22/08/2012

Ma belle Irlandaise (Charles Exbrayat)

Ma belle Irlandaise.jpgPatrick Mulcany, très médiocre agent de la CIA, rêve de découvrir le pays de ses ancêtres, la verte Irlande. Profitant d'un congé un peu forcé, il part au « vieux pays », se rend d'abord à Londres puis à Dublin et finit par se diriger vers Galway et le berceau de sa famille d'origine. Il va s'y retrouver sans le vouloir centre puis victime d'une sorte de traquenard quand il tombe amoureux d'Oona, une très belle Irlandaise qui ne correspond pas du tout à l'image qu'il s'était faite d'elle : c'est une voleuse qui se retrouve même accusée de meurtre...

Ce roman « policier » d'Exbrayat usurpe un peu son qualificatif dans la mesure où la partie réellement policière de cette histoire ne s'enclenche vraiment qu'à une cinquantaine de pages de la fin, après un début dans un style espionnage parodique, Mulcany se révélant un vrai agent-catastrophe dont le service n'a plus qu'une envie : s'en débarrasser. Cela aurait pu donner lieu à un roman de veine purement comique, mais très vite, le lecteur se retrouve vite enlisé dans une histoire banalement sentimentale et platement fleur bleue assez peu intéressante. Et, tout à la fin, après une séries de péripéties amoureuses lassantes, tout rebondit et s'achève sur quelques pirouettes vaguement policières et assez improbables. Finalement, d'un bout à l'autre de cette histoire, Patrick Malcany n'aura été que le dindon naïf de toutes sortes de farces. L'ensemble demeure assez décevant et plutôt loin de la qualité des productions habituelles du grand Charles Exbrayat.

3/5

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20/08/2012

La grande bonace des Antilles (Italo Calvino)

la grande bonace des Antilles.jpegSur un ordre idiot d'un général, un régiment qui défile s'égare dans la cour intérieure d'un immeuble... Une ville entière peuplée de voleurs se retrouve déstabilisée quand un seul habitant honnête ne participe pas au système et finit par mourir de faim... Un pays étrange où, à chaque fin de mandat, les chefs sont décapités le plus légalement du monde... Une foule qui se réchauffe au soleil pendant que les conjurés amis de Brutus s'apprêtent à assassiner César... Des journalistes interviewant l'homme de Neandertal, l'empereur Montezuma ou Henry Ford... Une poule qui crée bien du tracas aux services de sécurité d'une usine... Des militaires qui traquent les écrits sulfureux dans une bibliothèque...

« La grande bonace des Antilles » est un recueil de textes, articles, nouvelles ou extraits de romans inachevés pris sur l'ensemble de la carrière d'Italo Calvino, c'est à dire de 1943 à 1984. Comme toujours dans ce genre de livre, le lecteur y trouvera un peu de tout autant dans les styles (Calvino les ayant à peu près tous abordés, de la nouvelle à la fable, de l'apologue au récit et du conte au roman sans oublier les dialogues théâtralisés) que dans les registres : le social, côtoyant l'absurde, le poétique ou l'allégorique s'alliant au réaliste et le politique au moraliste. Bien évidemment, il en est de même de l'intérêt de cette compilation. Certains textes sont de véritables petits chefs d'oeuvre (comme « Le mouton noir », « Le régiment égaré », « Un général dans la bibliothèque », « La décapitation des chefs » ou « La dernière chaîne », fable cruelle contre l'abrutissement télévisuel) alors que d'autres sont d'un intérêt moindre comme « La glaciation » qui fut un texte de commande pour un compagnie japonaise de spiritueux et qui garde un petit relent... alimentaire. Ce livre intéressera néanmoins les véritables fans du grand auteur italien.

4/5

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18/08/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 6/7ème partie)

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Bienvenue sur Deliciosa couv.jpg- Tu es bien naïf, mon petit gars. Si KJ te dit que c’est fichu, c’est que ça l’est. Ils nous tiennent et pas que par les grossistes. Les producteurs aussi sont de leur bord. Il faut laisser tomber, c’est tout…

- Ca m’ennuie, j’avais besoin de ce job pour survivre…

- Tu es jeune, tu trouveras autre chose, tu rebondiras, j’en suis sûr. Un gars futé, débrouillard comme toi, je ne me fais pas de soucis… Il n’y en a pas eu beaucoup à te suivre dans ton truc de souterrain. Ca m’a bien amusé, ton histoire. C’est pour cela que je t’ai laissé faire.

- Merci, King…

- Seulement, aujourd’hui, tout est terminé. Rien ne va plus. Le grand KJ va livrer sa dernière bataille… L’heure est grave, Tom, l’heure est très grave… Est-ce que je peux compter sur toi ?

Son regard se fit soudain dur, soupçonneux. Sans doute avait-il été si souvent trompé, abandonné qu’il n’avait plus confiance en grand monde et qu’il avait besoin de se rassurer sur la fidélité de sa garde rapprochée. Son ultime bataillon était-il prêt à se battre jusqu’à la mort ?

- Absolument, chef. J’ai toujours été fidèle…

- Oui, mais aujourd’hui, c’est complètement différent. Es-tu toujours, vraiment, sincèrement, indéfectiblement un KJ’s black boy même si ceux-ci ne sont plus qu’une pauvre poignée ?

- Je le suis comme je l’ai toujours été, lui répondis-je de ma voix la plus assurée.

Le gras visage du vieux chef s’orna d’un grand sourire de soulagement.

- A la bonne heure, s’exclama-t-il. Es-tu bien chargé ?

- J’ai une lame, lui répondis-je en songeant au cran d’arrêt qui ne quittait jamais ma poche de pantalon.

- Pour ce à quoi tu vas être mêlé, ça ne convient pas du tout. Il te faut du lourd.

Et il sortit d’un des tiroirs de son bureau un engin bizarre qui ressemblait très vaguement à un pistolet automatique.

- Je préfère que tu prennes ça. C’est un vrai swinger, la toute dernière arme des flics. Une petite merveille de technologie. Il a tout : la visée nocturne, le laser et même le détecteur de chaleur et le correcteur de trajectoire. L’arme absolue. Même si tu tires à côté de la cible, tu fais mouche…

Je n’en revenais pas. Je n’avais jamais entendu parler d’un pareil engin. Je le prenais en main, le soupesais et l’examinais sous toutes les coutures.

- Je n’ai pu en avoir que trois. Tu vois la faveur que je te fais. Te voilà aussi bien armé que moi.

- Merci, patron, c’est un honneur…

- Bon, je t’explique un peu ce qu’on va faire. On ne peut pas se lancer dans une bataille rangée avec ces salauds. Donc, on va se contenter d’une sorte de guérilla urbaine à l’intérieur de leur propre territoire. Exactement comme ils ont fait chez nous. On pratiquera par opérations coup de poing en deux équipes de cinq. Nous venons de déterminer une dizaine d’objectifs pour cette nuit et ce serait bien le diable qu’on n’arrive pas à leur porter de sales coups. Les explosifs sont prêts, les gars déterminés et je prends même la tête des troupes…

En soi, l’idée n’était pas mauvaise et même excellente, quoiqu’un peu tardive. Etait-il encore temps de renverser la vapeur, je ne le savais pas trop. Mais l’enthousiasme apparent de KJ me décida. D’ailleurs, que pouvais-je faire d’autre ?

- Ah, ça me rappelle le bon temps, disait le boss, on va leur en mettre plein la gueule, tu vas voir… Départ dans cinq minutes. Tu montes dans le deuxième glisseur…

On s’est donc retrouvés à cinq par véhicule, armés jusqu’aux dents et prêts à en découdre. Les gars étaient partagés entre la trouille et l’excitation d’avant les batailles. Avec l’autre glisseur, nous devions ouvrir la route au chef car on s’attendait à rencontrer des barrages qu’il faudrait forcer. La voie était libre. Nous partîmes sans encombre. Nous nous trouvions éloignés d’une cinquantaine de mètres quand le pilote de l’engin de KJ appuya sur le contact et déclencha une explosion terrible qui se répandit comme une monstrueuse boule de feu qui illumina tout le quartier pour retomber en divers débris incandescents… Le glisseur du boss avait été piégé ! Il venait de sauter devant nos yeux éberlués ! Heureusement pour nous, notre pilote accéléra aussitôt et prit très vite de l’altitude. Quelques bouts de métal percutèrent la calandre, mais sans vraiment faire de dégâts…

Comment ses salopards avaient-ils pu s’y prendre pour mettre au point un pareil feu d’artifice ? En permanence, KJ gardait un œil sur ses glisseurs. Il y avait toujours un guetteur à proximité et puis, bon sang, nous étions sur notre territoire ! Comment ces faces de rats pouvaient-elles s’y prendre pour se glisser parmi nous sans se faire repérer ? La seule explication plausible ne pouvait être qu’une complicité. Autant dire une traîtrise… Mais l’heure n’était pas aux règlements de compte. Le pilote fit redescendre notre glisseur dès que l’incendie commença à se calmer. Nous nous précipitâmes, espérant malgré tout sauver quelque malheureux. C’était complètement inutile. La fournaise avait été si énorme qu’il n’était pas question d’espérer retrouver autre chose que des cendres ou des restes complètement calcinés. Le souffle de l’explosion avait creusé la chaussée sur deux mètres de large et un mètre de profondeur. Les vitres avaient été soufflées partout alentour. Plusieurs baraques montraient des pans de murs effondrés. Il faut dire que dans le coin, les constructions étaient tout ce qu’il y a de vétuste ou de léger. Des gens commençaient à accourir. Quelques-uns étaient blessés, avaient le visage tailladé par les éclats de verre qui avaient dû voler dans tous les sens. Et bien sûr, pas un bruit, pas une sirène d’ambulance ou de pompiers. La solitude, l’abandon… Et soudain, partant de tous les côtés à la fois, des tirs d’armes automatiques se déchaînèrent d’un seul coup. Je me jetais à terre et sortit le swinger de ma poche. Je l’armai et appuyai sur la détente, presque sans viser, en tendant l’engin approximativement dans la direction d’un des tireurs embusqués que je ne voyais même pas. Un rayon laser de couleur verte stria la nuit noire, opéra un virage à l’angle d’un immeuble et disparut. Il y eut comme une explosion qui me fut révélée par une vive lumière qui éclaira l’endroit. Le swinger avait dû faire mouche car le silence s’établit dans cet angle mort, alors que les tirs continuaient de plus belle. Mes frères s’étaient jetés à terre. Trois d’entre eux se cachaient derrière le glisseur et essayaient de répliquer en tirant à l’aveuglette. Le pilote rampait à terre à quelques pas de moi. Soudain, une rafale plus précise faucha en même temps les trois du glisseur. Ils s’étaient fait repérer et prendre à revers par leurs tirs tous azimuts. J’envoyais un second rayon en direction de l’endroit d’où était venue la rafale et neutralisait ainsi un autre angle. Les tirs ne provenaient plus que de deux ou trois endroits. J’estimais que le groupe ennemi ne devait pas comporter plus d’une dizaine de snipers, mais comme ils étaient placés stratégiquement, ils conservaient un avantage énorme. Des tirs épars reprirent et à ce moment, j’entendis un cri. C’était notre pilote qui venait d’être touché alors qu’il était resté allongé au sol à moins de cinq mètres de moi.

A SUIVRE

09:03 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/08/2012

Le corbeau vient le dernier (Italo Calvino)

le corbeau vient le dernier.jpgLiberesco, le jeune jardinier anarchiste, couvre de cadeaux insolites Maria Nunziata, la petite servante bigote... Au bord de la mer, deux bandes de gamins se disputent une vieille épave rouillée... Deux enfants pauvres, Giovannino et Serenella, pénètrent par le trou d'une haie dans une riche propriété, se baignent dans la piscine, jouent au ping pong et se régalent avec le goûter d'un jeune châtelain neurasthénique... Un peu plus tard, à l'aide de roseaux et de bouts de bois, ils jouent à la guerre et se retrouvent en plein milieu du théâtre de vraies opérations... A cause d'un importun, un chasseur et son fils rentrent bredouilles d'une chasse au lièvre... Le fils d'un propriétaire terrien doit surveiller des ouvriers agricoles en train de moissonner. C'est l'oeil du maître, mais il ne connaît rien à rien... Pietro et son frère Guido, deux jeunes bons à rien, font le désespoir de leurs vieux paysans de parents qui doivent trimer pour les entretenir...

« Le corbeau vient le dernier » est un recueil de 24 courtes et souvent surprenantes nouvelles dont l'action se situe dans les derniers mois de la seconde guerre mondiale dans une Italie déchirée entre Allemands, miliciens, Anglo-américains et partisans. Elles narrent de tout petits faits de la vie quotidienne avec fantaisie, humour et ironie amusée. Certaines sont plus cruelles que d'autres. La meilleure reste « La maison aux ruches » avec son apiculteur misanthrope qui vit en autarcie au sommet d'une colline en refusant tout contact avec la civilisation. Magnifique et cruelle, elle est particulièrement réussie grâce à sa chute étonnante. A travers ces petits récits réalistes, poétiques, mélancoliques, pittoresques et souvent fort drôles (« Vol dans une pâtisserie » en est une magnifique démonstration), Calvino nous fait découvrir la réalité disparue de ce petit peuple de l'époque avec ses gamins pouilleux, ses chasseurs, ses vieilles prostituées sur le retour, ses GI's en goguette, ses paysans matois ou exploités, ses délateurs, ses voyous et autres demeurés célestes... Bien entendu, pas du niveau du célèbre « Baron perché », mais bien agréable à lire quand même.

4/5

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15/08/2012

La passion de Joseph Pasquier (Georges Duhamel)

La passion de Joseph Pasquier.jpg1925. Alors que Cécile en est à sa quatrième tournée triomphale en Amérique et que Laurent et Jacqueline coulent des jours heureux avec leurs trois enfants, rien ne va plus pour Joseph, l'homme d'affaires richissime. Ses intrigues pour se faire accepter à l'Institut tournent court. Au Mexique, une société de recherches pétrolières lui coûte une fortune et accumule les revers : puits ne crachant que de l'eau salée, grèves à répétition et incendies volontaires. Joseph a déjà dépensé un million de francs en pure perte quand il décide de s'en débarrasser pour une somme ridicule. Il apprend ensuite que tout va mieux et que l'affaire va rapporter gros alors qu'il est déjà trop tard. Il se retrouve également avec 300 tonnes de lentilles invendables sur les bras. Son secrétaire particulier l'abandonne en rase campagne au pire moment. Hélène et lui se séparent ce qui déstabilise gravement leur dernier fils Jean-Pierre et a pour conséquence un drame dont on devine que Joseph ne s'en remettra pas.

Ce dixième tome de la Chronique des Pasquier est certainement le plus dramatique de la série. La folie mégalomane de Joseph l'a poussé au-delà des limites du raisonnable. Ses mauvais choix mettent en panne une machine à profits si bien huilée, ses accumulations de biens, ses affaires compliquées, ses trafics plus ou moins honnêtes finissent par écraser l'arriviste qui perd de plus en plus le contrôle. Et le châtiment tombe. L'argent ne fait pas le bonheur, dit-on. Duhamel le démontre magistralement dans cette histoire éminemment morale tout en immergeant son lecteur dans le monde impitoyable des affaires, monde dans lequel il faut toujours réussir. Le moindre échec amenant rejet et mépris du reste de la profession. Les méthodes des spéculateurs et autres grands financiers sont minutieusement démontées. A un siècle de distance, elles permettent même de mieux comprendre certains éléments de la crise économique actuelle.

4,5/5

08:34 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/08/2012

Suzanne et les jeunes hommes (Georges Duhamel)

suzanne et les jeunes hommes.jpgSuzanne fait partie de la troupe du théâtre des Carmes, elle en est même l'actrice vedette quand Eric Vidame, le directeur et metteur en scène, pour de sordides questions d'argent préfère donner sa place à la maîtresse d'un de ses mécènes. Voyant tous ses rêves de grands rôles du répertoire lui échapper, elle part s'installer à Nesles, à la Cavée des Portes, demeure du peintre Philippe Baudoin. Elle y découvre une famille d'artistes, tous peintres, sculpteurs ou musiciens, vivant dans une grande harmonie et dans une belle simplicité, une sorte de maison du bonheur ouverte à tous les talents et où tous les jeunes hommes sont amoureux d'elle. Venue pour un court séjour, elle y restera deux mois. Pendant ce temps, Joseph voyage en Egypte, Cécile donne des concerts en Suède et Laurent se trouve à Lisbonne.

Ce neuvième et avant dernier tome de la « Chronique des Pasquier » est assez différent des autres à plus d'un titre. Plus de récit épistolaire, plus de narration tous azimuts, mais une concentration sur le personnage attachant et ambigu de Suzanne, cette âme souffrante qui ne se réalise qu'à travers la comédie et finalement ne peut vivre que par procuration. Duhamel consacre pratiquement tout le livre à cette plongée dans le monde impitoyable du théâtre avec ses metteurs en scène prétentieux, ses comédiens plus ou moins serviles ou cabots et toutes les splendeurs et misères de la mise en oeuvre d'une pièce de théâtre. Véridique et affligeant. La famille Baudoin représente une sorte d'antithèse un peu idyllique qui démontre par l'absurde que l'art peut aussi être vécu en toute gratuité et en toute sincérité naïve. Un beau roman qui reste dans le domaine familial et au sujet duquel le lecteur ne pourra s'empêcher de se poser une question de simple vraisemblance. Tous les hommes de la famille sont partis à la guerre en 1914 et tous sont revenus sains et saufs (excepté Justin, l'ami juif). Quelle chance inouïe !

4,5/5

08:42 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/08/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 6/6ème partie)

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Bienvenue sur Deliciosa couv.jpgSur notre groupe de quatre, deux se montrèrent aussitôt hostiles à ma proposition. Pour eux, c’était trop dangereux. Il fallait sortir de notre territoire, se risquer en terrain inconnu, sans protection et sans garantie aucune de réussite. Seul, Rocky, un jeune jamaïcain malingre, snifeur de Bang et fou de reggae, accepta de me suivre dans mon apparent délire. Il fallut tout d’abord repérer un passage. Inutile d’essayer par les rues. Partout il y avait des barrages tenus par les nôtres ou par les Pakis et à quelque distance un second check point de la police. Autant dire mission impossible. J’envisageais aussi d’escalader le mur d’enceinte du ghetto, mais j’y renonçais quand j’appris qu’il y avait sans cesse des patrouilles, d’un côté comme de l’autre. Je ne voulais pas prendre le risque de nous faire pincer avec une grosse quantité de marchandise. La seule solution qui nous restait, consistait à passer par les sous sols. Nous avons assez vite trouvé des endroits où les égouts débouchaient dans les galeries du subway. Bien sûr, le métro s’arrêtait maintenant à la hauteur des zones interdites, les accès avaient été murés, mais il ne nous fallut pas plus de deux jours pour y creuser un passage. Sous terre, nous étions tranquilles, nous ne manquions pas d’endroits discrets pour cacher notre marchandise. La clientèle étant plus aisée, il nous fut facile de doubler nos tarifs sans avoir de problème d’écoulement. Nous écumions les endroits branchés de la ville, les abords des dancethèques, des stimrooms, des holos et autres excites. Le succès fut immédiat. Nous pouvions très largement payer notre redevance au gang et il nous restait pas mal d’argent. Bien sûr, nous devions faire attention à ne pas nous faire cueillir car les flics auraient difficilement accepté de voir en nous des enfants de diplomates ou de gros pontes du show-biz black. Il y avait en effet toute une bourgeoisie de couleur qui vivait dans de belles demeures dans la partie « honnête » de la ville et leurs rejetons ne se gênaient pas pour mener la grande vie. Nous fîmes en sorte de très vite leur ressembler en nous habillant dans les mêmes boutiques et en fréquentant les mêmes lieux. L’argent commençait à bien rentrer, il n’était plus question de zoner dans des squats. Nous prîmes goût aux hôtels, d’abord assez minables, puis de plus en plus luxueux…

 

Je devais avoir environ dix huit ans quand notre gang passa un très mauvais moment. Un à un nos hommes se faisaient flinguer au moindre coin de rue. Je ne sais pas moi-même comment j’ai pu en réchapper. Sans doute parce que je passais plus de temps en dehors du ghetto qu’en dedans. Mon fidèle Rocky lui-même disparut sans laisser de traces et je me retrouvais seul un soir devant la baraque de KJ sans aucune marchandise à fourguer. Je frappais à la porte de la rue. Un minuscule guichet grillagé s’ouvrit. Un œil apparut et m’examina de la tête aux pieds. Je me serais cru devant l’entrée d’un club privé très sélect alors que j’étais simplement devant un immeuble pourri du coin le plus délabré de ce foutu BTW…

- Bordel, c’est moi Tom, tu me reconnais, ducon ?

Et l’autre accepta enfin d’ouvrir sa porte blindée pour me laisser entrer. Il y avait deux gars dans l’escalier en train d’astiquer de gros flingues d’assaut et plusieurs à l’étage avec des kalachs. La planque de King Johnson sentait la panique, la défaite, la débandade. Les mecs avaient des regards tristes et même apeurés. Ils me laissèrent entrer dans la piaule de KJ. Ce n’était plus l’ambiance des grands jours. Personne ne riait, ni ne buvait, ni ne fumait. On ne pouvait pas faire plus lugubre dans le genre. Entouré de deux conseillers, les deux plus anciens de la bande, le majestueux parrain me reçut sans faire de manière.

- Alors, Tom, on vient aux ordres ?

- Ben, chef, je crois qu’on est mal… Je ne sais pas ce qu’est devenu Rocky…

- Ne le cherche pas, me répondit le boss d’une voix traînante. On vient de retrouver son corps sur Chesterton Street, pas loin de Falcon Square. Ils l’avaient accroché, pendu par les pieds, à poil, éventré et émasculé comme un mouton à l’abattoir…

- Dégueulasse ! Ce pauvre Rocky, il n’aurait pas fait de mal à une mouche…

- Ils ont encore franchi un échelon dans l’horreur. Ces salauds de Pakis veulent nous dégoûter définitivement. Ils ont même pris la peine d’accrocher une pancarte autour de son cou avec cette inscription écrite en arabe et en anglais : « Alcoolique, inverti et drogué, il a subi un juste châtiment ! Que tous ceux qui en font autant s’attendent à la même chose voire à pire ! » Je ne vois pas ce que ces tarés pourraient inventer de pire…

- Ils osent faire des incursions de plus en plus fréquentes dans notre propre zone…

- Tu veux dire que nous ne contrôlons plus rien et que nos frères et nos sœurs ne sont plus en sécurité nulle part… Comment veux-tu que je reprenne la main ? Le gang a encore perdu dix gars cette nuit. Sept sont morts et trois autres ont disparu… Nous ne sommes plus qu’une petite dizaine, quinze fois moins qu’à la grande époque…

J’étais jeune, je ne réalisais pas la gravité de la situation. Je ne pensais qu’à mon intérêt personnel, à ce petit business que je ne voulais pas lâcher. Les jérémiades du patron ne m’intéressaient pas le moins du monde…

- Mais, boss, pour ce qui est du Bang et de l’herbe… ça ne va pas non plus. Il y a plus d’une semaine que je n’ai pas vu un ravitailleur ni même un encaisseur… D’ailleurs, j’ai amené moi-même l’argent des redevances…

Je fouillais dans ma poche pour en sortir un rouleau de billets préparé à cet effet, quand il m’arrêta d’un geste : « Laisse tomber, petit, on oublie. Garde tout, tu vas en avoir besoin quand il faudra te planquer… »

- Je ne comprends rien, chef…

- Oublie l’herbe, dis-toi que c’est fini. Le gang s’est fait piquer le marché. Le grossiste bosse maintenant avec les autres, il ne veut plus entendre parler de nous. On s’est même fait taxer nos derniers ballots d’herbe dans notre entrepôt des quais. Dans ce coup-là, on a laissé cinq frères sur le carreau. Ils se sont battus comme des lions, jusqu’au dernier, mais les autres étaient beaucoup plus nombreux. Ils ont croulé sous le nombre. C’est pour cela que tu n’as vu personne venir à toi…

- On ne pourrait pas organiser une autre filière…

A SUIVRE

08:56 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/08/2012

Le combat contre les ombres (Georges Duhamel)

Le combat contre les ombres.jpg1914. Laurent, devenu chef divisionnaire à l'Institut National de Biologie, se voit infliger la présence de Birault, un assistant aussi incapable que déplaisant. Malgré tous ses efforts, il ne parvient pas à s'en débarrasser car l'homme est pistonné et bénéficie du soutien de Larminat, son supérieur hiérarchique. La presse en fait écho. Justin est maintenant rédacteur en chef de l'Eveil de l'Ouest, un journal nantais. Raymond, le père, a changé de lubie. Il enseigne quelque temps « le secret du prestige personnel » sous le pseudonyme de « Professeur Guillaume de Nesles » avant de partir voyager en Algérie avec sa jeune secrétaire. Laurent et Jacqueline Bellec se fiancent et n'auront pas le temps de se marier car survient la mobilisation générale. Joseph, Ferdinand et Laurent sont appelés. Raymond et Justin engagés volontaires.

Ce « Combat contre les ombres », huitième tome de la Chronique des Pasquier, mérite bien son titre. En effet, Laurent, qui se retrouve sur le devant de la scène, est contraint de lutter contre des forces aussi puissantes qu'incompréhensibles pour lui. Il est victime de la rumeur et petit à petit broyé dans une cabale médiatique, très soigneusement décrite par G. Duhamel. Alors qu'il a raison et qu'il est en position de victime, la presse et la lâcheté du milieu scientifique arrivent à renverser les valeurs et à le faire passer pour un tyran et un incapable. Petit à petit, il perdra tous ses avantages , sa réputation d'homme intègre et jusqu'à son travail dans une affaire ridicule de mesquinerie. Il y a du Maupassant ou de l'Anatole France (« Crainquebille ») dans ce livre à l'intrigue particulièrement bien menée. Le lecteur quitte les héros de cette famille de français moyens un peu extravagants à un moment crucial, celui où le monde bascule dans les horreurs de la guerre...

5/5

08:24 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/08/2012

Cécile parmi nous (Georges Duhamel)

Cécile parmi nous.jpgCécile, la pianiste mondialement connue, s'est mariée avec Richard Fauvet, intellectuel souffreteux qu'elle n'a jamais aimé, uniquement dans le but de devenir mère. Un petit Alexandre, âgé de deux ans au moment de cet épisode (1913) a comblé son désir. Mais Richard, se sentant rejeté, a commencé à courtiser Suzanne, la jolie jeune soeur comédienne, ce qui scandalise Justin Weill, toujours secrètement amoureux de Cécile et le conduira à certains excès. Joseph, ayant perdu un marché d'approvisionnement en armes sur le front bulgaro-turque, tente de se remettre en selle en montant de toutes pièces une affaire de balles explosives qui secoue grandement l'opinion. De son côté, Raymond, le père, poursuit une nouvelle lubie : devenir un grand écrivain et obtenir le prix Goncourt. Mais pour l'instant, les éditeurs ne se bousculent pas pour le publier, excepté un seul qui lui demande 4000 francs pour financer un compte d'auteur tout en le couvrant de compliments.

Ce septième tome de la Chronique des Pasquier suit la progression des principaux personnages en laissant un peu de côté Laurent et en mettant en exergue Cécile, la musicienne qui, après avoir tout sacrifié pour son art en fait autant pour son enfant et se retrouve finalement au coeur d'un nouveau double drame familial. Plus il avance dans cette saga, plus le lecteur se prend de compassion et d'empathie pour des personnages qu'il suit depuis si longtemps, presque pas à pas. Duhamel les observe et les décrit avec une précision et une minutie d'entomologiste. Qu'ils soient antipathiques comme Joseph, fantasques comme Raymond ou Cécile et même sympathiques comme Laurent et Justin, tous demeurent passionnants et le lecteur n'a de cesse de savoir ce qui va leur arriver par la suite. Car telle est la bonne vieille règle du feuilleton familial réussi.

4,5/5

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06/08/2012

Les maîtres (Georges Duhamel)

Les maîtres.jpgEn septembre 1908, Joseph use du subterfuge d'une fausse ruine pour soutirer de l'argent à sa propre famille alors qu'il est riche à millions. Laurent est tiraillé entre ses deux maîtres, Chalgrin avec qui il prépare son doctorat ès sciences au Collège de France et Rohner de l'Institut Pasteur pour son doctorat de médecine. Justin est devenu simple ouvrier dans une filature à Roubaix. Sénac, après avoir travaillé pour Chalgrin puis pour Joseph, se laisse de plus en plus aller à son mal de vivre. Il se dégoûte lui-même suite à une malversation qu'il a commise.

Commencé de manière plus sombre et plus dramatique que le précédent tome de la « Chronique des Pasquier », celui-ci avance par paliers sur le chemin des désillusions. Les deux maîtres vénérés de Laurent se livrent une guerre sans merci, Rohner se montrant particulièrement odieux avec Chalgrin lequel finira mal après avoir tenté une ultime réconciliation. Il en sera de même pour Sénac, cet être malveillant et torturé qui fut pour une grande part dans l'échec du phalanstère d'artistes et qui finalement retournera ce mal de vivre contre lui-même dans une sorte de conclusion logique. Toujours magnifiquement écrite et pleine d'observations judicieuses sur la réalité humaine, cette saga familiale se poursuit sous forme de lettres envoyées à Justin par Laurent. Le lecteur, qui doit deviner les réponses, suit pas à pas le héros découvrant que, chez de grands hommes admirables et respectables, le génie scientifique peut s'allier aux pires bassesses et aux plus petites mesquineries.  

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04/08/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 6/5ème partie)

Bienvenue sur Deliciosa couv.jpgAucune trace de la merveilleuse Félina. J’en arrive même à me demander si je n’ai pas rêvé tout ce que je te raconte…

- Onirisme quand tu nous tiens… Je me demande quel est le rôle de ces deux escorts… Il est bien possible qu’Anlow ait pratiqué de la même façon avec Eva…

- Ce qui me déplait fortement, dit Oncle Tom. Je ne suis pas partageur…

- Je m’en doute et je me demande si ces deux-là ne sont pas des leurres…

Ils quittèrent la salle de sport après avoir pris une bonne douche et se dirigèrent vers la terrasse de la paillote de la plage où ils s’installèrent pour prendre l’apéritif sous un parasol qui les protégeait des ardeurs des luminaires qui tenaient lieu de soleils. John prit un TnT, boisson pétillante et alcoolisée qui rappelait vaguement un mélange rhum champagne. Tom préféra une double absinthe, une DeeZee, qui prenait une couleur bleutée quand on y versait de l’eau. Ils trinquèrent à leur bonne santé et l’oncle reprit là où il en était : « Je me surprends moi-même et ce n’est pas normal. Toute ma vie, j’ai été proche des femmes. Je les ai manipulées, j’en ai toujours fait ce que j’ai voulu et voilà que je me fais prendre au piège comme un bleu ! Ce n’est pas pensable… Pas moi, pas Oncle Tom, « l’Etalon Noir » ! Oui, c’est comme ça qu’on m’appelait dans mon quartier. Et puis aussi, « Tom le magnifique »…

- Sur la Terre, tu étais le chouchou de ces dames, ironisa John.

- C’est cela et tu n’imagines pas à quel point… Je suis né dans la banlieue de Blackpool, dans un quartier terriblement défavorisé comme on dit. Je n’ai jamais connu ma mère biologique et encore moins mon père. Je fus recueilli par une grosse maquerelle, Madame Blunt qui tenait une maison de passe clandestine de très bas étage tout au fond du ghetto noir qu’on appelle « Black Town West» ou « BTW ». On ne peut pas imaginer pire coin pour élever un gamin. Je passais le plus clair de mon temps dans la rue ou dans les jupes des prostituées de « Mamy Blunt » vu que c’est comme ça que tout le monde appelait la vieille femme ridée au teint grisâtre qui s’occupait de moi. Son âge me la faisait considérer comme ma grand-mère plus que comme ma mère. Je n’ai aucun souvenir de ma petite enfance. Je me rappelle seulement du cagibi sous l’escalier dans lequel je devais me réfugier le soir après le repas. Je m’y endormais en entendant les grincements des marches sous les pas des clients que les filles emmenaient baiser dans les chambres… A l’école, je ne fus pas un élève brillant, bien au contraire. Je m’acoquinais avec les pires cancres et rebelles et n’appris guère qu’à me faire respecter à grands coups de pieds et de poings. A onze ans, une grosse fille qui me faisait la toilette profita d’une de mes toutes premières érections pour me déniaiser gentiment…

- Qu’est-ce que tu me racontes ? Ces putes te donnaient le bain, comme à un bébé ?

- Tu as parfaitement compris… J’étais leur bébé à toutes. Elles adoraient s’occuper de moi, comme de leur poupée, me laver, me brosser, me peigner, m’habiller, même grand. Et moi, je me laissais faire jusqu’à cette époque là. J’étais bien jeune et bien naïf et après tout, ce n’était pas du tout désagréable. La grosse ne sut pas se montrer discrète. Elle raconta à tout le bordel comment j’étais devenu un homme. Bon nombre de filles en profitèrent. Sans doute cela les changeait-elles de leurs clients habituels, obsédés sexuels, contrefaits, vieillards ou solitaires rejetés et autres déchets humains peu ragoûtants. Un peu de chair fraîche dans un monde de brutes ne se refusait pas. Pour ma part, j’en retirai une éducation sexuelle aussi poussée que précoce. Quand Mamie Blunt se rendit compte de la tournure que prenaient les choses, elle y mit promptement le holà. Il était hors de question de me transformer en sex toy. Pour me soustraire aux menées libidineuses de ses filles, elle m’envoya dans un internat assez coté dans lequel je ne restais pas plus d’une quinzaine, juste le temps de me faire renvoyer. Ce fut ma dernière expérience éducative…

- Les études, ce n’était pas ton fort !

- Je ne rentrai pas chez Mamy Blunt. Je traînai dans les rues et me fit rapidement admettre dans une bande de petits voyous de bas étage qui vivaient de toutes sortes de trafics et d’expédients. A cette époque-là, la police de Blackpool ne rentrait quasiment plus dans le BTW. C’était trop dangereux. Elle en contrôlait très vaguement les accès et nous, à l’intérieur, on avait carte blanche. En fait, un ordre avait simplement pris la place d’un autre. La zone était partagée entre deux puissantes bandes dirigées par deux parrains. D’un côté, il y avait les Pakis qui obéissaient à leur chef Abd El Moumia que tout le monde appelait Moumia et de l’autre, les Blacks aux ordres de KJ, autrement dit « King Johnson ». Les territoires correspondaient à peu près à l’emplacement des deux populations. Tous les incidents se produisaient en limite de fiefs. Les Pakis essayaient sournoisement de nous grignoter et nous, nous nous défendions. Des fois, cela allait très loin. Il y a eu de véritables batailles rangées pour la conquête d’un simple bloc de six immeubles. Une fois, 18 morts (dix Pakis et 8 frères blacks quand même) et plus de quarante blessés sont restés sur le carreau. Et pas de police ni d’ambulance pour intervenir. Rien. Ces salauds se disaient qu’on allait s’entretuer jusqu’au dernier, qu’il suffisait de rester assis au bord du fleuve et d’attendre tranquillement que les cadavres glissent au fil de l’eau. Mais rien ne s’est passé comme ça…

- Je me rappelle en effet qu’à une époque, le mot d’ordre était de laisser les ghettos s’autogérer, commenta le traqueur, on ne pouvait pas intervenir. Les dirigeants craignaient plus que tout la bavure, les médias étaient à l’affût… Imagine un asthmatique, un cardiaque qui aurait passé l’arme à gauche dans une manifestation ou lors d'une intervention des flics !

- De toutes les façons, les dernières opérations policières s’étaient toutes soldées par une dérouillée en bonne et due forme. Les Pakis et nous, on oubliait tous nos différents le temps de nous en prendre aux flics et eux n’avaient pas le droit de nous tirer dessus. On s’est pas gênés pour les massacrer !

- Et c’est juste après ce « Bloody Friday » où il y a eu plusieurs centaines de blessés, dont certains très graves du côté de la police, qu’ils ont décidé d’édifier un mur autour du BTW. Ca a un peu renâclé dans les médias, mais bizarrement, cela s’est vite calmé, car le phénomène était mondial. Les banlieues brûlaient un peu partout dans la Fédération Occidentale et l’heure n’était plus à l’arrosage des lieux à coup de milliards de subventions dans l’espoir imbécile d’acheter la paix sociale…

Bienvenue sur Deliciosa couv.jpg- Tu sais, John, à l’époque j’étais encore très jeune. Je n’avais qu’une envie, survivre. Notre petit groupe se trouvait tout en bas de l’échelle du gang de KJ. Nous dépendions de plus vieux que nous, des gars de 18 ou 20 ans qui se baladaient avec de vrais guns et étaient les véritables hommes de main du boss. Encore qu’ils devaient certainement obéir à d’autres un peu plus haut placés. Nous avons commencé comme petits revendeurs de GeeGee, la green grass, l’herbe à fumer qui rend béat, baba et même complètement abruti. Il fallait qu’on en case la plus grande quantité possible. Les grands venaient chaque soir relever les compteurs et si on n’avait pas bien vendu, on passait un sale quart d’heure. On vivait dans un squat l’été et dans la cave d’un immeuble louche l’hiver. Ils nous laissaient tellement peu pour vivre que souvent il me fallait soit aller manger chez Mamy Blunt qui n’avait pas le cœur à me renvoyer affamé et réduit à voler de la nourriture dans les derniers magasins de la zone. Petit à petit, nous allions nous transformer en clochards, en SDF, en rats d’égout, quand il me vint une idée. En allant dans la partie chic de la ville, on pourrait vendre plus facilement et surtout beaucoup plus cher notre bonne herbe. Le quartier était bouclé, mais il devait bien y avoir des passages possibles. Comment les commerçants de BTW approvisionnaient-ils leurs étals ? Comment nos chefs faisaient-ils entrer les ballots de GeeGee ?

A SUIVRE

08:34 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/08/2012

Le désert de Bièvres (Georges Duhamel)

Le désert de Bièvres.jpgEn janvier 1907, Laurent et quelques-uns de ses amis artistes décident de se lancer dans un projet un peu utopique : créer un phalanstère, sorte de communauté hippie avant la lettre. Ils emménagent à Bièvres, non loin de Verrières, dans une vaste maison délabrée et installent une presse à imprimer dans une des salles communes. Ils s'appelleront « Les Solitaires », travailleront de leurs mains, cultiveront la terre et élèveront quelques animaux. Ainsi seront-ils libres et heureux et ne dépendront d'aucun système. Première concession : il leur faut trouver des mécènes désireux d'investir dans le projet et des clients prêts à leur passer commande pour que leur petite entreprise soit viable... Justin Weill, l'ami juif de Laurent est le plus enthousiaste. Il sera le plus gros contributeur, le premier installé et le dernier parti. Laurent mettra entre parenthèses ses études de médecine si brillamment commencées. Il recevra la Légion d'honneur pour s'être inoculé le vaccin antipneumococcique découvert par son patron Hermerel et pour avoir fait grandement avancer les connaissances médicales.

Ce cinquième tome de la Chronique des Pasquier est très différent du précédent. Beaucoup plus vivant, beaucoup plus pittoresque. Cette expérience de vie communautaire inspirée des idées libertaires et anarchistes de Fourier est absolument passionnante. S'y révèlent toutes sortes d'attitudes, de caractères et de fortes personnalités comme le musicien Testevel, le peintre Brénugat ou le poète Sénac. Tout ce petit monde, plein d'illusions et de générosité, prêt à toutes les concessions, découvre peu à peu les difficultés de la vie en groupe. Au bout du compte, le paradis rêvé se transforme en enfer, même pavé de bonnes intentions. Les mêmes causes entrainant les mêmes effets, les phalanstères du début du 20ème siècle n'eurent pas plus de réussite que ceux de la fin du XIXème ou du XXème. En moins d'un an, il se passe une foule de choses et c'est absolument passionnant de réalisme et de vécu. Pour l'instant, le meilleur tome de la série.

5/5

08:41 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/07/2012

La pente (M.A. Pellerin)

la pente.jpgA Meliville, petit patelin perdu dans le bocage normand, il s'en passe de belles. Deux hurluberlus repeignent un troupeau de vaches laitières à la peinture fluo avant d'abandonner une citerne en pleine nuit au milieu de la route, juste après un virage dangereux. Le résultat ne se fait pas attendre. Gérard Dagil, le clerc de notaire du village, au volant de sa voiture, percute l'obstacle inattendu et meurt des suites de cet accident idiot. Marie, la pharmacienne voisine et amie de Dagil décide de mener l'enquête. Mais avec les taiseux du bocage et dans le contexte de la rivalité entre les Germain et les Turquin, sans oublier de louches tractations pour implanter une exploitation gravière dans la vallée, la tâche va se révéler moins aisée que prévue...

Un polar ou thriller campagnard assez difficilement classable. Très travaillé au niveau du style qui se veut au plus proche du langage parlé de ces paysans aussi secrets que lourdingues et très proches de la caricature assez méchante du monde rural. Ce n'est néanmoins pas trop désagréable à lire avec toutes ces déformations patoisantes bien que Pellerin en arrive à retranscrire les dialogues à la manière d'un livret de théâtre ou d'opéra, ce qui donne une présentation sans grand intérêt. L'intrigue est relativement simple, l'enquête basique voire inconsistante, l'auteur se focalisant plus sur l'ambiance rurale ce qui donne un ensemble assez médiocre au bout du compte. Une solution peu convaincante étant proposée en toute fin d'ouvrage. N'est pas ADG qui veut...

2,5/5

08:59 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/07/2012

La nuit de la Saint-Jean (Georges Duhamel)

La nuit de la saint jean.jpgJuin 1905. Suite à un nouvel esclandre de Raymond Pasquier, toute la famille quitte la rue d'Alésia pour aller s'installer rue du Faubourg Saint Antoine. Joseph, qui obtient de beaux succès dans les affaires, se retrouve propriétaire de deux immeubles à Paris, d'une résidence sur la Côte d'Azur et d'une jolie propriété située non loin de la forêt de Carnelle. Il la baptise du pompeux et charmant nom de « La Paquellerie ». Il y invite famille, amis et personnalités comme le sulfureux peintre Delcambre. Laurent poursuit sa formation dans le laboratoire de l'illustre Renaud Censier qui ne sait comment déclarer sa flamme à Laure, une de ses jeunes disciples. L'ennui, c'est que Laurent a également un penchant pour la belle...

Ce quatrième tome de la « Chronique des Pasquier » marque un peu le pas. Mis à part la réussite de Joseph, il ne se passe pas grand chose de vraiment nouveau. Les personnages sont égaux avec eux-mêmes. Le Docteur Pasquier continue de plus belle ses frasques. Maintenant il se prend pour un grand inventeur. Le lecteur en arrive à se demander quand il va devenir raisonnable. Laurent est toujours aussi mal dans sa peau et n'arrive toujours pas à trouver sa place dans le monde. On espère que l'intérêt sera relancé dans la suite.

4/5

09:09 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/07/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 6/4ème partie)

Bienvenue sur Deliciosa couv.jpg- Faut dire qu’il y en a qui ne nous facilitent pas la vie…

- Certains se couchent à des heures pas possibles alors que d’autres se lèvent aux petites aurores…

- Et d’autres, comme cette Lilia, nous pourrissent carrément la vie !

- Je ne comprends pas, fit Lili. Cette fille est une des rares résidentes volontaires et pourtant, c’est la plus rebelle… Elle serait un cas social ou une reléguée, je comprendrais…

En entendant cela, John se demanda dans quelle catégorie il devait se situer lui-même. N’étant pas volontaire, il n’avait pas payé son séjour, devait-il se considérer comme relégué ou comme cas social ? Il avait toujours pensé que des congés offerts par son administration relevaient d’une sorte de prestation sociale. Un doute s’immisça soudain dans son esprit. Et si sa dernière affaire avait été comprise comme une faute professionnelle entraînant sanction ? Une sorte de mise à pied provisoire ou définitive. L’exclusion discrète suivie de la relégation et du bannissement sans espoir de retour en grâce. Après tout, on ne lui avait remis qu’un aller simple vers Deliciosa. Son séjour était censé durer un mois, mais allez savoir… Ses supérieurs étaient passés maîtres en matière de duplicité. Peut-être n’avaient-ils trouvé que ce biais pour se débarrasser d’un traqueur qu’ils ne trouvaient plus assez fiable ? Il avait beau se forcer, il n’arrivait pas à intégrer mentalement cette hypothèse. Elle lui semblait complètement invraisemblable.

Les trois animateurs se trouvaient maintenant devant la case de Lilia. Sans frapper et en se faisant les plus discrets et les plus silencieux possible, ils entrèrent en s’éclairant avec leurs lampes torches. John s’approcha et risqua un œil dans l’interstice d’un volet. Il se retrouva témoin d’une scène pour le moins étrange. Lilia était étendue sur le lit, visiblement endormie. L’animatrice sortit de la mallette une sorte de masque à gaz constitué d’une matière translucide, y adapta une petite cartouche métallique que John soupçonna contenir un gaz anesthésiant. Elle l’adapta sur le visage de Lilia en le maintenant solidement et en appuyant de toutes ses forces pour l’obliger à respirer uniquement par son intermédiaire. Son corps fut parcouru de quelques soubresauts, puis se détendit complètement sous l’effet du produit. Les deux boys entrèrent en action. Pendant que l’un rabattait la chemise de nuit sur la poitrine de « l’opérée », l’autre lui ôtait son slip et lui écartait ensuite très largement les cuisses, découvrant ainsi un sexe largement offert. Du vanity, il sortit ensuite une sorte de godemiché de plastique beige prolongé par une assez longue canule qu’il introduisit dans le vagin de la malheureuse Lilia. Cela ne devait pas être très agréable car celle-ci se mettait parfois à remuer malgré l’anesthésie et le deuxième boy devait maintenir fermement les jambes de la patiente pendant que Lili en faisait autant du côté de la tête.

L’opérateur ressortit la canule et en plaça l’extrémité à l’intérieur d’un minuscule tube à essais qu’il cacheta aussitôt. Incroyable, ces monstres venaient de prélever les ovules d'une résidente inconsciente, en pleine nuit, comme des voleurs ! John ne chercha pas à en voir plus. Il se remit immédiatement en marche vers le Grand Hôtel…

 

Le lendemain matin, John retrouva Tom en train de transpirer abondamment sur un vibro-muscleur à contre poids. Lui-même enfourcha la machine placée juste à côté de lui, un rétropédaleur à galet d’inertie.

- Alors, lui demanda Tom, comment s’est passée ta petite escapade nocturne ?

Et John lui narra sa sinistre découverte…

- Ce ne sont pas les scrupules qui les étouffent, ces salopards, commenta-t-il. Figure-toi que pendant ce temps-là, il m’en est arrivé une bonne. Tu sais que je suis au mieux avec Eva. Et justement, hier soir, je la sentais bien disposée à mon égard. Bref, nous étions tout près de conclure. Nous étions en train de nous embrasser devant la porte de sa chambre quand soudain apparurent brusquement, à chaque extrémité du couloir de l’étage, comme sortis de terre, nos deux amis animateurs, Félina et Anlow…

- Et que vous voulaient-ils ?

- Simplement nous envoyer au lit, chacun de notre côté. Très câline, Félina me prit par la main et m’entraîna vers ma chambre pendant qu’Anlow, tout aussi persuasif, prenait Eva par les épaules et la menait dans la sienne.

- Et vous n’avez pas protesté ? s’étonna John Slim Kwick.

- Non, il faut que tu comprennes que cette fille, c’est la perfection faite femme. Dès qu’elle commence à s’intéresser à moi, je perds tous mes moyens, je n’ai plus aucune volonté. Elle est tellement douce, tellement câline, elle pourrait me mener n’importe où par le bout du nez…

- Ou celui d’autre chose…

- Ne plaisante pas, je t’en prie. C’est terrible, cela tient du sortilège, du maléfice… J’ai bien peur d’en être tombé amoureux…

- Pas du tout, Tom, c’est juste sexuel. Elle a un corps esthétiquement remanié. Tes yeux ont été charmés, ta peau émoustillée et tous tes sucs excités.

- Bien qu’asiatique, j’ai l’impression qu’elle pourrait me compléter parfaitement.

- On a toujours cette impression quand on désire fortement une femme, remarqua John.

- Mais est-ce vraiment une femme ? J’ai eu le sentiment d’avoir affaire à une diablesse ou à une androïde d’une humanité si parfaitement imitée que mes sens ne pouvaient plus faire la différence…

- Je pencherais plutôt pour un clone de la grande actrice eurasienne, Pee Lin, tu sais celle que l’on voit dans tous les films de kung fu de série D. C’est un véritable canon, cette fille…

- Je n’en sais rien. Toujours est-il, qu’à peine dans la chambre, elle s’est littéralement jetée sur moi. Ah, cette fille, c’est de la braise. J’étais dans tous mes états. Elle m’a débarrassé de mes vêtements très délicatement et est allé se changer dans la mini salle de bain. Elle est réapparue dans un petit kimono de soie rouge et a commencé à se trémousser devant moi. J’étais comme fou, mon sexe se dressait comme un mât qui relevait indécemment le drap du lit. Sur la table de nuit, je me saisis d’un verre de ce qui me sembla être un alcool de malt quelconque et je l’avalais d’un trait tant j’avais la bouche sèche. Félina laissa tomber le kimono à ses pieds et me rejoignit entre les draps. A cet instant, je ressentis comme un flash qui me fit basculer dans un monde d’irréalité. J’avais conscience d’une présence très tendre, très douce à mes côtés. Je flottais dans une sorte de béatitude bienheureuse. J’étais dans un rêve extrêmement agréable, mais je suis incapable de te dire si nous avons fait l’amour ou pas. Je n’ai qu’une certitude, c’est que ce matin, je me suis réveillé calme et reposé mais complètement seul dans la chambre.

A SUIVRE

08:33 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/07/2012

Vue de la terre promise (Georges Duhamel)

vue de la terre promise.jpgNous retrouvons la famille Pasquier en 1900. Laurent, le jeune narrateur, qui va avoir 20 ans, est étudiant en biologie à la Sorbonne. Les Pasquier touchent enfin l'héritage de la tante Mathilde. Toujours aussi mauvais gestionnaire, le père, devenu médecin (mais avec fort peu de patients) achète un terrain à Créteil. L'ennui c'est qu'il ne vaut rien et qu'il est totalement enclavé et sans accès de servitude. Pour ne rien arranger, il engrosse Paula Lescure, jeune domestique de la moitié de son âge. Les frères aînés vont bientôt se marier. Cécile, très touchée par la fin tragique de Valdemar, son mentor et pygmalion ténébreux, ainsi que Laurent, meurtri par le choix d'Hélène pour laquelle il nourrissait une sorte d'amitié amoureuse, vont eux aussi bientôt voler de leurs propres ailes.

Dans ce troisième tome, la Chronique se fait douce-amère. Laurent entre dans l'âge adulte qui est celui de toutes les libertés mais également celui de toutes les désillusions. L'inconséquence de son père lui pèse. L'avarice et l'amour effréné de l'argent développé par Joseph le navre au point qu'il en déchire en mille morceaux un billet de mille francs et le jette dans la Seine devant ses yeux effarés du jeune affairiste. L'ambiance familiale lui pèse de plus en plus. Il est donc temps pour lui de quitter le nid... Toujours très intéressante (c'est l'époque de l'affaire Dreyfus, la famille est partagée entre pro et anti-dreyfusards comme tout le monde devait l'être sans doute...) et toujours très finement racontée, cette saga familiale se laisse lire avec grand plaisir d'autant plus que l'on s'attache aux personnages, pour la plupart haut en couleurs et néanmoins fort proches de nous. A suivre.

4,5/5

08:35 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/07/2012

L'épouse mal réveillée (Erle Stanley Gardner)

l'épouse mal réveillée.jpegUn soir, Scott Shelby tombe à l'eau depuis le pont d'un yacht sur lequel il avait été invité pour traiter d'une affaire immobilière. Sa femme Marion est surprise à ce moment précis, sur le pont, un révolver à la main. Les témoins ont entendu un coup de feu et le corps du malheureux n'a pas été retrouvé. Pourtant Shelby avait la réputation d'être un excellent nageur. Dans des conditions normales, il n'avait que peu de chance de finir noyé. S'agirait-il d'une manipulation ? C'est d'autant plus probable qu'une fort compliquée affaire d'exploitation de gisement de pétrole reste en arrière-plan. L'avocat Perry Mason, sa secrétaire Della Street et son ami Paul Drake, détective privé, vont tenter de débrouiller cette peu banale affaire.

Un roman policier de facture tout ce qu'il y a de classique avec un très fort accent judiciaire. Perry Mason, tout comme l'auteur, est avant tout avocat. On est dans le style énigme à résoudre style Agatha Christie (en moins sophistiqué) ou Conan Doyle (en nettement plus basique). Le style de Gardner n'a pas vieilli. Le roman, publié en 1945, reste agréable et facile à lire car très basé sur les dialogues, ce qui le rend vivant et rythmé. Il n'en reste pas moins que cela reste de la littérature de divertissement facile, sans autre ambition que de faire passer un agréable moment au lecteur. Un peu plus d'humour et des personnages un peu plus épais auraient été les bienvenus.

4/5

08:56 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/07/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 6/3ème partie)

Bienvenue sur Deliciosa couv.jpgIls se mirent à rire tout en déposant leurs premiers jetons sur le tapis vert. Le croupier leur distribua sept cartes à chacun. Les joueurs les regardèrent en les soulevant très discrètement. Le jeu consistait à assembler la meilleure combinaison possible de cartes formant une suite de même couleur ou un carré voire une quarte ou une tierce. Tout n’était qu’une question de chance au tirage et de sang froid ensuite car il était possible de faire monter les enchères sans avoir grand-chose et de décourager l’adversaire. La tactique voulait que l’on essaie de reculer au maximum le moment fatidique où il fallait retourner les cartes et montrer ce qu’on avait réellement. Une grosse dame emperlousée et un petit homme ridé et maigrichon jetèrent l’éponge dès le premier tour. Les trois amis et les quatre joueurs restants allongèrent dix dolros supplémentaires pour obtenir une carte de plus et rester dans la partie. C’était assez risqué pour Eva qui n’avait qu’un jeu très disparate, fait de petites cartes qui ne se suivaient même pas. Tom Green trustait trois jokers et espérait en voir arriver un quatrième. Quant à John, il avait en main une quarte assez prometteuse as, roi, dame valet à carreau qui pouvait lui assurer la victoire. Eva récupéra le dernier joker, Tom, un as de pique et John, un dix de carreau qui confortait un peu plus son avance. Deux autres joueurs passèrent et l’on relança de dix nouveaux dolros. A cette dernière donne, rien d’intéressant ne fut récupéré par les trois amis. Il était temps d’annoncer la couleur. Le premier joueur, un quinqua coiffé d’un panama déclara qu’il passait. Eva et Tom en firent autant. Il ne restait plus en course que John et un vieil homme aux yeux cachés derrière des lunettes noires.

- Quinte ! annonça-t-il d’une voix sourde.

- Pas mieux, répondit John.

- Hauteur ? demanda le croupier.

- Au 10.

- A l’as, fit John en étalant sa suite sur la table et en ramassant l’ensemble des jetons.

Ils continuèrent la soirée en changeant plusieurs fois de table de jeu. Trictrac, howling bowl, main courante et roulé boulé les amusèrent tour à tour. Ils gagnèrent, puis perdirent, puis regagnèrent et reperdirent à nouveau, tant et si bien qu’au moment de monter se coucher, il ne leur restait plus rien des cent dolros investis…

John se sentait l’esprit assez embrumé après toutes ces heures passées à boire et à jouer aux tables du Casino. Laissant ses deux amis, il se dirigea vers la sortie, souhaitant aller profiter de la fraîcheur de la nuit. Mais il trouva la porte du hall d’entrée fermée. Un vigile s’approcha. C’était un grand africain solidement bâti qui lui demanda aussitôt : « Que désirez-vous, Monsieur ? »

- Sortir… Ca ne se voit pas ?

- Et pourquoi donc, Monsieur ?

- Pour prendre l’air tout simplement…

- Mais vous en avez ici du très bon, climatisé, filtré…

- Ouvrez-moi, vous dis-je !

En lançant ces paroles dans l’énervement, il réalisa soudain la futilité de son exigence. Depuis qu’il avait découvert que tout Paradise Resort vivait sous un dôme de matière synthétique bleutée, qu’il soit dedans ou dehors ne changeait sans doute rien. Ce devait être partout le même air climatisé produit de façon identique !

- Monsieur, reprenait le vigile, il est plus de trois heures du matin et je ne suis autorisé à ouvrir qu’à titre tout à fait exceptionnel et en en référant. Les résidents doivent impérativement se reposer. S’ils ne dorment pas assez, ils peuvent maigrir, s’étioler alors qu’au contraire, ils sont là pour grossir, prospérer… Je faillirai à mon devoir !

- Et moi, j’ai juste besoin de faire un petit tour dehors. Pas longtemps. Allez, dix minutes, un quart d’heure, pas plus…

- Bon, alors je dois en référer à mes chefs.

Et le grand noir se mit à parler dans une langue bizarre en s’adressant à un petit micro accroché au revers de la veste de son costume sombre. Cela prit un certain temps. Sans doute que le petit chef devait lui-même en référer à un plus grand, lequel était lui aussi obligé de s’adresser à un supérieur et ainsi de suite jusqu’au sommet, sans doute Balena. L’autorisation ou le refus devait ensuite redescendre toute la pyramide de commandement avant de revenir jusqu’à John…

- Allez-y, fit le vigile, la direction vous accorde un quart d’heure et n’allez pas au-delà de l’esplanade de la plage…

John sortit. Il faisait nuit noire. Quelques petits points de lumière brillaient faiblement sur la voûte sombre. John Slim ne put s’empêcher de songer que tout cela était parfaitement imité puisqu’ils se trouvaient être avec Tom, les seuls parmi tous les résidents à avoir découvert la réalité de Paradise Resort. Les allées étaient complètement vides. Le traqueur se dirigeait vers la palmeraie quand il entendit des voix et des bruits de pas derrière lui. Il se dissimula derrière le tronc d’un gros palmier et observa deux boys, sans doute Tuti et Totu, accompagnés d’une AA (aimable animatrice), peut-être Lili, mais il n’en était pas sûr du tout, qui venaient dans sa direction. La fille portait une petite mallette grise genre vanity case. John les entendit se plaindre au passage.

- Quel métier ! Mère nous fait trimer jour et nuit…

- … Jamais un moment de repos…

A SUIVRE

09:14 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/07/2012

Le jardin des bêtes sauvages (Georges Duhamel)

le jardin des bêtes sauvages.jpgEn 1895, Laurent Pasquier qui a maintenant 15 ans est entré comme boursier au lycée Henri IV. Son frère Joseph fait son service militaire à Toul. Son frère Ferdinand accompli un stage chez un avoué de la place Vendôme et sa soeur Cécile devient une véritable virtuose du piano sous la houlette de M.Dietrich et du fantasque Valdemar Henningsen. Le situation financière de la famille est loin de s'être améliorée et comme un malheur n'arrive jamais seul, une indiscrétion permet à Laurent de découvrir la double vie de son père. Il le vit très mal.

« Le jardin des bêtes sauvages » deuxième tome sur les dix que comporte la « Chronique des Pasquier » fait entrer le lecteur plus avant dans l'intimité de cette sympathique et malheureuse famille. Les apparences sont trompeuses et cachent quelques défauts et turpitudes. L'image du paterfamilias irréprochable, moralisateur et donneur de leçon en prend un très gros coup. Se dévoilent également l'avarice et la cupidité de Joseph, la sottise de Ferdinand et d'autres facettes de la personnalité de la petite Cécile. Le style de Georges Duhamel est toujours vif, agréable et élégant en dépit de ses habituelles envolées lyriques, un peu dépassées de nos jours. Au delà de l'intérêt historique et sociologique de cette fresque, le lecteur se laisse peu à peu gagner par une empathie certaines pour des personnages attachants malgré tout et dont il se demande comment ils vont évoluer au fil du temps.

4,5/5

09:13 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/07/2012

Le notaire du Havre (Georges Duhamel)

Le notaire du Havre.jpgEn 1889, la famille Pasquier (Raymond, Lucie et leurs quatre premiers enfants, Joseph, Ferdinand, Laurent et Cécile) tire le diable par la queue dans son petit appartement de la rue Vandamme, quartier Montparnasse à Paris. Raymond poursuit d'interminables et fort tardives études et Lucie fait des travaux de couture et s'occupe de ses enfants. Mais un jour, la famille apprend que Lucie pourrait bénéficier d'un héritage suite au décès de ses deux soeurs au Pérou. L'ennui c'est qu'elle n'en a encore que l'usufruit car le décès de l'une des soeurs n'est pas confirmé. L'argent est donc bloqué. La famille ne récupère que quelques meubles et vit dans l'attente de l'arrivée d'une lettre du « Notaire du Havre » leur annonçant enfin la bonne nouvelle... Mais elle tarde à venir et chaque jour la famille s'enfonce un peu plus dans la misère.

« Le notaire du Havre » est le premier des dix tomes que comporte le grand oeuvre de G.Duhamel, « La chronique des Pasquier ». Racontée par la bouche de Laurent, le benjamin des garçons, celui qui deviendra biologiste et est en quelque sorte l'avatar de l'auteur, cette histoire simple et savoureuse d'une famille modeste de la fin de XIXème siècle est intéressante à bien des points de vue. Pour le lecteur d'aujourd'hui, c'est une véritable plongée dans un monde disparu (calèches, allumeurs de réverbères, chanteurs de rue et autres lavandières ayant depuis longtemps quitté nos rues), un témoignage touchant de sincérité sur la vie des petites gens de ce temps-là et une galerie de personnages hauts en couleur : le père étudiant, fort caractère et plutôt grande gueule, la mère courage toute dévouée à sa nichée, la soeur pianiste surdouée déjà promise à une belle carrière et les garçons plus ou moins intéressés par les études, sans parler d'une quantité de personnages secondaires (voisins, connaissances, etc...) comme on n'en rencontre plus. Un début de saga magnifiquement écrit, qui a très peu vieilli, si l'on fait abstraction de quelques envolées lyriques, et qui annonce une suite prometteuse pour cette saga.

4,5/5

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14/07/2012

Les racines du Yucca (Koulsy Lamko)

Les racines du yucca.jpgA Mexico, un étiothérapeute diagnostique chez un écrivain d'origine africaine en mal d'inspiration, une allergie au papier. Il lui conseille d'aller se mettre au vert au plus vite. Arrivé à Santo Domingo de Kesté, au fin fond du Yucatan, il rencontre quelques Mayas, survivants de la guerre du Guatémala, qui lui racontent leurs tribulations et leurs souffrances. Il se retrouve en eux et fait un parallèle entre les situations politiques de l'Afrique et de l'Amérique du Sud. Les guerres, la violence, le déracinement, les exactions de « L'Hydre » (comme il l'appelle sans préciser plus, à chaque lecteur de mettre un nom sur la coupable...) sont les mêmes de chaque côté de l'Atlantique.

Il faut préciser qu'étant juré pour le Prix Océans, je me suis obligé à lire ce texte de bout en bout. Et ce ne fut pas une petite affaire, mais un véritable pensum. Il va sans dire qu'en temps ordinaire, j'aurais abandonné dès le premier tiers tant je n'ai pas accroché à cette absence d'histoire, à ce patchwork prétentieux fait de bribes, de tout et de rien, rempli de digressions, de descriptions inutiles, de détours et d'accumulations de petites scènes de violence souvent répétitives jusqu'à l'obsessionnel. Nul doute que M. Lamko estime proposer un style narratif absolument génial de sophistication et de poésie. Permettez-moi de n'y voir que préciosité pédante, lourdeurs approximatives et bouffissures absconses. On a quelquefois la très pénible impression que c'est écrit pour écrire, rempli pour remplir, fait de bric et de broc, tel le brouet aussi infâme qu'indigeste de celui qui parle pour ne rien dire, saisi de logorrhée nombriliste et qu'on y applique à la lettre le fameuse sentence du regretté Michel Audiard : « Ce n'est pas parce qu'on est c... et qu'on n'a rien à dire qu'il faut fermer sa g... » J'ai noté au passage (ce qui explique tout peut-être) que ce pseudo-chef d'oeuvre avait été produit « dans le cadre d'une résidence d'écriture » hollandaise, euphémisme pour parler de ces bourses d'écriture qui sont rarement gages de qualité, mais très souvent tout le contraire.

2/5 

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12/07/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 6/2ème partie)

Bienvenue sur Deliciosa couv.jpgJohn et Tom éclatèrent de rire et le trio se dirigea vers le bar pour prendre un cocktail sans alcool, confortablement installés sous les parasols. Les deux hommes, sans même s’être concertés, ne jugèrent pas utile d’informer Eva de leur découverte…

Après le dîner qui ne fut qu’un nouveau gavage d’oies humaines, la plupart des résidents restèrent affalés dans les fauteuils du club, occupés à digérer leur pantagruélique repas. Un certain nombre préféra remonter dans les chambres. Il n’en resta qu’une petite minorité pour s’élancer sur la piste de danse. Oncle Tom accapara Eva Brown pour une série de doo-boops endiablés. John les accompagnait en tapant des mains. Quand le rythme ralentit, Alena apparut dans une robe fourreau de soie bleue marine qui s’harmonisait avec la couleur de ses yeux d’un gris bleu métallique. Elle se dirigea vers John qui l’entraîna immédiatement vers la piste de danse pour un glouslow lascif, la belle se frottant délicieusement contre lui.

Pendant ce temps, Eva et Tom dansaient, tendrement enlacés quand un éphèbe athlétique et brun tenant par la main une délicieuse eurasienne en robe de soie rouge, fendue très haut, s’approcha d’eux et s’imposa en leur disant : « Changement de partenaires… »

La belle se lova dans les bras du grand noir pendant que l’escort boy basané enlaçait langoureusement la jolie métisse. La longue série de glouslows se transforma en une suite de frottis frottas fort excitants, le bas ventre des filles titillant celui des garçons qui, évidemment ne restaient pas insensibles. Chacun de leur côté, John et Tom se demandaient jusqu’où les deux escort girls étaient prêtes à aller… Eva, elle-même se sentait attirée irrésistiblement par le boy qui se prénommait Anlow alors que quelques minutes auparavant, elle fondait littéralement devant Tom. Une sorte de charme étrange et un peu malsain s’emparait des trois couples. Les mains caressaient, tâtaient, palpaient. Les corps se frôlaient, se cherchaient. L’excitation montait, montait et d’un seul coup retomba, dès que la musique s’arrêta. John fut le premier à se ressaisir. Alena était charmante, mais il sentait qu’elle l’attirait vers une voie de traverse, une fausse route. Son cœur lui parlait de Lilia alors que son corps s’échauffait pour l’allemande. Tom en était au même point avec Félina, sa partenaire asiatique si souple et si caressante.

- J’en ai un peu assez de la danse, fit-il. Si on allait jouer au casino ?

John et Eva approuvèrent immédiatement alors que les trois autres essayaient de les retenir sur la piste. Le casino et ses jeux d’argent l’emportèrent sur la danse et ses préludes sexuels. Le lieu était luxueux avec ses moquettes épaisses, ses lustres de cristal, ses tables de bois précieux. D’interminables séries de machines à sous s’alignaient le long des murs, attendant en clignotant les clients pour les dépouiller. Des croupiers obséquieux en smoking noir lançaient leurs classiques : « Faîtes vos jeux ! Rien ne va plus ! »

- Et si on s’installait à cette table de tami ? proposa Eva Brown. C’est tellement amusant !

Les deux amis n’y virent aucun inconvénient. Ils passèrent à la caisse convertir en jetons la somme d’argent qu’ils voulaient jouer en présentant tour à tour leur bracelet magnétique de paiement. Ils convertirent environ cent dolros chacun et John fit remarquer que les escorts avaient filé discrètement.

- Je me demande ce que nous voulaient ces gens, dit Tom en s’asseyant à la table de jeu. Des filles magnifiques qui apparaissent soudain, vous aguichent et disparaissent peu après, c’est assez bizarre…

- J’appelle ça des allumeuses, commenta John.

- Et pour les hommes, est-ce qu’on dit « allumeur » ? demanda Eva.

A SUIVRE

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10/07/2012

Un coeur d'artichaut (Charles Exbrayat)

un coeur d'artichaut.jpgEn 1892, à Gênes, Don Fernandino Nola est à 30 ans un personnage un peu particulier. Ayant toujours vécu choyé par sa mère et par ses soeurs et étant fort plaisant de sa personne, il n'envisage sa vie que comme une longue suite de plaisirs en prenant bien soin de ne surtout jamais travailler. Pour ce faire, il n'a rien trouvé d'autre que de séduire des femmes d'âge mûr voire très mûr et de vivre à leurs crochets. Le commissaire Benito Piediluco lui, est un homme aigri et revanchard qui déteste les femmes depuis que son épouse l'a trompé avec un commis charcutier avant de l'abandonner. Il a entendu parler des frasques du séducteur génois et n'a qu'une envie, le coincer, car les procédés de Don Fernandino le dégoûtent particulièrement. Mais comme la plupart du temps, les victimes sont consentantes, sa tâche s'avère particulièrement difficile.

Bien que publié en son temps par la collection « Le Masque», ce roman reste aux confins du véritable roman policier. Il tient du roman picaresque ou social, de la fable ou du conte philosophique (on a même droit à une fin un peu cruelle, mais morale...) sur le thème de l'escroquerie au mariage, des gigolos, don juans et autres cougars dont on parle tant de nos jours. Cette histoire est amusante, pleine d'humour, de personnages pittoresques et de rebondissements. Il y a de l'arroseur arrosé dans cette affaire, du « tel est pris qui croyait prendre ». C'est très bien observé (le machisme italien en prend pour son grade), magnifiquement raconté dans une langue impeccable. Avec ce livre, le lecteur passe (comme toujours avec Exbrayat) un très agréable moment de divertissement.

4/5

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08/07/2012

Danse avec la neige (Pat Milesi)

Danse avec la neige.jpgDans la vallée des Alpes où l'inspectrice Camille Sora a passé son enfance, un pied humain est retrouvé dans la neige. Un cuistot est assassiné dans les cuisines de son restaurant, le crâne fracassé par un aiguise-couteaux. Il venait de découvrir un gros paquet de cocaïne dans un placard. Un commis de cuisine disparaît alors que le reste du cadavre sans pied est retrouvé dans la montagne. Camille Sora demande à être chargée de l'affaire. Elle connaît tout le monde dans le coin et sait qu'elle pourra bénéficier de l'aide de Véga, son co-équipier et surtout de celle de Martine, sa tante cafetière et buraliste au tempérament bien trempé.

Un sympathique roman policier tendant vers le thriller vu qu'au bout du compte le lecteur se retrouve avec la bagatelle de six cadavres dans une affaire de trafic de drogue un peu particulière. L'enquête est bien menée, les personnages hauts en couleurs et bien campés. Le style un peu approximatif au niveau du vocabulaire (mots employés à mauvais escient comme tabatière qui n'est pas synonyme de buraliste entre autres...) est néanmoins fort agréable par son côté gouailleur, truffé d'expressions cocasses voire d'argot le faisant se rapprocher (de loin) de celui d'un Frédéric Dard ou d'un Alphonse Boudard. Malgré une fin un peu improbable, le lecteur passe quand même un très agréable moment de divertissement à lire ce livre.

4/5

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06/07/2012

Les chambres de la mémoire (France David)

les chambres de la mémoire.jpgBrigid O'Shaughnessy, jeune femme de la riche bourgeoisie genevoise, s'est mariée avec Paul, directeur de la succursale de Paris de la société de son père. Mère gâtée d'un petit Adrien d'un an, elle s'ennuie et quitte le domicile conjugal pour une escapade à Venise en compagnie de Miles Archer, l'assistant du détective privé Sam Spade. De retour à Paris, elle est accusée du meurtre de Miles. Emprisonnée à Fleury-Mérogis, elle clame son innocence.

Ce roman psychologique et introspectif à vague arrière plan policier repose sur une intrigue aussi mince qu'une feuille de papier à cigarette. Qui est vraiment Brigid ? Qu'a-t-elle fait ? Même arrivé à la dernière page, le lecteur ne sera pas plus avancé qu'au début, amusé qu'il aura été par des descriptions de tableaux de Francis Bacon ou par toutes sortes d'allusions et références à Truman Capote, James Ellroy et Dashiell Hammett auquel F.David emprunte le héros en oubliant de grappiller au passage la moindre parcelle du génie littéraire de son créateur. La seule originalité de cet ouvrage, produit grâce à une bourse du Centre National du Livre, toujours généreux avec l'argent du contribuable, réside dans une présentation chorale, faite d'extraits des journaux intimes des différents protagonistes. L'ennui c'est que la langue utilisée est assez approximative (concordance des temps... une assassine... Croyait bon me ramener... etc...) et que les effets faciles abondent tels cette liste interminable de personnages indispensables à la compréhension du XXème siècle ou ces répétitions d'une même phrase ou expression sur des paragraphes entiers. Au total, un exercice de style sans grand intérêt ni épaisseur. On pourra éviter surtout si on aime lire d'authentiques romans policiers.

2,5/5

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05/07/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 6/1ère partie)

Bienvenue sur Deliciosa couv.jpgChapitre VI

 

Ce soir-là, John regagna tristement le cagibi qui lui servait de chambre. Le récit de Lilia l’avait accablé. Comment était-il possible qu’autant de malheurs se soient accumulés ainsi sur les épaules d’une seule personne ? En fait, tout cela relevait d’une parfaite logique. Les lois édictées par le Nouvel Ordre Mondial s’appliquaient dans leur plus grande rigueur à l’ensemble de l’humanité. De grands esprits avaient longuement réfléchi puis débattu sur la question de la prolifération humaine et pensaient œuvrer pour le bien commun. Comme toujours, les technocrates et les dirigeants politiques qui suivaient leurs directives, avaient voulu faire le bonheur du peuple sans se soucier de ses aspirations profondes, sans tenir compte du besoin d’enfants des couples ni de la puissance de l’amour maternel ni des mille autres sentiments qui n’entrent dans aucune équation technocratique. Et lui-même, John Slim Kwick, il avait participé à ce programme, il avait pourchassé des hommes et des femmes par centaines, il les avait persécutés, il avait perturbé leur vie et bouleversé leur destin. Lilia aurait pu être une de ses victimes… D’ailleurs, il avait des dizaines de Lilia à son tableau de chasse. Pendant des années, il avait obéi aveuglément aux ordres. On lui demandait de traquer les contrevenants, il traquait. Sans le moindre état d’âme. Avec la plus totale bonne conscience. Jusqu’à la dernière affaire, celle où il avait commencé à ressentir une sorte de lassitude, de dégoût. Pas de lui-même, bien sûr, mais de ce qu’on lui demandait de faire. Et ce soir, c’était bien pire. Sur ses épaules, s’ajoutait le poids terrible de la responsabilité. Il se sentait coupable et sans aucune circonstance atténuante. Tout ce qu’il avait fait, finalement, n’était pas bien. Briser des vies pour appliquer une loi imbécile était forcément une mauvaise chose et il avait honte de n’en prendre conscience que maintenant. Bien sûr, il se trouvait l’excuse qu’il exerçait un métier, que lui aussi avait besoin de gagner sa vie, qu’il n’avait jamais eu les moyens de discuter les ordres, ni de les assouplir et encore moins de les rejeter. De plus, s’il ne s’était pas comporté loyalement vis-à-vis de son Ministère, il aurait été immédiatement renvoyé et un autre aurait appliqué les ordres aussi cruellement et peut-être plus que lui-même. Il avait beau tenter de rejeter la faute sur le Système, quelque chose ne collait pas. Sa propre culpabilité lui revenait perpétuellement à l’esprit. Aucun système, même le plus pervers ne peut subsister sans un minimum de coopération des êtres humains qui en font partie. Si personne n’apportait plus sa pierre, l’édifice ne pourrait plus s’élever, il ne tarderait pas à se fissurer puis à s’effondrer. Il en était là de ses réflexions, quand on gratta doucement à la porte. C’était Oncle Tom qui lui lança avec un immense sourire révélant une rangée de dents d’une blancheur éblouissante : « Regarde-moi ça, John ! »

Et il déposa sur le lit une magnifique machette d’acier neuf, de près de 70 centimètres de long avec une lame tranchante comme un rasoir.

- Waouh ! Mais c’est un vrai coupe-coupe, ton truc ! Formidable ! J’espère que tu as été discret ?

- Ne t’inquiète pas, John. Il n’y avait personne aux alentours de la cabane à outils. Je suis absolument sûr qu’on ne m’a pas vu. J’ai pris celle-là parmi tout un lot. Ils ne devraient même pas se rendre compte de sa disparition…

- Espérons-le, lui répondit John. Et qu’est-ce que tu caches dans ce chiffon ?

- Là, c’est autre chose… Une petite pelle-bêche militaire, avec un côté tranchant. Un outil polyvalent que je n’ai pas pu m’empêcher d’embarquer par la même occasion…

- Super, fit John. Nous voilà parés…

- Comment va-t-on s’y prendre ? Est-ce qu’on emmène Eva ? Ou Lilia ?

- Pour une première fois, je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Nous devons nous montrer les plus discrets possible. Nous mettrons nos outils sous nos tee-shirts en passant les manches dans la ceinture de nos shorts et nous partirons en petites foulées, comme pour un jogging matinal. C’est permis et je n’ai pas remarqué de caméras au-delà de la palmeraie.

- Le jogging est autorisé mais uniquement sur la piste prévue à cet effet, remarqua Tom. Il y a fort à parier que dès que nous la quitterons, le poste central sera alerté.

- Sans doute, mais on peut encore compter sur un relâchement de leur vigilance et surtout sur un certain laps de temps avant qu’ils ne nous retrouvent. Cela nous permettra d’avancer dans notre débroussaillage…

- Tu as sans doute raison. De toute façon nous n’avons guère d’autre choix. On s’y met quand ?

- Demain matin, 9 heures, juste après le petit déjeuner… Ils ont l’habitude de me voir partir… Cela ne les surprendra pas…

 

Le lendemain matin, à l’heure dite, ils partirent pour leur jogging matinal, séparément et en petites foulées. John laissa Tom prendre un peu de distance et se contenta de le suivre de loin. Sur l’esplanade de la plage, les passants se comptaient sur les doigts d’une main. Aucun boy, aucune fille de Balena à l’horizon. Passé le premier virage qui ramenait vers la palmeraie, John accéléra légèrement pour venir à la hauteur de Tom qui trottinait à une allure très raisonnable…

- Nous allons bientôt quitter la piste officielle, fit John.

Ils regardèrent dans toutes les directions : personne. Sans plus attendre, ils s’engagèrent dans le petit sentier déjà repéré précédemment. Ils accélérèrent alors l’allure espérant gagner ainsi quelques secondes voire quelques minutes sur les gens qui ne manqueraient pas de se lancer à leur poursuite.

- J’aimerais bien savoir comment fonctionne leur système de surveillance, dit Oncle Tom. On ne voit rien !

- Cela ne signifie nullement qu’il n’y a rien…

Ils étaient arrivés à l’endroit où le sentier s’arrêtait comme absorbé par les broussailles, les ronces et les épineux. Ils sortirent leurs outils et avancèrent en se taillant un chemin à grands coups de machette. Ils progressaient plus vite que ce qu’ils avaient prévu. Cent mètres, deux cent mètres et soudain, ils se retrouvèrent face à une paroi bleutée, la limite extrême de Paradise Resort.

- Terminus, fit Oncle Tom. On dirait une immense bulle de verre… Serions-nous tous mis sous cloche ?

- En effet, nous nous trouvons sous un vaste dôme qui n’est pas en verre, mais dans une matière bizarre…

John avait posé sa main contre la paroi qui donnait l’impression d’être un décor et ne permettait pas de voir au-delà. Au toucher, cela ressemblait plutôt à du plastique ou à du plexiglas. Si on appuyait, la matière s’enfonçait légèrement montrant qu’elle n’était pas totalement rigide.

- J’aimerai bien savoir ce qu’il y a derrière ce mur, pas toi ? demanda John.

- Si, bien sûr, mais je me demande si nous ne ferions pas mieux de rebrousser chemin immédiatement… Une patrouille ne devrait pas tarder…

- Attends ! Je vais essayer quelque chose !

Et John brandit la machette en hauteur et d’un grand geste circulaire, tenta de fendre la matière en apparence relativement élastique. Il eut l’impression que la lame s’enfonçait légèrement, mais sans entamer la paroi qui devait être beaucoup plus épaisse qu’il ne s’imaginait. Une douleur terrible lui traversa le poignet, l’obligeant à lâcher son outil qui tomba à terre.

- Tu vois, ça ne sert à rien, commenta Oncle Tom. Ce n’est pas avec ta petite machette que tu ouvriras une brèche dans ce mur. Et cela vaut peut-être beaucoup mieux. Imagine qu’il n’y ait pas d’atmosphère de l’autre côté ou des vapeurs toxiques ou des gaz irrespirables, que sais-je ?

- Tu as peut-être raison, fit John en se massant le poignet.

A cet instant, un bruit strident s’éleva, comme venu de nulle part. Ce son, d’une tonalité suraiguë, à la limite de l’ultrason, se révélait presque insupportable pour une oreille humaine. Les deux hommes ne purent que porter leurs mains à leurs oreilles dans l’espoir d’en étouffer un peu la puissance. Ils abandonnèrent leurs outils sous un buisson épais et reprirent leurs jambes à leur cou en direction de la piste officielle. Il fallait les voir ainsi courir en se bouchant les oreilles ! Heureusement l’étrange sirène s’arrêta à peu près au moment où ils se retrouvèrent sur la bonne piste. Une seconde plus tard, ils aperçurent quatre boys qui venaient vers eux juchés sur de petites plates-formes volantes ultra rapides à environ trois mètres du sol.

- On a eu chaud, commenta Oncle Tom.

Les quatre fils de Balena virèrent sur l’aile sans s’intéresser à eux le moins du monde et prirent la direction du dôme de matière synthétique bleutée.

- Cette saleté de mur doit être munie de capteurs, dit John. C’est moi qui ai déclenché l’alarme en donnant un coup de machette dedans. Regarde, ils se dirigent pile vers l’endroit où nous étions !

- Espérons que nous n’avons pas été filmés…

Le jogging terminé, ils allèrent se doucher à la salle de musculation, puis se dorer la pilule sur la plage où Eva Brown vint les rejoindre bientôt suivie par Alena, une magnifique escort girl teutonne qui ne les lâcha pas de la journée. Après le lunch autour de la piscine, ils se détendirent lors d’un match amical de tennis en double mixte brillamment remporté 6/4, 6/2, 6/3 par la paire Alena et John. Tom s’était défendu vaillamment, Eva avait fait de son mieux, John également. Seule Alena s’était montrée imbattable, renvoyant les balles avec une régularité de métronome, poussant ses adversaires à la faute et n’en commettant quasiment jamais. Les points récupérés par la paire adverse n’étaient dus qu’aux erreurs ou aux faiblesses de John. A l’issue du match, la magnifique walkyrie blonde les laissa en faisant promettre à John de l’inviter à danser pendant le bal qui était prévu après le dîner.

- Je n’en reviens pas, commenta oncle Tom. Tu as vu cette précision, cette puissance de tir…

- J’ai apprécié. Et je crois qu’il vaut mieux jouer avec elle que contre elle.

- Je n’ai jamais affronté une fille aussi puissante, remarqua Eva. C’est à se demander si elle est tout à fait humaine…

- Ce serait une droïde ?

- Ou une bionique ?

- Ou tout simplement une championne de tennis…

- Nous verrons bien, conclut John. D’autant plus qu’on risque de ne pas en rester là…

- Sans doute, fit Eva, il y a des regards qui ne trompent pas. Tu ne l’as pas laissée indifférente…

A SUIVRE

08:51 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/07/2012

Le vicomte pourfendu (Italo Calvino)

Le vicomte pourfendu.jpgLe vicomte Médard de Terralba part sur son fier destrier faire la guerre aux Turcs. Mais, au cours d'une bataille acharnée, un boulet le coupe littéralement en deux. Des médecins usent de toute leur science pour lui sauver la vie et c'est une moitié d'homme gravement mutilé qui est ramenée dans son fief sur une civière. Bientôt tout le monde découvre ce qu'est devenu le vicomte : un être mauvais, haineux et qui ne pense qu'à faire du mal à tout ce qui l'entoure. Mais un jour, l'autre moitié du vicomte réapparaît sous la forme d'une moitié d'homme ressemblante, mais totalement différente. Elle s'évertue à toujours faire le bien autour d'elle...

Ce conte philosophique fait partie avec « Le baron perché » et « Le Chevalier inexistant » de la trilogie « Nos ancêtres ». Magnifiquement écrite, cette histoire totalement improbable permet à Calvino de poser le problème du mal et surtout celui de la dualité toujours active en chacun de nous. Un livre qui fait réfléchir à l'aide d'une petite histoire légère et amusante en apparence. Et bien plus profonde en réalité. « Le Vicomte pourfendu » est également un des réquisitoires les plus convaincants sur l'absurdité de la guerre. Une sorte de démonstration par l'absurde. Spirituel, humoristique et plein de trouvailles poétiques, ce livre est à classer parmi les plus grands textes de la littérature italienne du XXème siècle.

4,5/5

Citations : « C'était une grande famille pleine de neveux et de brus, tous longs et noueux, qui cultivaient constamment la terre en costume du dimanche, noirs et boutonnés, les hommes coiffés d'un chapeau à larges bords, les femmes d'un bonnet blanc. Les hommes avaient de longues barbes et portaient toujours un fusil en bandoulière ; mais on disait qu'aucun d'eux n'avait jamais tiré – sauf sur des moineaux – parce que leurs commandements le leur défendaient. »

« Mais je fais aussi des quantités d'autres péchés ! M'expliqua-t-il. Je porte de faux témoignages, j'oublie d'arroser les haricots, je ne respecte pas père et mère, je rentre tard à la maison le soir. Maintenant, je veux commettre tous les péchés qui existent, même ceux dont on dit que je ne suis pas assez grand pour les comprendre. »

« Paméla, lui dit son père, le moment est venu de dire oui au vicomte Infortuné. A condition pourtant qu'il t'épouse à l'église.

- C'est une idée à toi ou c'est quelqu'un qui te l'a soufflée ?

- Ca ne te plait pas de devenir vicomtesse ?

- Réponds à ce que je te demande !

- Bien. Apprends que celui qui me l'a donnée est l'âme la mieux intentionnée qui soit : ce vagabond qu'on appelle le Bon.

- Ah ! Il n'en a pas fini avec ses inventions, celui-là ? Tu vas voir ce que je vais lui combiner ! » 

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02/07/2012

La geste des Sanada (Yasushi Inoué)

la geste des sanada.jpgUno, un vieux guerrier nippon toujours redoutable en dépit de ses 73 ans, se retrouve responsable de deux châteaux-forts. Il propose de faire allégeance au Seigneur Masayuki, mais ce dernier se méfie particulièrement du bonhomme... Majuna, autre vaillant guerrier, lassé de la vie militaire, abandonne les combats. En chemin, il échange armes et habits contre les haillons d'un paysan. Un peu plus loin, le voilà qui rencontre un autre déserteur qui veut en faire de même avec lui... Yukitsuna, fils du Seigneur Yukimara, disparaît dans une bataille désastreuse pour son clan. On retrouve les dépouilles de tous les guerriers qui ont pris sa place dans la mort, mais pas la sienne. Jusqu'au jour où on soupçonne un vieux charbonnier aux cheveux blancs d'être le fameux fils du Seigneur disparu... Seul rescapé d'un combat absurde, Shinzo est fait prisonnier par les vainqueurs. Ou il reprend du service dans leur camp, ou il a la tête tranchée... Le pas très vaillant soldat Inubo se promène avec trois têtes tranchées enveloppées dans un chiffon et devient garde du corps d'un puissant Seigneur de la guerre...

« La geste des Sanada » se compose de huit histoires (et non pas « nouvelles » car rien ne semble inventé) apparemment toutes tirées de chroniques anciennes d'un époque fort perturbée de l'Histoire du Japon. Les clans se déchainent. Les conflits éclatent à tout moment et pour n'importe quelle raison. Les luttes fratricides s'enchaînent sans fin. Tout le monde défend son honneur. Les petites gens sont mis à contribution dans des combats d'une grande violence. Pour ne rien arranger, le perdant se fait en général hara-kiri et ses plus fidèles guerriers le suivent volontairement dans la mort s'ils ont été battus. Un code de l'honneur assez différent de celui de nos chevaliers car poussé jusqu'au paroxysme, jusqu'à l'absurde. Livre intéressant pour qui veut découvrir l'univers des guerres moyenâgeuses de l'archipel, mais également assez décevant. Pas de souffle, pas de panache ni d'épopée. De petits « faits divers » pas toujours glorieux. Rien de vraiment insolite ou surprenant. Juste une série de descriptions de combats furieux. A la longue, cela devient plat, ennuyeux car répétitif. On ne s'attache pas non plus aux personnages. D'où un peu de déception à l'arrivée.

3,5/5

Citations : « Il s'apercevait que l'attitude irréprochable de cette femme qui, prise en étau entre Sanada et Honda, ne s'était prononcée ni pour l'un ni pour l'autre, était le meilleur parti que pouvait prendre une femme dans la position où se trouvait placée Tsukihimé. Elle ne s'était prononcée ni pour les Sanada ni pour les Honda qui étaient sa famille d'origine. Et elle avait, en définitive, choisi le parti de celui qui était désormais sa seule raison de vivre, à savoir son époux Nobuyuki. »

« Majima Moku était un personnage taciturne, qui, à première vue, avait l'air plutôt obtus et qui semblait ne pas trop savoir que faire son encombrante carcasse. Il paraissait déjà âgé, mais en fait il n'avait que vingt huit ans. Depuis son enfance, il avait été au service de Saémon-no-jô Yukimura, mais avant la bataille de Sékigahara, il avait, tout à fait par hasard, été affecté au contingent de l'héritier des Sanada, Nobuyuki, sous les ordres duquel il était donc désormais placé. »

« - Tu n'es donc pas un paysan ? Dit-il, puis : Puisque tu veux savoir mon nom, je vais donc me nommer. Homme-lige de Messire Saémon-no-suké, je m'appelle Sugi Kakubê ! Cela dit, paysan ou pas, ce dont j'ai besoin, moi, maintenant, ce sont tes vêtements !

A ces mots :

- Sugi Kakubê ? Et moi, je suis Majima Moku.

- Quoi ? Majima ?

Surpris, l'autre avait crié cela.

- Je venais tout juste, ce matin même, d'échanger moi aussi mes vêtements avec un paysan, dit Majima Moku. » 

09:01 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/06/2012

Un rocker de trop (Paul Fournel)

Un rocker de trop.jpgFrédéric Jaunissert, natif de Bourg en Bresse, joue de la guitare solo depuis des années. Il a débuté sous la cagoule des Pénitents de Danny Boy dans les années soixante, il a accompagné Schmoll (Eddy Mitchell) à Nashville (Tennessee) et a même joué avec les plus grands guitaristes de studio de là-bas. Ils l'ont reconnu comme l'un des leurs et lui ont même attribué le prestigieux surnom de « Fast Freddy ». Trainant de concert en studio et de scènes rurales en stades municipaux, il court un peu le cachet et mène depuis trois décennies une vie de rocker professionnel de moyen niveau. Jusqu'au jour où un vieux manager sur le retour lui propose la place de guitariste soliste dans le groupe de Jacky Space, un jeunot qui se la pète un max et qui lui file le blues.

Un court roman sur le monde du show-biz de province et des rockers dans la débine. C'est sympathique pour qui apprécie cette musique et ce milieu et ça sent vraiment l'authentique, le vécu. Ce livre est quasiment un témoignage sur une époque révolue, celle des mobylettes, des teppaz et des petits orchestres de bal qui se mettaient à vouloir imiter les plus grands groupes de rock. Un livre bien écrit, agréable, sympathique et qui se lit très vite. Le lecteur regrette de devoir quitter presque trop tôt ce brave et désabusé Fred Jones et sa rock and roll attitude...

5/5

Citations : « Bien sûr que je l'ai entendu à la radio son zinzin. Comment ne pas l'entendre ? Il a été matraqué sur Europe, sur RTL, sur RMC ; mais j'aime bien doucher un peu Max, surtout quand il grimpe comme ça, quand il m'accroche les revers de blouson pour mieux me hurler dans les oreilles. Je lui dis en toussant que je n'écoute que France-Musique et je recule la tête à cause de l'odeur du cigare et je le calme. »

« L'escalier du parking servait de chiottes, des flaques d'urine et des merdes sur chaque marche. Une lueur là-bas au fond, entre les rangées de 504 familiales déglinguées. Un bordel du diable répercuté par le béton et les tôles. Je me suis arrêté une seconde, assis sur un capot de Simca, j'aurais voulu ne pas avoir de nez, ne pas avoir d'oreilles. Pour la première fois depuis ma cure, j'ai cherché instinctivement des pilules dans ma poche, prêt à replonger. Simplement pour tenir et pour que le monde redevienne doux, un peu plus doux. »

« En 1960, à Bourg, dans le dernier groupe que j'avais créé avant de monter à Paris, rien ne dépassait : on était tous les quatre dans le même costume bleu ciel avec des revers noirs et on faisait sur scène le pas en carré à la mode des Shadows. Pas question de s'offrir la moindre fantaisie. Si je me souviens bien, on portait même de ces petits noeuds twist noirs que l'on glissait sous le col de la chemise. Je m'étais offert des montures de lunettes en écaille (sans verres) pour ressembler à Hank Marvin. »

« Côté tournée, les gamins sont vite rentrés dans les baskets des anciens : ils se lavent pas, mettent du fond de teint par-dessus le fond de teint, du Pento par-dessus le Pento. Ils picolent comme des fous, fument, sniffent et se speedent avec la tentation d'aller jusqu'au bout, le même désir de se défoncer pour voir, pour avoir la paix, pour être en colère, pour avoir l'impression d'être meilleurs, pour avoir la force de détester tous les autres, pour tenir bêtement une semaine de plus, un gala de plus. »

09:10 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/06/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 5/4ème partie)

08:29 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anticipation, science-fiction, création |  Facebook |