27/06/2012

Le fusil de chasse (Yasushi Inoué)

le fusil de chasse.jpgUn homme d'affaires japonais, passionné de chasse, croit se reconnaître dans un poème publié par l'auteur dans une revue spécialisée. Dans le courrier que le chasseur envoie à l'écrivain, il joint trois lettres de femmes qui permettent de comprendre ce que fut sa vie amoureuse. La première est de Shoko, la fille de sa maîtresse, qui raconte les derniers instants de sa mère. La seconde est celle de sa femme Midori qui supporta sa disgrâce avec dignité et la dernière celle de sa maîtresse Saïko qui ne supportant plus le poids de la culpabilité, finit par se suicider.

Un court roman sentimental présenté de façon épistolaire, parcellaire et relativement sibylline. Les trois points de vue différents permettent de mieux comprendre les sentiments ressentis par les trois femmes mais ne donnent qu'une idée très vague du personnage central, Josuke Misugi, sorte d'ectoplasme relativement peu intéressant au bout du compte. Au total, une banale histoire d'adultère qui n'apparaît originale que par sa présentation littéraire et par son style alambiqué et exotique. La quatrième de couverture ose parler d'une « formidable économie de moyens » (sans doute par les non-dits et par la brièveté du discours) et d'une « langue subtilement dépouillée ». On nous permettra de penser qu'on n'est pas loin de la publicité mensongère tant l'écriture d'Inoué manque de la légèreté promise. Le fil conducteur de cette histoire étant le péché, la culpabilité, comment échapper à une lourdeur certaine ? Mais peut-être faut-il incriminer la traduction ?

2,5/5

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25/06/2012

Dix contes (Jules Lemaître)

Dix contes.jpegA Bagdad, le riche prince Touriri rencontre dans la rue une jolie petite mendiante. Attendri, il lui donne deux pièces d'or. Puis il croise un vilain petit garçon à qui il n'en octroie qu'une seule. Puis un très vieux et très laid mendiant qui ne recevra qu'une pièce d'argent... A Athènes, Helli, la fille du grand stratège Thémistocle et son amie Mnaïs sont désignées pour tisser et broder la robe de cérémonie de Pallas-Athénée... A Rome, Myrrha, jeune chrétienne fille d'un esclave se retrouve prise dans le tourbillon déclenché par la folie meurtrière de l'empereur Néron en train d'organiser l'incendie de la ville avant d'en accuser les chrétiens... A Jérusalem, Lilith, fille du terrible roi Hérode, cache l'enfant d'une amie pour qu'il échappe au massacre des innocents...

Un recueil de contes inspirés de l'histoire ancienne et de la Bible, magnifiquement écrits dans un style classique si indémodable qu'il en devient intemporel. De très beaux et souvent très touchants portraits d'enfants, de femmes et de jeunes filles. Des histoires morales, pleines de bons sentiments, comme on n'en écrit plus et comme on n'en lit malheureusement plus non plus. Tous ces textes plus ou moins émouvants font réfléchir sur la condition humaine, la vie, la mort, la foi ou la folie du pouvoir absolu (Lilith, Myrrha). « Dix Contes » de Jules Lemaître est un ouvrage qui mérite de quitter au plus vite le purgatoire où il est cantonné, ne serait-ce que pour nous aider à retrouver les valeurs.

4,5/5

Citations : « Leur vue te fut d'abord une surprise désagréable. Elle te rappelait trop brutalement l'existence de la souffrance et de la misère. Puis tu leur en voulais d'offusquer tes yeux par leur malpropreté et leur laideur. Tu leur en voulais aussi de leur avilissement, de la bassesse avec laquelle ils t'imploraient, et de l'opiniâtreté de leurs traînantes prières ; tu leur jetais l'aumône avec dégoût. Tu méprisais si fort les malheureux qu'un jour tu ne pus supporter leurs actions de grâces, car la grossièreté des effusions populaires t'irritait ; et la délicatesse de ton goût refusa à ses pauvres gens le droit de te prouver, par leur reconnaissance, qu'ils n'étaient pas indignes de tes bienfaits. »

« C'est une joie de signer sa foi de son sang, en bravant la colère impuissante de l'impie. Ce sang criera contre lui. Encore une fois, les temps sont proches... Et qu'est-ce qu'un moment de souffrance pour une vie éternellement bienheureuse ? Imbécile et lâche qui refuserait le marché ! »

« Petit-Pierre allait en trébuchant, de tout ce qui restait de force à son petit corps épuisé, vers cette gloire et vers ces cantiques. Tout à coup il tomba au pied d'un buisson encapuchonné de neige ; il tomba les yeux clos, subitement endormi, et souriant au chant des anges.

Les voix reprirent : « Il est né le divin enfant ! »

Au même moment, la descente molle et silencieuse des blancs flocons recommença. La neige recouvrit le petit corps de ses mousselines lentement épaissies...

Et c'est ainsi que Pierrot entendit la messe de minuit dans la chapelle blanche. »

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23/06/2012

Prothèse (Andreu Martin)

prothèse.jpgMiguel Vargas est un petit truand qui sort de sept années de cabane avec une idée obsessionnelle : faire payer ce que lui a fait subir l'inspecteur Gallego. En effet, lors d'un interrogatoire qui a mal tourné, le flic s'est acharné sur lui et lui a complètement démoli la mâchoire à grand coups de crosse alors qu'il n'avait pas vingt ans. Depuis ce temps, il porte un dentier qui lui donne un sourire de mort et un air de cadavre quand il l'ôte. Mais la vengeance est un plat qui se mange froid et nécessite une longue et minutieuse préparation sans garantie de réussite certaine.

Ce roman policier relève du genre « roman noir » le plus sombre possible et l'auteur catalan fait évoluer ses personnages dans un Barcelone particulièrement sordide qui n'a rien à envier aux pires bas-fonds de Chicago ou d'ailleurs. Le monde de la prostitution, de la drogue et du grand banditisme ici sont sans issue ni espoir ni rédemption d'aucune sorte. Et cette histoire des plus dramatiques va crescendo jusqu'à un dénouement particulièrement gore (à déconseiller d'ailleurs aux âmes sensibles...) Que dire du style de Andreu Martin, écrivain catalan, sinon qu'il est parfaitement adapté à l'ambiance glauque du bouquin avec en prime une certaine étrangeté : de temps en temps, l'auteur se met à parler à ses personnages en les tutoyant avant de repasser à la troisième personne du singulier comme si, pris de pitié ou de compassion pour les malheureux pantins dont il tire les ficelles, il voulait parfois abandonner sa position de Pygmalion pour prendre celle de confident ou d'ami proche. Malgré ces petites poussées de schizophrénie, un sacrément rude polar quand même...

4/5

Citations : « Avant trois heures du matin, en dehors des Ramblas et des ruelles voisines, Barcelone est une ville abandonnée, déserte. Les habitants restent chez eux, à regarder la télévision. S'ils sortent, c'est qu'ils ont un but : le cinéma, le théâtre, une soirée dansante... Il est rare que les gens sortent dans la seule intention de faire une promenade. Ceux qui veulent simplement se dégourdir les jambes, ou prendre un verre en regardant le spectacle de la foule, se retrouvent sur les Ramblas, noires de monde à toute heure du jour ou de la nuit. Les Barcelonais recherchent la foule, de préférence sur cette artère qui draine à peu près toute la population de la ville. Tous en choeur à jouir du même spectacle, celui des autres. »

« Le couteau est dans la main droite de Miguel. On dirait que ses couilles ont cessé d'être en berne. D'un mouvement brusque et précis, Miguel ouvre une portière arrière de la voiture et s'engouffre à l'intérieur. Claquement sec du cran d'arrêt. Il empoigne les cheveux blonds, poisseux de laque, tire férocement en arrière, pose la lame sur le cou de la jeune femme, qui pousse un cri étouffé. Le type a retiré instinctivement sa main du décolleté.

- On se tire d'ici, rugit Miguel. Magne-toi, enculé, on se casse. »

« Et pourtant elle était belle la Pilar. Et elle lui en avait manifesté de la reconnaissance ! Elle travaillait comme danseuse au Molino et sans lui, elle aurait fini comme entraîneuse à la Bodega Bohemia, ou à tailler des pipes dans le Barrio Chino, car elle bougeait son cul avec autant de grâce qu'une bourrique chargée de foin, pauvre pomme. Mais elle avait un corps fait au tour, avec des seins comme des soleils et des jambes, il fallait voir ça. Et puis, un caractère fantastique, toujours souriante, affectueuse, toujours prête à déconner aussi, elle racontait les blagues comme personne. Etre et avoir été ! Une vraie serpillière, à présent ! Bouffie comme une vache, avec un regard vitreux et des poches sous les yeux, elle aussi. Mais quel âge peut-elle bien avoir maintenant ? Elle a cinq ans de moins que toi et on dirait ta grand-mère. »

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21/06/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 5/3ème partie)

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20/06/2012

La piste oubliée (Frison-Roche)

la piste oubliée.jpgQuelques années après la Première Guerre Mondiale, dans le grand sud saharien à peine pacifié, les tribus de nomades s'affrontent encore. Ayant arrêté Akou, le meurtrier, un soldat français est assassiné par celui-ci alors qu'il le ramenait à un poste pour qu'il soit jugé. Aussitôt, une expédition est organisée. Mais pour être plus discrète, elle aura une mission scientifique qui lui servira de prétexte. Elle inclura le professeur Lignac qui recherche les vestiges d'une piste oubliée dans le Ténéré. Le lieutenant Beaufort, solide chasseur alpin mais novice du désert, et Franchi, méhariste corse blanchi sous le harnais mais ensorcelé par sa vénéneuse compagne Tamara, l'accompagneront ainsi qu'une poignée de Touaregs et de Chaamba et une bonne trentaine de chameaux. Mais dans ces étendues désolées et brulées de soleil, ces hommes parviendront-ils à mener à bien leur mission au milieu des vents de sable, des attaques de vipères, de frelons géants et autres embûches ?

« La piste oubliée » est un grand roman d'aventures et d'exploration comme savait si bien en écrire Frison-Roche, l'écrivain spécialiste des montagnes (« Premier de cordée », « La grande crevasse ») qui commença comme alpiniste et comme guide d'expéditions au Hoggar (1000 km à dos de chameau, traversée du désert en 2 CV, etc, etc...). C'est dire si l'on a affaire à un spécialiste de la question. Il sait mieux que personne nous faire découvrir ces lieux aussi splendides qu'hostiles. Cette histoire d'hommes, pleine de fureur, de violence, de souffrance et de courage sent vraiment l'authentique et le vécu. Rien que pour cela, elle mérite d'être lue si l'on s'intéresse aux grands espaces et aux grandes épopées de cette époque déjà fort lointaine. On apprend énormément de choses sur la vie et les moeurs des peuplades du désert. Un seul petit reproche : une profusion de mots arabes ou tamacheks qui oblige le lecteur ne connaissant pas ces langues à aller presque à chaque page en chercher la signification dans le lexique placé en fin d'ouvrage. Terrible et exaltant.

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18/06/2012

La fille aux orages (Jean Anglade)

la fille aux orages.jpgRaoul Mercier, mécanicien auvergnat de la marine marchande (si si, ça existe !), est tout heureux de rentrer chez lui à Riom après une longue mission dans le Pacifique. Il compte bien retrouver sa femme Béatrice, métisse franco-vietnamienne, et sa belle-fille Jeannette. Mais dans l'appartement vide, il ne trouve qu'une lettre de Béatrice lui disant qu'elle le quitte car elle ne supporte plus les longs mois de séparation et qu'il ne faut pas chercher à la retrouver. Ainsi Raoul se retrouve-t-il victime d'une vocation déjà incomprise par sa famille et surtout par son père, Auguste, qui exerce la double profession de facteur et d'agriculteur et qui espérait bien lui transmettre une exploitation qui était restée dans la famille depuis la nuit des temps.

Un joli roman de terroir surtout en raison du cadre campagnard et provincial où évoluent les personnages, mais aussi un beau roman d'amour et d'aventures. Donc roman attrayant à plus d'un titre. Le lecteur apprendra beaucoup de choses sur le monde de la marine marchande et sur ses certaines escales exotiques avec leurs étranges traditions comme l'anthropophagie en Nouvelle Calédonie. Le personnage de Béatrice, cette « fille aux orages », tiraillée entre deux cultures, ballottée par les évènements politiques et militaires (Dien Bien Phu, perte de l'Indochine, rapatriement vers la métropole des enfants mixtes par le régime Diem etc...) et finalement un peu caractérielle, « un peu catholique, un peu bouddhiste, un peu mécréante », « un peu droite, un peu tordue », mais surtout « très folle avoine » pour finir tout autre est particulièrement attachant tout comme celui de Raoul, le marin au grand coeur et à l'immense générosité, véritable havre de paix pour elle. Un histoire touchante, pleine de bons sentiments et qui finit bien. De quoi garder confiance dans la bonté du genre humain.

4,5/5

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16/06/2012

Le corricolo (Alexandre Dumas)

le corricolo.jpgA Naples, dans le sud de l'Italie, à l'époque d'Alexandre Dumas, un corricolo est une sorte de calèche tirée par deux chevaux avançant à très vive allure en dépit de la quinzaine de personnes qui arrive à s'entasser à bord. Le grand romancier qui visite incognito la ville et toute la région, se sert principalement de ce moyen de transport particulier, souvent surprenant et parfois même dangereux. Dans les impressions de voyage qu'il nous propose, nous apprenons toutes sortes de choses. Par exemple : comment Rossini écrivit « Otello » en huit jours seulement. Comment l'impécunieux Don Philippe Villani escroc qui a plus d'un tour dans son sac parvient à soutirer de l'argent à pratiquement tout le monde sans jamais rembourser le moindre centime. Comment le roi Ferdinand qui régna 65 années sur Naples et la Sicile mourut en étant le roi le plus populaire que cette région eut connu...

Ainsi donc, Dumas nous fait-il visiter Naples quasiment rue par rue et anecdote par anecdote. Le lecteur a l'impression que l'érudition du maître est sans limite car il est capable de rappeler toutes sortes d'épisodes de l'histoire de la Rome antique aussi bien que des périodes plus récentes. C'est brillant, varié et toujours intéressant, même si ce type de livre n'a rien à voir avec les habituels romans de cape et d'épée...

4/5

Citations : « Nos théâtres sont régis constitutionnellement, nos directeurs règnent et ne gouvernent pas, suivant la célèbre maxime parlementaire. L'imprésario italien est un despote, un czar, un sultan régnant de droit divin dans son théâtre, n'ayant, comme les rois les plus légitimes, d'autre règle que sa propre volonté et ne devant de compte de son administration qu'à Dieu et à sa conscience. Il est à la fois un exploiteur habile et un père indulgent, un maître absolu et un ami fidèle, un guide éclairé et un juge incorruptible. »

« Le peuple est en général aux mains des rois ce qu'un couteau bien effilé est aux mains des enfants : il est rare qu'ils s'en servent sans se blesser. »

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14/06/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 5/2ème partie)

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12/06/2012

Lettres de ma chaumière (Octave Mirbeau)

lettres de ma chaumière.jpgUn paysan paresseux perd au jeu tout le pauvre bien qu'il avait et se retrouve clochard vagabondant sur les routes avec femme et enfant... Une fille de ferme placée à Paris est violée dans un hôtel borgne le soir même de son arrivée à Paris. Elle se retrouve enceinte et aura "bien du malheur"... Perdu, un chien erre dans les champs. Fatigué, sale et apeuré, il croise la route d'un notaire qui s'imagine qu'il est enragé... Un fermier surprend un paysan en train de trousser sa femme dans un fossé alors qu'ils rentrent à trois du marché plutôt éméchés. Comme il veut les interrompre, le paysan lui promet une demie pistole pour qu'il le laisse finir. Tout se termine au tribunal car le fermier ne verra jamais la couleur de l'argent...
"Les Lettres de ma chaumière" sont un recueil de vingt nouvelles qui sont autant de tableaux croqués sur le vif de la vie agricole du XIXème siècle, autant de portraits de paysans, de bourgeois ou d'aristocrates proposés par Octave Mirbeau dans divers registres littéraires et même quelquefois "à la manière de ". Ainsi "La Justice de Paix", dédié à Guy de Maupassant ou "La tête coupée", dédiée à Barbey d'Aurevillyauraient parfaitement pu être écrits par ces derniers. Ces textes, tous empreints de poésie, d'intelligence, de finesse analytique ou descriptive, relèvent d'une langue raffinée et très agréable à lire à plus d'un siècle de distance. Pas mal d'ironie, d'humour, un ton souvent désabusé et un regard plein d'humanité font de ces nouvelles de véritables petits bijoux qui font honneur à la littérature française de l'autre siècle. Auteur malheureusement oublié, Octave Mirbeau mériterait de très vite sortir de son purgatoire, ne serait-ce que pour la modernité de son style... 

4/5
(Disponible gratuitement sur Kindle)

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07/06/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 5/1ère partie)

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06/06/2012

Jésus, fils du charpentier (Bernard Clavel)

jésus le fils du charpentier.jpgDans « Jésus, le fils du charpentier », le regretté Bernard Clavel nous raconte avec simplicité et humilité l'histoire bien connue du Christ, de sa naissance à Bethléem, son enfance à Nazareth et bien sûr les années d'enseignement en Galilée en compagnie de ses disciples, le tout couronné par la mort sur la croix et la résurrection. « Ce qui m'a conduit à raconter cette histoire, dit-il, c'est l'enfant Jésus et ceux qui l'aimaient. Tant de tendresse et tant d'amour pour aboutir à tant de violence et de cruauté.

Un livre magnifique, écrit avec ferveur, comme un roman, donnant une image terriblement humaine à son personnage principal et également à la plupart des autres, tous autant de magnifiques figures, tels Joseph, Pierre, Jean ou Marie, bien sûr. Des mots et des images d'une grande beauté et d'une certaine naïveté apportent au lecteur une émotion extraordinaire. Au sommet de son art, Clavel parvient, grâce à ce livre, à se hisser au niveau des plus grands (Hemingway, Saint-Exupéry ou Hesse). En lisant « Jésus, le fils du charpentier », on pense à des titres comme « Le vieil homme et la mer », « Le petit Prince » ou « Siddartha », même style éblouissant et dépouillé, même simplicité sereine et même évidence qui parle au coeur. Magnifique. A ne pas manquer.

5/5

Citations : « Joseph allait sa vie sans se soucier des commérages. Et sa vie c'était le travail du bois. La charpente surtout, mais aussi la menuiserie à la grande et à la petite cognée. Il s'entendait aussi bien à bâtir et couvrir une maison qu'à fabriquer une huche à pain, une maie, une table et ses bancs, un lit, un coffre ou un métier à tisser. Quand on le complimentait sur la qualité de son travail, il souriait dans sa barbe, frottait l'une contre l'autre ses grosses mains qui faisaient un bruit de râpe, et lançait un regard vers un angle de son atelier. Son oeil luisait de telle sorte qu'on voyait bien qu'il y avait dans cette direction quelque chose à découvrir.

Eh oui ! Il y avait un berceau. »

« Comme leur chemin allait vers le sud, ils durent marcher avec cette neige qui leur piquait la joue droite et ce vent qui se coulait sous leurs vêtements. Marie qui grelottait devait souvent descendre de sa monture pour se réchauffer en marchant. Mais elle se fatiguait vite et son ventre lourd lui donnait beaucoup d'inquiétude. Elle avait fait la fière devant les craintes de Joseph, à présent, elle devait serrer les dents pour ne pas se plaindre.

- Nous allons retarder tout le monde, s'inquiétait-elle. »

« Dès qu'elle eut apporté le pain, Jésus le bénit au nom de son Père, le rompit et le leur tendit. Quand ils l'eurent pris, il ouvrit largement ses bras et montra ses poignets où saignaient encore les plaies laissées par les clous. Aussitôt, les disciples le reconnurent et se prosternèrent à ses pieds.

- Relevez-vous, ordonna Jésus. Mangez et buvez, et soyez dans la joie !

Ils se redressèrent. Tous pleuraient de bonheur et la femme qui les avait servis pleurait avec eux en remerciant le ciel. »

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04/06/2012

Le secret du maître de thé (Kenichi Yamamoto)

le secret du maître de thé.jpgDans le Japon du XVIème siècle, la cérémonie du thé atteint de tels sommets de raffinement et de sophistication que les maîtres du thé deviennent de grands personnages très recherchés à la cour et même de véritables idoles. Sen no Rikyu, fils d'un simple marchand de poisson, est parvenu à se hisser au niveau suprême de cette caste enviée. Il officie à la cour du shogun Toyotomi Hideyoshi, personnage autoritaire, capricieux et imbu de lui-même s'il en fut. L'enseignement de Rikyu est suivi par de nombreux disciples, il lance des modes, on se réfère à lui pour tout et n'importe quoi. Sa célébrité est telle que le shogun en prend ombrage. Il commence par le bannir et finit même par ordonner qu'il se suicide en s'ouvrant le ventre.

Cette histoire basée sur un fait réel a inspiré de nombreux écrivains et cinéastes japonais. Elle fait tellement partie du patrimoine culturel de ce pays qu'il est à nouveau question de tourner un film sur le sujet en prenant pour base le livre de Kenichi Yamamoto. L'ennui pour le lecteur occidental, c'est que cette affaire lui paraît totalement exotique, étrange, improbable et qu'il n'arrive pas à entrer dans un livre descriptif, contemplatif, méditatif dans lequel, hormis d'innombrables dégustations de thé et autres discussions sur la qualité de tel ou tel bol ou pot de grès ou céramique pour le préparer, il ne se passe pas grand chose tout au long de ces 367 pages en petits caractères qui paraissent interminables, sans intérêt et pour tout dire d'un ennui insupportable. Il ne peut même pas éprouver de l'empathie pour des personnages déplaisants comme cet arriviste prétentieux et ce potentat caractériel ou falots comme la femme de Rikyu et son disciple le plus fidèle. Sans doute faut-il être japonais pour apprécier un tel salmigondis autour d'une vulgaire boisson chaude !

1/5

Citations : « Quelle est votre opinion sur Rikyu ? Demanda Ieyasu, visiblement intrigué. A mon avis, aucun homme n'a autant de facettes que lui. Parfois il est révérencieux, d'autres fois insolent. Il sait se montrer délicat, mais peut aussi se comporter comme le pire des vauriens. Il est insaisissable, pourtant son regard est toujours tendu vers la beauté. Quel mystère ! 

Rukyu est un homme qui à première vue semble calme et doux. En réalité, personne n'est plus entêté que lui. Il est d'une telle ténacité qu'il serait prêt à mourir pour donner une cérémonie de thé de façon réellement satisfaisante. Je lui reconnaît au moins cette force de caractère. »

« Vous êtes les seuls dans ce pays à avoir réellement vu l'Europe. Si le Grand Rapporteur vous interroge, vous parlerez en termes mesurés afin de ne pas lui déplaire, et vous lui direz combien l'Europe est merveilleuse, dans quel bonheur vivent les gens à Rome, et combien les habitants de l'archipel du Japon sont ignorants du monde extérieur. Dites-lui combien la terre est vaste. Si vous faites cela, le Grand Rapporteur cessera de s'entêter et se montrera plus tolérant envers les chrétiens. »

« Assurément, les flammes des trois venins embrasent le monde des hommes ! Les trois venins, selon la loi bouddhique, étaient la cupidité, la colère et la stupidité. Presque tous les malheurs du monde, les vicissitudes de la fortune, les bouleversements de la vie s'expliquaient par ces trois venins. Le dévoiement des hommes avait généralement pour cause ces trois poisons. »

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02/06/2012

La querelle des livres (Olivier Larizza)

la querelle des livres.jpgAvec l'ère d'Internet, des e-books et autres liseuses, ne risque-t-on pas d'entrer dans un monde complètement numérique pour ne pas dire totalement virtuel ? A plus ou moins long terme, le livre, objet de papier et de carton, ne pourrait-il pas disparaître ou, à tout le moins, se voir marginalisé et finir dans un avenir plus lointain au rayon des antiquités entre un rouleau de papyrus et trois 78 tours ?

C'est sur ces questions et quelques autres comme l'avenir des bibliothèques papier et même de la grande littérature elle-même que s'interroge Olivier Larizza en se rangeant ouvertement dans le camp de ceux qui déplorent l'avènement de ce nouveau livre fantôme, de cette chimère technologique inconsistante et pernicieuse alors que d'autres y voient une avancée extraordinaire, un accès plus aisé au savoir et une diffusion élargie et démocratisée de la pensée et du savoir. Les tenants du livre numérique lui trouvent trois avantages majeurs : ses qualités nomades, ses possibilités de désencombrement (un Kindle peut contenir dans un volume réduit la valeur d'une bibliothèque de 1500 ouvrages) et surtout son plus grand respect de l'environnement grâce à l'économie de papier réalisée. Larizza démolit allégrement tout cela et arrive même à prouver qu'avec ses coûts de fabrication et d'utilisation la liseuse représente une plus lourde empreinte écologique que le livre papier. De plus, l'e-book créerait une dilution des repères, un éparpillement de la lecture encore aggravé par les liens hypertextes de l'Internet. Il ne serait qu'une pâle copie de l'original, le livre-papier restant pour l'éternité « l'objet parfait » et non perfectible... On l'aura compris, cet essai reste assez nettement manichéen. Il confortera tout le monde quand il affirme avec force et conviction que le vrai livre a toujours un bel avenir devant lui et que son vilain golem venu de l'infosphère n'a encore réussi qu'à peine faire vaciller le trône du maître sur ses bases. Cependant le lecteur sera moins rassuré en ce qui concerne les habitudes de lecture des jeunes générations, ainsi que le statut du créateur, c'est à dire de l'écrivain, déjà en position de faiblesse face aux marchands de papier imprimé. Pour Larizza, le tout numérique lui ôterait tout statut et toute crédibilité.

Un essai intéressant, parfois un peu trop orienté didactique voire universitaire, parfois même déjà un peu dépassé (les commentaires sur les liseuses datant d'un an sont déjà presque obsolètes), souvent partial, mais qui peut servir de base à une réflexion plus approfondie. Derrière cette bataille « technologique », ce combat des « anciens contre les modernes », se cachent des enjeux autant culturels que civilisationnels. A lire néanmoins, car les ouvrages sur ce sujet particulier ne pullulent pas vraiment.

3/5

Citations :« Or le vertige de la virtualité est ce qui caractérise les utopies : elles sont virtuelles et elles sont vertigineuses par les promesses qu'elles font, les espoirs qu'elles prodiguent. Leur seule limite est l'idéal. Elles absorbent aussi angoisses et frustrations jusqu'à nous abstraire de la réalité concrète; ne dit-on pas que l'on va sur Internet, comme si l'on embarquait pour un autre monde, l'espace de tous les possibles ? »

« Il n'est pas certain, loin s'en faut, que le numérique constitue une avancée culturelle, écologique, économique et symbolique par rapport au papier. (…) Le livre numérique ne remplacera jamais complètement le livre papier, ou bien cela prendra plusieurs générations quand il n'a fallu que quelques années pour les autres industries culturelles. »

« Le livre est comme la cuillère, le marteau, la roue ou le ciseau. Une fois que vous les avez inventés, vous ne pouvez pas faire mieux. Vous ne pouvez pas faire une cuillère qui soit mieux qu'une cuillère. »

« Ecrirai-je encore, se demande souvent Umberto Eco, si on me disait que demain une catastrophe cosmique allait détruire l'univers, si bien que personne ne pourrait lire demain ce que j'écris aujourd'hui ? Au premier abord, la réponse est non. Pourquoi écrire si personne ne peut me lire ? Ensuite, la réponse est oui, mais uniquement parce que je nourris l'espoir désespéré que, dans la catastrophe des galaxies, une étoile survivra, et que demain, quelqu'un pourra déchiffrer mes signes. »

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31/05/2012

Les étranges noces de Rouletabille (Gaston Leroux)

les étranges noces de rouletabille.jpgEn 1913, les Balkans sont la proie de troubles extrêmement graves. Les Bulgares, récemment libérés du joug turc, participent à de terribles combats pour la reconquête de la Thrace. Joseph Rouletabille, jeune reporter à l'époque couvre les évènements pour le compte du journal « L'Epoque » avec l'aide du colosse La Candeur et de deux locaux, Vladimir et Tondor. Rouletabille est tombé éperdument amoureux de la belle Ivana Vilitchkov, nièce d'un grand général bulgare assassiné par les Turcs. Elle ne songe qu'à se venger du terrible Gaulow, alias Kara Selim, responsable de la mort de toute sa famille. Une course contre la montre est engagée car elle a promis de se donner à son cousin Athanase si celui-ci arrive à la débarrasser de Gaulow. L'ennui, c'est qu'elle n'éprouve rien pour lui. Et pour compliquer l'affaire, Rouletabille, non content de devoir gérer la conduite incohérente de sa dulcinée, doit encore subir les vols d'un certain Marko le Valaque, un faux journaliste qui peut lui faire grand tort dans la profession.

Ces « étranges noces de Rouletabille » sont un roman d'aventures à rebondissements et coups de théâtre multiples comme il y a longtemps qu'on en écrit plus. Et pourtant, le lecteur d'aujourd'hui peut encore y trouver un certain plaisir et même un plaisir certain ne serait-ce qu'en raison des trésors d'imagination déployés par Gaston Leroux qui complique à loisir son intrigue, part dans un sens, repart dans l'autre, liquide un personnage à un chapitre et le ressuscite pour les besoins de la cause deux chapitres plus loin. On nage dans le rocambolesque le plus échevelé. La vraisemblance n'est pas toujours scrupuleusement respectée, mais toute l'intrigue est menée au grand galop et sur un tel rythme qu'on pardonne tout et qu'on ne boude pas son plaisir. A condition d'avoir gardé une âme d'enfant, évidemment.

4,5/5

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29/05/2012

Clair de lune (Guy de Maupassant)

Clair de lune.jpgL'abbé Marignan n'a de cesse de pourfendre les péchés de chair. Quand il apprend que sa propre nièce n'a pas su y résister, il voit rouge... Après la défaite de Sedan, le Second Empire est remplacé par la République. Dans un petit village normand, deux notables se disputent farouchement la Mairie devant un rassemblement de paysans en armes complètement indifférents à ce passage de l'ombre à la lumière... Jacques rencontre Berthe, une jeune fille qu'il épouse. Mais voilà que sa vieille maîtresse meurt en donnant naissance à un enfant de lui... Pour tenter de la désensorceler, on fait contempler un ostensoir à une possédée... Une vieille fille un peu hommasse meurt en regrettant d'abandonner des enfants qu'elle n'a jamais eu... Un homme présente sa maîtresse à son épouse. Contre toute attente, les deux femmes deviennent les meilleurs amies du monde... Un cocher adopte une chienne qui affole tous les corniauds du quartier. La mort dans l'âme, il lui faut s'en séparer.

« Clair de lune » est un recueil de douze nouvelles du grand maître Maupassant. Avec un art et une technique remarquable, il parvient à rendre passionnantes de toutes petites histoires plus ou moins triviales. Le lecteur y retrouve tous ses sujets de prédilection : l'étrange, les amours coupables ou contrariées, les bassesses quotidiennes, le fantastique (Le pardon), la folie (Une veuve) et même les légendes normandes (Légende du Mont Saint Michel). Les caractères des personnages sont tellement intéressants, le style est tellement impeccable et les observations tellement incisives voire vachardes que ces textes qui ont parfaitement résisté à l'épreuve du temps se lisent avec grand plaisir encore aujourd'hui.

5/5

Citations : « Jamais on ne l'avait entendue se plaindre, regretter quoi que ce fut, envier n'importe qui. Elle disait : « Chacun sa part » avec une conviction de fataliste. Elle n'allait pas à l'église, n'aimait pas les prêtres, ne croyait guère à Dieu, appelant toutes les choses religieuses de la « marchandise à pleureurs ».

« Dieu, à son avis, n'avait créé la femme que pour tenter l'homme et l'éprouver. Il ne fallait approcher d'elle qu'avec des précautions défensives, et les craintes qu'on a des pièges. Elle était, en effet, toute pareille à un piège avec ses bras tendus et ses lèvres ouvertes vers l'homme. »

« On parlait d'un loup colossal, au pelage gris, presque blanc, qui avait mangé deux enfants, dévoré le bras d'une femme, étranglé tous les chiens de garde du pays et qui pénétrait sans peur dans les enclos pour venir flairer sous les portes. (…) Et bientôt une panique courut par toute la province. Personne n'osait plus sortir dès que tombait le soir. »

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27/05/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 4/4ème partie)

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26/05/2012

Le carcajou (Bernard Clavel)

le carcajou.jpgDans le grand nord canadien, deux couples de vieux Indiens Cris tentent de survivre tant bien que mal en chassant et piégeant selon les méthodes traditionnelles. Leur motoneige tombe en panne. Mooz, l'un des deux hommes, tousse et crache le sang. Et pour ne rien arranger, leurs pièges sont systématiquement visités et leurs proies dévorées ce qui les met en grande difficulté. Qui peut leur jouer un aussi vilain tour, sinon le carcajou, cet animal sauvage qu'on appelle aussi « glouton » tant son appétit est vorace ? Les Indiens le redoutent autant que le diable. Dernier homme valide, Waboos se lance avec son chien à la poursuite du néfaste animal. Il doit absolument le tuer. La vie de son petit groupe en dépend.

Un magnifique roman qui nous fait partager la vie traditionnelle des Indiens du Grand Nord. En fait, des tous derniers survivants car ils ne sont plus nombreux à vivre en plein hiver dans un wigwam et à essayer de vivre des produits d'une taïga qui se montre de plus en plus inhospitalière. Grands espaces, liberté et dépaysement garantis. Grandeur de la lutte de l'homme contre une nature hostile. On ne peut s'empêcher d'établir une sorte de parallèle d'inspiration avec « Le vieil homme et la mer » d'Hemingway. Même ode à la nature, à la liberté, au dépassement de soi, même quête désespérée et même nostalgie d'un monde qui est condamné à disparaître. Un style vif et prenant. Un roman bref, simple et admirable. Du très grand Clavel.

5/5

Citations : « L'ours, c'est le Frère. L'Indien, c'est le Vrai Homme. Celui qui, parce qu'il est un vrai homme, le tue sans lui porter le respect qu'on lui doit sera puni. Il connaîtra les pires maux. Il aura froid sans feu. Il aura faim sans rien à manger. Il aura soif sans pouvoir faire fondre la neige pour boire son thé. Il aura peur comme l'enfant a peur dans la tente tremblante et il mourra de ce froid, de cette faim, de cette peur. »

« La terre est pourtant aux Indiens, mais les hommes blancs sont venus avec des armées. Partout où le sol contient du métal, ils creusent. Ils élèvent vers le ciel des constructions étranges où grondent des machines monstrueuses. Des machines qui les aident à descendre dans le fond de la terre où ils arrachent l'or des pattes crochues du diable. Les hommes blancs font alliance avec toutes les forces du mal. »

« Ainsi les barrages vident de sa vie la forêt où les Indiens ont vécu depuis la nuit des temps sans jamais demander l'aumône aux hommes blancs. En tuant la forêt, les grands barrages ont tué l'âme indienne. Ils ont privé les vrais hommes de leur dignité. On n'achète pas l'âme d'un peuple avec de l'argent. Si un peuple accepte de se vendre pour des billets de banque, c'est que son âme est vraiment noire. Et l'âme des Indiens est lumière. » 

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24/05/2012

Les chemins qui ne mènent pas à Rome (Georges Brassens)

Les chemins qui ne mènent pas à Rome.jpgQui était vraiment le brave Georges Brassens ? L'auteur-compositeur-interprète connu pour des chansons aussi célèbres que « L'auvergnat », « Gare au gorille », « Les copains d'abord » ou « Supplique pour être enterré sur la plage de Sète » ? Un simple fabricant de chansons parmi tant d'autres ? Que nenni ! Et s'il fallait retrouver trace de toutes les autres facettes d'un personnage bien plus complexe que l'impression qu'il donnait, il suffirait de lire ce livre, simple compilation de « Réflexions et maximes d'un libertaire », c'est à dire de pensées, sentences et aphorismes d'un esprit libre qui n'aimait rien tant que brocarder le pouvoir, la connerie, la consommation, les curés et les militaires. Ni Dieu, ni maître ! Eh oui, le brave Georges était un anar, un athée et un pacifiste convaincu, n'en déplaisent aux récupérateurs de tous poils.

Ce recueil de pensées est divisé en quelques grands chapitres (Moi, Georges Brassens, Etre ou avoir, Rêver, Résister, Croire ou ne pas Croire, Aimer, Gamberger, Lire, écrire, Chanter, Mourir) qui sont autant de grands thèmes de réflexion. En plus de comprendre la psychologie et les tendances de l'auteur du « Grand chêne », chacun pourra y puiser son miel tout en se disant que notre chanteur-poète était également un véritable sage, un authentique penseur, même s'il se défendait, modeste comme il l'était, d'être un philosophe ou de délivrer quelque message que ce fut...

5/5

Citations : « Je vis en marge. Chez moi, la nourriture, qui est indispensable évidemment, n'a pas une grande importance. J'ai longtemps vécu avec un morceau de pain et un morceau de fromage. Je suis un anthropoïde frugivore. Je suis le type même du végétarien. »

« Les idées sociales de Proudhon, de Kropotkine et de Bakounine correspondaient à ma nature et je les ai adoptées. Dire que je les ai suivies au pied de la lettre, c'est une autre histoire ! Il s'est trouvé qu'ils étaient anti-étatistes, ça me convenait assez. Ils n'étaient pas très partisans de l'armée, ça me convenait assez. Ils n'étaient pas très partisans de l'exploitation de l'homme, ça me convenait assez. Ils étaient partisans de l'égalité sociale, ça me convenait aussi. Ils étaient partisans d'une certaine indépendance de l'individu en face de la société, ça me convenait tout à fait. Alors, j'ai adopté ces idées, parce que je n'en ai pas trouvé de meilleures. »

« Je refuse qu'un groupe ou une secte m'embrigade, et qu'on me dise qu'on pense mieux quand mille personnes hurlent la même chose. »

« Les hommes ont de moins en moins besoin de Dieu. Ils « sont » leur Dieu. Ils se posent de moins en moins de questions ; en tout cas, cela reste au niveau du réfrigérateur, de la voiture, du métier, des femmes. Ils en arrivent à se foutre de tout ce qui ne les touche pas personnellement : on en vient à un monde d'indifférents et de hargneux. »

« Le seul paradis que je préconise, c'est le paradis de l'individu qui a sa liberté, même dans la société actuelle. Et même dans une société pire. »

« Si on m'enlevait tout ce que les autres m'ont donné, il me resterait peu de choses. »

« La femme est un être charmant quand elle s'en donne la peine, et pénible sans s'en donner la peine. »

« Les cons n'ont pas d'espoir. Ils n'en ont pas besoin. Du fait qu'ils sont cons, tout leur paraît simple. »

« Qu'est-ce que nous sommes ? Un peu d'argile et d'eau. Et nous voulons être éternels... C'est l'éternelle sottise. »

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22/05/2012

Fini de rire, fillette ! (Charles Exbrayat)

fini de rire, filette.jpgA Baroquier-la-Benoîte, petit village perdu de la province profonde, les mauvaises langues vont bon train. Elles accusent la plus belle fille, Marguerite, de se conduire de façon des plus malhonnêtes avec les hommes, en un mot comme en cent, de les allumer et de se comporter comme une perdue. L'abbé Quettehou est désolé car il la considérait comme sa meilleure catéchumène. Mais quand elle est retrouvée étranglée dans un bois, trois hommes semblent particulièrement suspects : l'instituteur chez qui elle se rendait régulièrement, l'épicier qui était prêt à divorcer pour elle et le simple d'esprit qui en était éperdument amoureux. Aidé de l'inspecteur Rulles, le brave curé va avoir bien du souci à démêler la trame d'une affaire qui s'annonce compliquée dès le départ.

Un roman policier bien classique plus dans la ligne des Simenon que dans celle des Agatha Christie. En effet, pour une fois, Exbrayat ne nous emmène ni dans les brumes de l'Ecosse ni dans la chaleur de la Sicile, mais dans la campagne bien française et s'attache à décrire l'ambiance feutrée d'un village des années soixante, c'est à dire encore très rural et très influencé par la religion, même s'il ne reste plus que quelques bigotes pour assister à la messe. Le personnage de Quettehou, vieux curé traditionnel, un peu porté sur la chopine et peu enclin à se laisser aller aux nouvelles idées conciliaires, est assez intéressant par son humanité, sa naïveté et sa faconde. C'est écrit d'une plume alerte et pas désagréable à lire, même aujourd'hui, et pourtant c'est loin d'être le meilleur des Exbrayat. L'ensemble manque un peu d'humour et de rythme. A la décharge du maître, il faut dire qu'avec une production aussi énorme (plus de cent romans policiers), tout ne pouvait pas être toujours génial !

4/5

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20/05/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 4/3ème partie)

08:39 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : science-fiction, anticipation, création |  Facebook |

19/05/2012

La femme du métro (Mènis Koumandarèas)

la femme du métro.jpgKoula est une athénienne de quarante ans. Elle a un mari, deux filles, une maison en banlieue et elle exerce un bon métier, comptable à la perception. Mimis a vingt ans. Il est étudiant en architecture et tous les soirs il prend le métro pour rentrer chez lui quelques stations avant celle de Koula. Un soir, à force de se rencontrer, ils finissent par se parler d'abord de choses futiles puis de plus sérieuses. Il lui propose de poursuivre leur conversation dans une taverne, puis dans sa garçonnière. Koula acceptera-t-elle ? Iront-ils plus loin si affinités ? Quel peut être l'avenir d'une liaison entre deux êtres ayant une aussi importante différence d'âge.

Ce très court roman (70 pages) raconte avec une minutie d'orfèvre une rencontre éphémère entre deux êtres que le simple hasard rapproche un moment. Un étudiant qui n'aime pas trop les filles de son âge et préfère les femmes mures et une femme délaissée par son mari et qui veut se prouver qu'elle peut encore plaire. Son personnage est certainement le mieux décrit et le plus attachant. En quelques pages et descriptions subtiles, l'auteur arrive à faire vivre une époque (les années 70 avec la libération de la sexualité), une ambiance (la vie quotidienne des gens ordinaires dans toute sa grise monotonie) et un lieu (le métro d'Athènes). Il aborde le thème de l'amour, de la jeunesse, du bonheur et de la hantise du déclin et du vieillissement. Un livre très bien écrit et qui donne à réfléchir malgré une intrigue d'une simplicité biblique et une thématique mille fois abordée dans bien des romans d'amour.

3,5/5

Citations : « Au début, ils ne disaient pas un mot. Même pas le « pardon » d'usage, lorsque le jeune homme se levait pour descendre à Nèa Ionia. Ils s'en tenaient à des coups d'oeil furtifs ; les jambes de la femme, le visage du jeune homme ; les yeux de l'une, la bouche de l'autre. Ils se regardaient comme les visiteurs d'un zoo les animaux. »

« Koula aimait ce corps juvénile, elle le prenait dans ses bras, le berçait comme un bébé, et Mimis caressait tendrement tous ces endroits où sa chair à elle se relâchait, embrassant les rides avec passion, presque avec respect. »

« Dans le métro, elle commençait à voir des ennemis partout. En entrant, son premier souci était de voir qui était assis à côté de Mimis. Si c'était une jeune fille, elle l'observait avec inquiétude, si c'était une femme mûre, elle la regardait de travers. Seuls la rassuraient les vieilles et les infirmes. Il lui semblait que tout le monde sentait mauvais, que les gens étaient laids, arrogants. Elle n'avait d'yeux que pour son homme. » 

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17/05/2012

Petit abécédaire des entreprises malheureuses (Anne Matalon)

petit abécédaire des entreprises.jpgNathan Robinski est un cadre en apparence heureux qui travaille pour la GAL (Générale d'Assurances Limousines), une entreprise qui a le vent en poupe. En réalité, il se trouve au bord du gouffre. Adrienne Lévy, sa compagne qui passe le plus clair de son temps à jouer les ethnologues chez les Papous, n'a plus donné de signe de vie depuis pas mal de temps. La dizaine de cadres du staff de direction qu'il a expédié en stage de survie au milieu du désert vient d'y trouver la mort. Et lui passe son temps à soigner un aphte qui lui brûle la langue et à rafistoler un mental en berne sur le canapé d'une psychanalyste compréhensive...

A lire cette description de l'accroche (pitch) de cette histoire, le lecteur naïf peut croire qu'il va avoir affaire à un bon thriller à l'américaine avec suspens, rebondissements, dépaysement plus violence et sexe si affinités. Malheureusement, il n'en sera rien. Cet ouvrage ne relève en réalité ni du roman policier classique, ni du thriller tant l'intrigue part dans toutes les directions, se perd dans des digressions et oublie l'essentiel : maintenir l'intérêt. L'auteure s'est complu à raconter l'ambiance particulière d'une compagnie d'assurances, à se perdre dans la description d'un papier peint (1 page entière), voire à tartiner deux autres pages sur le wallabie et à promener ses personnages d'Afrique en Europe, de Paris à Stockholm et de l'Aubrac à Chamonix comme ectoplasmes en goguette. De plus, l'ensemble est présenté sous forme d'un abécédaire (ainsi que l'indique le titre), ce qui n'apporte strictement rien de plus, si ce n'est une forme d'originalité gratuite. Quelques citations d'ouvrages de management abscons et des extraits totalement inintéressants du journal intime d'une certaine Marie Berthier, sorte de candide de la photocopieuse, servent d'intermèdes. On quitte ce bouquin en ayant l'impression d'avoir un peu perdu son temps. Le style est quelconque, sans grand rythme, ni caractéristiques particulières. A noter, de ci, de là, quelques fulgurances ou traits d'esprit qui ne suffisent malheureusement pas à racheter l'ensemble.

2,5/5

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15/05/2012

Imogène et la dame blanche (Charles Exbrayat)

imogène et la dame blanche.jpgA Callander, petit patelin des Highlands écossais, Ken Benalder, un bon à pas grand chose, a disparu depuis plus de dix ans sans laisser de trace et sans jamais donner la moindre nouvelle. Suite à l'arrivée de trois lettres anonymes, Dave Belford, inspecteur à Perth, entame une enquête. Ken a-t-il été tué et par qui ? Le principal suspect est un certain Georges Macosquin, amoureux perpétuellement repoussé par Joyce, jeune femme qui attend amoureusement le retour de Ken. Et, pire que tout, Imogène McCarthery aurait été complice du forfait...

Un roman policier plein d'humour et d'esprit picaresque dans lequel Exbrayat se livre à son exercice habituel : décrire les excès de ses chers Ecossais, buveurs de scotch, braillards, bagarreurs et aussi plein de mauvaise foi que d'amour de leurs hautes terres. Le lecteur retrouvera la pétaradante Imogène, l'héroïne récurrente à la crinière rouge et aux manières très brutes de décoffrage. On aura compris que dans ces conditions très particulières, l'intrigue policière et l'enquête elle-même passent au second plan dans pareille ambiance et avec pareils personnages hauts en couleur et comme on n'en rencontre plus nulle part. Détente et amusement garantis.

4/5

Citations : « Toutes les mêmes, Tyler... A moitié folles ou complètement dingues comme votre Imogène ou encore cette tordue de Margaret Boolitt ! Et vous savez pourquoi elles nous turlupinent, tentent de nous jouer les plus méchants tours, s'acharnent à nous calomnier, s'acharnent à nous calomnier ? Parce qu'elles sont dépitées de notre indifférence à l'égard de leurs prétendus charmes ! »

« L'Ecossaise souligna son affirmation en pesant de tout son poids sur le pied gauche d'Haquarson, que des cors rendaient extrêmement sensible, et s'en fut, laissant le pasteur sur le trottoir où il invoquait le secours du Seigneur tout en dansant sur un pied. Attitude qui le fit mal juger par quelques-unes de ses ouailles estimant qu'il manquait de tenue et se promettant d'en référer à l'évêque. »

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13/05/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 4/2ème partie)

08:37 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : science-fiction, anticipation, création |  Facebook |

12/05/2012

Le blé qui lève (René Bazin)

le blé qui lève.jpgEn Nivernais, sur le domaine du général de Meximien, travaille une escouade de bûcherons sous la houlette bienveillante de son fils Michel. Mais en ce début de XXème siècle, la vie n'est facile pour personne. L'un des plus anciens bûcheron, Gilbert Cloquet, a fondé le premier syndicat d'ouvriers agricoles de la région. Mais de revendications en provocations, il s'est laissé déborder au point que les plus extrémistes l'ont évincé et commencent même à se retourner contre lui. De son côté, Michel va devoir quitter une propriété agricole qui est restée plus de quatre siècles dans sa famille. Son père veut s'en séparer pour pouvoir assurer le train de vie de son épouse qui ne peut vivre qu'à Paris et sur un certain pied.

Un roman paysan d'un auteur assez oublié, mais qu'il serait peut-être intéressant de découvrir ou redécouvrir ne serait-ce que pour prendre connaissance du tableau qu'il brosse de la fin d'un certain type de société rurale et de rapports humains passant de la soumission à la révolte dans les années précédents la Première Guerre Mondiale. L'Eglise a perdu toute influence, c'est tout juste si sept ou huit femmes assistent encore à la messe du dimanche. Le dernier aristocrate est un jeune homme philanthrope, idéaliste et souffreteux qui mourra sans descendance. Les ouvriers prennent conscience que l'union fait la force. Le lecteur assiste à la montée en puissance du mouvement syndical, lequel n'apparut pas sans violence ni injustice. Un livre comme on n'en écrit plus. Une langue et un style impeccable bien qu'un peu alourdi par de nombreuses descriptions de paysages. Intéressant néanmoins pour qui s'intéresse à l'Histoire et à la sociologie.

3/5

Citations : « On veut vivre. C'est pas la fortune qu'on demande; c'est du pain, et, à condition de se priver de lard, un bout de ruban pour nos filles. »

« Des mots qu'on avait point entendu depuis un siècle montaient sous les taillis ou entre les haies. Quelques très vieux arbres avaient frémi, jadis, au passage de mots semblables. On disait : « Les intérêts communs des ouvriers... plus d'isolement... les individus sont faibles;... groupons-nous pour soutenir nos droits; … formons une caisse, nous abandonnerons chacun une part de nos salaires. » On disait : « L'avenir est au peuple. La démocratie va créer un monde nouveau... Le droit au pain, le droit à la retraite, le droit de partager... »

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10/05/2012

Moscou, cour des miracles (Martin Cruz Smith)

moscou, cour des miracles.jpgMaya, 15 ans, jeune mère célibataire russe, part en train tenter sa chance à Moscou en emportant avec elle son nouveau-né caché dans un panier. Au moment d'aller aux toilettes, elle manque d'être violée par un militaire avinée et n'y échappe que grâce à l'intervention d'une certaine « Tante Léna » qui lui offre une tasse de thé pour la réconforter. Maya s'endort aussitôt et à son réveil, son bébé a disparu. Tante Léna également. Ainsi débutent les tribulations d'une gamine paumée qui bénéficiera de l'aide d'Arkady, un inspecteur mal noté et menacé de révocation, et de celle de Zhenya, un jeune prodige des échecs.

Plus qu'un thriller ou qu'un roman policier classique, Moscou, cour des miracles est plutôt une sorte de roman noir tant est glauque l'ambiance du quartier des Trois Gares à Moscou, lieu où se déroule la majeure partie de l'histoire. Toute une faune y a établi ses quartiers : trafiquants tadjiks, prostituées, souteneurs, bandes de gamins clochards toujours à l'affut d'un mauvais coup, voleurs à la tire, pickpockets, etc... Les personnages principaux, au premier rang desquels se trouve la pathétique Maya, sont tous attachants et bien campés. Le lecteur les suit pas à pas dans cette jungle urbaine, cet enfer post-communiste dans lequel tous les coups sont permis, même les plus tordus. Et c'est là, plus que dans une intrigue assez simple avec un happy end peu vraisemblable, que réside l'intérêt premier de ce livre. Cette description minutieuse d'une société russe dont nous n'avons ici qu'une très vague idée. Style fluide et agréable.

4/5

Citation : « Bien entendu, il y avait prostituées et prostituées. Les beautés exotiques des clubs sélects comme le Night Flight ou le Nijinsky demandaient 1000 dollars la nuit. Au bar de l'hôtel Savoy, c'était 750. Le room service de l'Hôtel national, 300. Une masseuse thaïe pour la nuit coûtait 150 dollars. Une fellation place Loubianka, 10. Aux Trois Gares, 5.Il était même étonnant que le capitaine n'ait pas ramassé la fille à la pelle. » 

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09/05/2012

La fin de la Saga d'un petit homme... Mieux vaut en rire qu'en pleurer !

Saga d'Un Petit Homme Tome 2 Chapitre 28

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08/05/2012

Le chat au Congo (Philippe Geluck)

le chat au congo.jpgTout le monde connaît le Chat, ce bon gros félin philosophe devenu célèbre par la grâce du crayon simplificateur de Philippe Geluck, le plus français des humoristes belges ou le plus belge des humoristes belges. Pourquoi ce titre « Le Chat au Congo » alors qu'il n'est nulle part question de voyage, d'Afrique et encore moins de Congo ? Sans doute faut-il y voir une fine allusion à «Tintin au Congo » et à ses récents déboires médiatiques. Une chose est sûre, le Chat ne sortira pas de chez lui. Pourquoi irait-il se fourvoyer dans un Congo belge qui n'existe plus et où le bon roi Léopold n'a même plus de capitale ? Humour belge à n'en pas douter.

Ce recueil est composé de toutes petites histoires ou sketchs qui tiennent en une, deux ou trois images. Et plus rarement sur une page. C'est drôle, étrange, décalé, un peu absurde et souvent assez surprenant. Notre Chat se pose un tas de questions sur toutes sortes de choses. Il a une façon de voir les réalités de la vie on ne peut plus particulière. Jeux de mots, calembours et blagues en tous genres ne manquent pas. C'est un vaste et désopilant fourre-tout qui ne manque pas de charme et qui mériterait d'être remboursé par la sécurité sociale.

4/5

Citations : « Imaginons un instant que je commande un autre muscadet... Et le garçon qui me l'apporte trébuche et fasse un écart sur la rue. Le chauffeur de la voiture qui passerait à ce moment donnerait un grand coup de volant pour l'éviter. A son tour, l'autocar qui suivrait à vive allure, en freinant, déraperait sur une tache d'huile et faucherait trois petits vieux qui attendraient le tram. L'autocar terminerait sa course dans la tranchée des ouvriers du gaz en arrachant la canalisation. Il y aurait une énorme explosion dans toute la rue et... Je vais plutôt commander un jus de tomate. »

« J'aime beaucoup mon cardiologue. Je vais à l'oeil chez mon ophtalmo. Ma dermatologue je l'ai dans la peau. Mon radiologue écoute RTL. J'ai une dent contre mon prothésiste. Je partage les goûts de mon stomatologue. Mon entérologue me fait chier. Je suis fou de mon psychiatre. »

« Saluons l'initiative de la banque nationale de Suisse qui fait désormais imprimer sur ses billets les consignes de lavage permettant ainsi d'obtenir un meilleur blanchissement de l'argent sale sans risque de faire rétrécir les billets. »

« On dit que lorsqu'une oeuvre de Mozart s'achève, le silence qui suit est encore du Mozart. Moi, c'est pareil, quand j'ai dit une connerie, le silence qui suit a l'air très con aussi. »

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07/05/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 4/1ère partie)

22:34 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : science-fiction, anticipation, création |  Facebook |

06/05/2012

Les amants du Saint Laurent (Alain Dubos)

les amants du saint laurent.jpgEn 1833, à Montréal comme dans tout le reste du Canada, les descendants des Français vivent sous le joug de l'Anglais depuis 1760. Ils sont traités comme des citoyens de seconde zone et subissent le favoritisme, la corruption, le déni de droit et même la spoliation pure et simple. La dernière révolte a été matée dans le sang. Lors d'un voyage à l'est du Saint Laurent, le jeune Frédéric Fonteneau, fils cadet d'un notaire et déjà clerc dans l'étude de son père, découvre la misère des paysans et les injustices qu'ils doivent subir. Il tombe amoureux de la belle Adeline Desrouets, fille d'un pauvre laboureur. Sa famille ne voit pas d'un bon oeil cette union qui ressemble à une mésalliance. Et les désaccords ne vont pas s'en tenir à cela. Adeline et Frédéric vont devoir prendre partie. Le rouleau compresseur de l'Histoire en marche épargnera-t-il les amants du Saint Laurent ?

Un roman sentimental et de terroir sur fond de trame historique qui ne laissera personne indifférent. Le mérite particulier d'Alain Dubos est surtout de nous faire découvrir une période de l'histoire des Canadiens français assez méconnue. La colonisation anglaise fut loin d'être un long fleuve tranquille. Elle ressembla plutôt à un injuste esclavage semé de révoltes et doublé de persécutions diverses et variées quand ce ne fut pas purement et simplement un nettoyage ethnique comme ce fut le cas pour les Acadiens déportés par bateaux entiers jusque dans les marais insalubres de Louisiane. Livre très agréable à lire et surtout très documenté (jusque dans les expressions si pittoresques du parler québécois !) Pas étonnant de la part d'un écrivain comme Alain Dubos, passionné par l'histoire et la culture des peuples francophones du Nouveau Monde. On lui doit également Acadie, terre promise, Retour en Acadie et La Plantation de Bois-Joli. Un livre à conseiller plus pour son volet Histoire que pour ses péripéties sentimentales.

4/5

Citations : « On ne peut guère concevoir nationalité plus dépourvue de tout ce qui peut vivifier et élever un peuple que les descendants des Français dans le Bas-Canada, du fait qu'ils ont gardé leur langue et leurs coutumes particulières. C'est un peuple sans histoire et sans littérature. » (John George Lambton, premier comte de Durham – 1839)

« Regarde là-bas. Des Loyaux, comme mon frère Julien. Ils t'écoutent, paraissent t'entendre, mais leur esprit est ailleurs, dans la compromission molle, la sujétion consentie. Ces faibles acceptent la défaite de Montcalm comme une fatalité. A quoi bon se révolter puisque personne, Français, Américain ou Chinois, ne viendra à leur secours ? Autant reconnaître la loi du vainqueur tout en y cherchant les failles par où se glisser, comme les rats le font entre les sacs de grain. »

«  Comment tolérer ça plus longtemps ? Comment continuer à vivre sous le joug, à voir tant d'énergie détournée et nos Canadiens réduits à mendier la liberté de vivre à leur guise sur leur terre ? Car c'est bien leur terre, n'est-ce pas, où gît leur ascendance, où palpite leur matrice. Cartier, Champlain, Talon, Frontenac ! Seigneur ! Que penseraient de nous ces hommes s'ils revenaient au monde ? »

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