec citations, et fac-simile des registres de l'époque. Disponible gratuitement sur internet (à la bibliothèque du Québec), on peut le conseiller aux amateurs d'histoire et à tous ceux qui veulent comprendre comment les mécanismes de la « Terreur » se sont mis en place de 89 à 93.

4,5/5

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06/03/2015

Germaine (Edmond About)

A Paris, vers le milieu du XIXème siècle, Monsieur le duc de la Tour d'Embleuse vit dans une soupente du boulevard Saint Germain un vieil aristocrate désargenté suite à une série de mauvais choix et à pas mal de malchance au jeu. Trop fier de ses origines nobles, il a toujours refusé de travailler et s'est reposé sur sa femme Marguerite qui peine à faire vivre sa petite famille à l'aide de quelques expédients et de beaucoup de recours au Mont de piété. Dans la débine, la pauvre femme essaie quand même de toujours rester ferme et digne. Malheureusement, cette misère noire et son cortège de mauvaises conditions de vie ont miné la santé de leur fille Germaine qui est atteinte de phtisie galopante (tuberculose). Le médecin de famille ne lui a pas donné plus de quatre mois à vivre quand une demande en mariage pour le moins étrange est présentée au duc.

« Germaine » se présente comme un roman naturaliste et social qui se termine en tragédie morale digne d'une pièce de Corneille ou de Racine. A un siècle et demi de distance, ce texte peut se lire avec grand plaisir ne serait-ce que pour la qualité de la langue et pour la beauté du style qui rappelle celui d'Alexandre Dumas. Bien entendu, l'intrigue et la problématique qu'elle recouvre, une histoire de mésalliance, n'a plus aucune actualité. De nos jours, même les familles royales épousent des roturières. Il n'en était pas de même au temps d'Edmond About qui en profite pour tirer à boulets rouges sur l'aristocratie qu'il juge décadente. En plus d'un véritable intérêt historique et social, le lecteur y trouvera une fine analyse des comportements humains et, cerise sur le gâteau, un charmant portrait de personnage féminin en la personne de Germaine, cette innocente vouée à la mort et qui réchappe presque miraculeusement à tout ce que le destin s'acharne à lui faire subir... Edmond About, auteur un peu oublié aujourd'hui, mériterait largement d'être découvert ne serait-ce que pour ses qualités de conteur qui surpassent très largement celles de beaucoup de petits maîtres qui ne méritent pas les louanges que tant d'incultes leur adressent.

4,5/5

 

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04/03/2015

Deux enfants derrière un mur (Catherine Laylle)

Laylle-Catherine-Deux-Enfants-Derriere-Un-Mur-Livre-868166146_ML.jpgL'histoire d'amour de Catherine et de Dieter commence sous les meilleurs auspices. Catherine, la française, travaille à Londres comme gestionnaire de portefeuille et Dieter, jeune allemand blond, est encore étudiant en médecine. Tous deux se rencontrent par hasard en France et se marient un peu plus tard dans une église orthodoxe de Londres. Dieter vient s'installer dans l'appartement de Catherine. Bientôt arrivent deux garçons, Alexandre et Constantin. A la fin de ses études, Dieter trouve un poste à Francfort. Catherine abandonne son travail, vend son appartement et le suit avec les deux garçons. Ne parlant pas bien allemand, elle n'arrive pas à s'intégrer. En Allemagne, le charmant teuton se révèle pour ce qu'il est véritablement, un être instable, autoritaire, immature et peu fiable. La relation se dégrade et s'achève en divorce avec garde des enfants prononcée en Angleterre en faveur de Catherine. Dieter pourra exercer son droit de visite pendant les vacances. Tout se passe comme convenu jusqu'au jour où Dieter refuse de rendre les garçons à la fin des vacances...

« Deux enfants derrière un mur » est un livre témoignage aussi touchant qu'émouvant. A lire cette histoire incroyable, le lecteur se demande comment il est encore possible aujourd'hui d'enlever des enfants en pleine communauté européenne. Comment un pays démocratique et respectueux des droits humains peut se comporter de la manière injuste et détestable d'une lointaine satrapie bananière... Dieter et sa famille saura jouer de toutes sortes d'artifices juridiques pour dépouiller une mère de tous ses droits et transformer une plaignante en coupable. Catherine ne bénéficiera pas de toute l'aide nécessaire, elle s'épuisera en démarches inutiles et se ruinera dans cette sinistre affaire sans jamais arriver à quoi que ce soit. Le livre est présenté par la célèbre Betty Mahmoudy (« Jamais sans ma fille »), victime elle aussi d'un rapt d'enfant qui fit beaucoup de bruit en son temps. Le livre étant un peu ancien, une rapide recherche permet de découvrir que la mère, remariée et devenue « lady » a pu retrouver ses enfants à leur majorité, ce qui corrige un peu la triste fin du livre. Mais quel gâchis quand même !

4/5

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02/03/2015

L'encyclopédie des débuts de la terre (Isabel Greenberg)

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l-encyclopedie-des-debuts-de-la-terre-bd-volume-1-simple-221655.jpgIl était une fois un homme du Nord qui rencontra une femme du Sud quelque part dans les confins glacés de l'Antarctique. Tous deux tombèrent immédiatement amoureux mais une sorte de champ magnétique contraire les empêchait de pouvoir s'approcher à moins de trente centimètres l'un de l'autre. Alors pour profiter d'un semblant de contact, chaque nuit, ils échangeaient leur place dans le lit pour sentir quand même la chaleur et le parfum de l'autre. Et chaque jour, l'homme du Nord racontait une histoire à la femme du Sud. Il commençait toujours par celle des trois sœurs qui se disputaient le droit de s'occuper d'un bébé trouvé dans un couffin sur la banquise...

Cette « Encyclopédie des débuts de la terre » n'en est pas vraiment une. Ce n'est pas non plus une suite de contes et légendes comme pourrait le laisser supposer la présentation d'ensemble mais un simple « roman graphique », presque un grand conte inspiré par quelques grands textes faciles à reconnaître au passage. Isabel Greenberg s'est livrée à une relecture de l'Odyssée et s'est surtout énormément inspirée de la Bible puisqu'on retrouvera au fil des pages les histoires de Moïse, de Caïn et Abel, de l'arche de Noé, de la tour de Babel et même de Jonas et la baleine. Tout le travail de l'auteure a consisté à les adapter, à les revisiter et à les transformer de fond en comble sans en dénaturer l'esprit. Le lecteur qui s'attend plutôt à un travail sur les contes et légendes nordiques et sera pour ses frais. Le graphisme est séduisant par sa simplicité naïve proche du minimalisme ou du trait enfantin, toujours en noir et blanc, sans fioritures, avec parfois une petite touche de couleur très discrète. Les visages ronds et inexpressifs sont également interchangeables. Un agréable ouvrage plein de rêve, de poésie, de mythologie retravaillée, d'amour, d'humour et d'humanité. On appréciera également la qualité de la présentation éditoriale de ce bel album à forte couverture cartonnée.

4/5

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28/02/2015

Maurice et Malvina (Nouvelle extraite du recueil "Dorian Evergreen")

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26/02/2015

Doctors (Dash Shaw)

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Doctors.jpgMadame Bell, femme active d'un certain âge et veuve d'un homme richissime, fait une mauvaise chute à la piscine. Elle entend sa fille Laura lui annoncer qu'elle n'est pas sa fille et qu'elle a pris l'apparence d'un souvenir que sa propre conscience lui renvoie. En fait qu'elle a succombé à une concussion le 8 avril vers 13 heures et qu'elle n'a plus que l'illusion d'être en vie. Elle ne serait donc qu'une image mentale ou une illusion. Madame Bell se demande si sa fille n'est pas tombée sous l'emprise d'une secte. Elle en est d'autant plus persuadée que Laura ajoute que Marky, le nouvel amant de sa mère, n'est, lui aussi, qu'une image générée par son esprit...

« Doctors » est une bande dessinée un peu cheap qui se situe aux confins du thriller, de la science-fiction et du mélodrame. Des docteurs assez étranges croient pouvoir faire revenir des morts de l'au-delà. Grâce à eux, le patient pourrait s'inventer une vie rêvée juste avant de mourir définitivement et de basculer dans le noir complet. « Le Charon est un appareil médical qui permet d'accéder à cet au-delà et de prendre l'apparence d'un proche du patient tout juste décédé pour le ramener à la vie », lit-on en quatrième de couverture. Un thème assez classique de la science-fiction qui est présenté de façon nettement moins explicite dans la BD. En dépit d'une présentation qui parle « d'ajout fascinant » et de « jeune prodige », on nous permettra d'être nettement plus modéré dans les éloges. L'histoire n'a pas grand chose d'extraordinaire, elle est même plutôt morbide. Les personnages sont assez peu intéressants et le graphisme peut même paraître rebutant à ceux qui apprécient l'esthétisme, la beauté plastique et les belles couleurs. Les traits sont simplistes, enfantins, sans aucune recherche ni sophistication. C'est brut de décoffrage avec des vignettes au carré et des fonds de pages de couleurs différentes pas toujours de bon goût. Certaines couleurs sont si sombres qu'elles entravent carrément la lecture. Un bilan plus que mitigé.

2,5/5

09:02 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/02/2015

Trahie (Sylvain Runberg & Joan Urgell)

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trahie.jpgEva est une suédoise moderne qui travaille à l'extérieur. Son compagnon Henrick reste à la maison car il est auto-entrepreneur. En tant qu'homme au foyer, il fait également office de baby-sitter pour leur jeune fils Axel. Mais Henrick profite de la situation pour tromper Eva avec plusieurs femmes comme Linda, la maîtresse d'école d'Axel ou Maria qu'il va voir en racontant qu'il emmène son fils se promener en forêt. Parfois, Axel laissé seul à attendre dans la voiture est découvert par des policiers qui le ramènent à son père en galante compagnie. Ou bien, abandonné dans la pièce voisine, il trouve le moyen de se brûler en renversant une casserole au moment où son père s'envoie en l'air avec sa maîtresse. Tout va bien tant qu'Axel couvre les frasques de son père. Mais quand Eva découvre la trahison de son mari, l'histoire tourne au drame...

« Trahie » est un album de bandes dessinées de qualité relevant nettement du genre « roman noir » ou « thriller ». L'intrigue, relativement classique, est menée sur un bon rythme avec quelques flashbacks et autres raccourcis vers le futur qui donnent une narration un peu hachée et bien pourvue en cahots « cinématographiques ». Le graphisme est assez agréable et relativement bien travaillé avec des dominantes de couleurs en fonction des pages et des circonstances. Le fait que les visages des adultes soit tous très ressemblants n'aide pas à l'identification immédiate des personnages. Dans l'ensemble, l'impression générale dégagée par ce premier tome reste globalement positive.

3/5

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20/02/2015

Expresso Love (Chapitre 10)

09:03 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/02/2015

Walrus Institute : l'anthologie interdite (Divers auteurs)

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cover225x225.jpegDans les décombres encore fumants d'une maison de maître incendiée, l'inspecteur Varosky découvre quelques corps humains complètement carbonisés. Une des victimes cache contre elle une liasse de papier un peu roussie par les flammes, un tapuscrit rédigé par plusieurs auteurs... Jérémy Semet, un déménageur reconverti dans la littérature, vient de perdre sa femme victime d'un accident de la route. Pour remonter la pente, il accepte l'aide du Walrus Institute qui lui adresse un drôle d'inhalateur... Stéphane Desienne a été convoqué au Walrus Institute. Il est reçu par le Professeur Saïemone qui ne cesse de lui demander avec insistance : « Voulez-vous devenir écrivain ? »... Michaël Roch se présente également au Walrus.Institute.. Heller Corwyn, un étrange maître d'hôtel, lui reproche d'avoir introduit clandestinement un lapin dans les lieux... Aude Cenga se retrouve ligotée dans le manoir. Elle a été assommée et kidnappée chez elle. Elle craint que Lilian Peschet, le cyborg qui s'occupe d'elle, ne la destine à devenir « esclave textuelle »... Enlevé lui aussi, Jacques Fuentealba est attaché devant une vieille machine à écrire Remington en compagnie d'un million de singes savants et de quelques auteurs maison. Ils doivent reproduire à l'identique l'intégrale des œuvres de William Shakespeare... Lilian Peschet passe à l'Institut pour interviewer les auteurs fous qui y sont internés. De retour chez lui, il découvre que son appartement a été cambriolé... Julien Morgan voudrait prendre la place de Julien Simon, le maître des lieux. Il lui propose un défi, un concours des titres de livres les plus incroyables... Loïc Corwyn reçoit à l'Institut un apprenti écrivain un peu timide. Pour lui faire perdre ses moyens, il le balade dans des dédales inquiétants... Okiko, plongeuse japonaise, tente de rejoindre le Walrus Institute en bateau. Un Walrus, sorte d'otarie obèse, et un Cthulhu, sorte de kraken géant muni de puissants tentacules, veulent l'en empêcher...

« Walrus Institute : l'anthologie interdite » est un recueil de neuf nouvelles de très bonne qualité et d'une très grande unité de ton, ce qui est plutôt rare quand on compile des nouvelles d'auteurs différents. L'ensemble est d'une telle harmonie que le lecteur a presque l'impression d'un auteur unique. Sans doute est-ce dû au cahier de charges respecté par tous. Un seul lieu, le Walrus Institute, manoir hanté, pépinière d'auteurs ou hôpital psychiatrique. Neuf personnages, les huit jeunes auteurs tous talentueux et leur éditeur (numérique uniquement). A l'intérieur de ce cadre, ils ont toute liberté et ils ne s'en privent pas. Tout est permis, les fantasmes, les délires, les pires horreurs. Chaque nouvelle est une déclinaison différente de cette bizarre affaire. Cela va de l'étrange au fantastique en passant par l'horreur et la fantaisie la plus barrée. Le ton est léger, dynamique, jeune et décomplexé. L'ensemble est très agréable à lire et donne plus l'impression d'une sorte de roman choral que d'une simple compilation de nouvelles hétéroclites. Les amateurs des littératures de l'imaginaire apprécieront également les présentations amusantes et les nombreuses allusions ou clins d'oeil à des auteurs connus, à des jeux d'arcade, à des chansons, à des séries télé (Star Trek) ou à des films cultes comme « Odyssée de l'Espace » ou « Minority Report ». Une très belle surprise proposée par un groupe de jeunes auteurs promis à un bel avenir.

4,5/5

08:25 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/02/2015

Poussières (Rose Bomar)

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ImageProxy.mvc.jpegRuben, avocat parisien dans la quarantaine, a rendez-vous dans un café avec sa meilleure amie Suzanne. Il l'a connu il y a 17 ans quand tous deux étaient encore étudiants à Dublin. Elle l'avait vite quitté pour un autre. Après un long séjour en Amérique du Sud, Ruben est rentré à Paris et a repris contact avec elle. Ingrid, son ancienne compagne, a refait sa vie avec un jeune musicien de jazz. Elle vient d'avoir un bébé avec lui, chose qui avait été impossible avec Ruben. Suzanne propose à Ruben de l'accompagner pour assister à un spectacle de ballet à l'Opéra Garnier. Sur la scène, Ruben remarque une danseuse particulièrement charmante, Mia Stolar, une jeune étoile montante. Il faut absolument qu'il trouve un moyen de la rencontrer.

« Poussières » est un roman sentimental et psychologique de facture assez classique qui ne révolutionnera pas les codes du genre. Le lecteur précise qu'il n'est pas un grand aficionado de cette forme littéraire particulière . Il craint un peu trop de s'y noyer dans l'eau de rose et de n'y rencontrer que poncifs, banalités et mièvreries. Heureusement, il n'en est rien avec l'ouvrage de Rose Bomar, auteure qui a parfaitement su rendre, jusqu'au plus intime, la psychologie de Ruben, son personnage principal, éternel amoureux transi un tantinet immature. Perpétuel déçu de ses histoires d'amours malheureuses, il ne trouvera son salut que dans la fuite. Même perspicacité pour ses trois partenaires, la fidèle Suzanne, l'ex Ingrid et l'idolâtrée Mia très bien campées elles aussi. Le volet « sentimental » de l'intrigue ne brille pas par son originalité. Mais comment renouveler des rapports mille fois décrits et comment ne pas susciter un peu d'agacement quand on s'attache à aligner les rendez-vous dans un nombre impressionnant de cafés et de restaurants parisiens et quand on décrit un peu trop systématiquement le look, le maquillage, la coiffure des gens et même le temps qu'il fait ? Nettement plus intéressant cependant est le volet « judiciaire » de cette histoire. Avec le barreau, Ruben a quelques déconvenues qu'on ne déflorera pas. Ca sent bien son vécu. L'auteure est en effet membre de l'aimable confrérie des plaideurs. Son écriture reste d'assez bonne qualité dans l'ensemble en dépit de quelques coquilles ou lourdeurs stylistiques, de quelques entorses à la concordance des temps, de quelques pléonasmes (« cris de voix » page 135 !!!), de la vilaine expression « sur Paris » et d'anglicismes assez malvenus (comme « performance », utilisé en lieu et place de « représentation »). Pour les fans du genre.

3/5

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10/02/2015

Les Faux As (Chapitres 1 à 3)

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08/02/2015

Le pacte des confins (Eric Avezance)

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miniature.php.jpegA Berlin, aux toutes dernières heures de la deuxième guerre mondiale, alors que le Führer s'apprête à se suicider dans son bunker, il reçoit la visite de l'étrange Seigneur Synfaël, un démon particulièrement puissant qui se présente accompagné de sa sœur, la succube Hécate de Colutrée. Synfaël propose au Guide vaincu et désespéré de l'aider à prendre la fuite vers l'Outre-monde en passant dans une autre dimension de la réalité... Nathanaël Flint, capitaine du vaisseau pirate « La Morsure de l'Aube » doit faire face à la révolte de son équipage qui n'a pas réalisé la moindre prise en 40 jours standard de navigation cosmique. Sans le moindre état d'âme, Flint se débarrasse du meneur juste au moment où une éventuelle proie se présente enfin... Un gros ogre anthropophage regagne ses pénates dans un lointain désert. Au fond de sa carriole brinquebalante, il ramène une jeune fille ligotée dont il rêve de pouvoir se régaler une fois qu'il l'aura mise à mijoter assaisonnée d'une bonne sauce et de quelques épices...

Comment qualifier « Le pacte des Confins » d'Eric Avezance ? Roman de dark fantasy ? Chroniques oniriques et poétiques ? Conte philosophique permettant une plongée époustouflante dans les glauques profondeurs des arcanes du Mal ? Exploration des vices, délires et mauvais penchants de l'âme humaine ? Dystopie ? Uchronie ? Un peu de tout ça et encore beaucoup plus. Cet ouvrage, le second d'une saga qui comporte deux tomes de plus de 500 pages chacun, représente en fait une véritable « expérience » littéraire aussi déroutante qu'enthousiasmante. Visiblement, Eric Avezance est un visionnaire, un auteur inspiré qui possède un don d'imagination hors du commun pour ne pas dire extraordinaire. Son œuvre est un maelström, un tourbillon de puissance, un tsunami démentiel qui vous emportent dans des mondes parallèles incroyables avec leurs cortèges de créatures démoniaques, de succubes, de trolls, de shoggots, de kobolds (dont le charmant petit Skalf...), d'ogres sales, bêtes et méchants, de gorgones, d'homuncules, de cyborgs (comme l'extraordinaire homme de fer Panzergeist) et au travers d'une multitude d'évènements et de rebondissements (il s'en passe des choses dans toutes les dimensions du Multivers, ça déménage dur, croyez-moi!). Batailles rangées, duels, affrontements titanesques, complots, trahisons, assassinats, tortures, scènes gore ou humoristiques se succèdent à un rythme effréné. Il y a aussi une touche de Lewis Carroll (très sombre bien sûr) chez Avezance : avec sa Reine de Coeur, on est un peu dans une « Alice aux pays des merveilles » transformée en « Eva-Lys au pays des horreurs ». Le lecteur y a vu bien sûr une bonne dose de Tolkien pour les grands combats et les monstres inquiétants et surtout pas mal de Jeffrey Ford pour la mystique de la douleur, sans parler de l'influence de l'esprit chevaleresque des samouraïs ni de celle des légendes nordiques. Au sortir d'une lecture qui ne laisse pas indifférent, on ne peut que conseiller à tout le monde de lire ce livre et le précédent. Mais attention, en se laissant emporter par le flot car il s'agit d'une narration très particulière, un peu en forme de puzzle ou de kaléidoscope. On saute d'un personnage à l'autre, d'un plan ou d'un événement au suivant, selon un découpage quasi cinématographique avec des angles de prises de vues différents et parfois surprenants. L'ensemble donne une impression un peu éclatée, manquant apparemment d'un fil d'Ariane bien visible. Cela demande un effort au lecteur lequel finit par découvrir que toute cette épopée sauvage et barrée possède néanmoins sa logique particulière. Belle plume, jolie narration, plus originalité dans l'inspiration et la présentation : résultat bluffant. A noter cependant la présence de scories et coquilles indignes d'une telle œuvre. Mais que cela n'empêche personne de lire cet OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) aussi original que passionnant !

4,5/5

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05/02/2015

Haut Val des loups (Jérôme Meizoz)

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CVT_Haut-Val-des-Loups_6573.jpegEn 1991, dans une vallée suisse un peu reculée, un jeune défenseur de l'environnement est passé à tabac par des inconnus et abandonné grièvement blessé dans son bureau. La police mène l'enquête. Qui a bien pu s'en prendre à cet étudiant écologiste ? Pour quelles raisons en est-on venu à un pareil déchainement de violence ? A première vue, son travail et ses prises de position en faveur des loups ou contre le bétonnage intempestif de la vallée en dérangeaient plus d'un. Mais le Haut Val des loups est un petit monde fermé, replié sur lui-même, conservateur et favorable aux idées les plus réactionnaires. On n'en donnera pour preuve que l'accueil réservé aux réfugiés fascistes ou collaborateurs français à la fin de la seconde guerre mondiale. Vingt ans après les faits, l'auteur revient dans la vallée pour déplorer que le mystère de l'affaire du jeune homme tabassé n'est toujours pas élucidé...

En dépit de son intrigue et de son thème principal, « Haut Val des loups » n'est ni un roman policier, ni un thriller, ni même un simple roman noir. Ceci posé, il reste assez difficile à classifier. Les qualificatifs de « social », « politique », « d'ambiance » ou « ethnologique » viennent vite à l'esprit. Meizoz s'attache en effet à décrire les coutumes et les mentalités archaïques des habitants de cette vallée un peu perdue. Manifestement, il ne les aime guère. Il les trouvent bornés, réactionnaires pour ne pas dire plus. Les montagnards qu'il décrit sont dans leur majorité insensibles aux beautés de la nature, pragmatiques et bassement matérialistes. Ils ne pensent qu'au gain immédiat et sont toujours prêts à sacrifier leur cadre de vie pour quelques dollars de plus. Un point de vue personnel auquel le lecteur adhèrera plus ou moins. L'ennui, c'est que ces références politiques ou littéraires (Meizoz en appelle à Chappaz, Ramuz et Giono) mal assumées produisent un discours un peu verbeux voire nébuleux qui se fait au détriment d'une intrigue romanesque bien construite. Il ne se passe rien dans cette histoire. Le lecteur n'en sait pas plus à la fin qu'au début. La chronologie des rares faits est bousculée par une narration pleine de flash-backs mélangeant les années 40, 80, 90 ou 2000 et donnant une impression de fouillis vaguement « artistique » qui n'aide pas à la compréhension du lecteur. Si on y ajoute une série d'approximations lexicales comme « l'Occident machinique » (l'auteur veut-il parler de « matérialiste », « mécaniste » ou « technique » ? ) et de néologismes plus ou moins amusants comme « imaginateur », « politiqueur » ou « encaveur », de formules à l'emporte pièce comme « un Auschwitz de la nature », sans parler d'un abus des conjugaisons à la deuxième personne du singulier qui donnent l'impression soit de prendre à partie le lecteur soit de se parler à soi-même, on se retrouve avec un style pour le moins surprenant. Et que penser de cette impossibilité de nommer les personnages, cette manière de se contenter de les évoquer par des périphrases (« le poète des cimes blanches », « le barbu taciturne », l'écrivain éleveur », « l'avocat politicien » ou « le jeune homme ») sinon ressentir un certain agacement face aux afféteries d'un écrivain qui se veut élégant et original et n'est en fait qu'ennuyeux et assez superficiel. Une belle qualité cependant, la concision. Le bouquin ne comporte que 125 pages. Vite lues, vite oubliées.

2,5/5

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02/02/2015

Prénom Clotilde (Cecil Saint Laurent)

prenom-clotilde,-tome-ii---l-aube-3417092-250-400.jpgEn 1941, pendant la Deuxième Guerre Mondiale, Clotilde et Jean-Marie franchissent en toute illégalité la ligne de démarcation et trouvent refuge à Canisy, le village natal de Clotilde où elle a encore des amis et des connaissances qui peuvent la cacher et lui prêter main forte. Jean-Marie est un ami rencontré à Vichy. Il transporte une très lourde valise cachant un émetteur-récepteur qui devrait lui permettre d'entrer en contact avec Londres. Il œuvre pour la Résistance qui en est à ses premiers balbutiements et envisage même de fonder son propre réseau. Mais les habitants du village ainsi que les membres de la famille de Clotilde sont plutôt méfiants vis à vis de lui. Ils subodorent quelque chose de bizarre. Assez rapidement, Clotilde passe de la simple amitié entre camarades de combat à l'amour physique le plus torride. Et pourtant, elle dit ne pas aimer Jean-Marie qui a le double de son âge...

« Prénom Clotilde » peut être considéré comme un roman historique et sentimental ou comme un roman sentimental à arrière-plan historique. Il fait partie d'une trilogie consacrée à une jeune héroïne, belle, courageuse et n'ayant pas froid aux yeux. Une femme libérée avant l'heure qui collectionne les aventures avec une belle mentalité de don juan en jupon. Cecil Saint Laurent, pseudonyme sous lequel Jacques Laurent écrivit toutes ses œuvres de littérature populaire, a ainsi une prédilection pour ce genre de personnage féminin proche des « Caroline », « Hortense » ou « Sophie ». Il aime les placer dans des situations difficiles comme des périodes de guerre et leur prête des conquêtes nombreuses. Mais cet aspect peut sembler assez secondaire car le principal intérêt de ce livre réside plutôt dans son contexte historique fort bien rendu. Avec Clotilde, le lecteur voyage de Paris à Alger en passant par Londres, par un chantier de jeunesse et même par la Syrie. Les aventures sont nombreuses et assez bien établies historiquement en dépit de leur aspect romanesque prononcé. Le lecteur pourra ainsi découvrir Londres sous les bombardements, les luttes pour le pouvoir à Vichy, le débarquement américain en Afrique du Nord et même jeter un œil dans les coulisses de l'assassinat de l'amiral Darlan qui représenta un tournant dans la guerre. Il évaluera les implications de différents personnages historiques, Giraud, Juin, Churchill, mais aussi de Gaulle et le comte de Paris qui ne fut pas le dernier à la manœuvre. Bien écrit, divertissant, ce livre est encore agréable à lire aujourd'hui mais sans se faire trop d'illusions sur les facilités d'une « recette » qui rencontra un immense succès en son temps.

4/5

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29/01/2015

Storm haven (F. G. Slaughter)

Storm haven.jpgVers la fin de la guerre de Sécession, aux confins du Texas et de la Floride, le docteur Christopher Clark dit « Kit », chirurgien des troupes confédérées, est hébergé dans le pavillon des célibataires de la grande plantation de Storm Haven. Lors d'une promenade dans la campagne, Valérie Storm, la belle héritière du domaine, voit se cabrer et s'emballer son cheval attaqué par un serpent venimeux. Kit, qui n'était pas loin, parvient à la sauver et en profite pour lui soustraire un baiser furtif. Le lendemain, Tony, le frère de Valérie qui a vu toute la scène, le provoque en duel. En effet, sa sœur est déjà promise à un planteur voisin, Jason Brent. Craignant pour la vie de son frère, Valérie est prête à tout pour que le duel n'ait pas lieu, même à se donner à Kit. Mais Tony est assassiné dans la nuit. Les soupçons se portent immédiatement sur Kit qui doit s'enfuir immédiatement pour aller se réfugier à La Havane où il se reconvertira dans le commerce des bovins et se mariera avec Elena.

« Storm Haven » sous titré « Les amours d'un chirurgien pendant la guerre de Sécession » est bien un roman d'amour à contexte historique mais avec une bonne part d'aventures dans un cadre assez « western ». L'ennui, c'est qu'à vouloir naviguer entre trois genres littéraires, l'auteur en néglige deux pour en privilégier un seul. On aura deviné lequel quand on aura rappelé que Slaughter (1908-2001), prolixe auteur américain, accumula les best-sellers, atteignit la bagatelle de 60 millions d'exemplaires vendus avec des histoires d'amour ayant lieu la plupart du temps dans le milieu médical. L'ennui, c'est que ce genre de littérature divertissante et assez prisé des lectrices des années 50/60 (celui-ci parut en 1963) a mal vieilli, non que le style en soit franchement mauvais mais plutôt en raison d'une accumulation de descriptions diverses et variées qui ralentit le rythme de la narration et rend la lecture un tantinet laborieuse. Si on y ajoute que le volet historique est complètement bâclé voire gâché, la déception de l'amateur de romans historiques est grande. Celles et ceux qui espéraient lire une sorte d' « Autant emporte le vent » du pauvre en seront également pour leur frais. Les autres, celles et ceux qui peuvent se contenter d'une histoire d'amours contrariées avec rebondissements assez bien menés pourront peut-être apprécier cette « vieillerie » qui aurait pu rester au fond du grenier...

2,5/5

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26/01/2015

Soumission (Michel Houellebecq)

Soumission.jpgAuteur d'une thèse remarquée sur Huysmans, François enseigne à la faculté de Paris III Sorbonne. A chaque nouvelle rentrée, il se choisit une de ses étudiantes pour la mettre dans son lit. A l'approche des vacances d'été, celle-ci le quitte pour quelqu'un autre. Au bout du compte, la vie sexuelle de ce quarantenaire désabusé reste assez décevante. Nous sommes en 2022, à la veille des élections présidentielles. Devenu depuis longtemps le premier parti de France, le Front National caracole en tête des sondages. Assez loin derrière, le Parti Socialiste se retrouve au coude à coude avec un nouveau parti, « La Fraternité musulmane » menée par l'intelligent et très modéré Ben Abbas. Au soir du premier tour, celui-ci se retrouve second face à la candidate nationaliste. Il engage des négociations avec tous les autres partis qui acceptent de le soutenir et assurent ainsi son élection à la magistrature suprême. Tout cela est d'autant plus étonnant que le nouveau Président musulman qui rêve de recréer ni plus ni moins qu'un nouvel empire romain musulman n'a transigé sur rien. Les enseignants devront soit se convertir soit démissionner. L'enseignement de l'islam deviendra obligatoire dans toutes les écoles de la République. Les jeunes filles et les femmes seront voilées et encouragées à rester au foyer pour procréer et s'occuper de leur famille. La polygamie sera la norme. L'Université se retrouvant fermée sine die, François met quelques affaires dans son gros 4X4 et file droit devant lui vers le midi sur une autoroute étrangement déserte...

« Soumission », traduction française du mot « islam », est un livre qui laisse une impression mitigée mais qui ne méritait certainement pas les honneurs ou les infamies de la polémique à laquelle nous avons assisté ces derniers temps. Houellebecq en bon adepte de l'anticipation nous imagine une simple évolution du libéralisme athée et consumériste vers un islam assumé et pacifique, ce qui peut paraître un tantinet surréaliste dans un délai aussi proche mais pas si improbable que cela à moyen ou long terme, au train où vont les choses. Le lecteur peut regretter néanmoins plusieurs invraisemblances dans l'intrigue. Si ce régime est aussi pacifique, comment se fait-il que les juifs de France quittent massivement le pays pour se réfugier en Israël ? Devant un tel bouleversement des coutumes et des mœurs, quid des réactions des patriotes, des identitaires, des féministes et autres défenseurs acharnés de la laïcité républicaine ? Soumission et toujours soumission ! Pour l'auteur, la France est morte et l'Europe en pleine décadente. L'islam sera leur dernière chance et l'espoir d'un nouvel âge d'or. Chacun appréciera. Que penser de l'intrigue elle-même ? Assez peu de bien. Il ne se passe pas grand chose en dehors des états d'âme du médiocre personnage principal, homme sans conviction ni principe qui semble flotter au fil de l'eau et est destiné de longue date lui aussi à la soumission au dominant. Vu la mollesse du bonhomme, il ne peut faire d'autre fin que celle-ci. Le lecteur la devine d'ailleurs dès les dix premières pages. Sinon cette histoire n'est qu'une longue suite d'errances et d'allers et retours entre Paris et quelques lieux de la province profonde comme Martel, Rocamadour ou Ligugé. Le lecteur devra suivre l'auteur qui met ses pas à un siècle de distance dans ceux de Huysmans, de Fontevrault à Bruxelles, se torture la cervelle autour de questions existentielles ou métaphysiques, rate ses retraites dans des monastères ou des abbayes, perd son temps dans des cocktails où il boit et cause énormément et en appelle souvent à Nietzsche et à quelques autres. Autant dire que tout cela manque un peu de rythme et de dynamisme. Si on y ajoute que le style reste assez plat, l'ensemble ne semble pas vraiment relever du chef d'oeuvre. Alors pourquoi tant de passion autour de cet ouvrage ? Provocation et transgression sont encore et toujours les clés du buzz médiatique. En général bon écrivain, Houellebecq est aussi quelqu'un qui sent bien les tendances, c'est un observateur madré qui ne manque ni de finesse ni d'intelligence conceptuelle. Dommage qu'il se montre aussi piètre sociologue, historien et politologue. Pas son meilleur titre. Pouvait mieux faire, surtout avec un sujet aussi porteur.

4/5

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23/01/2015

Le retour du petit homme (Chapitre 6)

09:05 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/01/2015

Le suicide français (Eric Zemmour)

suicide français.jpgDu 9 Novembre 1970, date de la mort du Général de Gaulle au 13 décembre 2007, ratification du Traité de Lisbonne qui fut un copié-collé de la Constitution Européenne écrite sous la houlette de V. Giscard d'Estaing et rejetée par 55% des Français deux années plus tôt, Eric Zemmour fait revisiter à son lecteur les Trente « Calamiteuses » qui succédèrent aux trente « Glorieuses » (1945-1975). Il ne nous retrace pas in extenso la totalité de cette tranche d'Histoire mais cherche à nous faire comprendre les raisons pour lesquelles notre pays est tombé aussi bas, pourquoi notre économie se porte si mal, pourquoi notre souveraineté est partie en fumée et comment les phénomènes parallèles de tiers-mondisation et de paupérisation se sont enclenchés. Pour ce faire, il prend appui sur une petite centaine d'évènements marquants (institution du Conseil Constitutionnel, fin de la convertibilité du dollar, reconnaissance de la Chine par les Etats-Unis, entrée du Royaume-Uni dans la CEE, scandale du Watergate, loi mémorielle en 1972, loi Pompidou-Giscard dite « Loi Rothschild » sur le financement de la dette publique, dépénalisation de l'avortement, regroupement familial, loi Haby sur le collège unique (1976), création du CDD (1979), référendum sur le traité de Maastricht ou affaire Tapie pour n'en citer que quelques-uns) dont, à l'époque, on ne remarqua pas forcément l'importance dans le processus général de démolition du roman national. Pour mieux cerner les tendances lourdes de l'évolution des mœurs, il n'hésite pas à prendre appui sur des chansons comme « Lily » de Pierre Perret ou « L'Aziza » de Daniel Balavoine, sur des films comme « Dupont Lajoie » d'Yves Boisset ou « Train d'enfer » de Roger Hanin et même sur une série télé aussi mièvre qu'« Hélène et les garçons ». Cela pourrait sembler futile et même indigne de la solennité du travail de l'historien et pourtant, à la réflexion, il n'en est rien. Une simple ritournelle peut nous en apprendre beaucoup sur l'air du temps.

Un essai historique mené avec brio et intelligence. Parfaitement documenté et référencé. Des analyses pertinentes, fort bien étayées et difficilement discutables et, malheureusement, un diagnostic irréfutable marqué au coin d'un bon sens si méprisé et si vilipendé par nos oligarques, journalistes et autres beaux esprits donneurs de leçons. D'où la polémique en forme de tempête dans un verre d'eau sur le rôle de Pétain vis à vis des Juifs avec l'éviction d'une chaine de télé pour son auteur (bravo la liberté d'expression...) et parallèlement, l'immense succès populaire de ce livre. Zemmour est un des esprits les plus brillants et les plus honnêtes de son époque. Ses conclusions rejoignent ce que le peuple ressent plus ou moins confusément. Il dénonce la sous-culture de masse, les conséquences de Mai 68, les outrances du féminisme, l'antiracisme aggravant le racisme, les idées chrétiennes devenues folles et les dangers d'un islam que personne n'a pu ou voulu contenir. « Détruisez le christianisme et vous aurez l'islam », dit-il en citant Chateaubriand. Ce livre est fort bien écrit et très agréable à lire en dépit du sujet grave qu'il traite, le discours est pondéré (ce n'est ni un brûlot fasciste ni un pamphlet raciste), parsemé de belles fulgurances du genre : « Auparavant, il y avait Paris et le désert français. Désormais, ce sera de plus en plus, Paris et la désespérance » ou « Guerre, homme, patrie, trinité diabolisée de notre temps » ou encore « Mai 68 fut une révolution de la société contre le peuple ». Nous vivons « un mai 40 économique et une guerre de religion en gestation ». Nous n'en avons pas encore pleinement pris conscience mais ça ne saurait tarder. On comprendra que ce livre, même si le lecteur n'en partage pas toutes les analyses (Zemmour, en indécrottable gaulliste qu'il est, idéalise un peu trop l'homme du 18 juin), reste un ouvrage de référence majeur. Utile et même indispensable à qui veut comprendre les évolutions de la géopolitique. Quoi de mieux que le passé pour éclairer le présent. Un ou deux reproches quand même. Le délai d'étude sur moins d'un demi-siècle semble un peu court et un peu artificiel. Cette évolution ou plutôt « involution » remonte certainement à beaucoup plus loin mais c'est un autre débat. Le mot « Suicide » placé dans le titre nous semble inapproprié. Il sous-entend une volonté délibérée du peuple pour en finir avec son destin alors que tout le livre démontre qu'il a été berné, qu'on lui a menti, en un mot qu'il a été trahi par ses élites depuis des années. « Déclin français » ou « Assassinat d'une grande nation » auraient été plus justes mais sans doute moins vendeurs.

4,5/5

 

Citations :

 

« L'hélicoptère du Général de Gaulle ne fut pas arrêté à Varennes. L'Etat fut sauvé mais pas la société. »

« Leur défaite politique les sauva malgré eux. La Vème République fut maintenue. Mais l'édifice était lézardé. Pourri de l'intérieur. »

« La revanche des oligarques sur le peuple, de l'internationalisme sur la nation, des nouveaux féodaux sur l'Etat, des Girondins sur les Jacobins, des juges sur la loi, de la féminité sur la virilité. »

« La presse et l'imprimerie ne sont plus libres en France. »

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20/01/2015

EXPRESSO LOVE (Chapitre 9)

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18/01/2015

Une île au soleil (Alec Waugh)

Une île au soleil.jpgA Santa Marta, petite île anciennement française avant de devenir anglaise, quelque part sous les tropiques, Sir Templeton, un ancien militaire, convie les principaux notables à un cocktail dans sa résidence. S'y retrouvent tous les représentants des grandes familles de planteurs blancs, les Fleury (de lointaine origine française), les Perkins (britanniques), Mr Romer, un américain directeur de journal, le colonel Carson, le docteur Leishing et divers notables noirs ou métis. Toute cette société bien policée veille soigneusement à ne point se mélanger et pourtant des idylles se forment. Archer, le secrétaire de Templeton s'entiche de Margot. Rien ne va plus entre Mavis et Euan Templeton, le fils du gouverneur dont Jocelyne est tombée amoureuse. La vie semble paisible et agréable sur l'île ensoleillée et pourtant la tragédie n'est pas bien loin.

« Une île au soleil » est considéré comme le chef d'oeuvre d'Alec Waugh, frère aîné beaucoup moins connu qu'Evelyn Waugh. Dans un premier temps, l'auteur s'est attaché à décrire l'ambiance de la haute société des Antilles britanniques quelques années avant qu'elles obtiennent leur indépendance. Les injustices, les inégalités ne manquent pas mais restent à l'arrière plan. Waugh y fait allusion rapidement et préfère s'attarder sur les réceptions, les fêtes, les bals et les amours des « héritiers » blancs (quoique la plupart ait dans leurs veines une part plus ou moins importante de sang noir). Toute cette première partie est assez lente car très descriptive mais non inintéressante. Ensuite le roman bascule dans le drame avec un assassinat qui relève plus de l'accident que du meurtre à proprement parler. Le responsable ne se dénonce pas mais, tel Raskolnikov, reste torturé par la culpabilité laquelle le pousse à une fuite en avant provoquant un nouveau drame... L'ennui, c'est que le style de Waugh a beaucoup vieilli et que la narration manque de rythme et de punch. Le lecteur se retrouve souvent à la limite de l'ennui avec la tentation de lire en diagonale ce qui serait dommage car au-delà d'une intrigue somme toute banale et largement inspirée de « Crime et châtiment » (sans le génie de Dostoïevski), on peut, grâce à ce livre, comprendre les causes de la fracture de la décolonisation et voir apparaître les prémisses de l'antagonisme (pour ne pas dire plus) entre les ethnies et les classes sociales.

3/5 

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16/01/2015

Implacablement vôtre (Warren Murphy & Richard Sapir)

Implacablement vôtre.jpgPour avoir tabassé et trucidé un voyou, le policier Remo Williams se retrouve à vivre ses dernières heures dans le couloir de la mort. Il doit passer le jour même sur la chaise électrique. Un moine un peu étrange se présente pour lui administrer les derniers sacrements et les ultimes consolations. Au lieu de cela, il lui donne une pilule et de bizarres instructions. Un simulacre d'exécution a lieu. CURE, une mystérieuse organisation ultra secrète escamote son corps et parvient à le ranimer. S'en suit un long entrainement pour transformer Williams en tueur sans existence légale et faisant partie d'une organisation qui n'existe pas non plus. Il sera surnommé « l'Implacable » en raison de son sang froid unique et d'une absence totale d'état d'âme.

« Implacablement vôtre » est un roman noir genre thriller années soixante réédité récemment par les éditions Milady et offert gratuitement en e-book. Un geste commercial sympathique (car il s'agit d'un épisode complet de plus de 300 pages et non d'un « teaser ») qui permet de découvrir le premier tome d'une série de 150 titres écrits par Warren Murphy, scénariste de films à succès comme « L'arme fatale 2 » en collaboration avec Richard Sapir et d'autres auteurs. Nous avons ici affaire à une histoire efficace, bien construite quoique classique et sans grande originalité. L'action est un peu lente à se mettre en place en raison d'assez longues descriptions de méthodes d'entrainement amenant à transformer un simple flic en machine à tuer à main nue. La fin, nettement plus rythmée rachète le début. Au total, un honnête roman de divertissement pour ne pas dire « roman de gare » dans la lignée des « Gérard de Villiers » ou des « San Antonio », mais sans humour ni truculence, ce qui donne un résultat nettement inférieur bien entendu.

3/5

09:19 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/01/2015

La seconde chance (C.V. Gheorghiu)

La seconde chance.jpgEn Roumanie, quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, le jeune Boris Bodnar, élève d'un lycée militaire très coté, se retrouve humilié, dégradé et renvoyé à la vie civile suite à de mauvais résultats scolaires. Il lui est impossible de rentrer rejoindre sa famille dans ces conditions car c'est déjà une sorte de paria dans son village. Alors qu'il était très jeune, sans le vouloir, il a crevé un œil à son frère encore bébé. Pour refaire sa vie, il décide de quitter le pays et de partir se réfugier en URSS en passant le Dniepr à la nage. Très fier, il refuse toute aide même celle de son ami Pierre Pillat lequel va devenir par la suite procureur militaire et côtoyer les nouveaux maîtres de la Roumanie... Peu de temps après, en Bessarabie, va se développer une terrible épuration ethnique. Un régime fasciste très dur est arrivé au pouvoir et a promulgué une série de lois antisémites. Les juifs ne sont plus autorisés à avoir des domestiques chrétiens ni à exercer certains métiers. Les théâtres leur appartenant sont fermés, des pogroms ultra violents sont organisés. Eddy Thall, une comédienne juive très célèbre se retrouve sans travail et dépossédée de tous ses biens. Elle tente de fuir en Palestine par bateau. Mais dès la fin de la guerre, la roue tourne dans l'autre sens. Le nazisme est vaincu et cède le pas au communisme. L'armée rouge « libère » la Roumanie. Cette « victoire » va-t-elle enfin faire cesser les horreurs ?

« La seconde chance » est une fresque aussi puissante que magnifique qui s'étale sur une vingtaine d'années et raconte ce qui s'est vraiment passé entre 1930 et 1950 dans les pays de l'Est comme on les appelait à l'époque. Nous suivons une série de braves gens, d'abord en Roumanie, puis en Russie, en Allemagne et même en Occident, dernière étape et dernier espoir pour certains d'entre eux. Certains personnages sont d'un côté de la barricade, d'autres de l'autre. On trouve des juifs, des chrétiens, des musulmans, des athées et même des communistes convaincus comme Bodnar. Et les bouleversements de l'Histoire sont tellement cruels que tous sans exception se retrouvent à un moment ou à un autre du mauvais côté de cette barricade, dans le rôle du juif, du réactionnaire, du koulak etc... donc dans celui de la bête noire, du bouc émissaire, du traître qu'il faut torturer, supplicier et éliminer sans le moindre état d'âme. Et là se situe la grande force de ce roman allégorique et profondément humaniste. Tous les systèmes (fasciste, communiste et même libéral) sont renvoyés dos à dos. Tous sont pervers. Tous écrasent, persécutent ou avilissent le peuple d'une manière ou d'une autre. Un roman populaire c'est à dire qui donne vraiment la parole au peuple, aux petites gens. Un auteur qui les écoute, qui comprend leur peine et éprouve de la compassion pour eux. Magnifiquement écrit. Prenant, touchant, émouvant. Et qui donne à réfléchir. Paru en 1952, ce texte écrit par un visionnaire, l'un des deux plus grands écrivains roumains avec Panaït Istrati, qui ne se faisait d'ailleurs aucune illusion sur les idéologies politiques, se lit avec d'autant plus de plaisir aujourd'hui que nous avons tout le recul nécessaire pour pouvoir juger de la justesse du regard. Chef d'oeuvre du niveau de la « Vingt cinquième heure ». A lire pour mieux comprendre le passé, le présent et... l'avenir.

5/5

08:47 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/01/2015

Queen Latifa (Nouvelle extraite du recueil "Dorian Evergreen")

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07/01/2015

L'île des Ours (Alistair MacLean)

L'île des ours.jpgLe « Morning Rose » est un très vieux rafiot, en fait un ancien chalutier recyclé en cargo, qui croise dans l'Arctique, très au nord, non loin du Spitzberg. A la barre, on trouve le capitaine Imrie et son second, Mister Stokes, deux vieux loups de mer qui carburent l'un au whisky et l'autre au rhum. A bord, en plus d'un équipage réduit, voyage toute une équipe de tournage rassemblée par Otto Gerran, un producteur dont la société est en perte de vitesse et même en quasi-faillite. Le but de l'expédition est une terre perdue au nord du nord, appelée « L'ïle aux Ours ». Mais la tempête se déchaîne. Presque tous les passagers souffrent peu ou prou du mal de mer. Au cours d'une tournée effectuée dans les cabines pour réconforter les malades, Marlowe, le médecin de l'équipe, découvre l'un d'entre eux, Antonio, le maquilleur-costumier, mort empoisonné sans doute dans d'atroces souffrances. Et ce n'est que le premier de la liste...

« L'île aux Ours » se situe aux confins du thriller et du roman d'aventures maritimes tant la mer y est présente. Tout se passe à huis clos d'abord sur le « Morning Rose » puis dans le baraquement principal de l'île. Si on y ajoute un style narratif basé principalement sur les dialogues, on se trouve en présence plus d'un livret théâtral que d'un roman à proprement parler, ce qui ne serait pas gênant en soit si cela ne tournait pas parfois un peu trop au verbeux et au verbiage. Les personnages sont tous assez haut en couleur, voire à la limite du caricatural. Et qu'est-ce qu'on boit sur ce bateau ! Toutes les occasions, toutes les émotions sont autant de prétextes à vider des verres de rhum, tafia ou whisky. L'intrigue est intéressante et démarre plutôt bien. L'ennui c'est qu'elle s'essouffle assez vite et que la fin n'est pas très surprenante. Que peut venir faire une équipe de tournage en plein hiver avec juste quelques heures de lumière par jour, sur une île perdue proche du pôle nord, sûrement pas réaliser un film, le lecteur s'en doute tout de suite... Et le reste, avec les histoires de trésor de guerre nazi, est à l'avenant. Donc, en conclusion, pas vraiment le meilleur texte de l'auteur des célèbres et très réussis « Canons de Navarone ».

3/5

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04/01/2015

Azram, le démon des profondeurs (Marc Mouly)

AZram.jpgEn pleine nuit, quelque part en Bretagne, un homme profane une ancienne sépulture dans un cimetière isolé. Il en extrait un coffret contenant une bague et un très vieux grimoire. A la maternité, Sarah Duguet met au monde un bébé pour le moins bizarre. Le docteur Reynal, responsable du service, assiste à l'accouchement avec un si grand intérêt que cela semble suspect. Le nourrisson a des attitudes aussi anormales qu'inquiétantes. Un peu plus tard, un homme est retrouvé par la police, « suicidé » à grands coups de tournevis dans le ventre et dans le cœur. Ses yeux ont été crevés et un doigt lui manque à la main droite. Et ce n'est que le tout début d'une affaire rocambolesque où les cadavres et autres malversations vont se succéder, de quoi donner beaucoup de fil à retordre à la police et au pauvre Xavier Lefrançois, universitaire auteur d'un ouvrage magistral sur les antiques croyances celtiques...

« Azram, le démon des profondeurs » peut se classer dans le genre « thriller gore » ou « fantastique horrifique » tant le côté « horreur » l'emporte sur le côté policier. Proche dans l'esprit des ouvrages de Franck Thilliez, l'auteur dont c'est le premier roman, en a rajouté dans la monstruosité, le satanisme et le paranormal. Il faut avoir le cœur bien accroché pour ne pas abandonner assez rapidement cette histoire sans grande vraisemblance et qui ne tient que par le suspens soigneusement entretenu et une série de séquences où le monstrueux le dispute au fantastique. Le lecteur y trouvera des références cinématographiques (« Rosemary's baby ») et historiques, en particulier du côté du sulfureux Gilles de Rais, compagnon de Jeanne d'Arc et grand sacrificateur d'enfants innocents. Mouly lui invente des successeurs et même toute une lignée de satanistes qu'il arrive à faire remonter jusqu'à d'obscures tribus préhistoriques ayant vécu en Bretagne et en Scandinavie. L'influence de Dan Brown et Cie est parfaitement reconnaissable. D'un niveau nettement inférieur aux productions de ces deux inspirateurs (Thilliez et Brown), cet ouvrage n'en demeure pas moins un honnête divertissement à réserver aux amateurs du genre. Cartésiens et âmes sensibles s'abstenir !

3,5/5

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02/01/2015

La chair de la robe (Madeleine Chapsal)

La chair de la robe.jpgEn 1912, Madeleine Vionnet, tante et marraine de l'auteure, ouvre sa maison de couture rue de Rivoli à Paris après avoir travaillé comme première main dans diverses maisons. Elle prend comme première collaboratrice la mère de Madeleine Chapsal jusqu'à la fermeture définitive en 1939. En 1940, celle-ci ouvre en pleine guerre sa propre maison de couture sous la dénomination de Marcelle Chaumont qui fermera en 1951. Ainsi, l'auteure passera toute son enfance et une partie de sa jeunesse dans les ateliers de haute couture, assistera à tous les défilés, sera témoin de la rivalité entre sa marraine et la jeune et « révolutionnaire » Coco Chanel ainsi que de l'ascension des plus grands comme Christian Dior, Pierre Cardin, Givenchy, Paco Rabanne ou Yves Saint Laurent pour n'en citer que quelques-uns. A l'époque, Paris était un haut lieu de l'élégance et du raffinement, il existait encore toute une clientèle française qui pouvait s'offrir ces modèles uniques entièrement faits main avec l'art et la maîtrise inégalés de toute cette filière de luxe et de frivolité.

« La chair de la robe » est à la fois un récit d'enfance, un témoignage personnel et une description assez étonnante d'un milieu finalement fort mal connu, celui de la haute couture avant et après la première guerre mondiale. Le lecteur y apprend un très grand nombre de choses et comprend mieux l'esprit, les motivations et la passion qui imprègnent tous les acteurs, depuis la créatrice jusqu'aux petites mains en passant par les couturières, les modistes, les fourreurs et les mannequins qui avaient, si on excepte la beauté, peu de chose à voir avec nos top-models d'aujourd'hui. Un livre passionnant, très bien écrit et donc très agréable à lire qui ne peut qu'intéresser celles et ceux qui voudraient découvrir l'histoire et les coulisses de la haute couture parisienne. A noter en fin de volume, un répertoire listant tous les créateurs reconnus par la chambre syndicale avec date d'ouverture et de fermeture de la maison.

4,5/5

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28/12/2014

Le retour du petit homme (Chapitre 5)

08:29 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |