17/10/2012

Go By Go (Jon A. Jackson)

Go by go.jpgEn 1917, débarque dans la ville de Butte (Montana) Goodwin Ryder, un jeune employé de l'Agence Pinkerton. Il doit infiltrer les syndicats de mineurs lors d'une très dure grève pour l'amélioration des conditions de travail. Pour cela, il doit approcher Franck Little, un leader charismatique, membre de l'IWW, mouvement ouvrier télécommandé depuis Moscou. Très naïf, le jeune homme découvre que Little est une sorte de vagabond homosexuel doublé d'un agitateur communiste et que ses employeurs, qui travaillent pour les propriétaires des mines se servent de lui pour mieux pouvoir ensuite se débarrasser de Little. L'ennui c'est que Goodwin se lie d'une amitié sincère et désintéressée avec Little, lequel le soupçonne aussi d'être un briseur de grève. Pourra-t-il faire capoter le plan diabolique de l'agence Pinkerton ?

Un roman noir qui reste assez loin du policier classique. Jon A. Jackson nous propose plutôt un roman social basé sur sa propre expérience et sans doute sur son propre vécu. Bourrelé de remords, son héros deviendra d'ailleurs auteur de romans policiers comme lui avant d'être embauché comme scénariste à Hollywood et d'être soupçonné de sympathies communistes durant le peu glorieux épisode MacCarthy. La très rude ambiance des conflits sociaux du début de l'autre siècle est particulièrement bien rendue et fort intéressante à lire avec le recul historique, ne serait-ce que pour faire un parallèle avec la nôtre et pour découvrir qu'il n'y a pas grand chose de vraiment nouveau sous le soleil du XXIème siècle. A noter, un style de qualité, ce qui ne gâte rien.

4,5/5

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15/10/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 7/4ème partie)

« Tais-toi, malheureux, lui disait ma grand-mère. Tu n’as pas honte de raconter de pareilles sornettes. Un vieux militant du mouvement de la libération nationale comme toi ! Tu es en train de perdre la tête, mon pauvre ami… Si les voisins t’entendaient… »

« Je me moque bien des voisins ! C’est sûrement pas eux qui ont fait le sale boulot. C’est moi et mon groupe. Et nous serons tous maudits pour tout le mal dont nous sommes responsables ! »

Et il se mit à pleurer, exprimant un repentir terrible, insupportable. En effet, une nuit, quelques années seulement après la « libération », il avait attaqué la ferme des Van de Welde, un couple d’Afrikaners qui vivait paisiblement avec leurs deux jeunes enfants sur leur immense propriété et à qui on ne pouvait pas reprocher grand-chose hormis leur réussite. Ces gens s’étaient toujours montrés bienveillants avec leurs employés africains. Avec son groupe d’enragés, ils les avaient attaqués par surprise alors qu’ils étaient tous endormis et les avaient massacrés à la machette sans la moindre pitié… Le domaine, qui devait représenter des dizaines de milliers d’hectares d’un seul tenant, faisait vivre bon an mal an, la plupart des villages alentour. Du jour au lendemain, le Comité de Salut public que présidait mon grand père se retrouva à la tête de cette manne, de cet eldorado. Les yeux des pauvres gens se mirent à briller, les convoitises à s’exacerber. Les assemblées générales se succédèrent, les comités de gestion ou de secteur se mirent à siéger et à palabrer à tour de bras. De tout cela ne ressortit qu’une réforme agraire qui morcela l’immensité en petites parcelles peu viables selon le principe démocratique que tout homme apte à tenir en main un outil devait se voir attribuer une part du gâteau. En quelques saisons, la ferme Van de Welde bascula de la prospérité relative à une sorte de misère endémique lamentable. La majorité des micro-propriétaires se contenta de laisser paître chèvres et moutons avec les conséquences que l’on connaît alors que quelques courageux comme mon grand père tentaient de cultiver leur lopin selon des méthodes ancestrales. Passant de main en main, les tracteurs et machines agricoles récupérés tombèrent très rapidement en panne. Faute de connaissances techniques et de pièces détachées, tout ce magnifique matériel fut assez vite laissé à l’abandon. Il n’était de toute façon pas adapté à de si petits lopins. Les serres de forçage, les cultures hydroponiques, les laboratoires de recherche périclitèrent très vite. Et même la maison de maître, envahie par une quinzaine de familles nécessiteuses de la région se transforma en taudis infréquentable…

Mon grand père, qui avait mis un point d’honneur à ne surtout pas récupérer plus que sa part de butin, s’échina donc sur une parcelle minuscule et ne parvint en fait jamais à nourrir décemment les siens bien qu’il se tuât à la tâche. Benjamine de la famille, ma mère était alors âgée de seize ans. Elle avait deux frères de dix huit et vingt ans à la mort de mon grand père. Ma pauvre grand-mère, qui se retrouvait propriétaire de cette ridicule exploitation agricole était dans l’incapacité de la cultiver elle-même. Son seul espoir reposait sur mes deux oncles qui auraient dû assurer la succession, mais il fut très vite déçu car ceux-ci quittèrent le village dans les semaines qui suivirent pour aller s’engager dans l’armée, laissant les deux femmes seules et abandonnées dans une contrée sans avenir…

(Disponible sur Amazon, Lulu & TheBookEdition)

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13/10/2012

Le repos rêvé (A.A. Fair)

Le repos rêvé.jpgUn certain Allen vient réclamer de l'aide au bureau de l'agence de détectives privés Bertha Cool et Donald Lam. Il se serait retrouvé presque sans le vouloir dans un motel en compagnie de Sharon, une jolie jeune personne, plus ou moins escort-girl de profession. L'ennui c'est qu'il est marié à une riche héritière qui pourrait lui faire beaucoup de tort si elle l'apprenait. Et cela risque de se produire car la police enquête sur un assassinat qui a eu lieu au même moment et au même endroit. David Lam va tenter de jouer le rôle d'Allen, à la fois pour détourner les soupçons de la police et pour découvrir le coupable du meurtre. Autant dire mission fort délicate sinon impossible.

Cette aventure policière des deux privés américains reste dans la ligne de toute la série, c'est à dire très axée sur le droit, les combines judiciaires et arnaques en tous genres. « Le repos rêvé » se caractérise par la présence de charmantes personnes fort dévêtues et prêtes à tout pour arriver à leurs fins, ce qui en soit n'est pas l'un de ses moindres attraits. Si l'on y ajoute l'humour omniprésent de l'auteur, son style vif et enlevé et ses intrigues bien ficelées et pleines d'astuces, on dispose d'une histoire fort divertissante et bien agréable à lire (en dépit de son grand âge...)

4/5

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11/10/2012

Ces sacrées Florentines (Charles Exbrayat)

Ces sacrées Florentines.jpgLe commissaire Tarchinini, habitant de Vérone, emmène son fils Fabrizio visiter la ville de Florence, ses musées et ses merveilles architecturales. Ils logeront chez une certaine Comtesse Maria Filippina Tegiano della Uva, amie de sa femme, qui se révèlera être une simple concierge imbibée de grappa. Le lieu est si sordide qu'il pense repartir dès le lendemain. L'ennui c'est qu'un meurtre d'un garçon boucher est commis dans le palais et que la plupart des locataires peuvent être soupçonnés que ce soit Sophia, la femme qui adore se promener toute nue, Adda, la douce masseuse, le Dr Viarnetto, Mario, le fonctionnaire bovin et sa femme insipide, les Della Chiesa, Tosca, la sorcière à moitié folle, Maître Bondena, sa femme infirme et sa secrétaire pleine de santé. Une enquête qui s'annonce particulièrement épineuse...

Un roman policier de facture classique, agrémenté de pas mal d'humour et de truculence. Charles Exbrayat a très bien su rendre l'ambiance particulière de la Toscane en général et de la ville de Florence en particulier. Ses personnages sont braillards et hauts en couleurs sans tomber dans la caricature. C'est un vrai plaisir de lire cette histoire quasi picaresque, pleine de rebondissements et de fausses pistes. Le style est impeccable, simple, clair et agréable. Il y aurait des leçons d'écriture à prendre chez l'auteur.

4,5/5

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09/10/2012

La nuit de l'amandier (Françoise Bourdon)

La nuit de l'amandier.jpgEn 1890, en Haute Provence, sur un plateau proche du Mont Ventoux, vit une famille d'arboriculteurs spécialisés dans la culture des amandiers. Anna, leur fille, amoureuse de Martin, fils d'un riche confiseur d'Apt, croit qu'elle va se marier avec lui. Mais au dernier moment, il l'abandonne pour épouser Mathilde, la fiancée de son frère, mort suite à un accident de cheval. Un peu plus tard, elle rencontre Armand, pâtissier fabricant de nougat. Elle l'épouse et se croit heureuse dans sa vie de femme. Mais la première guerre mondiale et la mort de Mathilde vient bouleverser la donne. Martin adresse à Anna une lettre dans laquelle il lui avoue l'avoir toujours aimée et devoir lui révéler un secret...

Un roman de terroir émouvant et bien ficelé, illustrant des métiers et des techniques pas forcément très connus comme l'exploitation de l'amande, la technique de fabrication du nougat ou des fruits confits et la culture de la lavande. Une saga familiale s'étendant sur trois générations et plus d'un demi-siècle. Si les deux familles ne sont pas trop perturbées par la guerre de 14 (des hommes partis et tous revenus sains et saufs, seul Georges rentrera unijambiste), celle de 40 aura des conséquences beaucoup plus dramatiques. Bien écrit, cet ouvrage est touchant et émouvant ne serait-ce que par l'évocation de la vie de petites gens à la fois si proches et si loin de nous-mêmes. Françoise Bourdon a bien su doser sa recette : un peu de familial, un peu de sentimental, un peu de techniques anciennes, des amours contrariés et une fin en crescendo dramatique. Un ensemble finalement très réussi et bien agréable pour amateurs du genre.

4/5

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07/10/2012

Le printemps d'Aurélien (Corine Valade)

le printemps d'aurélien.jpgAurélien Simonnet, très jeune provincial creusois en butte à l'autorité paternelle, doit quitter famille et copains pour s'en aller gagner sa vie à Paris. Épris de justice et d'égalité, il est solidaire de bien des causes… à ses risques et périls ! Baptisé « héros de la Commune » et recherché pour ses agissements, il ne trouve de répit qu'en la manufacture d'Aubusson, où il rencontre Adelphine, jeune ouvrière et guérisseuse, dont il tombe rapidement sous le charme…

Un très joli roman aux limites de plusieurs styles. Roman de terroir, « Le Printemps d'Aurélien » nous plonge dans l'ambiance particulière des campagnes bien pauvres de la Creuse et dans celle des industrieux ateliers de tissage de la ville d'Aubusson (Au passage, le lecteur remarquera et appréciera l'énorme travail de documentation sur ces techniques). De plus, le texte est agrémenté d'expressions patoisantes souvent truculentes ajoutant encore à son cachet. Roman historique, il nous fait découvrir certains aspects peu connus de la Commune et en particulier l'importance que celle-ci eut dans les milieux ouvriers de la province profonde, sans parler de ses terribles conséquences comme les déportations en Nouvelle Calédonie, etc... Et enfin, roman sentimental, il nous fait partager les amours d'Adelphine et d'Aurélien, personnages attachants s'il en est. Ce cocktail assez original, doublé d'un style enlevé et très agréable à lire, donne un ouvrage aussi instructif que divertissant. Une auteur(e) à suivre absolument.

4,5/5

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05/10/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 7/3ème partie)

Le lendemain matin, le restaurant leur sembla particulièrement désert. Le groupe d’obèses avait quitté les lieux et les nouveaux arrivants n’étaient attendus que pour l’après midi. Il ne restait plus qu’une dizaine de résidents, quelques vieillards souffreteux et maigrichons qui n’avaient pas réussi à engraisser suffisamment.

- Que fait-on de beau aujourd’hui ? demanda Eva.

- Nous allons faire un petit jogging matinal, répondit Tom un peu imprudemment.

- Emmenez-moi avec vous, demanda la métisse, je n’ai vraiment pas envie de rester avec cette bande de petites vieilles et de petits vieux séniles…

- C'est-à-dire, fit John, qu’on avait projeté de continuer nos explorations des confins de la réserve…

- Vous ne m’aviez rien dit, bande de petits cachotiers. C’est super existant votre truc. Je viens avec vous…

- Eva, sois raisonnable, l’implora Oncle Tom. Ce que nous allons faire est assez dangereux. Ils disposent de patrouilleurs avec de puissants glisseurs. La dernière fois, on a été à un cheveu de se faire prendre…

- Et alors ? Je ne suis pas une poule mouillée, moi. Ca ne me fait pas peur !

- Réfléchis, il y a un risque de nous retrouver sanctionnés… Tu n’as pas oublié le carcan ?

- Je m’en moque. Je viens. J’aime bien vivre dangereusement, lança-t-elle avec un grand rire.

Ils regagnèrent leurs chambres pour se changer et se retrouvèrent sur le perron. Comme tous les jours, les deux soleils brillaient, le ciel était uniformément bleu, sans le moindre nuage… Ce climat idéal avec sa température bloquée à 25° et sa légère brise réglée sur 8 km/h pouvait à la longue devenir d’une monotonie lassante. Ils se lancèrent sur la piste piétonne les uns après les autres. Précaution un peu superflue car ils étaient absolument seuls. Eva courait devant en petites foulées gracieuses, suivie de Tom à quelques pas derrière et de John, nettement plus loin. Ils se rejoignirent à l’entrée de la partie « interdite ». Ils eurent l’impression que rien n’avait changé depuis la dernière fois. Les ronces et les broussailles laissaient un passage étroit arrivant jusqu’au pied du dôme.

- Super ! s’exclama Tom en brandissant les outils. Ils ne les ont pas trouvés…

- Allez, au boulot ! dit John. On va commencer à creuser un trou pour essayer d’atteindre la base de cette bulle de composite et passer en dessous… J’aimerais bien savoir ce qu’il y a de l’autre côté…

A l’aide de la pelle-bêche, Oncle Tom se mit à creuser et John à évacuer la terre sableuse pendant qu’Eva les observait ou faisait le guet… En une demi-heure, les hommes avaient dégagé un bon mètre et atteint la base du dôme.

- On passe dessous, dit John, attention à ne pas effleurer le plastique… Il est sûrement sensimère…

- Ne t’en fais pas, j’y vais doucement, lui répondit Tom.

Et pourtant, en deux secondes, quatre glisseurs, venus on ne sait d’où, leurs tombèrent dessus à l’improviste. Ils n’eurent pas le temps de réagir. Les autres donnaient l’impression d’être arrivés de nulle part ! Eva, qui était censée faire le guet, ne les avait même pas vus venir. Déjà, ils étaient encerclés par quatre boys casqués et vêtus de noir qui brandissaient des tubes neutraliseurs de type Supertaser…

John et Eva levèrent les bras en l’air pendant que Tom sortait de son trou en lançant sa pelle-bêche par terre avec rage. Les boys leurs passèrent les menottes et les firent monter sur leurs drôles d’engins silencieux. Ils se retrouvèrent dans une partie de l’hôtel qu’ils ne connaissaient pas et qui devait se situer en sous-sol. Balena apparut dans toute sa splendeur…

- Résidents, commença-t-elle sur un ton réprobateur et grandiloquent, je suis très déçue de votre comportement. Vous faîtes déjà partie du contingent qui n’a pas été capable de réussir correctement notre programme d’engraissement. Vous êtes arrivés chez nous avec un lourd passé, particulièrement vous, Monsieur Thomas Green et voilà que vous aggravez encore votre cas… Mais quelle folie vous a donc pris de vouloir aller creuser sous les limites de Paradise ? Expliquez-moi, j’aimerais comprendre…

- Simplement l’envie d’aller voir ailleurs, plus loin, répondit John. C’est humain…

- Vous n’étiez pas heureux ici ? Nous ne faisions pas tout pour que vous vous sentiez bien ?

- Ce n’est pas cela, intervint Tom. C’était juste de la curiosité, une envie d’aventure, de liberté…

- Eh bien, pour la liberté, c’est fichu, laissa-t-elle tomber. Il va falloir que je vous boucle tous les trois, le temps que l’Autorité nous fasse parvenir ses instructions à votre sujet…

- Mais, tenta de plaider Eva Brown, nous n’avons pas fait grand mal… On ne mérite pas tant de sévérité !

- C’est votre point de vue, Mademoiselle… Permettez-moi d’en avoir un assez différent. Si vous aviez réussi à vous évader, imaginez un peu tous les ennuis que j’aurai eus… Je suis responsable de vous devant l’Autorité, j’ai un Ministère de Tutelle moi, je ne peux pas laisser mes résidents faire n’importe quoi !

Aussitôt, elle leur tourna le dos et, emportée par son tripode sur coussin d’air, les abandonna sans daigner attendre d’autres explications. Les agents de sécurité les emmenèrent dans un couloir étroit tout juste éclairé par quelques tubes de néons et les enfermèrent ensemble dans un cachot de béton brut de décoffrage sans autre ouverture que la porte. Une banquette, également en béton, courait le long du mur et constituait le seul et unique mobilier du lieu. Il n’y avait ni douche, ni lavabo, ni toilettes. Tout juste un seau, une cuvette et un jerrycan rempli d’eau traînaient-ils dans un coin pour subvenir à leurs besoins naturels…

- Ou comment des vacances de rêve peuvent se transformer en cauchemardesque séjour en taule, commenta John qui se voulait sentencieux.

- J’ai bien l’impression qu’ils vont nous faire payer au prix fort notre petite plaisanterie, dit Oncle Tom.

- C’est pas juste, moi j’ai quasiment rien fait, ajouta Eva. Je ne vous ai accompagnés qu’une toute petite fois. Vraiment pas de quoi fouetter un chat…

- Peut-être, mais tu vas être jugée d’après tes antécédents. Tu as vu ce qu’elle a dit au sujet de Tom…

- Moi, ça ne me concerne pas. Je n’ai rien à me reprocher…

- En es-tu si sûre ? lui demanda Tom. Tu ne nous as toujours pas raconté pourquoi tu es ici. D’où viens-tu ?

- Oui, raconte-nous ton histoire, Eva, insista John Slim. On a tout notre temps pour l’écouter et je suis sûr que ton existence a dû être passionnante…

- Détrompe-toi, ma vie n’a rien eu d’intéressant, ni d’original. Je suis née, il y a juste trente ans, à O’Gdingba, un petit village perdu au fin fond de l’Afrique du Sud, dans une région semi désertique, le pays des Mauis, minuscule territoire oublié de l’immense Fédération Sud Africaine qui s’étend du sud des grands Lacs jusqu’au Cap et de l’Atlantique à l’Océan Indien. Notre puissance tenait plus à l’immensité de notre territoire et à ses ressources naturelles potentielles qu’à nos réussites économiques, agricoles ou commerciales. La génération des pionniers noirs, des pères fondateurs de l’Arc en ciel, c'est-à-dire celle de mon grand père pouvait s’enorgueillir d’avoir chassé du pays la plupart des exploiteurs et d’avoir rendu la terre au peuple. Ainsi, notre famille avait hérité dans ce partage, d’un lopin d’un demi hectare sur lequel mon grand père avait tout d’abord tenté sans grand succès de faire pousser du café et du coton, puis finalement des légumes et des fruits. Mais l’eau manquait et ses cultures étaient systématiquement pillées par des fainéants qui ne respectaient pas la propriété privée ou qui estimaient qu’il était naturel qu’une large part du travail des autres leur soit attribuée…

- Ainsi va l’Afrique, commenta Oncle Tom, un seul s’épuise au travail pour en faire vivre quinze ou vingt autres…

- Et le plus terrible, reprit Eva, c’est que mon pauvre grand père rendit l’âme en regrettant le temps des affreux colons ! «  On n’aurait jamais dû les faire fuir comme ça, qu’il répétait à sa femme sur son lit de mort. Eux, ils avaient les techniques. Ils savaient faire en sorte que la terre donne généreusement. Avec eux, tout poussait facilement, les céréales, les légumes, les fruits. Et tout le monde avait du travail, pas beaucoup payé, bien sûr, mais on ne vivait pas si mal ! »

(Disponible sur Amazon, Lulu & TheBookEdition)

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04/10/2012

La ligne d'ombre (Joseph Conrad)

La ligne d'ombre.jpgA Bangkok, au temps de la marine à voile, un jeune officier de marine débarque à terre avec la ferme intention de retourner au pays quand le capitaine du port le réquisitionne pour prendre le commandement d'un bateau, le Melita, dont le capitaine vient de mourir. Ce magnifique voilier et sa cargaison doivent rejoindre au plus vite le port de Singapour. Fier de se retrouver seul maître à bord après Dieu, le jeune homme accepte sans savoir dans quelle galère il s'embarque. Un second, M. Burns, malade et à moitié fou depuis la fin tragique du précédent commandant, un équipage miné par les fièvres tropicales et, comble de malchance, un calme plat sans le moindre souffle d'air pour gonfler les voiles. Comment le jeune capitaine se sortira-t-il de cette mission quasi impossible.

Un récit de navigation d'autant plus intéressant qu'il sent le vécu. Il semble que l'auteur se soit trouvé encalminé pendant trois semaines dans des conditions similaires. Cette situation est préoccupante et dangereuse dans la mesure où un bateau à voiles a peu de chances de tirer son épingle du jeu s'il ne peut plus manoeuvrer, hisser ou ferler les voiles faute de marins. Conrad la traite d'une manière originale et quasi fantastique. Il fait sentir au lecteur la pesanteur du destin contraire qui semble s'acharner sur ce vaisseau. La mort rôde un peu partout. Seuls deux humains, le cuisinier Ransome, personnage dévoué et attachant et le capitaine ont été épargnés par la maladie. A eux seuls, ils ont bien de la peine à faire voguer le navire. « La ligne d'ombre » est un livre sombre et inquiétant dans lequel le lecteur attend avec inquiétude le moment où le sort va être conjuré, où la chance, tout comme le vent, va enfin accepter de tourner. A noter un style hyper classique qui date un peu et qui demande quelques efforts de patience et d'attention de la part du lecteur.

4/5

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02/10/2012

Le comte de Moret (Alexandre Dumas)

le comte de moret.jpgSous le règne du roi Louis XIII, alors que Richelieu vient de se rendre maître de la ville de La Rochelle après un long et terrible siège, apparaît un jeune aristocrate, le comte de Moret dont la ressemblance avec Henri IV est pour le moins troublante. Le Comte Pisani, bossu atrabilaire et amoureux éconduit, veut se débarrasser de lui car il pense qu'il a les faveurs de la dame de ses pensées. Il fait appel à Etienne Latil qui refuse ce travail de spadassin puis à d'autres personnages de sac et de corde. L'affaire se termine à grands coups d'épée et surtout au détriment de Pisani. Mais ceci n'est que le tout début des aventures du Comte de Moret qui va très vite se retrouver impliqué dans les affaires les plus importantes de l'Etat... (Complots de toutes sortes, guerre avec la Savoie)

Un roman historique assez peu connu du grand Alexandre Dumas. Un pavé de quatre tomes et plus de 600 pages qui plonge le lecteur dans les arcanes de la politique de Richelieu et de Louis XIII et brosse de grands pans de l'histoire de cette période troublée. Dans ce livre, le versant cape et épée, bien qu'assez présent, n'est absolument pas prépondérant. Dumas s'est nettement plus intéressé à l'histoire secrète, cachée, celle qui ne se trouve pas dans les manuels d'écolier bien entendu. Ainsi évoque-t-il longuement le complot qui organisa l'assassinat d'Henri IV. Pour lui, Ravaillac n'était en aucun cas, un tueur solitaire, mais plutôt le bras armé du Duc de Montmorency, du Duc d'Orléans, frère du roi et de Marie de Médicis, la reine elle-même. Cette thèse a été récemment admise par plusieurs historiens. Le lecteur apprendra également que Louis XIII n'était pas le fils d'Henri IV, mais un bâtard que la reine aurait eu d'un favori italien. D'où le côté velléitaire, frileux, peureux, le manque de charisme, la détestation des femmes et l'attrait pour un tas d'éphèbes et de « mignons ». Quatorze ans après leur mariage, toujours pas d'héritier. L'entourage envisage toutes sortes de palliatifs. Comme le roi semble souffreteux et pas loin de rendre son âme à Dieu, on trouverait normal qu'une fois veuve la reine se remarie avec Monsieur, Gaston d'Orléans, frère du roi ou mieux encore, qu'elle se retrouve enceinte à ce moment-là. Cela permettrait une nouvelle régence. De très habile façon, Dumas, dans son tout dernier chapitre, laisse entendre, après une ultime manoeuvre surprenante dont il convient de laisser au lecteur le plaisir de la découverte, que l'ascendance de Louis XIV pourrait bien avoir suivie elle aussi des chemins détournés, mais qui auraient néanmoins fini à Rome. En résumé, pas mal de « scoops » historiques dans ce bouquin (réhabilitation de Richelieu et remise à sa place de Sully, entre autres) qui, s'il n'est évidemment pas du niveau des plus grands titres du maître, n'en demeure pas moins à conseiller aux inconditionnels de Dumas et aux amoureux de l'Histoire.

4,5/5

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29/09/2012

Doublé de dupes (A.A.Fair)

doublé de dupes.jpgBertie Cool, directrice d'une agence de détectives privés, engage Donald Lam, un jeune homme révoqué par le Conseil de l'Ordre des avocats pour avoir prétendu être capable de commettre un crime, de se livrer à la justice, d'avouer et de ne jamais être condamné. La mission que Bertie propose à Donald est des plus simples : remettre une assignation à un certain Morgan Birkes au nom de sa femme Sandra qui demande le divorce. Cela va se révéler plus compliqué qu'il n'y paraît car Birkes se cache pour échapper à un gangster qu'il a essayé de doubler dans une affaire de machines à sous et d'argent sale caché dans des coffres mis au nom de sa femme.

Un roman policier avec enquête classique, rebondissements et entourloupettes mais vu sous l'angle judiciaire et présenté comme une belle démonstration de la thèse de Donald Lam. C'est écrit de façon vivante et très enlevée grâce à une écriture fluide et à un maximum de dialogues. Lam est un frère ou un cousin de Perry Mason. Tout aussi procédurier et retors, il arrive à mettre tout le monde dans sa poche, juges, policiers, truands et bien entendu son lecteur qui se régale devant tant d'astuce, de trouvailles d'humour et d'intelligence. Une bien agréable lecture de divertissement.

4,5/5

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27/09/2012

La dernière estive (Antonin Malroux)

La dernière estive.jpgFils de réfugiés espagnols installés dans le Cantal entre les deux guerres, Auguste se fait difficilement accepter par les enfants du pays. Il deviendra maçon comme son père. Sur les bancs de l'école, il a rencontré Hélène, une petite parisienne placée en nourrice dans une ferme voisine. Un tendre sentiment unit ces deux « étrangers » au pays. Puis au fil des années, cette amitié se transforme en un très bel amour. Mais soudain, en 1944, une compagnie allemande débarque dans ce village si tranquille. Il n'avait pas vu un seul occupant pendant toute la durée de la guerre. Le destin des deux amants bascule alors dans le drame.

Roman de terroir plein de bons sentiments, ce livre laisse le lecteur un peu frustré et sur sa faim. Autant la description de la vie rurale, des décors et des plantes auvergnates est précise et soignée, autant le contexte historique, pourtant crucial pour l'intrigue, est traité avec une insouciance qui semble fort proche de la légèreté. Que font ces Allemands dans des jeeps de GI's en 1944 au fin fond de l'Auvergne ? Qui cherchent-ils ? Qui aurait trahi les étrangers ? Tout cela n'est pas bien sérieux. C'est dommage, car le côté roman sentimental était assez réussi en dépit d'un nombre impardonnable de coquilles et autres fautes d'orthographe non corrigées. A croire que chez certains éditeurs, les manuscrits ne passent plus à la relecture...

3/5

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25/09/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 7/2ème partie)

Et quand le silence revint, elle énonce un autre nom : « Vincent Tcheng, 149 kg ».

Et un énorme chinois, gras comme un bouddha se fit connaître à l’assistance. Et l’appel continua avec cette liste d’obèses plus ou moins vieux, plus ou moins décatis qui ne donnait pas une image vraiment glamour de l’espèce humaine.

- Et bien, leurs nuits torrides sur Voluptuosa vont ressembler à des accouplements de baleines et de cachalots, persifla Eva. Ca ne va pas être bien ragoûtant !

Balena terminait son palmarès quand Tom ne put s’empêcher d’intervenir : « Madame, j’ai une question à vous poser… »

- Faîtes, mon ami, faîtes, l’encouragea la ventripotente responsable.

- Comment se fait-il que vous ayez sélectionné uniquement des personnes âgées et obèses en écartant les plus jeunes et les plus sportifs ?

- Il faut atteindre une certaine masse critique pour résister aux inconvénients de la mise sous deuxième RTT. Si votre poids est trop faible, il est médicalement prouvé que vous ne pourrez pas résister au voyage… Je suis désolée que vous et vos amis n’ayez pas été retenus, mais c’est ainsi, nous sommes responsables de votre intégrité physique. Il ne vous reste plus qu’à mettre les bouchées doubles, si je peux m’exprimer ainsi, et vous ferez partie du prochain voyage…

- Madame Balena, lança John dans la foulée, vous venez de sélectionner les partants, mais nos rangs étaient déjà clairsemés. D’autres résidents avaient déjà disparu de la circulation. Je pense en particulier à Mademoiselle White… Pouvez-vous nous dire où elle est ? Nous commençons à être inquiets à son sujet…

- Il n’y a pas de quoi, Monsieur J.S.Kwick, répondit-elle, cette demoiselle a fait connaître son intention de rentrer directement sur Terre. Nous l’avons accompagnée à l’astroport avant-hier…

- Mais, c’est criminel de lui faire subir un nouveau voyage dans l’état de maigreur qui est le sien.

- Détrompez-vous, nous étions parfaitement parvenus à lui faire atteindre le poids voulu, la masse critique nécessaire pour résister au choc du RTT…

Manifestement Balena leur mentait. Pas un des trois amis ne croyait à cette histoire. La dernière fois que John avait vu Lilia, elle n’avait pas pris un gramme. Un engraissement aussi rapide était impossible même en employant des drogues et en lui bourrant l’estomac avec un entonnoir… Il y avait donc anguille sous roche. Il leur fallait reprendre l’espionnage. Ils se répartirent la tâche, histoire d’être plus discrets, d’être moins repérables quand ils traîneraient autour des cases… Trois jours plus tard, Eva était persuadée de détenir la réponse.

- Les gars, j’ai surpris quelque chose de bizarre. Deux boys et une fille ont traversé la palmeraie avec une popote portative et une sorte de plateau repas. Ils sont entrés dans la cabane à outils. Je les ai suivis discrètement et ne les ai pas vus ressortir. Je me suis approchée. Aucun bruit. J’ai donc ouvert la porte…

- Ils ne la ferment jamais, commenta Tom. C’est comme ça que j’ai récupéré les outils…

-… et je suis entrée, continua Eva. Et vous ne devinerez jamais ce que j’ai trouvé dans cette grande baraque…

- Raconte, fit John.

- Mes trois AA ne s’étaient pas dissous dans l’atmosphère tout de même. J’ai fouiné un peu partout et j’ai découvert une trappe. Elle doit donner sur un escalier menant à un souterrain… Mais je n’ai pas pu la soulever car elle était très soigneusement verrouillée…

- Incroyable, dit John. Lilia serait donc encore ici, enfermée dans un cachot ou un cul de basse fosse et ils continueraient à la gaver et à lui faire subir Dieu sait quelles expériences, mais encore plus discrètement qu’auparavant…

(Disponible sur Amazon, Lulu & TheBookEdition) 

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23/09/2012

La nuit du chien (Olivier Brunhes)

la nuit du chien.jpgTobias Collet est un jeune homme qui a eu un démarrage difficile et pas mal de malheur dans sa chienne de vie. Son père s'est suicidé peu de temps après être sorti de prison. Lui-même a dû affronter et venir à bout d'un chien méchant lors d'une fugue, d'où son surnom de « Dog ». Orphelin, il a été recueilli par la brave Martine et protégé par quelques vieux montagnards taiseux et bourrus. Après un séjour en prison où il s'est lié d'amitié avec Marco, un géant violent et caractériel, il n'aspire plus qu'à une chose : retrouver Chloé, la femme qu'il aime et mener une vie tranquille. Mais ce projet va s'avérer plutôt difficile à réaliser.

Ce premier roman d'Olivier Brunhes, auteur de théâtre, attire l'attention par un style très personnel, à la fois poétique et descriptif, travaillé voire précieux et vulgaire tout à la fois ainsi que par une écriture qui s'attache au moindre détail des sentiments, rêves et impressions de personnages somme toute classiques dans le registre du roman noir. L'ennui c'est que l'intrigue tient sur un timbre poste, que l'histoire manque de rythme et de rebondissements et que la fin en happy end mélancolique est totalement convenue. Résultat : assez rapidement, la lecture devient laborieuse et l'intérêt retombe après un début punchy plutôt réussi. D'où un bilan mitigé.

2,5/5

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21/09/2012

Freedom (Jonathan Franzen)

Freedom.jpgEtudiante et très bonne joueuse de basket, Patty tombe amoureuse de Richard, chanteur et compositeur dans un groupe de rock. Mais le « bad boy » charmeur et papillonnant ne se montre pas à la hauteur de ses attentes. Déçue, Patty se rabat sur Walter Berglund, le meilleur ami de Richard, un garçon sérieux, responsable et qui cherche toujours à bien faire. Ils se marient, ont deux enfants Joey et Jessica et semblent être parvenus à accomplir le rêve américain : une famille épanouie, une jolie maison, une mère au foyer qui s'occupe des enfants et à père disposant d'un bon revenu. Mais un jour, Patty commence à déprimer... Les enfants ont grandi. Ils posent des problèmes. Et pour ne rien arranger, Richard réapparait...

Une chronique familiale douce-amère, une description de l'intérieur d'une famille de la classe moyenne américaine qui s'étale dans la durée sur trois générations. Des grands-parents alcooliques ou autoritaires aux enfants paumés de la génération internet en passant par les parents baby-boomers désabusés ou marqués par les lubies écologiques de leur époque. Un véritable pavé (718 pages en petits caracètres) dont le lecteur s'est demandé du début à la fin pourquoi il continuait la pénible lecture. Certainement pas pour son intrigue digne d'une série télé type « Desperate House Wives » avec ses histoires de tromperies minables, pas non plus pour ses personnages tous plus quelconques et minables les uns que les autres et encore moins pour son style lourd, filandreux, truffé de répétitions et de phrases mal construites... (Damned ! Que se passe-t-il chez nos grands éditeurs ? Pas les moyens de s'offrir de bons traducteurs ?) Alors, pourquoi ? Sans doute parce que ce livre sent le vécu, parce que l'observation est nette, précise, juste et minutieuse. Franzen a un oeil d'entomologiste. Il passe ses personnages et ses situations au microscope, nous raconte tout par le détail, ne nous cache rien et le lecteur en reste bluffé, ne pouvant que se dire : « Mais oui, mais bien sûr, c'est comme ça que nous réagissons (ou réagirions) tous autant que nous sommes... » Au final, un grand bouquin quand même et qui ne laissera personne indifférent.

4/5

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19/09/2012

Loterie en noir et blanc (Max Allan Collins)

loterie en noir et blanc.jpgEn 1938, le ville de Cleveland est ravagée par une impitoyable guerre de gangs entre Noirs et Italiens pour le contrôle des loteries clandestines de l'East Side. La police est bien trop corrompue pour pouvoir y mettre un terme. Massacres et règlements de comptes de succèdent jusqu'à ce qu'intervienne un agent fédéral qui a déjà largement fait ses preuves à Chicago, le célèbre Eliot Ness et ses Incorruptibles. Les deux parrains Sal Lombardi et Angelo Scalise vont voir leur empire assez rapidement démantelé.

Un roman classé comme policier, mais qui reste très proche du roman historique. Il ne raconte pas une intrigue policière classique avec meurtre à élucider, mais retrace sous forme de fresque huit années du combat acharné d'un homme contre la pègre. Le lecteur y découvre à la fois les mécanismes de l'intimidation, de la prise de contrôle d'un quartier ou d'une ville entière avec la complicité d'hommes politiques véreux et la réplique d'une police épurée de ses pires éléments et remise dans le droit chemin par un homme intègre. Ce combat qui semblait perdu d'avance au début, bascule et se termine par un happy end classique : le bien triomphe du mal. Agréable et facile à lire grâce à une prose fluide et vivante, ce livre est à la fois distrayant et instructif car cette histoire semble inspirée de faits réels. Au détour d'une page, on y rencontre même un certain Chester Himes.

4/5

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17/09/2012

Le troisième trou (Erle Stanley Gardner)

le troisième trou.jpgKerry Dutton, conseiller en investissements, se présente au bureau de l'avocat Perry Mason en s'accusant de détournement de fonds au détriment de la jeune Desere Ellis. Le père de celle-ci lui avait confié la gestion de sa fortune pour protéger sa fille de mauvaises fréquentations et influences. Kerry devait lui verser des revenus et veiller à faire fructifier son capital. L'ennui c'est que Kerry est tombé amoureux de Desere et que, voulant trop bien faire, il a vendu des actions quand elles étaient au plus bas sans l'en informer et qu'il a fait d'autres placements plus juteux en son nom propre. Mason décide de le faire suivre par Paul Drake, son ami détective, car il est persuadé que le jeune homme lui cache quelque chose. Très vite, le financier se retrouve soupçonné d'un meurtre commis non loin du troisième trou d'un green de golf. Il faudra toute l'expertise de Mason et de son assistante Della Street pour dénouer une affaire particulièrement compliquée.

Ce roman policier datant des années 60 de l'autre siècle, s'il n'a pas trop vieilli, n'en demeure pas moins extrêmement classique de par son intrigue très orientée judiciaire (comme de coutume chez Gardner, lui-même ancien avocat). Le lecteur sera sensible au côté retors de ses assassins et à celui encore plus retors de son héros, Perry Mason, le chevalier blanc du barreau dont les aventures ont servi de base à une célèbre série télé. A ce côté énigmatique et tarabiscoté s'ajoute un style très vivant nourri de nombreux dialogues et dépourvu de descriptions ou fioritures inutiles. Sans doute est-ce cela qui rend agréable et divertissante la lecture de ce livre encore aujourd'hui.

3,5/5

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15/09/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 7/1ère partie)

John et Tom laissèrent s’écouler une bonne semaine, se contentant de vivre au jour le jour l’existence un peu morne des résidents. Nourriture à gogo, boissons alcoolisées, baignade, sport, divertissements et jeux d’argent. Ils remarquèrent que l’ambiance s’alourdissait lentement à mesure que les tours de taille s’élargissaient, les postérieurs s’épanouissaient, les cuisses s’épaississaient et les bourrelets de graisse apparaissaient un peu partout. Malgré tous les sports qu’ils pratiquaient, eux-mêmes avaient également l’impression de s’empâter même si ce n’était pas dans les mêmes proportions que les autres. Eva se montrait distante vis-à-vis de Tom qui la soupçonnait de fréquenter le bel Anlow en cachette. Sans en parler, mais d’un commun accord, les trois en restaient au strict plan de l’amitié sans apparente arrière pensée.

Inquiet, John se présenta à la case de Lilia nichée au fond de la palmeraie. Il frappa à la porte. Aucune réponse. Regarda par une fente de volet. Les lieux étaient complètement vides. Le lit était fait, la case rangée. Aucun objet ne traînait. Lilia avait disparu, évaporée dans l’espace. La blonde diaphane et rebelle qui occupait l’esprit de John ne vivait plus que dans son souvenir. Il se demandait même s’il n’avait pas rêvé. Il chercha à en savoir plus. Il interrogea un droïde jardinier facilement identifiable car il ressemblait sinon à un lutin du moins à une personne de petite taille.

- Il n’y a personne dans cette case, lui dit le droïde. Inutile de tourner autour comme vous le faîtes, Monsieur, vous perdez votre temps…

- Pour ce que j’ai d’intéressant à faire, je n’en manque pas, répondit John sur un ton désabusé. Je cherche Mademoiselle Lilia, une jeune femme blonde qui occupait cette case.

- Vous devez faire erreur, il n’y a jamais eu de Lilia ici. Moi, je me souviens très bien du dernier occupant. C’était un gros bonhomme d’une cinquantaine d’années, largement déplumé sur le dessus de la tête. Ah, celui-là, il était tellement goinfre, qu’avec tout ce qu’on lui donnait à manger, il avait presque doublé de volume. C’est à peine s’il arrivait à passer la porte et il a même trouvé le moyen de démolir le lit. Oh, il devait peser pas loin des deux cents kilos quand il est parti…

- Vous êtes sûr que c’est ce type qui a été le dernier occupant des lieux et pas mon amie ?

- Certain, Monsieur, absolument certain. Même qu’ils l’ont transféré hier sur Voluptuosa et que j’ai été obligé de rafistoler le lit. Vous voulez que je vous montre les lattes que j’ai dû rajouter pour renforcer le sommier ?

- Non, c’est inutile. Je vous crois…

Et Kwick laissa en plan le mini-jardinier en se disant qu’après tout, il avait pu s’être trompé de case vu qu’elles se ressemblaient toutes. Il se mit à rôder dans la palmeraie. En vain. Lilia n’était nulle part. Il trouva même le moyen de se faire repérer par deux AA, vêtus d’un pagne et d’un tee-shirt portant leurs noms, « Tété » et  « Titi ».

- Pourquoi restez-vous ainsi dans la zone de la palmeraie alors que vous dépendez du Grand Hôtel ? lui demandèrent-ils d’un air soupçonneux.

- Je croyais que cet endroit agréable et ombragé était libre d’accès pour l’ensemble des résidents, rétorqua John assez agacé.

- Disons qu’il n’est pas totalement interdit, mais nous trouvons un peu suspect que vous y traîniez aussi longtemps alors que vous devriez vaquer à vos activités… Ne devriez-vous pas être en salle de musculation en ce moment ?

- Disons que j’ai eu un coup de mou. Je n’ai plus la même forme qu’au début du séjour. Vous nous faîtes trop manger. On engraisse, on a beaucoup moins de dynamisme…

- C’est pour votre bien, Monsieur Slim Kwick. Rappelez-vous que si vous n’avez pas la condition physique voulue pour être en mesure de supporter une nouvelle RTT, vous ne pourrez pas aller terminer votre séjour sur Voluptuosa et ce serait dommage…

- Je ne me fais pas de souci. J’ai pris du poids. Mais dîtes-moi, savez-vous ce qu’est devenue une pensionnaire appelée Mademoiselle Lilia White ?

- Nous ne voyons pas, répondit celui qui était marqué Tété.

- Mais si, voyons, une jeune femme mince et blonde qui vous a donné du fil à retordre dès le début du séjour…

- Non, vraiment, fit l’autre. Il n’y a eu personne de ce genre dans votre groupe. Excepté vous, tout le monde s’est montré tout à fait coopératif…

- Elle ne voulait pas qu’on la gave. Vous avez même été obligé de la nourrir de force et de la consigner dans sa case pour qu’elle ne donne pas le mauvais exemple aux autres.

- Mais vous délirez complètement, mon pauvre ami, s’exclama Titi qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à son « frère ». Cette personne n’a dû exister que dans votre imagination. Allez consulter l’Autorité si vous ne nous croyez pas… Mais je puis vous assurer qu’elle vous dira, tout comme nous, qu’il n’y a jamais eu de Lilia White parmi les résidents de Paradise Resort!

Songeur, John regagna la plage. Il parla de cette disparition à ses deux amis Eva Brown et Oncle Tom qui ne purent que compatir à sa douleur sans lui apporter la moindre explication. Tous se sentaient assaillis de questions : « Où Lilia avait-elle été transférée ? Sur Terre ? Sur Voluptuosa ? Sur Somptuosa ? Ou tout simplement dans un endroit encore plus discret ? A moins qu’elle n’ait disparu définitivement, morte brusquement d’une rupture d’anévrisme, d’une crise cardiaque ou d’une overdose de produits hallucinatoires ou anesthésiants ? Personne bien sûr n’évoqua cette dernière éventualité à haute voix, mais chacun y pensa fortement.

A la fin d’un long repas du soir qui leur sembla durer une éternité, l’énorme Balena apparut sur la scène, perchée sur une sorte de soucoupe sur coussin d’air. Toujours aussi outrageusement maquillée, elle était vêtue d’une large robe de brocard vert serrée sous la poitrine ce qui mettait en valeur un décolleté si plantureux qu’on pouvait l’assimiler à une vue sur une paire de mamelles de vache laitière. Elle commença son discours d’une voix grave, fort peu féminine : « Chères Résidentes, Chers Résidents, nous voici bientôt arrivés au terme de votre séjour sur Déliciosa. J’espère qu’il vous a été agréable et que vous en avez profité comme il faut. Beaucoup d’entre vous ont respecté scrupuleusement nos consignes. Ils peuvent donc être fiers d’avoir suffisamment grossi, prospéré pour être capables de supporter un nouveau voyage spatial vers notre planète sœur Voluptuosa. Tout le monde n’aura pas cette chance. Certains d’entre vous devront rester avec nous en regrettant les merveilles de volupté dont jouiront les autres. Déliciosa a été pour vous la planète des délices principalement culinaires, je vous l’accorde. Voluptuosa sera celle de l’amour, du plaisir, du sexe. Vous allez multiplier les expériences voluptueuses avec les partenaires les plus merveilleux. Dîtes-vous que les nuits les plus torrides vous attendent… Ah ! Les petites chanceuses et les petits chanceux que vous êtes ! Comme j’aimerais être à votre place ! Pour l’instant, je vais procéder à l’appel de toutes celles et de tous ceux qui se sont révélés suffisamment lourds et pesants lors de leur dernier passage devant le scanner de gravité.

- Elma Tontron, 135 kg.

Une grosse femme toute souriante se leva de sa chaise.

- On l’applaudit ! brailla Balena.

(Disponible sur Amazon, Lulu & TheBookEdition)

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14/09/2012

Aux trois cassoulets (Charles Exbrayat)

Aux trois cassoulets.jpgDans la bonne ville de Rodez, trois aristocrates d'âge mûr, « les trois barons », entretiennent trois demoiselles de petite vertu. Cette situation peu conforme à la morale traditionnelle scandalise particulièrement Monique Sartilly, une enquiquineuse de première, tout à la fois sotte, stupide et snob. Pour faire gagner un peu de respectabilité à leurs trois amies, les trois barons les aident à ouvrir un restaurant de cuisine de pays sous l'enseigne « Aux trois cassoulets ». Le jour de l'inauguration, une altercation éclate entre Monique et Suzanne, l'une des trois restauratrices. S'en suivra un drame doublé d'une énigme que le brave commissaire Léonce Cernil aura bien de la peine à résoudre tout autant que cette question cruciale : « Où trouve-t-on le meilleur cassoulet de France ? A Carcassonne, à Castelnaudary ou à Toulouse ?

Un charmant roman policier comme personne n'en écrit plus de nous jour. Une très fine analyse des comportements de la bonne société provinciale du milieu de l'autre siècle. Une intrigue pleine de suspens et de rebondissements. Des personnages hauts en couleurs. Et, cerise sur le gâteau, une langue de très belle facture, un style agréable et enlevé sans oublier l'humour léger d'Exbrayat qui est la marque de facture d'un auteur un peu oublié de nos jours, ce qui est tout à fait regrettable.

4,5/5

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12/09/2012

Le bout du monde (Collectif)

Le bout du monde.jpgIncapable d'assumer son rôle d'épouse et terrorisée à l'idée de devenir mère, une jeune femme abandonne le foyer conjugal, part dans le désert sur sa Harley-Davidson et y fait une rencontre étrange... Un homosexuel, toujours amoureux d'un ancien compagnon, attend patiemment que celui-ci quitte sa femme et revienne vivre avec lui... Une jeune femme dotée de pouvoirs paranormaux provoque toutes sortes de catastrophes. Des sandows se détachent et blessent un importun, une planche de surf tombe et se fend en deux et une fourchette se transforme en dangereux projectile... Un jeune nageur tombe dans un guet-apens qui lui est tendu par deux bimbos fort agréables... Un bibliothécaire alcoolique et homosexuel invite d'improbables amis à une spaghettis-party... Un ado, qui rentre d'Italie après sa énième fugue, retrouve la maison familiale abandonnée...

« Le bout du monde » est un recueil composé de onze nouvelles sombres proposées par dix auteurs différents, six étrangers et quatre français. Au départ, ces textes inédits furent publiés dans le journal « Le Monde » avant d'être réunis dans ce livre. Comme toujours dans ce genre d'opus, le lecteur y trouvera le pire et le meilleur. « Ma première expérience de possession démoniaque » de Nicholas Blincoe, « L'autre côté de la mer » de Chantal Pelletier et « Le nid de l'année passée » de Chris Offutt dépassent très nettement le niveau des autres soit par leur étrangeté, soit par leur véritable maîtrise de l'art de la nouvelle qui se doit de raconter une histoire avec une chute surprenante si possible et ne pas se contenter de remplissage comme certaines que nous n'aurons pas la cruauté de citer. Un ensemble disparate où chaque auteur a pu s'intéresser à des thèmes aussi différents que le lombricompostage, le culte de la personnalité à Cuba, l'homosexualité ou la campagne pour la présidence aux Etats-Unis.

3,5/5

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10/09/2012

Le cadavre cavaleur (Erle Stanley Gardner)

Le cadavre cavaleur.jpgMyrna Davenport, femme d'un homme d'affaire s'intéressant à des spéculations minières est accusé du meurtre de son mari Edward. Il aurait été empoisonné au cyanure ou à l'arsenic. L'ennui, c'est que son corps a disparu pendant un moment laissant penser que, porté sur la boisson, il n'aurait subi qu'un coma éthylique, se serait relevé et aurait filé en enjambant la fenêtre. Mais quand des enfants découvrent son cadavre et que l'autopsie est pratiquée, les experts ne sont d'accord sur rien. L'un penche pour un décès dû au cyanure, l'autre pour une intoxication à l'arsenic. L'avocat Perry Mason, mandaté par Myrna Davenport, son assistante Della Street et son ami détective Paul Drake, vont devoir éclaircir cette ténébreuse affaire.

Un roman policier de façon parfaitement classique qui propose un agréable moment de divertissement. Comme toujours avec le héros Perry Mason, l'aspect judiciaire se taille la part du lion ce qui apporte une certaine originalité à cette histoire. Le style est agréable car très parlé. Beaucoup de dialogues, quasiment pas de descriptions donne un rythme certain. Une enquête bien menée. Un style qui n'a pas vieilli pour une énigme assez compliquée pour rester encore intéressante aujourd'hui.

4/5

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08/09/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 6/10ème partie)

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Bienvenue sur Deliciosa couv.jpgL’autre ne le comprit pas du tout de cette façon. Il me fit arrêter en plein centre ville. Ces cochons devaient me surveiller depuis pas mal de temps. Je me retrouvais assis dans son bureau crasseux. Il commença à feuilleter un énorme dossier, puis à tapoter négligemment sur le clavier de son ordinateur avant de me regarder par-dessus ses lunettes à monture métallique.

- Monsieur Green, je me présente, Frantz Fanon, IGTP, section Blackpool et environs, je suppose que vous savez pourquoi vous vous retrouvez devant moi…

- Absolument pas.

- Vous n’avez pas reçu nos courriers ?

- Si. Il parait que je vous dois de l’argent…

- Enormément, Monsieur Green, beaucoup plus que vous ne pouvez payer…

- Oh, si vous me laissez un peu de temps, je finirai bien par y parvenir…

- Ce n’est pas si simple et pour nous, il ne saurait être question d’attendre 80 ou 100 ans avant de rentrer dans nos fonds… J’ai remis l’affaire entre les mains de la justice et en attendant, j’ai obtenu un mandat d’arrêt contre vous pour proxénétisme et fraude fiscale. Dès ce soir vous dormirez en prison…

A partir de cet instant, ils ne me lâchèrent plus jamais. Le tribunal me condamna à dix ans fermes et à plusieurs millions de dolros de redressement. Tous mes comptes bancaires furent vidés au profit du fisc, mon appartement saisi et vendu aux enchères de même que la totalité de mes biens, ce qui n’épongea qu’une partie de ma dette. Aucune fille ne vint jamais me voir au parloir. Sans doute furent-elles également inquiétées, arrêtées, rançonnées. Les seules visites que je reçus furent celles de la pauvre Mamy Blunt qui ne me retira jamais son affection et qui me fut fidèle jusqu’à la mort.

J’étais presque au bout de ma peine quand on me proposa ce séjour sur Déliciosa pour solde de tout compte. Je n’en revenais pas de mon aubaine. On me proposait ni plus ni moins que des vacances dans un cadre enchanteur à la place d’une durée triple à moisir dans un cachot. Entre l’enfer et le paradis, le choix était facile. Tout le monde aurait fait comme moi. Mais maintenant je me demande ce que cette proposition alléchante pouvait bien cacher… Et je n’ai encore pas trouvé !

- Tu étais donc un taulard n’ayant pas terminé sa peine. Tu devais encore plein de pognon à l’Etat et on t’a envoyé te goberger ici, commenta John, c’est tout à fait étrange…

- Il doit y avoir anguille sous roche. Je sais bien que les services sociaux sont parfois d’une générosité faramineuse, mais quand même…

A SUIVRE

09:24 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/09/2012

Un Irlandais en Allemagne (Dermot Bolger)

un irlandais en allemagne.jpgEn 1988, Dermot Bolger est à un tournant de sa vie. L'équipe de foot d'Irlande affronte la Hollande lors de la demi-finale de l'Euro. Il est venu la soutenir à Hambourg en compagnie de deux amis d'enfance, Mick et Shane. Comme l'Irlande va perdre, ils vont devoir se quitter. Dermot restera en Allemagne pour vivre avec sa petite amie allemande qui attend leur premier enfant. Que sera-t-il ? Mi-allemand, mi-irlandais. Allemand pour les Irlandais et Irlandais pour les Allemands... Ses amis chômeurs pour la plupart iront chercher du travail un peu partout en Europe et même aux Etats-Unis.

Dans cette courte lettre à son fils (45 pages), Dermot Bolger parvient, en se servant de ses souvenir de supporter de foot, à évoquer la plupart des drames de l'Irlande. Les révoltes, les martyrs, les fusillades, les grèves de la faim jusqu'à ce que mort s'en suive, la misère, le chômage et l'éternel rêve d'une Irlande réunie. S'en suit une série de poèmes écrits dans une langue simple, élégante et naturelle et dédicacés aux chanteurs Tom Waits et Rory Gallagher, à sa mère et à ses fils. C'est émouvant et touchant. Un échantillon de la production d'un auteur sympathique qui donne envie de continuer à le découvrir plus pleinement.

4,5/5

09:15 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/09/2012

Le Quinconce / Le secret des cinq roses (Charles Palliser)

Le secret des cinq roses.jpgDe retour à Londres, le jeune John tombe à nouveau dans un guet-apens. Il est capturé par Daniel Porteous, héritier du clan Clothier qui a tout intérêt à ce que le jeune homme disparaisse. Mais au moment où John doit être précipité dans un puits, c'est Porteous qui y tombe et trouve la mort. Il en sera de même d'Henry Bellringer, personnage trouble qui se révèlera un faux ami et sera assassiné par l'héritier Mompesson au moment de son mariage avec Henrietta... Un à un, les prétendants des quatre autres branches de cette famille « tuyau-de-poële » meurent ou disparaissent laissant le champ libre à notre jeune héros qui aurait bien mérité de l'emporter au bout du compte et de récupérer son fameux héritage. Mais quel sera son choix ? « L'on attendait une fin à la Dickens, avec plus d'âpreté peut-être, et c'est Shakespeare qui se trouve convoqué – et son noir cortège. »

Encore des rebondissements dans ce cinquième et dernier opus de cette série «Le Quinconce ». Le petit héros surmonte tous les pièges, évite tous les complots et survit à toutes les tentatives de meurtres. L'imbroglio inextricable finit par être débrouillé de façon aussi rocambolesque qu'improbable et le lecteur se retrouve gratifié d'une fin aussi équivoque que tout l'ensemble de cette sordide histoire. D'où l'impression que l'auteur l'a baladé sur plus de 5 tomes de 5 chapitres comportant chacun 5 parties et beaucoup plus de 1000 pages pour une histoire qui aurait gagné à être réduite au quart ou au cinquième de cela. Rythme et intérêt y auraient beaucoup gagné. Dans une longue post-face, l'auteur explicite ses intentions et sa technique d'écriture. Il a voulu écrire un roman plus didactique et philosophique que victorien, bâti sur une architecture « mathématique » et s'en excuse presque auprès de ses lecteurs, parfaitement conscient de « l'énormité » littéraire obtenue. Pour sa part, le lecteur reste très partagé sur l'intérêt de tels procédés qui ne lui semblent guère convaincants. Seule consolation, cet ouvrage ne compte que 185 pages, une liste exhaustive des personnages et un indispensable arbre généalogique (enfin complet) sans lesquels la compréhension de ce salmigondis alambiqué serait quasiment impossible.

2,5/5

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03/09/2012

Le Quinconce / La clé introuvable (Charles Palliser)

la clé introuvable.jpgInterné dans une maison de fous qui ressemble à une prison dans laquelle il subit les pires avanies, le petit John retrouve un moment son père et profite de son décès pour s'en échapper d'une manière on ne peut plus rocambolesque. Revenu à Londres, il est recueilli par la famille Digweed, de braves miséreux qui « font les berges », c'est à dire qu'ils explorent la vase des égouts à marée basse dans l'espoir d'y trouver quelques pièces ou bijoux perdus. Puis John se risque à une première tentative de récupération du fameux testament et de son codicille, mais il ne parvient pas à faire basculer la plaque de marbre qui ferme le coffre-fort de Sir Percival car il n'en connait pas la combinaison. Il ne lui reste plus qu'à s'y faire embaucher comme domestique ce qui lui permettra de retrouver la petite Henrietta qui ne l'a pas oublié et son amie, la très vieille Miss Lydia, qui va se révéler une alliée non négligeable pour ce projet.

Ce quatrième et avant dernier tome de la saga « Le Quinconce » ne manque ni d'actions ni de rebondissements. Les tribulations et persécutions pleuvent toujours autant sur le malheureux jeune héros et l'énigme de cet héritage perdu n'est bien entendu toujours pas résolue même si quelques bribes de vérité nous sont distillées ici ou là. Et malgré tout cela, un certain ennui s'installe insidieusement pendant une lecture laborieuse. Est-ce dû au style descriptif plutôt lourd de l'auteur ou à ce besoin de reprendre en boucle cette histoire à chaque fois qu'un nouveau personnage rencontre John. Ce procédé de perpétuel résumé des chapitres précédents est à la fois lassant et désobligeant pour le lecteur qui s'efforce de suivre cette intrigue alambiquée et redondante et a l'impression d'être un peu pris pour un idiot.

3/5

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01/09/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 6/9ème partie)

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Bienvenue sur Deliciosa couv.jpgL’idée m’en était venue en entendant à travers la cloison un gros PDG demander à May de l’attacher aux barreaux du lit par les poignets et les chevilles en lui disant : « Fais-moi tout ce que tu as envie… Je veux me soumettre totalement à ta volonté… » May, qui n’était pas encore habituée à ce genre de client, se contenta de le faire jouir de la façon la plus classique et l’autre repartit heureux, ayant assouvi son fantasme de captif enchaîné…

J’expliquais alors à May l’évolution sado-maso que je lui proposais. Moyennant quelques tenues en cuir et quelques instruments de base comme des fouets et des menottes, je la fis passer du statut de vulgaire prostituée jolie, mais quelconque à celui beaucoup plus recherché de maîtresse et dominatrice de haut vol. Je lui fis augmenter ses tarifs de manière plus que significative, et hanter les bars et les salons des grands hôtels. Immédiatement, elle rencontra un succès fou. Nous pratiquions à la manière des call-girls de haut vol. Un rendez-vous par téléphone et May se présentait à la chambre du palace ou au lieu de résidence du client… L’ayant soigneusement briefée, elle connaissait parfaitement son rôle et le jouait avec un grand sérieux. Elle arrivait, vêtue d’une sorte de longue houppelande noire, d’un boléro, d’une minijupe et de cuissardes de cuir. Sans un sourire, sans un mot de politesse ou de remerciement, elle ramassait l’enveloppe que lui tendait d’une main tremblante le terrible décideur ou le puissant manager transformé en agneau bêlant devant cette maîtresse aussi belle qu’impitoyable. Ensuite May se débarrassait de son long manteau et se dévêtait rarement beaucoup plus. Ses étranges clients ne recherchaient pas la jouissance dans un vulgaire accouplement, mais dans l’humiliation glacée, la soumission totale. Les contacts physiques, les attouchements voluptueux se retrouvaient donc hors de propos. Seule la maîtresse pouvait avoir l’initiative et devait rester lointaine, intouchable…

La plupart du temps, elle les attachait au lit à l’aide de deux paires de menottes, puis les griffait, les giflait, en fouettait même certains jusqu’au sang et surtout jusqu’à ce qu’ils crient « Pitié ! ». Le plus souvent, on convenait d’un mot ou d’un geste qui servait de signal à l’arrêt des mauvais traitements. Quelquefois, emportée par son élan, May poursuivait un peu au-delà, mais c’était assez rare. Son côté sadique ne s’exacerbait guère au-delà de l’admissible. L’immense majorité des clients se contentaient de cette séance de « torture ». Mais quelques-uns pouvaient aller très loin comme se laisser uriner dessus, se faire écraser les extrémités sous les talons de la belle, mais le plus souvent, ils ne refusaient pas les soins post-opératoires comme les massages avec onguents et crème cicatrisante quand ce n’étaient pas de véritables consolations sexuelles que May leur prodiguait moyennant un léger supplément. Pour les clients les plus atteints ou les plus accros, j’avais aménagé une véritable de salle des supplices dans une des caves discrètes que je pouvais utiliser dans un souterrain un peu à l’écart. Les plus vicieux de nos patients y trouvaient des crochets permettant de les suspendre comme ils le désiraient, des chaînes et même des sortes de treuils pour les soulever du sol, des étaux, des presses pour leur écraser les extrémités sans oublier la fameuse baignoire, la classique potence et le sinistre garrot. Pareils engins nécessitaient ma présence pour les manipuler car il me fallait faire preuve d’énormément d’habileté et de doigté. En effet, il s’agissait uniquement de faire souffrir et en aucun cas de blesser ni à fortiori de tuer aucun de ces misérables pervers…

Bizarrement, l’un des supplices les plus recherché était la pendaison car elle était censée entraîner une érection très importante et sans doute hors du commun chez le patient. Yeux bandés et poignets entravés, le maso montait complètement nu sur une chaise. Je lui passais alors le nœud coulant autour du cou et je le soulevais en tirant sur la corde passée dans une poulie. Dès que le membre entrait en érection, je relâchais aussitôt la traction et laissait retomber l’homme, souvent quasi évanoui sur la chaise. Une fois qu’il avait retrouvé ses esprits après avoir été aspergé d’eau, May n’avait plus qu’à passer à l’action. Il va sans dire que ce supplice particulièrement risqué faisait partie des plus onéreux de notre catalogue…

Notre petite entreprise fonctionnait si bien et notre fichier clientèle s’étoffait si vite, qu’il fallut bientôt prendre de l’extension et engager du personnel. J’embauchais ainsi une secrétaire pour noter les rendez-vous et servir de filtre ainsi que deux nouvelles filles dans un premier temps, recrutées d’ailleurs parmi d’anciennes collègues de May, puis très vite quelques autres ce qui amena mon équipe de « Drôles de dames » à un effectif d’une bonne dizaine de titulaires. Je les choisissais toujours très belles, très typées et surtout à tendance saphiques car j’avais remarqué un très net penchant pour la cruauté chez ces dernières. En toute tranquillité et en toute bonne conscience, elles laissaient s’exprimer leur mépris des mâles ce qui les rendaient encore plus attrayantes, plus professionnelles, en un mot, plus crédibles.

Etant leur protecteur, je me retrouvais être leur Pygmalion, leur référence, leur repère incontournable et cela me plaisait énormément. Je me sentais un peu comme une sorte de satrape au milieu de son harem. Quelle que soit leur sexualité véritable, je mettais un point d’honneur à la satisfaire et je reconnais que cette période de ma vie a représenté pour moi une sorte d’âge d’or. J’avais sous la main, tout ce qu’un homme pouvait souhaiter : les femmes, le sexe, l’argent, l’alcool. J’étais à l’aise et comblé. Je jouissais sans frein et sans jamais penser au lendemain…

Mal m’en prit. Un Inspecteur Général de la Taxation Planétaire, le plus enférocé des fonctionnaires des services d’impôts et de taxations, découvrit notre existence sans doute lors d’une partie fine avec une de nos filles. Se montra-t-il peine à jouir ou mauvais joueur, toujours est-il qu’il nous pourchassa de sa hargne. Cela commença par des courriers que je me permis d’ignorer superbement. Nous avions fonctionné près de douze années sans jamais verser un sou à l’Etat, il n’était pas question de commencer aujourd’hui, pensai-je bien naïvement.

A SUIVRE

09:17 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/08/2012

Le Quinconce / Le destin de Mary (Charles Palliser)

le destin de mary.jpgLa mort de sa mère laisse le jeune John Huffam dans la plus grande solitude et le plus grand désarroi sur le pavé de Londres. Recueilli par une bande de voyous qui cherche à l'entraîner dans un mauvais coups, John préfère s'en dispenser et lire le journal intime et les documents qu'il a retrouvés parmi les affaires de sa défunte mère. Certains aspects de son ascendance, certains pans de l'édifice branlant représenté par son héritage lui sont révélés. Mais une grande partie reste encore dans l'ombre. Ayant échappé à la bande, il est recueilli et soigné par la famille d'un certain Mr Porteous qui semble tout d'abord ne vouloir que son bien avant d'apparaître pour ce qu'il est, Mr Clothier, l'autre héritier, l'homme qui a tout intérêt à ce qu'il disparaisse...

Autant dire que dans ce troisième tome de la saga « Le Quinconce », une fois de plus, le malheureux John est tombé dans la gueule du loup. Comment va-t-il en sortir ? Cette question suffit à relancer l'intérêt de cette histoire à l'intrigue aussi alambiquée que laborieuse à lire. La lecture des documents de Mary, la mère, les récits faits aux voyous puis à la famille Porteous ressemblent à des résumés des épisodes précédents et donnent l'impression d'une histoire qui tourne un peu en boucle. D'où une légère lassitude... Heureusement que la fin dramatique relance fortement l'intérêt. Mais il reste encore deux gros volumes de cette aventure rocambolesque...

3,5/5

09:09 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/08/2012

Le Quinconce / Les faubourgs de l'enfer (Charles Palliser)

Les faubourgs de l'enfer.jpgNe se sentant plus en sécurité à la campagne, le jeune John Huffam et sa mère pensent trouver refuge à Londres. Malheureusement, à peine descendus de la diligence, ils se font voler leurs bagages et se retrouvent avec les habits qu'ils portent et quelques piècettes pour tout bien. Ils s'installent dans des chambres de plus en plus misérables et ne reçoivent aucun des secours sur lesquels ils comptaient. La mère en est réduite à des travaux d'aiguille et le fils à vendre de petites poupées de chiffon sur la voie publique. Mais comme ces misérables activités ne suffisent pas à les faire vivre, ils en sont réduits à vendre leurs tous derniers biens : un médaillon et le fameux codicille qui établit les droits d'héritage du petit John sur le domaine des Mompesson.

Ce deuxième tome de la saga « Le quinconce » permet de lever quelques coins du voile cachant le mystère des origines du jeune héros. La lecture du fameux codicille ainsi que celle de l'acte de naissance de John mettent le lecteur sur la piste en laissant dans l'ombre de grands pans de vérité. On entre carrément dans le drame et dans les derniers cercles de l'enfer de la misère subie par le petit peuple londonien du XIXème siècle. La mère tâte de la prison et, n'ayant plus rien d'autre à vendre que son corps, finit par se prostituer. Le fils se retrouve interne dans une institution qui a tout du bagne pour enfants. On est vraiment entré dans le vif du sujet. En dépit d'un style un peu lourd, ce livre se lit très bien car l'intérêt est maintenu tout du long par le biais de ces énigmes jamais résolues et d'innombrables et pitoyables tribulations. On attend donc la suite avec impatience.

4/5

09:28 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/08/2012

Le Quinconce / L'héritage de John Huffam (Charles Palliser)

Le Quinconce.jpgDans l'Angleterre du début du XIXème siècle, le petit John Huffam vit dans un village perdu dans la campagne en compagnie de sa mère, d'une nurse et d'une servante. Chaque fois que l'enfant demande qui est son père, sa mère élude la question. Il semble qu'il soit d'origine aristocratique, mais qu'il vit sous un nom d'emprunt. Dans le passé, sa famille aurait subi de graves tribulations et se serait retrouvée dépossédée de ses biens et de ses propriétés foncières. La mère essaie d'assurer un minimum de bien-être à l'enfant, mais des placements d'argent aventurés proposés par des financiers malhonnêtes achèvent de la ruiner. Et pour ne rien arranger, de mystérieux anciens « ennemis » réapparaissent, risquant de mettre toute la famille en danger...

Ce premier tome des cinq que comporte la saga « Le Quinconce » place le lecteur face au mystère des origines de John. Tout est énigmatique dans cette histoire qui démarre en ressemblant à un imbroglio tout à fait impénétrable. Il se doute que le petit héros va aller de tribulations en tribulations, mais dans ce premier opus, tout reste encore assez soft. Le départ précipité vers Londres en fin d'ouvrage laisse augurer une aggravation de la situation de ce petit frère huppé de David Copperfield ou d'Olivier Twist. Le style de Palliser, plutôt classique, pointilliste et descriptif, n'impulse pas un grand rythme d'autant plus qu'il est alourdi par toutes les tournures patoisantes ou argotiques des serviteurs et autres servantes. L'ambiance à la Dickens est relativement bien rendue, mais pour l'instant pas de quoi crier au chef d'oeuvre avec The New-Yorker qui ose parler d'une « merveille de bout en bout », ce qui semble un compliment vraiment outrancier.

4/5

08:21 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/08/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 6/8ème partie)

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Bienvenue sur Deliciosa couv.jpg- Ils m’ont eu, ces salauds, me souffla-t-il. Je pisse le sang. Je crois que je me suis pris une balle dans le bide. Ca fait un mal de chien… Laisse-moi, tire-toi, m’attends pas… Vas-y ! Fonce ! Je vais essayer de te couvrir…

Et ce bon frère se mit à tirer de longues rafales de son fusil mitrailleur en arrosant toute la zone sur presque 360°. J’en profitais pour courir vers l’angle de l’immeuble. J’y trouvais un tas de bidoche carbonisée d’où émergeait un bout de ferraille tordu, sans doute l’arme du sniper que mon rayon avait déniché tout seul. Me sentant hors champ, je pris mes jambes à mon cou, alors que résonnaient au loin les dernières salves de l’attentat qui s’achevait faute de combattants. Dans une ruelle déserte, je soulevais une plaque d’égout, me glissais dans le conduit non sans oublier de replacer le lourd rond de fonte au dessus de moi. Là, enfin, je pouvais me sentir en sécurité. Les Pakis ne viendraient pas de sitôt pourchasser jusque dans ce souterrain le dernier survivant du malheureux gang des KJ black boys… Maîtres provisoires du quartier, ils allaient devoir soumettre la population noire du ghetto, la plier à leurs lois, ce qui ne manquerait pas de provoquer des vagues et peut-être même de susciter la création d’autres gangs ou même de milices d’auto défense. Allez savoir…

 

Me retrouvant donc seul et livré à moi-même, je passais quelques temps à me cacher dans les tunnels et les souterrains. J’allais de temps en temps chez Mamy Blunt, histoire de lui donner un coup de main. J’étais costaud, j’en imposais car tout le monde savait que j’étais un des rares survivants du gang. Un regard, un geste de moi suffisait à calmer les ivrognes, les camés ou les obsédés qui hantaient le boxon et essayaient d’en troubler la bonne marche. La petite entreprise de ma mère adoptive n’était qu’une sinistre maison d’abattage sans aucune envergure ni réputation. Des filles assez moches, plutôt vulgaires, écartaient les jambes et se laissaient souiller sans bouger ni simuler quoi que ce soit pour trois misérables dolros. Des prolos peu ragoûtants s’y vidaient les poches et les burnes les uns à la suite des autres en deux temps trois mouvements, sans joie ni volupté, plaisirs qui sans doute leur étaient totalement inaccessibles. On donnait dans le rut bestial, le coup de rein salvateur et l’éjaculation libératrice…

Du petit troupeau des bêtes à plaisir abruties par l’alcool ou le bang, n’émergeait qu’une fille, une métisse d’asiate et de black appelée May. Svelte et agréable, elle disposait de traits fins, de cheveux lisses et noirs, d’une bouche aux lèvres pulpeuses, mais pas trop épaisses et surtout ne souffrait ni d’un nez épaté ni de cuisses lourdes et de ventre proéminent. Une beauté gracieuse, souriante, un rayon de soleil dans un monde de noirceur et de grisaille… La nature avait gâté May. Elle lui avait permis de prendre le meilleur des noires, leur chaleur, leur sensualité et le meilleur des asiatiques, leur grâce, leur finesse et leur douceur. Et, merveille des merveilles, May s’intéressa à moi. De cet instant, je ne quittais plus la maison de Mamy. Nous nous installâmes très vite dans une piaule pour y satisfaire notre penchant naturel. Notre premier accouplement fut sauvage, bestial, inoubliable. On aurait dit que nos corps étaient faits l’un pour l’autre tant ils s’emboîtaient à la perfection, tant leurs fluides s’accordaient, tant les peaux restaient en contact sans vouloir se séparer. Nous restions nus, couchés dans le lit. Nous n’arrêtions de faire l’amour que pour nous reposer ou pour manger ce que les autres filles voulaient bien nous apporter. Nous ne pouvions plus quitter la chambre, épicentre de notre plaisir. Nous ne parlions presque pas. Nous baisions, baisions et rebaisions comme des animaux qui chercheraient à assouvir une jouissance perpétuelle, une soif inextinguible ou une faim dévorante…

Bien entendu, Mamy Blunt ne l’entendait pas de cette oreille. Dans son immense bonté, elle nous laissa tranquilles une bonne semaine, son expérience lui ayant sans doute appris que cet amour fou, cette copulation sauvage duraient rarement plus longtemps. Un matin, elle entra dans la chambre qui était restée close et non aérée et qui empestait le stupre et la fornication…

- Eh bien, vous vous en êtes donné les enfants, commença-t-elle doucement. Vos cris et vos soupirs ont même stimulé la consommation de mes clients. Il faut dire qu’ici les murs ne sont pas bien épais…

- Personne ne nous a rien dit, fit May.

- Ce n’est pas important. Ce qui m’ennuie, c’est que vous ne bossez plus, ni l’un ni l’autre. Toi, Tom, tu ne surveilles plus rien et surtout toi, May, tu ne prends plus aucun client. Les filles n’arrivent pas à fournir ! Et qu’est-ce que je vais devenir si ma meilleure gagneuse me laisse tomber pour prendre du bon temps avec mon fils ? Sans parler que vous monopolisez une chambre qui pourrait servir pour l’entreprise…

- On a compris, Mamy, lui répondis-je. On se lève et on te rend immédiatement ta foutue piaule…

- C’est bien aimable à toi mon garçon…

- Et voilà pour le dérangement, ajoutai-je en lui tendant royalement une grosse poignée de dolros. Mais ne compte plus sur moi pour « protéger » ton business. Je me casse !

- Tu ne changeras jamais, Tom. Bon, enfin, May, enfile immédiatement ton kimono et file au salon. Il y a « Fabulous Jonston », l’ancien basketteur qui réclame après toi…

- Ah, non, pas lui, ergota la belle, il me dégoûte, il empeste et il bave…

- Ici, ma petite, on n’a pas les moyens de faire sa mijaurée, lui lança la mère maquerelle.

- Alors, je préfère m’en aller, dit May en rassemblant ses quelques affaires. Tom, s’il te plait, emmène-moi avec toi !

Et c’est ainsi que tout débuta. Nous nous installâmes dans un petit trois pièces propret de la partie « honnête » de Blackpool et May, sans que je ne lui demande rien, reprit son boulot de tapineuse en arpentant simplement les trottoirs de la ville. Je me retrouvais souteneur, maquereau si tu préfères, sans même l’avoir voulu. Quand celle-ci réceptionnait un client, je restais toujours à proximité, en général dans la chambre à côté, en protection, prêt à intervenir. Je me rendis compte très vite que les hommes que May attirait étaient d’un tout autre milieu que celui des brutes qui disposaient d’elle auparavant dans le BTW. Ces gens étaient plus aisés, plus distingués, avaient plus de moyens financiers. J’avais d’ailleurs triplé les tarifs et une idée qui s’avéra géniale me vint rapidement à l’esprit. Beaucoup de ces gens fonctionnaient bizarrement dans le domaine de la sensualité. C’étaient souvent des hommes de pouvoir, habitués à commander, à disposer des autres, à s’imposer sans discussion, sans opposition. Et que cherchaient-ils dans leur sexualité la plus secrète ? Certainement pas retrouver leur vie de tous les jours. Ils humiliaient les autres à longueur de journées, ils les méprisaient, les commandaient avec une autorité indiscutable et indiscutée. Eh bien, on allait les humilier. Ils allaient être méprisés eux aussi, se faire traiter comme des chiens et être obligés d’obéir sans broncher…

A SUIVRE

09:11 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/08/2012

Les vilains petits canards (Boris Cyrulnik)

Les vilains petits canards.jpgComment des enfants traumatisés plus ou moins gravement parviennent-ils à résister aux épreuves et à se reconstruire ? Où vont-ils puiser leurs ressources pour ressortir plus forts voire plus humains des drames qu'ils ont subi ? Par quel mystère arrivent-ils à transformer leur meurtrissure en force intérieure ? Comment les enfants réapprennent-ils à vivre et se réadaptent-ils au monde après une épreuve ? Pourquoi certains reproduiront-ils les violences qu'ils ont subies, se réfugieront-ils dans le mutisme, voire l'autisme, s'autodétruiront-ils et seront victimes d'un insurmontable complexe de culpabilité alors que d'autres ressortiront grandis de cette mauvaise passe ?

C'est pour répondre à ces questions et à quelques autres que le célèbre neuropsychiatre, écrivain et globe-trotter Boris Cyrulnik nous propose cet ouvrage de vulgarisation de ses théories sur la «résilience», anglicisme signifiant « rebondissement, rejaillissement » voire reconstruction de la personnalité. Il faut dire que c'est son sujet de prédilection et qu'il n'a pas son pareil pour disséquer cette capacité humaine à surmonter tous les traumatismes psychiques et toutes les blessures émotionnelles plus ou moins graves. A l'aide d'une multitude d'exemple de vilains petits canards devenus magnifiques cygnes et en s'appuyant sur des cas célèbres comme ceux de Barbara, Maria Callas, Georges Brassens ou Jean Genet, Cyrulnik arrive à rendre accessibles des réalités psychologiques et psychiatriques assez complexes. Livre optimiste et pas trop difficile à lire, « Les vilains petits canards » veulent montrer qu'aucune blessure n'est irréversible dans la mesure où des mécanismes de défense se mettent en place et que des mains secourables se tendent. Passionnant.

4,5/5

08:40 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |