08/05/2011

La cour des dames / La régente noire (Franck Ferrand)

la cour des dames.jpgPris en tenaille entre le roi d'Angleterre, Henri VIII et l'empereur Charles-Quint, le jeune François Ier, dispersé par ses amours et ses chasses, a bien de la peine à mener sa barque loin des écueils qui se multiplient. Il est trahi par son cousin, Charles de Bourbon, qui pactise avec ses deux grands ennemis. Sa mère, Louise de Savoie la régente, ne veut pas lâcher les rênes du pouvoir et sa soeur, Marguerite l'aime tant qu'elle le laisse aller plus loin que ce que les bonnes moeurs autorisent. Pris dans un conflit et des ambitions italiennes mal maîtrisées, François Ier est fait prisonnier à Pavie. Pour accepter de le libérer, Charles-Quint va se montrer d'une exigence implacable.

Premier volet d'une très intéressante saga historique, « La régente noire » nous montre un François Ier assez différent de son image habituelle de roi chevalier, conquérant et fin politique et une Louise de Savoie machiavélique, autoritaire et hypocondriaque. On y trouve également le personnage lumineux de Diane de Poitiers, mariée à un barbon du double de son âge et la triste réalité du calvaire subi par les enfants de France cédés aux Impériaux à titre d'otages de rechange. Une page peu reluisante de l'histoire de François Ier loin des images d'Epinal de Marignan ou du camp du Drap d'Or. Dans ce livre, peu de fantaisie ou d'inventions romanesques : Franck Ferrand fait vraiment oeuvre d'historien (les amours et aventures des deux jeunes écuyers sont très secondaires et presque anodines par rapport aux grands évènements), il cite ses sources et a même l'honnêteté rare de préciser sur quels points particuliers il s'est permis quelques privautés avec la réalité. Très bon travail qui augure bien de la suite.

4/5

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04/03/2011

Socrate, Jésus, Bouddha (Frédéric Lenoir)

Socrate, Jésus, Bouddha.jpg« Trois maîtres de vie » annonce le sous-titre avec raison. L'homme moderne perdu de matérialisme et d'hédonisme n'a sans doute jamais eu autant besoin de leurs enseignements. Le mérite de Frédéric Lenoir est d'avoir su présenter simplement la vie et les idées de ces trois phares de l'Humanité en les présentant en parallèle et en montrant toutes leurs concordances.

Ce livre intelligemment didactique et vulgarisateur répond de manière simple, honnête et agréable à toutes les questions que le lecteur peut se poser à leur propos. Qui sont-ils ? Comment les connait-on ? Ont-ils même réellement existé ? Après une première partie consacrée à leurs biographies, Lenoir en vient à nous présenter leurs doctrines respectives. Il nous fait découvrir que leurs enseignements sont étrangement proches, parlants et toujours d'actualité et qu'ils peuvent se résumer ainsi : l'homme est immortel, sa vie ne se résume pas à son court passage sur terre. Il doit chercher la vérité, se connaître lui-même et devenir libre. Mais cette quête ne serait rien sans justice (vertu suprême avec l'égalité) et sans cette clé de voûte indépassable, l'amour, qu'il soit compassion bouddhiste, éros socratique ou agapè christique. Mais comme le dit l'auteur dans sa conclusion : « La vie est courte, mais le chemin de la sagesse est long. (…) Ces maîtres de vie nous éduquent et nous aident à vivre. Ils ne nous proposent pas un bonheur « clés en main », mais aboutissement d'un véritable travail sur soi. Ce sont des guides exigeants, des accoucheurs bienveillants, d'éternels éveilleurs. » Un très bon livre d'initiation à la métaphysique dont chacun devrait pouvoir tirer profit.

4,5/5

 

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13/01/2011

Philosophie sentimentale (Frédéric Schiffter)

philosophie sentimentale.jpgA travers dix auteurs, philosophes ou non et dix citations : Nietzsche : «Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave », Pessoa : « Vivre une vie cultivée et sans passion, suffisamment lente pour être toujours au bord de l'ennui, suffisamment méditée pour n'y tomber jamais », Proust : « Les idées sont des succédanés des chagrins », Schopenhauer : « L'histoire d'une vie est toujours l'histoire d'une souffrance », l'Ecclésiaste : « Ne sois pas trop juste, ne pratique pas trop la sagesse : pourquoi te rendre ridicule ? », Montaigne : « Le but de notre carrière c'est la mort », Chamfort : « La meilleure philosophie, relativement au monde, est d'allier à son égard, le sarcasme de la gaieté avec l'indulgence du mépris », Freud : « Homo homini lupus : qui aurait l'audace, devant les enseignements de la vie et de l'histoire, de s'inscrire en faux contre cet adage ? », Rosset : « L'état « bordélique » est l'état fondamental de toute chose » et Ortega y Gasset : « L'amour est la tentative d'échanger deux solitudes », Schiffter, professeur de philo dans un lycée du Sud-Ouest, nous propose sa vision très personnelle de la philosophie.

On comprendra que ses choix sont parfaitement parcellaires et subjectifs et que lui-même se considère comme un « penseur » atypique, dilettante, au sens noble du terme, nihiliste non conformiste et anarchiste non-violent. Il donne d'ailleurs une magnifique définition du terme : « L'anarchie n'est pas pour moi une option idéologique, ni un idéal à atteindre, une utopie alternative à la forme de désordre social qu'il combattent. Elle m'apparait comme la réalité même du politique. La mère et la reine des sociétés, des nations, des empires, dirait le sage d'Ephèse. De quoi me pousser au fanatisme de l'inaction. » Il ne se fait aucune illusion sur la bienveillance de ses semblables : « Le flegme philosophe de Philinte ? Soit. A condition de bénéficier d'un port d'armes. » Il n'aime guère les pédants, les donneurs de leçons ou les marchands de bonheur et n'a que mépris pour les successeurs de Freud, tels Reich, Lacan ou Lévinas. En bon humaniste, il se sent plus proche de Michel de Montaigne. Un joli essai, intelligent, un peu mélancolique mais très agréable à lire dans lequel, à défaut d'un art de vivre, le lecteur apprendra quelques petites choses amusantes sur nos grands penseurs. Spinoza organisait des combats d'araignées. Kant invitait des inconnus à sa table car il détestait manger seul. Et Platon était absent quand Socrate but la cigüe au milieu de ses amis. Charmante vulgarisation qui changera des sottises habituellement couchées sur papier blanc...

4,5/5

 

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29/12/2010

La carte et le territoire (Michel Houellebecq)

la carte et le territoire.jpgJed Martin est un artiste plasticien branché qui s'est fait connaître en photographiant sous divers angles des cartes Michelin. A l'occasion d'une de ses expositions, il contacte l'écrivain Houellebecq et lui demande d'écrire un texte pour sa plaquette illustrée ce qui ne sera pas pour rien dans l'incompréhensible succès remporté par « l'oeuvre » de Jed. Celui-ci revient ensuite au portrait à l'huile de personnages célèbres comme Steve Jobs ou Jeffs Koons, traités sous forme d'allégories figuratives. Sa côte atteint alors des sommets, la bagatelle de plusieurs millions d'euros par tableau. Resté en relation avec l'écrivain qui vit reclus en Irlande puis dans la Creuse, il lui propose d'exécuter son portrait et de lui en faire cadeau. Ce qui ne portera pas bonheur à l'écrivain...

Un livre totalement inclassable, flirtant avec le roman à la française, la satire sociologique, le polar gore et l'anticipation à très court terme. Une sorte de somme allégrement menée et totalement centrée sur la personnalité de l'auteur. Jed est bien entendu un avatar « arts plastiques » de Houellebecq qui se met également en scène sous sa facette « écrivain », ce que certains pourraient taxer d'exhibitionnisme, de narcissisme voire de nombrilisme, mais qu'il nous semble plus juste de considérer sous l'angle de l'auto-dérision ironique. Il n'est pas donné à tout le monde d'arriver à rire de soi-même, de ses faiblesses, renoncements et autres petitesses. En effet, c'est un Houellebecq vieillissant, solitaire, misanthrope et philosophe blasé qu'il nous décrit sans la moindre complaisance. Comme dans tous ses livres, il pratique avec maestria la provocation et l'outrance, dépassant parfois les bornes (l'outing de Jean Pierre Pernaud (?) ou sa propre décapitation suivie d'un monstrueux découpage en lamelles à l'aide d'un laser chirurgical) et forçant souvent le trait jusqu'à en devenir parfois un peu lourd. Mais n'est-ce pas le principe même de la caricature ? Un des nombreux intérêts de ce livre réside là, dans cette description lucide, sans concession d'un monde décadent, partant à la dérive, en proie à une pipolisation généralisée, dans un pays transformé en réserve naturelle ou en un immense musée des traditions populaires livré en pâture à de riches touristes exotiques. Et comme l'auteur reste compréhensif et indulgent envers ses lecteurs, il leur livre même la clé de son propos en toute dernière page. Il leur a proposé rien moins qu' « une méditation nostalgique sur la fin de l'âge industriel en Europe ». Le style est toujours aussi flamboyant et la lecture captive toujours autant, en raison d'une ironie, d'un humour et d'une finesse d'analyse omniprésentes. Seuls (légers) reproches : des termes en italique trop nombreux, un nombre important de copié-collés (notice technique d'appareil photo, modes d'emploi ou article de catalogues d'agences de voyages) et, une influence américaine (Bret Easton Ellis) qui ne devrait pas obliger, sous forme de citations assez systématiques de marques (Samsung, Audi, Mercedes) ressemblant à de la publicité déguisée. Ce livre de la maturité d'un auteur majeur (sans doute le meilleur de sa génération) méritait-il le Goncourt ? Certainement, si l'on compare avec la concurrence (Beigbeder ?) quoiqu'il apparaisse comme très légèrement inférieur par rapport à ses deux derniers opus. Mais à ce niveau de qualité, on ne va pas chipoter. On laissera ça aux Germano-pratins !

4,5/5

Citations : « Comment est-ce que vous voudriez rencontrer quelqu'un qui travaille pour Marianne ou Le Parisien Libéré sans être pris d'une envie de dégueuler immédiate ? »

« Je n'éprouve qu'un faible sentiment de solidarité à l'égard de l'espèce humaine. »

« Picasso c'est laid, il peint un monde hideusement déformé parce que son âme est hideuse. »

 

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03/12/2010

Poète et paysan (Jean Louis Fournier)

poète et paysan.jpgJean Louis vient de terminer ses études de cinéma et de mise en scène. Il rêve d'écrire des scénarios et de réaliser des films. Mais le jour où il rencontre une fille de fermier dont il tombe amoureux, il décide de se reconvertir en agriculteur avec l'idée de reprendre un jour la ferme du futur beau-père. L'ennui c'est qu'il n'y connaît rien et que les odeurs de fumier et de purée lui portent au coeur.

Ce récit autobiographique (?) est un texte dans la lignée de « J'irai pas en enfer » ou « Il a jamais tué personne, mon papa ». L'auteur, qui a passé l'âge du gamin naïf et rêveur, est maintenant devenu un jeune homme introverti et un peu paumé, toujours aussi rêveur, déconnecté, sentimental et aussi peu adapté à la culture de la terre qu'à la condition d'homme marié. Ce livre, un peu daté avec ses références pré-soixante-huitardes (Pompidou, Trenet, Mariano, Catherine Langeais) reste quand même une vraie source de plaisir pour le lecteur surtout en raison du style minimaliste de Fournier, tout en finesse, retenue et suggestions. Fournier a l'art d'en dire énormément avec le minimum de mots et cela confine souvent au véritable tour de force stylistique. Un ton décalé, beaucoup d'humour et pas mal d'auto-dérision. Une recette bien agréable.

4,5/5

 

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19/11/2010

Le coeur régulier (Olivier Adam)

le coeur régulier.jpgSarah, femme mariée et mère de deux ados, vient de perdre presque coup sur coup son travail et son frère Nathan, mort dans un accident de voiture. Elle se sent de plus en plus étrangère à sa propre vie. N'a plus de rapports intimes avec Alain, son mari et n'a plus goût à rien. Elle soupçonne son frère, souffrant d'une forte tendance à l'auto-destruction, d'avoir conduit en état d'ivresse et même d'avoir provoqué sciemment la catastrophe. Elle décide de partir au Japon, dans un petit village au pied de falaises escarpées où les gens viennent aisément se suicider. Nathan prétendait avoir trouvé la paix en ce lieu un peu étrange. Mais la rencontre avec Natsume, le sauveur de suicidés, va permettre à Sarah de découvrir d'autres facettes de leur histoire commune.

Un roman psychologique où une large place est donnée à l'impression, à la sensation, au ressenti des personnages et principalement de Sarah ainsi qu'aux descriptions extérieures d'un Japon à la fois serein et sinistre, dynamique et mortifère. Prototype de « l'ultramoderne solitude ». Ce roman très français (intrigue réduite au minimum et analyse psychologique et sentimentale détaillée au maximum) n'est pas désagréable à lire grâce à l'impression de dépaysement qu'il donne et surtout en raison du style très personnel de l'auteur qui se permet quelques libertés avec la ponctuation (absence de certaines virgules), ce qui n'apporte qu'un léger inconfort à une lecture qui peut être assez rapide et donnera à réfléchir sur le sens de la vie et laisse un goût doux amer.

3,5/5 

 

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09/11/2010

Beijing coma (Ma Jian)

beijing coma.jpgDai Wei est un jeune et brillant étudiant en biologie moléculaire à la Faculté des Sciences de Beijing. Il porte la honte d'être le fils d'un droitiste. En effet, dans les années 50, son père, grand violoniste émigré aux Etats-Unis croyant naïvement aux lendemains qui chantent avec l'arrivée de Mao au pouvoir, rentra au pays pour être immédiatement enfermé au Lao-Gaï (Goulag chinois) pendant plus de vingt ans. En juin 1989, des milliers d'étudiants occupent pacifiquement la place Tienanmen, réclamant la fin de la corruption, un peu de liberté et plus de démocratie. Avec autant de sauvagerie que les fois précédentes, le pouvoir communiste réprimera cette action avec la plus extrême violence : tirs à balles explosives sur la foule, intervention des chars pour écraser les manifestants. Au milieu de ce carnage, Dai Wei reçoit une balle dans la tête qui le plonge dans un coma profond qui durera dix ans. Transformé en légume qui sent et entend tout, le malheureux étudiant se souvient.

« Beijing Coma » est un livre bouleversant qui nous raconte minutieusement non seulement la sinistre affaire de la place Tienanmen mais encore la révolution culturelle avec ses millions de morts, ses gens ébouillantés, enterrés vivants, ses prisonniers battus à mort à coup de pierres ou de bâtons, ses hommes que l'on oblige à se battre entre eux pour prouver qu'ils sont de bons maoïstes, ou qui sont si affamés qu'ils en arrivent à manger leurs excréments et même à se comporter en cannibales. Sans oublier la vente systématique des organes des condamnés à mort ou la facturation à la famille des frais d'exécution. Ce livre est le plus terrible réquisitoire jamais écrit contre le communisme chinois. Tous les faits rapportés sont accablants. Personne ne peut donner un chiffre fiable du nombre de morts et de blessés de la place de Tienanmen, pas plus que le nombre de millions de morts victimes du communisme chinois. Ma Jian a travaillé dix ans pour nous proposer ce livre majeur du niveau de ceux de Soljénistsine. Bien entendu, cela choque, dérange et est souvent pénible à supporter. C'est l'horreur à l'état maximal, le totalitarisme froid, organisé, sans aucun scrupule, sans coeur, sans âme, sans tripes. Si l'on veut être un tant soit peu averti et aller au-delà de la sino-béatitude actuelle, il faut absolument lire ce livre majeur (car les médias ne nous ont pas raconté le dixième de ce qui s'est réellement passé à l'époque... Qu'en est-il d'ailleurs aujourd'hui ? On peut douter qu'un régime aussi monstrueux se soit réformé de l'intérieur, même touché par la grâce du divin capitalisme. La sanglante répression des Tibétains vient encore de le montrer. Les tapis rouges que l'ont vient de déployer sous les pas du dernier empereur rouge sont toujours aussi rouge du sang des innocents).

5/5

 

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02/11/2010

Les Faux As (Bernard Viallet)

les faux as.jpgAlors que les histoires concernant la « banlieue » défraient régulièrement la chronique médiatique, peut-on dire que nous sachions réellement de quoi il en retourne derrière ce vocable finalement peu précis ?
C'est un séjour au cœur des banlieues les plus chaudes, représentées principalement par la cité des Asphodèles que nous convie l'auteur des Faux As.
L'usage d'une langue parfaitement correcte mais parsemée aux bons endroits de termes argotiques du cru contribue à mettre le lecteur dans le bain. L'originalité et l'humour, malgré certaines scènes particulièrement violentes, sont au rendez-vous.
Intrigue bien menée, suspens, rythme, progression régulière de l'action, le roman les Faux As est une excellente carte littéraire qui se veut également une prise de vue très nette, un témoignage concret de ce qui se passe en banlieue. Les quelques exagérations nécessaires à la dynamique de l'histoire restent réalistes. Il faut dire que Bernard Viallet connaît bien ces lieux qu'il a déjà dépeints - avec une tendresse contrastant avec l'environnement - dans son témoignage autobiographique de directeur d'école « Le Mammouth m'a tuer ».
Au travers de chapitres assez courts, Viallet nous dessine les portraits de tous ces habitants, jeunes ou vieux, français de souche ou étrangers, racailles ou policiers.
Sans rancœur, Viallet nous décrit des gens finalement tous livrés à eux-mêmes, voyous mineurs s'extériorisant dans des exactions de plus en plus violentes et malsaines, citoyens français abandonnés par une police elle-même dépassée et craintive, clandestins courageux manipulés puis laissés à leur triste sort, politiques égoïstes eux-mêmes inconscients de la réalité sociale.
La religion est également abordée, au travers de l'Islam, mais également du Christianisme plus présent en ces zones qu'on ne peut le croire.
C'est d'ailleurs par la Foi et l'Amour que propose Bernard Viallet de s'évader de ces banlieues, que l'auteur nous présente comme un maelström d'incompréhensions et de vengeances réciproques sans cesse renouvelées et amplifiées.
Le message d'espoir qui malgré tout clôt cette œuvre nous fait un peu regretter qu'aucune véritable cause initiale ne soit donnée sur l'état de fait présent dont on semble ne plus pouvoir sortir.
C'est sans doute ce qui fait de ce roman, malgré tout très humoristique par sa franchise, un matériau au fort pouvoir de réflexion.

09:15 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

05/10/2010

Le nouveau roman de Bernard VIALLET maintenant disponible...

Acheter LES FAUX AS« Dans la Cité des Asphodèles ou plutôt la téci des Faux As, la vie n'est pas toujours rose. Les jeunes s'ennuient. Certains tiennent les murs et commencent à mal tourner, d'autres se réfugient dans les mondes virtuels. L'amour de Pierre et d'Awa leur permettra-t-il de dépasser les préjugés et des interdits ? »

Véritable suite du « Mammouth m'a tuer », ce roman social ou sociétal est basé sur des faits réels et des expériences vécues, mais présentés différemment pour des raisons déontologiques évidentes. « Toute ressemblance avec des personnes existantes... etc... »

Les lecteurs de http://wwwetpourquoidonc.fr// ont pu en lire plusieurs chapitres en avant-première. Une version papier et/ou fichier pdf est disponible chez :http://www.thebookedition.com/les-faux-as-bernard-viallet....

Ce livre a été placé au banc d'essai du site MyMajorCompanyBooks. Il doit recueillir les suffrages d'une majorité d'internautes pour pouvoir être proposé à des « producteurs » et être publié chez un grand éditeur. Si ce texte vous a plu, n'hésitez pas à aller le soutenir chez : http://www.mymajorcompanybooks.com/Auteurs/bernardviallet/ . Merci d'avance et bonne lecture à tous.

 

08:12 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cités, violence, drogue |  Facebook |

17/08/2010

Gilles de Rais (Jacques Heers)

gilles de rais.jpgQui fut réellement Gilles de Rais ? Le valeureux compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, maréchal de France, rivalisant d'audace avec les La Hire et autres Xaintrailles lors de la libération d'Orléans ou s'illustrant pour le sacre de Charles VII à Reims ? Le dépravé, pédophile, criminel, coupable de la mort de dizaines de jeunes garçons dans d'horribles tortures, le sataniste invoquant les démons et tentant en vain de faire fabriquer de l'or par nombre de charlatans ? Tout cela à la fois ou encore autre chose ? Eut-il droit à un procès honnête ou fut-il victime à la fois du tribunal de l'évêque de Nantes, des appétits du Duc de Bretagne et de la hargne de sa famille craignant pour son héritage ?

Le grand médiéviste Jacques Heers fait pièce de toutes les images d'Epinal et des versions plus ou moins romancées d'une vie atypique que chacun a pu lire dans des livres moins documentés ou plus tendancieux que le sien. Oui, Gilles de Rais fut un chef de guerre qui accompagna Jeanne d'Arc, mais ce ne fut pas son plus fidèle soutien car il l'abandonna très vite pour reprendre ses vieilles habitudes de pillage et de rapine. A l'époque, et contrairement à une idée fort répandue, la guerre ne nourrissait pas son homme, elle avait plutôt tendance à ruiner son noble ! La crédulité et le manque de moyens le poussa ensuite dans les bras des alchimistes. Le peu de résultat l'amena à tenter de se concilier le diable et son train. Ruiné, il en vint à vendre une grande partie de ses domaines ce qui indisposa ses héritiers. Quant à sa barbarie qui inspira le personnage de Barbe-bleue, elle est plus qu'établie. Cet homme fut réellement un monstre et il faut être ignare ou de mauvaise foi pour tenter de le réhabiliter en proposant un aventureux parallèle avec le destin de la Pucelle. J. Heers démontre que deux procès menés en parallèle avec des dizaines d'enquêteurs et des centaines de témoins n'ont pu être truqués d'autant plus qu'il aurait été plus simple de liquider le trublion sadique et sodomite un soir au coin d'un bois. Un excellent ouvrage historique qui n'a rien d'un roman mais qui apporte un éclairage nouveau sur un personnage sulfureux.

5/5

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07/07/2010

Celle de l'autre rive (Mitsuyi Kakuta)

Sayoko est une jeune femme mariée, mère d'une petite fille de cinq ans qui s'ennuie à la maison. Elle ne supporte plus sa condition de femme au foyer et décide de rechercher n'importe quel travail, même très largement en dessous de sa qualification. Elle parvient à se faire embaucher dans une agence de voyages qui se charge également du nettoyage d'appartements inoccupés. Sayoko se retrouve donc à décrasser des lieux immondes en compagnie de travailleuses nettement moins diplômées qu'elle. Mais elle supporte tout avec le sourire car elle a l'occasion de se lier d'amitié avec sa patronne Aoi, une chef d'entreprise brillante mais un peu brouillonne qui a eu une adolescence compliquée avec fugue en compagnie de Nanako, une amie collégienne, et accusation d'homosexualité, l'escapade s'étant terminée par une double tentative de suicide en sautant du dernier étage d'un immeuble. Jusqu'où ira cette nouvelle amitié entre femmes ? Aoi pourra-t-elle sauver sa société périclitante et les emplois qu'elle a généré ?Un livre riche, dense, plein de notations fines, de sensibilité et d'analyses psychologiques fort intéressantes. Le roman de la vie quotidienne de deux femmes de conditions différentes avec toutes leurs facettes, leurs grandeurs et leurs petitesses. Dans une belle langue, Mitsuyo Kakura nous fait réfléchir aux questions existentielles de la femme au foyer, de la business-woman, aux difficultés de la remise au travail des jeunes mères ayant quitté le circuit professionnel pour élever leur enfant et également aux problèmes de la jeunesse et à la cruauté d'une opinion publique toujours prête à voir le vice même là où il ne se trouve pas. Un style intimiste et pointilliste proche de celui de l'excellent Richard Russo.4/5

09:00 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : roman sentimental |  Facebook |

05/03/2010

Le sari vert (Ananda Devi)

Dans une maison de Curepipe, sur l'île Maurice, Kitty, une femme d'âge mûr et Malika, une jeune fille, veillent sur un très vieil homme, le docteur Bissam, un médecin hindou surnommé Dokter-Dieu, qui vit ses derniers instants dans une grande souffrance morale. Entre eux trois, plane l'ombre de la mère de Kitty, morte dans des circonstances troubles, à l'age de vingt ans et peu de temps après qu'elle ait mis au monde un fils mort quelques jours après sa naissance. Bien que les deux femmes aient hâte que leur père et grand-père meure pour enfin toucher l'héritage, elles veulent néanmoins qu'il leur révèle auparavant toute la vérité sur ce drame familial. Le discours du mourant va être aussi surprenant que violent...Quel supplice que la lecture de ce bouquin ! Sur son lit de mort, ce toubib si dévoué envers ses patients se révèle avoir été un détestable mari, un médiocre père et un abominable grand-père. Quels trésors de haine recuite n'a-t-il pas accumulé contre sa famille : sa femme qu'il battait et insultait parce qu'elle n'était pas une bonne cuisinière, sa fille qui tomba amoureuse d'un minable bibliothécaire alors qu'il voulait un beau mariage et surtout sa petite-fille qu'il prend pour une débile mentale parce qu'elle a perdu sa place d'institutrice et parce qu'homosexuelle, elle fait l'amour avec une grosse matrone d'origine africaine. Ce livre n'est qu'une longue diatribe assez indigeste contre les femmes, non dépourvue d'une certaine mauvaise foi et de longs développements plus ou moins philosophiques. Jamais rien lu de plus nihiliste ni de plus hargneux écrit par une femme sur ses consoeurs dans un style un peu lourd et qui s'autorise parfois quelques menues privautés avec la ponctuation... 2,5/5Extraits :(On est prévenu dès l'introduction): « Si vous souhaitez des joyeuseries, passez votre chemin. Si vous pensez sortir d'ici le ventre grouillant de bons sentiments, vous vous êtes trompé de porte. »« Celui que l'on dit monstre est l'expression la plus belle et la plus achevée de l'espèce. »« Mais vous, les femmes, vous vous obstinez à jouer le beau rôle alors que vous êtes les ravageuses. Les glaneuses de souvenirs périmés. Votre envie de fouiller l'envers des choses vous perdra toujours, et toujours vous recommencerez. Vous êtes des mollusques, vous vous faufilez, vous vous trainez dans votre glaire, vous pénétrez les trous qui ne vous appartiennent pas... »« Mais l'errance risque d'être longue, mes pauvres amis. Car ce n'est toujours pas assez. Maintenant elles préfèrent se tourner vers les femmes et se passer des hommes, qui eux se tournent vers d'autres hommes. C'était prévu dans les livres sacrés. C'est l'ère de Kali, le Kali Yuga de toutes les déchéances, des valeurs bafouées, des cartes brouillées... »

08:45 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ile maurice, femmes |  Facebook |

22/01/2010

René Daumal

rené daumal(Photo de René Daumal prise 3 jours avant sa mort)Biographie : René Daumal, né à Boulzicourt, Ardennes le 16 mars 1908 et mort à Paris, le 21 mai 1944, était un poète, critique, essayiste, indianiste et écrivain français.Son père, Léon Daumal, est instituteur puis fonctionnaire au ministère des Finances. Très tôt engagé dans des expériences littéraires novatrices, il crée avec trois amis, à Reims, le groupe des « Phrères simplistes », notamment inspiré de Alfred Jarry, Arthur Rimbaud et des surréalistes. Il s’agit de Roger Vailland, Roger Gilbert-Lecomte et Robert Meyrat. Bons élèves au lycée, ils cherchent comme Rimbaud « le dérèglement de tous les sens » (drogue, roulette russe, même)[réf. nécessaire], dans un esprit de découverte. Autour de 1924, Daumal connaît une expérience unique qu'il qualifiera de « déterminante », en utilisant le tétrachlorométhane (CCl4)dont il se sert pour tuer les coléoptères qu'il collectionne. Il a l’intuition qu’il pourra rencontrer un autre monde en se plongeant volontairement dans un coma proche de ce que nous appelons aujourd’hui les expériences de mort imminente. L’utilisation du tétrachlorométhane fragilisera sa santé, et il est possible que cela l’ait sensibilisé à sa future tuberculose.Pensionnaire au lycée Henri-IV à Paris de dix-sept à dix-neuf ans, il y est l'élève d’Alain et y rencontre la future philosophe Simone Weil, avec laquelle il aura des échanges au sujet du sanskrit. En effet, « Re-Né » s’est précocement intéressé aux textes sacrés de l’Inde, et a décidé d’apprendre le sanskrit, quitte à composer lui-même sa propre grammaire sanskrite (celle-ci a été reproduite en fac-similé sous le titre La langue sanskrite – Grammaire, Poésie, Théâtre).À Paris, avec Roger-Gilbert Lecomte et Pierre Minet, après avoir rompu avec Vailland, ils fondent la revue "Le Grand Jeu", qui connaîtra trois numéros de 1928 à 1930, le quatrième numéro restera dans les cartons. On y rencontre notamment le peintre Josef Sima, et Hendrik Cramer, le mari de Véra Milanova (future épouse de René Daumal).En 1930, René Daumal fait la connaissance d’Alexandre de Salzmann, disciple de Gurdjieff, qui lui permet de vérifier un certain nombre de ses intuitions : il décide de rompre avec sa vie littéraire et de s’accorder les chances d’une vie nouvelle par ce qu'il appelait de ses vœux: "une métaphysique expérimentale", accessible par les exercices proposés par Gurdjieff. Il est engagé comme attaché de presse auprès du danseur Uday Shankar et part avec lui durant l'hiver 1932-1933 dans sa tournée aux États-Unis.Cette période est relatée dans « La Grande beuverie », premier grand travail littéraire de Daumal. On en découvre les clefs dans les Fragments inédits. Sur le ton de l'humour, « La Grande beuverie » présente une critique des rouages de la société pour un homme qui a brûlé son ego, et la question est posée de ce que la vie réelle pourrait être.Revenu à Paris en 1933, René Daumal vit dans des conditions matérielles très difficiles. Il obtient le prix Doucet pour « Le Contre-ciel », écrit quelques traductions de l’anglais (Ernest Hemingway, Daisetz Teitaro Suzuki) et du sanskrit, des articles pour la NRF, et une abondante correspondance. Il rédige le texte « Poésie noire, poésie blanche », où il explicite les fondements d'une expérience poétique véritable.Quasiment sans domicile fixe, il se déplace d’un endroit à un autre avec Véra Milanova. Il rencontre Philippe Lavastine et, par son intermédiaire (il travaille chez l'éditeur Denoël), l’écrivain Luc Dietrich et son grand ami Lanza del Vasto.Ayant pris connaissance de sa maladie, une tuberculose déjà avancée, René Daumal séjourne le plus possible en montagne, dans les Pyrénées mais surtout dans les Alpes, au Plateau d’Assy chez la pharmacienne Geneviève Lief qui deviendra une élève. C’est la guerre. Il s’est marié avec Véra, israélite. Il vit dans des conditions matérielles extrêmement difficiles. Il compose ses plus belles lettres, se remet à la poésie, écrit La Guerre sainte et commence son œuvre majeure, le célèbre et inachevé Mont Analogue, démonstration du langage analogique et de l’écriture à multiples strates de compréhension.Il meurt rue Monticelli, près de la porte d'Orléans, à l’âge de 36 ans.(Source Wikipédia)

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22/12/2009

Les poneys sauvages (Michel Déon)

les poneys sauvages En 1937, quelques jeunes étudiants, Georges Saval, le Français, Barry, le passionné de boxe, Horace, l'aristocrate impénétrable, Cyril, le poète fantasque et l'auteur achèvent leurs études à Cambridge avant d'être happés par le tourbillon de la guerre. Dans la débâcle de Dunkerque, Cyril y perdra la vie de manière assez louche et Georges sera sauvé par Barry avant de rejoindre Horace dans les services secrets. Le lecteur suit ensuite sur une trentaine d'années le destin mouvementé de tous les protagonistes un peu partout dans le monde, au fil des errances ou des missions secrètes, en Italie, en Grèce, à Aden, Paris ou Madère, en Pologne comme en Irlande. Il croisera plusieurs femmes exceptionnelles, cruelle et ivre de vengeance comme Delia, la soeur du poète assassiné, étrange et infidèle comme Sarah, la compagne de Georges ou plus fragiles comme Claire, la Française ou Anna la Russe. On aura compris à ce résumé succinct que ce gros pavé représente une vaste fresque historico-politique menée magistralement autour de personnages attachants quoique totalement hors normes qui traversent avec plus ou moins de bonheur toutes sortes d'évènements aussi calamiteux que l'affaire Si-Salah pendant la guerre d'Algérie (loin d'être à la gloire du grand homme de Colombey) que la révélation de la vérité sur les massacres de Katyn ou l'opération ratée du canal de Suez. Déon parvient à reconstituer toute une époque et tout un monde avec la pleine conscience d'être à un tournant décisif pour le monde occidental. Relire ce livre publié en 1970 permet de mieux apprécier encore la clairvoyance et même les dons de visionnaire de son auteur récemment « canonisé » de son vivant avec son entrée dans les Cahiers de l'Herne...Extraits :« On allait assister à une chose inouïe : un gouvernement dont l'armée était victorieuse allait faire cadeau de cette victoire à l'adversaire. Cela ne s'était pas produit en France depuis la rétrocession gratuite par Louis IX à l'Angleterre de l'Aunis, du Poitou et de la Saintonge. » (Affaire Si Salah)« Quelqu'un a-t-il jamais pu écrire noir sur blanc qu'en Algérie, la rébellion était ravitaillée en armes, en munitions, en matériel de radio, par les camions des entreprises pétrolières, ces géants qui traversaient le désert ? Et pourquoi le train du pétrole n'était-il jamais saboté ? »« Voilà dix ans que la presse occidentale brouille toutes les cartes du monde politique. Aux yeux du public, elle paraît indépendante, courageuse, frondeuse. En réalité, c'est une presse trop lâche pour mon goût. Au nom des principes sacrés, les petits gouvernements qui luttent pour la vie tremblent devant elle qui ment effrontément, par peur ou combine. Elle est noyautée par les deux internationales qui s'entendent comme larrons en foire. »« Si j'étais Moscou, j'élèverais une statue en or à Algier Hiss, conseiller privé de Roosevelt et membre clandestin du P.C. L'influence qu'il a eue sur le Président pendant la dernière guerre, les décisions qu'il a été amené à lui faire prendre, l'abandon à Yalta des deux tiers de l'Europe aux Russes, sont des victoires qui sur le champ de bataille, auraient coûté des centaines de milliers d'hommes, peut-être des millions. J'appelle cela du bon travail. » (Les dessous de la guerre)4,5/5

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04/12/2009

Le club des incorrigibles optimistes (Jean-Michel Guenassia)

le club des incorrigibles1959 : Michel Marini, élève au lycée Henri IV a douze ans. C'est l'époque du rock n' roll et de la Guerre d'Algérie qui va servir de cadre à un drame vécu par son frère Franck. Lui se passionne pour la photo amateur, le cinéma, la lecture et les parties de baby-foot au café restaurant Le Balto de Denfert-Rochereau. Dans l'arrière-salle, se réunissent des réfugiés politiques d'URSS ou des pays de l'Est. Pour échapper aux persécutions staliniennes et sauver leur peau, ils ont tout quitté, amour, famille, patrie, métier et même trahis leurs idéaux et tout ce qu'ils étaient avant. Pour supporter mieux l'exil, ils se retrouvent tous les jours dans ce lieu pour y jouer aux échecs. Quelquefois Sartre et Kessel honorent le lieu de leur présence. Mais les blessures restent ouvertes, le drame couve et personne n'échappera à son destin... Un premier roman surprenant par sa maîtrise et son efficacité. Un portrait de génération où il est facile de se reconnaître tellement tout est décrit avec justesse, intelligence et authenticité. La chronique douce-amère d'une adolescence relativement aisée mais confrontée aux tristes réalités de la vie. Une description pleine d'humanité de la sinistre réalité de ce qu'ont vécu les dissidents et toutes les victimes du communisme. Un style très agréable à lire. Des destins à la fois hors du commun et en même temps qu'une totale humilité. Tous les personnages sont attachants, même les crapules car elles ont de bonnes raisons de l'être tant le système était pervers. Un vrai chef d'oeuvre très justement récompensé cette année par le « Goncourt des Lycéens ».5/5

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21/03/2009

Mauvaise base (Harlan Coben)

mauvaise baseL’agent sportif Myron Bolitar essaie d’oublier en galante compagnie ses récents déboires dans le décor paradisiaque d’une île privée des Caraïbes, quand son ami Win, richissime sociopathe, vient le chercher sur son yacht. Il lui apprend que son associée Espéranza est accusée d’avoir assassiné un de leurs clients, une star du base-ball sur le déclin. Myron et Wyn se lancent dans une enquête difficile pour prouver l’innocence de celle que tout accuse. Le seul problème, c’est qu’elle ne veut pas de leur aide. De club de trans, en famille de nababs ayant perdu toute trace de leur fille, en passant par des sheriffs véreux, ils finiront par découvrir une vérité inattendue. Le polar classique où on promène le lecteur pendant plus de 350 pages avant de lâcher la clé du mystère dans les toutes dernières pages. Dommage qu’il y ait tant de remplissage, tant de dialogues remplis de conciliabules inutiles et tant de facilités en tout genre. Du point de vue du style, ce bouquin est plus un scénario qu’un véritable livre. Avec Coben, on en est à regretter l’époque des vrais auteurs de romans policiers qui obligeaient le lecteur à faire fonctionner ses petites cellules grises et qui l’emmenait dans une longue série de fausses pistes avant de lui dévoiler le pot aux roses. Ce temps est terminé. On en est à l’enquêteur bavard qui ne trouve rien tant qu’un éclair de génie ne traverse pas son cerveau ramolli. Ce type de littérature rencontre un grand succès, sans doute en raison de sa grande facilité de lecture. Du vite lu, vite oublié… Pour les amateurs du genre.2/3

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18/01/2009

Crack (Tristan Jordis)

crack
Le crack est un mélange de cocaïne, de bicarbonate de soude et/ou d’ammoniaque qui se présente sous la forme de petits cailloux qu’il faut chauffer dans une pipe doseuse avant de fumer. Ses effets sont plus intenses, plus addictifs mais plus brefs que ceux de la cocaïne. La descente et le manque qui s’en suit n’en sont que pires. Sa consommation régulière peut provoquer des hallucinations et entraîner des comportements violents, paranoïaques ou suicidaires. Quand on sait que la dose (galette) s’échange pour 30 à 50 euros et qu’un toxico bien accro en fume jusqu’à 5 ou 6 par jour sans pouvoir exercer le moindre travail, on imagine quels trafics et quel niveau de prostitution sont liés à cette pratique…

             Jeune journaliste frais émoulu de son école, Jordis souhaite réaliser un film sur ce milieu qu’il a déjà eu l’occasion d’aborder de loin en tant que consommateur régulier de shit. Et le voilà qui plonge, seul blanc parmi cette communauté majoritairement noire, dans le milieu des accros de la porte de la Chapelle à Paris. Il rencontre des personnages hauts en couleur (Souleymane, Saga, Ibou), pour la plupart originaires du Sénégal ou des Antilles qui ont commencé par dealer de la cocaïne avant de tomber dans le crack. Ils sont instables, peu fiables et souvent violents. Ils désirent même être payés pour être filmés, ce qui fausse totalement le jeu. Résultat : Jordis ne pourra jamais tourner son film ! Ni roman, ni thèse, ni véritable reportage, ce livre n’est que le compte-rendu brut de décoffrage d’une suite d’impressions, de rencontres, de déclarations plus ou moins hallucinées mais souvent lucides de drogués qui ne se font aucune illusion sur leurs chances de décrocher. L’auteur a passé une année entière avec eux et s’est senti très proche d’eux. La description du rôle des associations et des pouvoirs publics est révélatrice du désarroi d’une société qui ne sait que faire de ces êtres perdus pour lesquels l’auteur éprouve plus que de la sympathie. Un peu plus de distance n’aurait pas nui, mais il faut prendre ce bouquin pour ce qu’il est : un simple document, un instantané sur un fait de société inquiétant, à un instant T dans un lieu X. Le squat de la Chapelle est démantelé à la fin et les toxicos se voient relogés dans des hôtels où ils ne se plaisent pas. Le trafic reprendra ailleurs…

3/5

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12/01/2009

Maudit Karma (David Safier)

maudit karma
L’animatrice télé Kim Lange a atteint le sommet de sa carrière en n’hésitant pas à marcher sur la tête de ses concurrentes. Elle vient d’être récompensée par le prix de la Meilleure Présentatrice quand elle meurt subitement, écrasée par la chute d’une météorite, en fait un déchet de station spatiale soviétique rentrée dans l’atmosphère. Arrivée dans l’au-delà, elle découvre qu’en raison de son mauvais karma (elle a trompé son mari et négligé sa petite fille), elle devra être réincarnée en fourmi. Dans sa nouvelle enveloppe, elle peut observer l’arrivée de Nina, son ex-meilleure amie, qui prend sa place auprès de son mari, de sa fille et de sa propre mère. Et ses tribulations ne font que commencer. Plusieurs fois fourmi, elle sera également cochon d’Inde, vache et chien. Il lui faudra accumuler suffisamment de bon karma pour pouvoir espérer revêtir forme humaine et retrouver sa famille, son nouvel et unique objectif…

                 Ce premier roman du jeune scénariste allemand David Safier est un petit chef d’œuvre d’humour, de drôlerie et de tendresse. Du début à la fin sa lecture est un vrai plaisir tant tout est léger, bien écrit et bien observé. Ces tribulations de la pauvre Kim sont désopilantes mais au fond, très morales. Un véritable antidote un brin déjanté à la morosité et à la déprime ambiante. Une parabole et un conte philosophique à conseiller à tout le monde et qui devrait même être délivré sur ordonnance et remboursé par la Sécurité Sociale car il vaut tous les antidépresseurs du monde. A consommer sans modération…

5/5

19:16 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : humour |  Facebook |

05/01/2009

La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette (Stieg Larsson)

                 la fille qui revait
Lisbeth Salander coule des journées tranquilles dans les Caraïbes, profitant de la fortune gagnée pas très honnêtement dans le tome précédent (« Les hommes qui n’aimaient pas les femmes »- Millénium 1) Mickaël Blomkvist , réhabilité, s’est lancé dans une nouvelle enquête, cette fois sur les prostituées des pays de l’Est. Il est toujours amoureux de Lisbeth et voudrait bien la retrouver alors que celle-ci fait tout pour l’éviter. Mais un triple meurtre a lieu et les empreintes digitales de Salander se retrouvent sur l’arme des crimes. Toutes les polices de Suède se lancent sur la trace de la coupable présumée alors que seul Mickaël croit encore à son innocence…

                Deuxième tome de Millénium, la trilogie du défunt journaliste suédois Stieg Larsson, ce nouvel épisode des aventures du Rouletabille venu du froid et de sa punkette déjantée est fort long à se mettre en route avec plus de deux cent pages où il ne se passe strictement rien, puis assez pénible à dévoiler un dénouement somme toute simplet. Salander avait un père, transfuge du GRU (la version militaire du KGB russe) qui avait mal tourné et s’était reconverti en mafioso, trafiquant de femmes et de came. Un lourd et long thriller (600 pages) assez ennuyeux malgré toute l’empathie que l’on peut éprouver pour l’héroïne, seul personnage un peu attachant de cette saga. La fin est totalement invraisemblable avec deux combats de David contre Goliath (version Volvo, c'est-à-dire sans humour et sans suspens). Une certaine forme de violence gratuite et pas mal de sadisme latent (bien qu’un peu moindre que dans le premier tome) ne sauvent pas un bouquin très loin du chef d’œuvre et finalement assez quelconque.

2,5/5

22:49 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : thriller |  Facebook |

28/12/2008

Paradis sur mesure (Bernard Werber)

              paradis sur mesure
Qu’arriverait-il si les menaces écologiques (réchauffement climatique, trou dans la couche d’ozone, pollutions diverses et variées) devenaient très graves et qu’un gouvernement mondial de type totalitaire arrivait au pouvoir ? On pendrait les pollueurs !

Que se passerait-il si les hommes devenaient insensiblement stériles et si la nature essayait de compenser cela en les faisant muter ? Ils deviendraient des hommes-fleurs !

Que restera-t-il de notre civilisation dans plusieurs milliers d’années ? Pas grand-chose ! De minuscules archéologues (des fourmis) feraient des recherches sur la civilisation des titans qu’étaient les hommes qui ont disparu de la surface de la terre alors qu’ils croyaient tout dominer…

             C’est pour répondre à semblables questions sur les futurs possibles et les présents probables que Bernard Werber a écrit cette série de nouvelles d’anticipation ou d’observation de notre société actuelle. Celle qui décrit les frasques d’un animateur télé qui passe pour un grand cœur et pour le gendre idéal et qui se comporte dans la vraie vie comme un goujat aussi violent que toxicomane est particulièrement ironique car racontée par son garde du corps, grosse brute pleine de bon sens et attachée à la notion de « respect ». Ecrites dans un style alerte et agréable, elles jouent sur nos craintes et nos dégoûts, mais malheureusement sont souvent traitées de manière particulièrement conformiste. Jamais Werber, auteur ô combien prolifique et imaginatif ne s’éloigne de la vulgate écologiste actuelle, ce qui peut être regrettable de la part d’un auteur d’anticipation… Et si de tout ce dont on nous menace, rien n’arrivait ou autre chose ou tout le contraire ? Néanmoins, le lecteur trouvera beaucoup de plaisir à dévorer ces nouvelles très réussies autant par les intrigues bien ficelées que par les structures narratives utilisées. Certaines nouvelles sont même de petits bijoux poétiques. Les fans de Werber ne rateront pas cet opus un peu particulier.

4/5

13:39 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ecologie, sf, anticipation |  Facebook |

19/12/2008

Syngué sabour (Atiq Rahimi)

                syngué sabour
Un vieil homme, ancien moudjahidin afghan, sans doute ex-taliban, est couché dans sa chambre, aux portes de la mort. Au cours d’une rixe, il a reçu une balle dans la nuque et il devrait être déjà dans l’autre monde. Sa femme le veille, le lave, le soigne et surveille sa perfusion. On devine qu’il est dans un coma avancé. La femme en profite d’ailleurs pour lui raconter ses douleurs, ses malheurs, ses souffrances les plus secrètes et surtout toute l’imposture sur laquelle repose leur mariage arrangé.

               Un très court roman (152 pages écrites en gros caractères) lent, poussif et où l’auteur nous décrit un huis clos où il ne se passe pas grand-chose si ce n’est une sorte d’interminable « Mort du Cygne »  qui aurait beaucoup gagnée à être réduite à la taille d’une nouvelle d’une quinzaine de pages… Quel délayage et quel pitoyable rabâchage dans un registre minimaliste très inférieur à celui des véritables spécialistes du genre tels Makine, Mingharelli, Fournier ou Jauffray (pour ne citer que les principaux) ! Avec Rahimi, on en reste au niveau de la description simpliste, froide, sans élan, sans rythme, sans consistance, sans souffle et au bout du compte sans grand intérêt. Ce très lointain élève du grand Hemingway a sans doute voulu écrire son « Vieil homme et la mort », mais il est très loin d’être parvenu à égaler le maître ! Ce taliban inconscient et inerte que l’on découvre impuissant et incapable d’amour véritable (« ceux qui font la guerre ne savent pas faire l’amour ») et cette femme qui se donne à un autre taliban juste à côté du corps de son mari encore chaud sont les uniques personnages de ce mélo exotique. Ils n’ont pas plus de réalité que des ectoplasmes et laissent le lecteur indifférent et fort déçu. On se demande même pourquoi cette œuvrette insipide  a eu l’honneur d’être couronnée de la plus haute distinction de la littérature française.

2,5/5

21:09 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : taliban, afghanistan, condition des femmes |  Facebook |

09/10/2008

La possibilité d'une île (M.Houellebecq)

                       la possibilité d'une île
Daniel25, néo-humain devenu immortel par le biais du clonage et de diverses manipulations génétiques, prend connaissance de l’autobiographie de Daniel1, dernier humain dont il représente la lointaine reproduction. Daniel1 a aimé, souffert tout au long de son existence assez particulière. Amant de deux femmes (Isabelle qui n’aimait pas vraiment le sexe et Esther qui n’aimait pas vraiment l’amour), humoriste à succès et célébrité richissime, il a assisté à la montée en puissance de la secte des Elohimites qui attendent le retour des extra-terrestres et promettent l’immortalité à leur adeptes grâce aux nouvelles techniques de clonage. Deux millénaires plus tard, Daniel25, vit dans la plus totale solitude avec pour unique compagnon son petit chien Fox, nième avatar de celui de Daniel1. Il ne connaît ni envie, ni désir, ni amour et vit dans une sorte de contemplation permanente favorisée par la disparition des besoins alimentaires et de l’instinct sexuel. Est-il plus heureux pour autant ?

                  Dans ce livre magistral, Daniel Houellebecq nous décrit un présent inquiétant et un futur peu engageant. Jamais son regard n’a été aussi acéré et aussi désespérant. Tous les problèmes et les dérives de notre société sont abordés et analysés sans le moindre complexe : la problématique de l’amour libéré de la procréation, l’inéluctable déclin des religions (Houellebecq n’oublie pas l’Islam), le désenchantement du monde, le retour inéluctable vers la barbarie, le jeunisme, les souffrances de la vieillesse et maintes autres lubies actuelles. Œuvre de philosophe visionnaire et de moraliste iconoclaste, ce livre est à mon sens le meilleur de l’auteur.

Indispensable pour qui veut comprendre notre monde et se faire une idée de ce que l’avenir nous réserve…

5/5

20:32 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : litterature, sf, anticipation |  Facebook |