27/09/2013

Je haïs les parfums (Olivier Novanni)

je haîs les parfums.jpgUne femme déclare détester les parfums tout en en achetant et en les collectionnant pieusement. Elle s'en met avec parcimonie. Elle vit avec un homme appelé Martin et apprend un jour qu'elle a le cancer... Lucas, un ado, se parfume beaucoup trop. Ses copines le rejettent méchamment et se moquent de lui à tout moment... La journaliste Clémentine part en Afrique pour interviewer Kate, un célèbre top model dont l'image va servir d'icône pour le lancement d'un nouveau parfum...

« Je haïs les parfums » est un recueil de nouvelles futiles, gaies ou mélancoliques. Des voix féminines ou masculines s'expriment sur le thème récurrent du parfum. Elles l'aiment ou le détestent, le recherchent compulsivement ou le rejettent violemment. Sur un pareil sujet, le lecteur ne pourrait s'attendre qu'à quelque chose de léger, d'élégant, de diaphane et pourquoi pas d'humoristique voire de décalé. Mais là, rien de cela. De petites historiettes platement racontées. Des personnages sans épaisseur. Des intrigues sans grande consistance. Et souvent une absence de chute surprenante (ce qui en principe devrait faire le charme de ce genre particulier qu'est la nouvelle). Une seule échappe à tous ces défauts, « Fracas », une petite pépite particulièrement réussie pour son intrigue assez originale et pour sa fin intéressante. En la lisant au second degré, elle approche même du conte philosophique, c'est dire...

2,5/5

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25/09/2013

Robert Mitchum ne revient pas (Jean Hatzfeld)

Robert Mitchum ne revient pas.jpgEn 1992, à Sarajevo encerclée et pilonnée par les Serbes, deux champions de tir tentent de continuer à s'entraîner en vue des Jeux Olympiques de Barcelone. Marija est ingénieure des Eaux et Forêts est serbe et son amant, Vahidin est bosniaque et musulman. Un jour, Vahidin se retrouve bloqué à l'intérieur de la ville à la suite d'un contrôle à un barrage alors que Marija est contrainte de rester à la périphérie, côté serbe. Les deux camps font tout pour récupérer les deux tireurs d'élite, trop heureux d'exploiter leurs talents et de les transformer en snipers. Jusqu'au jour où une grande chanteuse d'opéra venue avec une délégation officielle pour tenter de ramener la paix est touchée par un tir. Coincés des deux côtés de la barricade, accusés de ce méfait scandaleux, pourront-ils participer aux Jeux et finir par se retrouver quelque part ?

« Robert Mitchum ne revient pas » est un récit dramatique qui plonge le lecteur dans l'ambiance aussi glauque que sordide de la guerre civile de Bosnie. Cette présentation quasi journalistique du contexte représente le côté le plus intéressant du livre. Le lecteur y découvrira que, dans le cadre d'une guerre aussi fratricide, tous les coups sont permis même les plus tordus et que, bien conditionné, n'importe qui peut se retrouver dans la peau d'un tueur. Moins dure et plus romancée qu'« Une Saison de machettes », cette histoire explore une nouvelle facette de la guerre et de la sauvagerie humaine. Dommage que le ton soit un peu froid, que le rythme ne suive pas l'intensité de l'intrigue et qu'on peine à éprouver un peu d'empathie pour ces Roméo et Juliette perdus dans une guerre inutile. Sinon, ce livre, écrit d'une manière agréable et très facile à lire, peut se dévorer très vite. On n'a pas non plus l'impression de perdre son temps, on apprend même pas mal de choses sur le tir de compétition car l'auteur a dû beaucoup se documenter.

3,5/5

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23/09/2013

Homeland, la traque (Andrew Kaplan)

Homeland, la traque.jpgA Beyrouth, Carrie, agent de la CIA, a rendez-vous dans un cinéma avec un certain Al Doumi, un informateur. Non seulement celui-ci ne vient pas mais encore, Carrie se retrouve pourchassée par quatre tueurs qui n'hésitent pas à tirer sur elle et à aller la débusquer dans une planque pourtant réputée sûre. Que s'est-il passé ? Comment un pareil enchaînement a-t-il été possible ? Elle s'était pourtant lancée sur les conseils de son propre chef de poste qui l'avait assuré lui-même de la validité de ses renseignements. Tout commence donc très mal pour la pauvre Carrie. Et ce n'est que le début d'une longue traque qui ne manquera ni de suspens ni de rebondissements.

« La Traque » est un roman d'espionnage de facture totalement classique, à l'américaine, c'est à dire efficace et obéissant à des recettes rodées et parfaitement au point. C'est à dire écrit dans le style direct et sans fioritures des scénarii de cinéma ou de séries télé. Au bout du compte rien de bien original. Si ce n'est que le lecteur passe un bon moment de divertissement à lire ce « page-turner » comme il s'en publie chaque année des dizaines. Pour les amateurs du genre pas trop difficiles. 

3,5/5

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21/09/2013

Le roi des requins (Karl May)

Le roi des requins.jpgAprès un naufrage au large des îles de la Société, un équipage américain accompagné d'un unique passager allemand trouve refuge sur une île déserte où finit par aborder un peu plus tard Potoma, un prince polynésien pourchassé par ses ennemis, des païens qui lui reprochent sa conversion au christianisme. De retour à Tahiti, Potoma découvre que son beau-père, chaman animiste, a tué sa mère et a enlevé sa jeune épouse. Comment va-t-il pouvoir la récupérer et se venger sans renier son idéal ?... Dans les plaines du Far-West, Canada Bill est un joueur et tricheur professionnel. Confondu avec une carte dans la manche par le héros, Tim Kroner, il le menace de revenir se venger de la pire manière. Leurs routes vont se croiser dramatiquement à plusieurs reprises... A Alger, Monsieur Latréaumont, un négociant qui voit toutes ses caravanes attaquées dans le désert du Sahara, ses serviteurs assassinés, son fils pris en otage et ses marchandises volées, en appelle au narrateur et à Emery Bothwell, un aventurier anglais, pour aller faire rendre gorge aux auteurs de ces rezzous...

Dans « Le roi des requins », le lecteur a droit à trois romans d'aventures et d'exploration pour le prix d'un ! Karl May le transporte de la Polynésie au Sahara en passant par le grand Ouest américain. Trois histoires passionnantes, bien écrites, pleines de sentiments positifs, sans doute un peu manichéens (époque oblige, le livre a été écrit au tout début du vingtième siècle) et avec un réel désir descriptif et didactique. Sorte de Jules Verne ou de R.L.Stevenson allemand, May se sert de ses souvenirs de voyages (et également de guides quand il n'est pas allé physiquement sur les lieux) pour rendre vivantes les descriptions de décors, de situations et de territoires encore considérés à l'époque comme « sauvages » voire inexplorés. Dans cet ouvrage, le plus surprenant est sans doute l'intervention d'Abraham Lincoln en coureur de prairie tenté par la profession d'avocat, rôdant ses plaidoiries seul au fond des bois. (Authentique ???) A notre époque de mondialisation et de tourisme tout azimut, il peut être tout à fait passionnant de retrouver un regard différent, une fraîcheur et une assurance qui n'est plus de mise aujourd'hui. Ne serait-ce que pour considérer le chemin parcouru par nous en un siècle ainsi que l'évolution du monde et des mentalités, voire leur immanence...

4/5

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19/09/2013

S'il n'avait pas neigé (Sharon Bolton)

S'il n'avait pas neigé.jpgA Larkhill Park, le lieutenant de police Lacey Flint est le témoin fortuit du meurtre d'un homme immolé par le feu. La victime, Aamir Choudhury est un musulman britannique d'origine pakistanaise, interne dans un hôpital londonien. Les enquêteurs optent immédiatement pour une hypothèse de crime à caractère racial avant de rapidement faire chou blanc. Les terribles extrémistes blancs arrêtés ne sont que de petits voyous de quartier sans envergure. Il va falloir chercher ailleurs. Bien malgré elle, Lacey Flint se retrouve donc avec une sale affaire sur les bras et, par la même occasion, face à une mystérieuse femme en tchador...

Ce roman policier bien dans le ton de notre époque bigarrée nous est présenté sous la forme d'une novella d'une petite centaine de pages, format assez peu courant chez nous mais très répandu chez nos amis anglo-saxons. Cette longueur a l'avantage d'aller à l'essentiel sans s'embarrasser de longues descriptions de décors ou de paysages et sans grandes considérations psychologiques ou philosophiques. Cela offre l'avantage d'une lecture rapide ce qui n'est pas négligeable avec ce genre de littérature de simple divertissement. Avec le revers de la médaille évident d'une certaine forme de simplisme combiné à pas mal de bien pensance dans ce cas particulier. Le lecteur se retrouve plus face à un scenario voire à un synopsis ou à une bande dessinée sans images qu'à un véritable roman bien charpenté et bien construit. Disons qu'il s'agit plutôt d'une longue nouvelle qui pourrait donner lieu à l'adaptation d'un épisode d'une série télé récurrente et rien de plus. L'héroïne principale est sympathique et intéressante. Le milieu « paki » est assez bien rendu. L'intrigue n'est pas inintéressante dans la mesure où elle aborde le problème de l'intégration, du choc des cultures, de la tolérance et de l'acceptation de l'autre quelles que soient ses orientations sexuelles. L'écriture est agréable et aisée à lire. Ce texte semble être le « teaser » d'une longue série d'aventures de cette jeune policière.

3,5/5

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17/09/2013

Jusqu'au cou (Dick Francis)

Jusqu'au cou.jpgAu fin fond de l'Ecosse, Alexander Kinloch vit en reclus dans une bergerie sans le moindre confort entre sa cornemuse et ses pinceaux. Il n'aime guère le monde civilisé et préfère vivre en solitaire, mais sa tranquillité va être troublée quand quatre faux randonneurs font étape chez lui et l'agressent en lui posant toujours la même question : « Où est-elle? » Et pour ne rien arranger, sa mère l'appelle au secours. Son beau-père se trouve soudainement au bord de la ruine... De précieux trésors familiaux disparaissent. La vie tranquille du peintre musicien semble bien terminée...

« Jusqu'au cou » est un thriller à l'anglaise, c'est à dire élégant et sans hécatombe. L'histoire démarre sur les chapeaux de roues et, malheureusement, s'enlise assez vite. Le rythme ralentit. Peu à peu, se dévoile une intrigue basée sur une escroquerie avec détournement de fonds assez banale et l'intérêt retombe peu à peu. Excepté le héros assez atypique et le détective privé transformiste, les personnages sont assez peu intéressants. Un style quelconque. Pas la moindre trace d'humour. Du simple divertissement de niveau juste moyen. A oublier.

2/5

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12/09/2013

Projet Méduse (John J. Nance)

Projet Méduse.jpgAncien de la Navy, le pilote Scott McKay s'est reconverti en se mettant à son compte. Il a fondé Scotair, une petite compagnie aérienne qui survit difficilement. Pour son nouveau vol, il embarque par erreur une cargaison totalement incongrue : deux conteneurs, l'un de matériel scientifique, l'autre porteur d'une bombe thermonucléaire à retardement dont l'explosion programmée doit déclencher l'effet « Méduse », c'est à dire la perturbation de tous les serveurs informatiques du pays. Il s'agit de la vengeance posthume d'un savant fou. Le compte à rebours est lancé. L'équipage n'a que quatre heures pour trouver une solution. Et pour ne rien arranger, un terrible ouragan menace le vol...

Présenté comme un « thriller effrayant sur le thème du terrorisme nucléaire », « Projet Méduse » relève plutôt du bouquin catastrophe autant dans le style des films du même nom que dans le second sens du terme. Toute la problématique est posée des les premiers chapitres du livre : sautera, sautera pas ? Difficile de faire plus binaire. D'autant plus qu'avec ce genre très américain, le lecteur sait qu'il n'échappera pas au « happy end » après quelques péripéties, quiproquos et rebondissements opportuns d'ailleurs. L'histoire est menée tambour battant. L'auteur ne se perd pas en descriptions de décors ni en analyses de la psychologie de ses personnages. Il use et abuse des dialogues, plus ou moins utiles d'ailleurs. Le résultat, ni très original ni très palpitant, en devient presque ennuyeux, une curiosité dans ce genre de littérature. C'est de la BD sans images, du cinéma de série B sans effets spéciaux et sans acteur charismatique. Tout juste bon à lire sur la plage ou dans le train pour passer le temps. Et encore...

2,5/5

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10/09/2013

A part moi, personne n'est mort (Thomas Gunzig)

A part moi, personne n'est mort.jpgTrois bras cassés, handicapés de la vie, veulent se venger du sort que la société leur a réservé en fabriquant une bombe artisanale qu'ils se proposent de faire exploser à la porte d'un supermarché... Lors d'un conflit non précisé, un jeune garçon et son frère tout bébé, seuls survivants d'une famille massacrée, se cachent sous terre... Pendant une improbable guerre dans la jungle, un groupe de soldats est capturé et longuement torturé... Grégoire invite Caroline à dîner au restaurant dans l'espoir de la séduire pendant que Minitrip bat la campagne... Seul avec ses trois chiens de traineau, un météorologiste reste des mois loin du monde à faire des relevés dans les glaces du pôle. Un jour il perd le contact avec sa base... Pour ses vacances, un touriste loue une maison qui est restée longtemps inhabitée depuis la mort de sa propriétaire... Au cours d'un safari en Afrique, trois amis commencent à se lasser de tirer toujours les mêmes animaux.

« A part moi, personne n'est mort » est un recueil de douze nouvelles éditées à diverses époques et dans certaines circonstances qui sont présentées dans un prologue en forme d'avertissement. Le monde de Gunzig est à la fois étrange, cruel, absurde et impitoyable au point que ces histoires peuvent sembler improbables voire invraisemblables dans un premier temps et finalement pas si éloignées de notre réalité si on réfléchit un peu ou si on lit au deuxième ou au troisième degré. Le lecteur regrettera un peu l'humour qu'il avait pu trouver dans les romans de cet auteur. C'est dur, sombre, désespérant sur la condition humaine et, sans l'édulcorant que représenterait l'ironie, la dérision ou l'humour, même le plus noir, est à déconseiller aux âmes sensibles. On reste en permanence dans une sorte de cauchemar psychanalytique que peut-être un jour, quelqu'un voudra étudier. En plus d'une fréquente absence de nom des personnages, en plus de la récurrence de la figure féminine très particulière de son héroïne Minitrip, certains thèmes et certaines images reviennent de manière assez obsessionnelle : le trio de mecs tarés, les scènes de guerre type Balkans ou Rwanda, la séquestration ou l'enfermement, l'ennui et la solitude, le suicide, l'impuissance masculine, la torture, le viol et la mort. Rien que du morbide. L'auteur se servirait-il de sa plume comme d'une thérapie pour exorciser ses peurs et ses fantasmes ? Par la force des choses, le lecteur se retrouve dans le fauteuil du bon docteur Freud, ce qui n'est pas désagréable avec un patient pareil, sans doute presque aussi dérangé qu'un Kafka, un Poe, un Ionesco ou un Borgès. L'inspiration de ces nouvelles se situant quelque part à équidistance entre ces grands maîtres, autrement dit aux rivages de la démence, du sadisme, de l'absurde et de l'impossible. Comparaison à prendre comme un compliment, bien sûr. A lire absolument si on a le coeur bien accroché...

4/5

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08/09/2013

Il y avait quelque chose dans le noir qu'on avait pas vu (Thomas Gunzig)

Il y avait quelque chose (Gunzig).jpgLe jour de son mariage, l'Infante d'Espagne fait attendre tout le monde car elle n'arrive pas à programmer son magnétoscope toute seule... Un bateau de croisière fait naufrage. Seuls et uniques survivants de la catastrophe, un infirme et une très jolie fille se retrouvent sur une île déserte... Quelques volontaires essaient de subir avec courage sévices, tortures et internement dans un camp de concentration nazi reconstitué pour les besoins d'une cause peu claire... Lors d'un conflit, trois hommes se retrouvent attachés sur un pont pour faire office de boucliers humains... En route pour une soirée, trois jeunes hommes renversent avec leur automobile une auto-stoppeuse et cachent son corps dans le coffre de la voiture. Ils avaient perdu leur chemin et comptaient sur elle pour le retrouver... Un général invite un écrivain célèbre et le fait saluer par ses troupes...

« Il y avait quelque chose dans le noir qu'on n'avait pas vu » est un recueil regroupant neuf nouvelles de qualité malheureusement un peu inégale. Dans presque toutes on y retrouve le personnage récurrent de Minitrip, drôle d'image de la femme en général et en particulier à la fois belle, évaporée et capricieuse, mais également touchante et perpétuelle victime. L'ensemble de l'ouvrage qui garde une grande unité de ton (dans le macabre) commence gentiment avec l'absurde et l'humour décalé qui font la marque de fabrique de Thomas Gunzig puis dérive doucement vers un noir de plus en plus noir, une laideur de plus en plus glauque et s'achève dans le monstrueux, l'insoutenable voire la violence gratuite, inutile et plus drôle du tout. C'est d'ailleurs le plus gros reproche que l'on puisse faire à cet ouvrage. Un certain manque de légèreté, une lourdeur et une complaisance dans le sadisme absurde et la folie destructrice. Il n'en demeure pas moins que les trois premières nouvelles sont trois petits bijoux et que les autres, un peu plus faibles, seraient très acceptables chez un autre auteur. Mais Thomas Gunzig nous a habitué à un tel niveau de qualité littéraire, que le lecteur se croit en droit de se montrer exigeant avec lui. L'art de la nouvelle est un des plus difficiles et personne ne peut être génial en permanence.

4/5

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06/09/2013

Esaü ou le chaînon manquant (Philip Kerr)

Esau.jpgCherchant à atteindre un sommet proche de l'Annapurna dans le massif de l'Himalaya, l'alpiniste Jack Burnett échappe d'un rien à une avalanche dans laquelle meurt Didier son équipier. Dans sa chute, il atterrit dans une grotte où il fait une découverte susceptible de bouleverser le petit monde de la paléontologie et même de remettre en question rien moins que la théorie de l'évolution. En compagnie d'une équipe de scientifiques de premier plan, Burnett décide de repartir sur les lieux. Mais quelle n'est pas sa stupéfaction quand il découvre qu'il y a un intrus parmi les membres de son expédition.

« Esaü » est un pur roman d'aventures sur fond d'alpinisme et de paléoanthropologie qui fait penser, mais penser seulement, à certaines oeuvres de Jules Verne. Pour apprécier sans doute faut-il avoir gardé une âme d'enfant et oublier tout esprit cartésien ou rationaliste. En effet, il n'y pas grand chose de scientifique et même de simplement vraisemblable dans cette histoire de chainon manquant et de monde perdu. Plus gênant reste néanmoins le côté bien-pensant et convenu qui apparaît dans toute sa splendeur pleine de bons sentiments à la fin. Et, encore pire, le traitement simpliste des situations et des personnages qui font que le lecteur se demande s'il n'est pas tout simplement en train de lire une bande dessinée sans images. A classer comme lecture d'honnête divertissement sans plus.

3/5

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04/09/2013

Les dossiers secrets du médecin légiste de Hollywood (Noguchi - Dimona)

Les dossiers secrets.jpgMort par noyade de l'actrice américaine Nathalie Wood : était-ce une mort accidentelle ou un meurtre ?

Marilyn Monroe : un suicide ou un assassinat ? Robert Kennedy, un assassinat isolé ou un complot ? Et qu'en fut-il pour le cas d'autres célébrités, comme Sharon Tate, Janis Joplin, William Holden dont le médecin-légiste de Hollywood eut à traiter pendant sa carrière mouvementée. Nombreuses furent ces disparitions qui posèrent des interrogations légitimes, soulevèrent des tollés voire provoquèrent des controverses. Bien des années plus tard, un certain nombre de questions voire d'énigmes se posent encore. Noguchi propose d'y répondre avec une grande honnêteté et un apparent sérieux.

Il fut un grand professionnel qui fit progresser notablement les techniques médico-légales encore dans leurs débuts à l'époque. Ce volet du livre est certainement plus intéressant que les cas de figures étudiés. L'histoire de cette science, la présentation des techniques et de tous les déboires que Noguchi dut subir ne peuvent qu'étonner le lecteur. Les révélations fracassantes promises en quatrième de couverture (« Mi-scientifique, mi-polar, il présente une succession d'informations à couper le souffle. ») n'en sont pas vraiment, tout juste des mises au point et même de simples précisions. Tant de choses furent racontées à l'époque... Ainsi la mort du sénateur Robert Kennedy ne fut-elle pas l'oeuvre du seul « dément » Sirhan Sirhan, mais de deux tireurs. Le positionnement des impacts et le nombre de balles retrouvées l'attestent. Il n'en demeure pas moins que le livre ne donne pas l'identité de ce deuxième tireur et encore moins celle des commanditaires de cet assassinat. Et comme c'est un peu la même chose pour toutes les affaires, le lecteur restera donc sur sa faim s'il est venu chercher une ultime vérité révélée avec le temps...

3,5/5

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02/09/2013

Manuel de survie à l'usage des incapables (Thomas Gunzig)

Manuel-de-survie-a-lusage-des-incapables_9307.jpgPour aider sa direction à se débarrasser de Martine Laverdure, caissière capverdienne trop lente à la manoeuvre, l'agent de sécurité Jean-Jean l'espionne pour prouver qu'elle fréquente Jacques Chirac Oussoumo, le responsable fruits et légumes et que leur liaison représente un réel préjudice pour l'hypermarché qui les emploie. Dans le même temps, quatre loups, respectivement baptisés Blanc, Gris, Brun et Noir, montent une attaque de fourgon blindé, liquident les convoyeurs de fonds et s'emparent de la recette de ce géant de la distribution banlieusarde. Mais tout va se compliquer quand la route de l'incapable Jean-Jean va croiser celle des quatre loups gangsters qui s'avèrent être en réalité les fils abandonnés de ladite Martine Laverdure. Jean-Jean pourra bénéficier de l'aide de la belle Blanche de Castille Dubois, du service de Synergie et Proaction, mais cela sera-t-il suffisant pour lui sauver la mise ?

En dépit de son titre qui n'a pas grand rapport avec ce qu'on trouve à l'intérieur, « Manuel à l'usage des incapables » est une sorte d'OVNI littéraire particulièrement succulent, tout à la fois thriller, roman noir, roman d'anticipation, roman d'aventures, pastiche, roman social et même conte philosophique plein d'humour décalé assez typiquement belge. C'est gore et tendre, sinistre et drôle, insensé et intelligent, réfléchi et loufoque. Une sorte de cocktail paradoxal comme le lecteur en rencontre rarement. Sous des dehors d'aventures abracadabrantesques présentées de façon loufoque ou monstrueuse, l'auteur arrive quand même à nous livrer une description fidèle de l'univers impitoyable des coulisses d'un grand supermarché, des méthodes agressives des commerciaux ou de la mentalité simpliste des « jeunes » de cités. Il va même jusqu'à nous amener à réfléchir sur des thèmes aussi sérieux que les manipulations génétiques, la « brevetisation » du vivant, la « merchandisation » généralisée ou l'exploitation des travailleurs précaires. (L'histoire n'est pas datée, mais on peut la situer dans une sorte de futur très proche). Bien sûr, Gunzig joue de l'eau-forte, de la caricature, ce qui peut à premier vue sembler gore, balourd ou « hénaurme » mais peut également suggérer toutes sortes de vérités diffuses si on l'envisage plus finement, un peu comme un train peut en cacher un autre. Situations et personnages sont outrés, improbables et en même temps pleins de réalisme et si proches de nous qu'on ne peut dire que : « Chapeau, l'artiste ! » Un style clair, flamboyant, rythmé et si agréable que ce bouquin étrange ne se lit pas, il se dévore et on regrette même que ces 450 pages soient lues si rapidement. Une très très belle réussite. Un drôle de petit bijou qui divertit en faisant réfléchir. Que demander de plus ?

(Critiqué dans le cadre d'une opération « Masse Critique » sur Babélio)

5/5

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30/08/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitres 4/1)

CHAPITRE IV

 

 

Les deux individus se relevèrent lentement en se regardant d’un air désappointé. Ils étaient là, comme deux nigauds, plantés dans le vestibule du minuscule deux pièces de Virginie Lepayen avec leur victime inconsciente à leurs pieds… Le plus mince, l’homme à la mèche pendante et au profil en lame de couteau, attaqua immédiatement : « Tout ça, c’est de ta faute, Loup ! T’es vraiment qu’une grosse brute épaisse ! »

- Ecrase Renard, lui répondit l’autre. Je veux plus que tu m’appelles Loup ! Mon nom c'est Louis et pas Loup. J’suis pas une bête, bordel.

- T’es surtout très con, Môssieur Louis Dubois, reprit l’autre. Et je t’appellerai Loup Dubois aussi longtemps que toi, tu n’utiliseras pas « Jacques Lerenard » à mon sujet.

- OK, Renard, mais qu’est ce qu’on fait maintenant ?

- Maintenant que t'as tout salopé le boulot, ça va pas être facile, soupira le maigrichon qui avait l’air d’être le cerveau de l’équipe. Cette petite Virginie, c’est qu’une gamine, elle est toute jeune, fallait la traiter avec délicatesse.

- Pars pas dans tes fantasmes, contesta Louis, c’est tout de même pas une gosse de six ans…

- Oui, dommage qu’elle en ait un peu plus, soupira Lerenard. Elle devait être craquante à cet âge-là. J’aurais aimé la rencontrer…

- Mais elle, peut-être pas… balança l’autre non sans à propos car il connaissait les penchants peu ragoûtants de son équipier.

L’immeuble était plongé dans le plus grand silence. Minuit était passé depuis longtemps et il apparaissait à Jacques Lerenard que cette expédition avait reposé sur l’improvisation la plus totale. Ils étaient à l’intérieur même de l’appartement de leur victime pris dans une affaire d’enlèvement qu’ils avaient l’air de ne maîtriser que fort peu. Passé ce moment de confusion, le maigrelet fut le premier à reprendre ses esprits. De la poche de son blouson militaire, il sortit un rouleau de ruban adhésif large en disant : « Première chose, on la bâillonne ; comme ça, elle pourra pas hurler quand elle se réveillera… »

- Et moi je lui attache les poignets avec ce bout de ficelle, ajouta Loup qui ne voulait pas être en reste.

- Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre qu’elle se réveille…

- Ca peut être long, fit remarquer le plus costaud.

Son acolyte sortit un cutter de sa poche de jean, et lança un regard vicieux à son comparse en l’accompagnant d’un clin d’œil salace : « Voilà ce qu’il nous faut pour accélérer les choses… Je suis sûr qu’elle a la peau sensible la gamine. Tu as vu comme elle a filé doux dès que je l’ai piquée avec ma lame ? »

- Et moi avec un crayon, je suis sûr qu’elle a cru que j’avais un flingue, ajouta Loup.

A SUIVRE

Ouvrage disponible en version ebook sur Amazon et en version papier sur TheBookEdition.com

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27/08/2013

Fleurs de Paris (Michel Zévaco)

Fleurs de Paris.jpgA Paris, au début de l'autre siècle, Lise et Georges Meyranes, deux jeunes gens d'un milieu très populaire, viennent de convoler en justes noces. Ils ont invité quelques voisins et amis à leur modeste mariage. Mais au moment des voeux de bonheur et des chants de fin de repas, on frappe à la porte. C'est la police qui vient pour arrêter le jeune marié, lequel serait un dangereux malfaiteur qui aurait pris une fausse identité pour mieux tromper son monde...

Ainsi s'engage un roman fleuve de 76 chapitres navigant entre « Rocambole », « Les Mystères de Paris » et le « Boulevard du crime ». Publié en 1921, ce roman posthume de Michel Zévaco aborde un genre totalement différent de son habituelle production de « cape et d'épée », celui du roman noir, de la tragédie mélodramatique et surtout celui du roman social. Le lecteur y trouvera une inspiration proche de celle d'Eugène Sue tant la ressemblance est grande entre les deux oeuvres sans qu'on puisse parler de plagiat, mais plutôt de pastiche. Proche également de l'esprit d'un Zola ou d'un Hugo (Les Misérables, bien sûr). Mais que de mauvais sentiments, que de crimes, que d'enlèvements, de disparitions, de séquestrations, d'abandon d'enfants, de duels, d'adultères et même de parricides ! Fort peu de personnages positifs en dehors de Rabastens, le jeune journaliste ambitieux, avatar de l'auteur et des trois malheureuses jeunes femmes, nouvelles Cosette ou Fleur de Marie. La description de l'aristocratique famille d'Anguerrand est brossée au vitriol. On sent un peu trop la démonstration et le parti pris négatif de l'auteur contre ce corps social particulier. Les personnages du petit peuple, Zizi Panpan, La Merluche, Biribi, bien campés sont assez peu sympathiques. Beaucoup trop manichéen pour notre époque remplie de doutes et d'incertitudes, ce roman a pas mal vieilli. Cependant les situations improbables, les coups de théâtre à répétition, les rebondissements « abracadabrantesques » maintiennent un intérêt constant et permettent une lecture toujours aussi passionnante et aussi divertissante en dépit de tout le reste. Quelle imagination débridée que celle de Michel Zévaco !

3,5/5

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24/08/2013

L'héroïne (Michel Zévaco)

L'héroïne.jpgSous le règne de Louis XIII, Madame de Lespars meurt empoisonnée par un certain baron de Saint Priac, homme lige du Cardinal de Richelieu. Sa fille, la belle Annaïs de Lespart, elle-même fille illégitime de Henri IV, jure de venger sa mère. Elle s'entoure de quatre jeunes gentilshommes qui épousent immédiatement sa cause et rallie un grand complot organisé autour de la personne du futur Gaston d'Orléans, frère du roi avec la complicité bienveillante de la reine Anne d'Autriche et de plusieurs grands du royaume. Mais Richelieu veille au grain. Il dispose de nombreux agents secrets tels Rascasse, le spadassin contrefait ou Corignan, le capucin espion. Annaïs mettra-t-elle à exécution son projet d'assassinat de Richelieu ? Le cardinal saura-t-il désamorcer le complot ?

On l'aura compris ce roman historique du prolifique Michel Zévaco, journaliste anarchiste et romancier populaire du début de l'autre siècle, relève plus de la fantaisie que de l'Histoire tant les privautés avec la réalité des faits sont nombreuses. Ce texte parut d'abord en roman feuilleton dans un journal de l'époque. Il met en scène des personnages hauts en couleurs qui n'ont pour la plupart existé que dans l'imagination de leur auteur, présente Richelieu, Louis XIII, Gaston d'Orléans et Anne d'Autriche d'une manière assez peu fidèle à ce qu'on peut savoir d'eux et nous embarque dans une histoire parfaitement rythmée, pleine d'aventures, de chevauchées, de duels et autres combats à un contre quatre avec le maître d'armes Trencavel en magnifique figure du héros de cape et d'épée chevaleresque. Un peu inférieur en qualité littéraire par rapport à l'étalon de référence, Alexandre Dumas, ce livre permet quand même de passer un bon moment de divertissement sans vouloir demander plus à ce genre de littérature particulier.

4/5

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22/08/2013

Pavane pour un enfant (Georges Bordonove)

Pavane pour un enfant.jpgA Sainte-Aulaire, au fin fond de la Corrèze, dans les années d'après la guerre de 14, Bernard Longis, jeune garçon souffreteux et rêveur vit chez Aurélie une grand-mère revêche et près de ses sous. Veuf, son père, professeur dans un lycée en ville, a une nouvelle compagne aussi frivole que dépensière. Le couple reconstitué a pris prétexte de la santé fragile de l'enfant pour s'en débarrasser. Il mène une petite vie de moineau solitaire entre une préceptrice très douce et une petite camarade très attachée à lui et fille de ses voisins. Il n'a qu'un rêve et qu'une attente : le retour de son père qui finira d'ailleurs par arriver mais pas avec les conséquences prévues.

Georges Bordonove, principalement connu pour sa magistrale série « Les rois qui ont fait la France », aborde avec « Pavane pour un enfant » un sujet fort éloigné des thèmes habituels de l'historien. Avec Bernard, ce petit orphelin si touchant et si émouvant dans sa quête éperdue d'amour, il rejoint l'inspiration des grands auteurs qui ont traité de l'enfance comme Gilbert Cesbron, Georges Dickens ou Jules Renard. On peut même dire qu'il fait jeu égal avec eux mais sans le pathos du premier, ni le misérabilisme du second, ni l'ironie grinçante du troisième. Bordonove reste sur le fil du rasoir dans une sorte de flou poétique et tendre, il arrive même à nous faire observer choses et gens avec un véritable regard d'enfant. Il entraîne son lecteur dans un monde aussi cruel qu'il peut être magique ou mystérieux. Un très beau texte d'une grande facilité de lecture.

4,5/5

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20/08/2013

Sébastien Roch (Octave Mirbeau)

Sébastien Roch.jpgEn 1862, à Pervenchères, petit village de l'Orne, Monsieur Roch est un quincaillier bien pensant relativement prospère. Veuf et n'ayant qu'un fils unique, Sébastien, il a de grandes ambitions pour lui. Elève assez médiocre, l'enfant ne s'intéresse guère aux études, il préfère de loin courir la campagne avec ses petits copains campagnards. Mais son père l'inscrit au prestigieux collège Saint François Xavier de Vannes, tenu par les Jésuites. Il espère que son fils lui fera honneur et qu'il pourra s'introduire dans les milieux aristocratiques d'où seront issus la plupart de ses camarades de classe. Malheureusement, rien ne se passe comme prévu. Sébastien est rejeté par toute sa classe à l'exception d'un certain Bolorec, élève silencieux, voire mutique car rejeté lui-même pour sa laideur. Un brillant jésuite, le père de Kern finit par s'intéresser au cas « Sébastien Roch ». Va-t-il lui venir en aide ou aggraver son sort ?

Ecrit en 1889, ce roman psychologique et social reste étonnamment d'actualité par les thèmes qu'il aborde : la discrimination sociale, l'ambiance délétère des internats de garçons, la pédophilie (et l'homosexualité, mais de façon plus diffuse) sans oublier le pacifisme et une certaine forme d'anarchie. Octave Mirbeau, auteur un peu oublié de nos jours, mériterait de sortir au plus vite de son purgatoire tant son oeuvre, écrite de façon magistrale, dans un français impeccable, limpide, et agréablement lisible, est celle d'un précurseur et d'un visionnaire. Une histoire touchante et lamentable qui s'achève en drame. Un jeune héros dont la démarche est finement analysée du point de vue psychologique côtoie des personnages secondaires tout aussi intéressants même s'ils sont nettement moins positifs. Un ensemble proche du petit chef d'oeuvre, dans la veine d'un Maupassant ou d'un Dickens...

4,5/5

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18/08/2013

Toboggan (Fabrice Pliskin)

Toboggan.jpgDans le Paris des années 2000, Youri Bétrémieux, présentateur d'une émission féminine plutôt en perte de vitesse, mène une vie de père divorcé désabusé. Il a une petite fille prénommée Yasmine qu'il ne peut voir qu'un week-end sur deux, ce qu'il subit comme une injustice d'autant plus que son ex fait tout pour lui faire perdre contact avec elle. Il est membre de SOS Papa. Il se console dans les bras de diverses attachées de presse ou d'invitées de son émission quand ce n'est pas dans ceux de Nganga, son amie camerounaise. Un jour, il rencontre dans un square un certain Limbert, un type complexé par la petitesse de son sexe, qui exerce l'honorable profession de collecteur de lait de femme pour le lactarium de la ville. La petite vie confortable du bobo Youri va en être fortement bouleversée.

Ce long roman de Fabrice Pliskin aborde d'une façon assez originale les thèmes de la sexualité festive, de la virilité et de la paternité à une époque de triomphe du féminisme où l'homme, le vrai, le macho est devenu si rare qu'on se demande si ce n'est pas déjà une sorte d'animal en voie de disparition. Le style de Pliskin est agréable, fluide et facile à lire. Il a quelque chose de journalistique et même de très commercial dans la mesure où, sans doute sous l'influence d'auteurs américains tels Brett Easton Ellis, il cite systématiquement toutes les marques de poussettes ou autres. Ce qui n'apporte pas grand chose sinon un certain agacement quand ça tourne au systématique. L'intrigue, malheureusement inexistante, bascule lentement dans une sorte de fantastique qui ne tient ni la route ni ses promesses, vu la fin bâclée et fort décevante. Pour ne rien arranger, le personnage principal n'est pas spécialement attachant. C'est une sorte d'obsédé doté de capacités sexuelles hors du commun qui ne pense qu'à coucher avec le plus grand nombre de femmes possible. Et c'est là que le bât blesse, quand l'érotisme vire au vulgaire et crasseux porno. Quelques scènes de tournage de film X particulièrement chaudes finissent par ranger cette oeuvrette parmi les productions sans envergure ni intérêt de ses consoeurs romancières exhibitionnistes comme C. Millet ou V. Despentes. Quelle originalité !

3/5

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15/08/2013

Opération Baucent (Chapitre 3)

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12/08/2013

Georges (Alexandre Dumas)

Georges (Dumas).jpgEn 1810, sur l'Ile de France (île Maurice), la bataille fait rage entre les Français qui la possèdent encore et les Anglais qui la convoitent. Commencé sur mer, le conflit se poursuit sur terre où, suite à un débarquement massif, les Anglais finiront par l'emporter. Pierre Munier, le plus riche propriétaire terrien de l'île mais mulâtre, se voit refuser par Monsieur de Malmédy, un autre notable mais blanc, l'autorisation de se battre avec son fils aîné aux côtés des colons blancs. Pierre prend alors la tête d'une armée de miliciens noirs et, suite à une escarmouche audacieuse, réussit à s'emparer d'un drapeau ennemi qu'il confie un moment à Georges, son plus jeune fils. Henri, le fils de Malmédy veut lui disputer son trophée. L'enfant refusant en se débattant comme un beau diable, il le blesse d'un coup d'épée. Son grand frère intervient en frappant Henry. Finalement, c'est Malmédy lui-même qui oblige Munier à céder. A l'issue de cette altercation, Pierre Munier décide d'envoyer ses fils étudier en métropole. Quatorze années plus tard, Georges rentre au pays. C'est un beau garçon grand, costaud, riche, courageux et surtout très déterminé à venger l'humiliation subie par sa famille. Y parviendra-t-il ?

Ce roman assez peu connu du grand Alexandre Dumas fut peut-être celui qui tenait le plus à coeur à son auteur. De même que Flaubert disait : « Madame Bovary, c'est moi ! », le lecteur peut aisément imaginer que Dumas, étant « quarteron », a mis énormément de lui-même dans le personnage épique et chevaleresque du mulâtre Georges qui doit subir rejet et avanies à cause de la couleur de sa peau. Il s'est contenté de transposer une histoire très voisine de celle de Toussaint Louverture des Antilles aux Mascareignes en gardant la même problématique, celle de l'abolition de l'esclavage et de l'émancipation des noirs. A l'appui de sa thèse, les noirs sont en général bons et généreux et les blancs mesquins, fourbes et lâches avec des exceptions qui nuancent heureusement le propos. Mais « Georges » n'est pas qu'un livre militant, c'est aussi un grand roman historique plein de bruit et de fureur, de batailles terrestres et navales, de cataclysmes (une belle description de cyclone tropical), de rebondissements et d'histoires d'amour et d'amitié. Et toujours, la qualité extraordinaire d'une prose rythmée qui s'empare du lecteur et ne le lâche plus, tellement tout est bien amené, bien documenté et bien raconté. A redécouvrir.

5/5

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08/08/2013

Clovis (Saki)

Clovis.jpgParties à cheval pour une chasse au renard, deux ladies se retrouvent avec une hyène apprivoisée qui les suit dans les bois comme un petit chien, tue au passage une petite bohémienne et finit renversée par une automobile... Un des invités de Lord Wilfrid prétend que son chat parle aussi bien qu'un humain. Vérification faite, tout le monde découvre que non seulement l'animal s'exprime de façon parfaitement claire et compréhensible, mais encore qu'il est capable de colporter toutes sortes de ragots et potins voire même les secrets les moins reluisants des uns et des autres... Jalouse des exploits aériens de son amie Loona Bimberton, Mrs Packletide décide de partir chasser le tigre et de lui offrir un collier de dents du fauve pour la faire enrager... Un tableau « La chute d'Icare » tatoué sur le dos d'un voyageur lui cause bien des problèmes insoupçonnés au départ... Hermann l'irascible, le nouveau roi d'Angleterre prend une décision étrange : il n'accorde pas le droit de vote aux femmes, mais les oblige à aller voter à chaque élection sous peine de sanctions...

Ce recueil comporte une trentaine de nouvelles qui sont autant de petits récits, de tableaux, d'historiettes ou de contes écrits d'une manière fluide et délicate et épicés d'un humour très particulier, fait d'un mélange d'ironie, de dérision et même d'une certaine philosophie aussi élégante que détachée. Saki, de son véritable nom Hector Hugh Munro, a une élégance de style qui l'apparente avec Wodehouse pour l'humour british et avec Saint Exupéry pour le côté naïf et rêveur type « Petit Prince ». En effet, Saki se sert énormément des animaux pour dénoncer les travers des hommes. Avec une fausse naïveté confondante, il arrive à imaginer des situations souvent absurdes et presque toujours poétiques qui font de ces nouvelles de charmantes chroniques à déguster sans modération. Le lecteur y trouvera un tableau intéressant de la vie de la gentry britannique, des occupations et des passions des aristocrates désoeuvrés et des gentlemen farmers désabusés de la Belle Epoque. Tous les textes sont impeccablement écrits. Certains atteignent même aux rivages du fantastique comme « Les Ministres de la grâce » où Saki imagine ce que donnerait la gestion du pays si elle était confiée à des anges voire à la beauté de la fable avec « La réforme de Groby Lington » sur le thème de la ressemblance osmotique entre l'humain et son compagnon animal. A lire, même à un siècle de distance...

4,5/5

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05/08/2013

La maison de l'aube (N. Scott Momaday)

La maison de l'aube.jpgEn 1945, Abel, un indien Kiowa, retourne dans sa tribu réfugiée dans une lointaine mesa du Nouveau Mexique après des années de tribulations depuis le Montana. Parti de longues années, il a de la peine à retrouver ses repères et à renouer avec ses origines. Il va habiter chez son grand-père, un vieil homme parvenu aux portes de la mort. Il va devoir l'accompagner jusqu'à l'issue fatale. Il aime courir seul dans les canyons et vivre en sauvage. C'est un homme blessé et porteur d'un lourd secret. Il a froidement assassiné de plusieurs coups de poignard un homme blanc. Il a purgé sa peine et est passé par de longues années d'errance et d'alcoolisme. Mais dans le pueblo, il n'est pas le seul à avoir connu un parcours chaotique : il y a aussi le père Olguin, un vieux curé borgne qui a fauté autrefois avec une indienne, une américaine de passage qui a attiré Abel sur sa couche et une assistante sociale au coeur un peu trop généreux...

« La maison de l'aube » se présente comme un roman totalement paradoxal et fortement déconstruit. Momaday, que la préface présente comme le premier et le seul véritable auteur peau-rouge, a une façon très particulière et très personnelle de présenter son récit. Pas vraiment de logique, ni d'intrigue, ni de chronologie. Mais de petits récits mis bout à bout. Des personnages à peine présentés qui apparaissent puis disparaissent après s'être exprimés sur le mode choral. Des faits de la vie ordinaire, de fort longues descriptions de paysages dans un apparent désordre, une sorte de puzzle comme abandonné à la sagacité, à la bonne volonté et à la logique du lecteur. Autant dire une lecture plutôt laborieuse au bout du compte. Néanmoins, cet ouvrage présente un certain intérêt ne serait-ce que du point de vue anthropologique, géographique ou psychologique. Le lecteur y apprendra pas mal de choses sur les moeurs et la mentalité des Indiens du Sud des Etats-Unis mais nettement moins que dans le plus modeste des titres de l'excellente collection « Terre Humaine ». En dépit des louanges dithyrambiques d'une préface outrageusement promotionnelle et de l'attribution d'un prix Pulitzer sur des critères qui mériteraient éclaircissement, un léger sentiment de déception prédomine quand même.

2,5/5

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03/08/2013

Les maîtres de l'ombre 1/ Nightrunner (Lynn Flewelling)

Les maîtres de l'ombre.jpgTout juste âgé de seize ans, le jeune Alec de Kerry est emprisonné et torturé par les sbires du terrible Seigneur Asengaï quand un certain Rolan Feuillargent se retrouve placé dans le cul de basse fosse où il croupit sans véritable raison. L'arrivant se présente comme étant un barde injustement embastillé et ne tarde pas à mettre au point une évasion spectaculaire. Comme il semble avoir sympathisé avec Alec, le fugitif l'entraîne dans sa cavale. Mais Feuillargent est un bien étrange personnage qui se fait également appeler Seregil, sait user de magie, est capable de prendre les apparences les plus diverses et même se faire passer pour une noble dame quand le besoin s'en fait sentir. Etant également d'une honnêteté à géométrie variable, un jour, Seregil dérobe un talisman qu'il glisse sous sa chemise et qui va lui causer bien des ennuis... Ainsi débute une longue série d'aventures pour nos deux héros qui bénéficieront de l'aide d'un troisième larron, Micum, un colosse fort sympathique.

« Les maîtres de l'ombre » se présentent comme un pur roman de fantaisie à rebondissements qui, par certains aspects, fait un peu penser aux aventures du célébrissime Harry Potter. Tout comme le petit sorcier, Alec est jeune et naïf, il découvre la vie et apprend mille choses au contact de son étrange mentor dont le lecteur peine à savoir s'il est barde, sorcier, magicien ou simple espion. D'ailleurs tout l'art de l'auteure réside dans l'ambiguïté permanente où elle maintient son intrigue. L'ensemble en reste flou et volontairement sujet à caution, ce qui place le lecteur dans une position inconfortable tout en titillant en permanence sa curiosité. De plus, Lynn Flewelling prend tout son temps pour brosser ses décors, camper ses personnages, lancer des bribes d'intrigues, de complots politiques voire de débuts de grandes fresques historiques imaginaires bien sûr. Sur plus de six cent pages d'une lecture parfois un peu laborieuse, elle ne fait qu'introduire une immense saga dont on ne discerne que les prémisses en se doutant bien que toutes les zones d'ombre disséminées au fil des pages ne s'éclaireront que dans les tomes suivants. Un peu frustrant, mais diaboliquement addictif. Le livre à peine refermé, il va de soi qu'on n'a plus qu'une envie : retrouver au plus vite ce « monde raffiné de magie et de complots » comme indiqué en quatrième de couverture. Une belle réussite qu'entachent malheureusement quelques coquilles, lourdeurs et surtout erreurs dans la concordance des temps (un seul exemple parmi d'autres : « au cas où elle avait... » au lieu de « aurait », page 172). Faiblesse dans la traduction ? Relecture trop hâtive ? C'est un peu dommage...

4/5

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30/07/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitres 1 & 2)

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28/07/2013

Petits secrets et grands privilèges de l'Assemblée Nationale (Bruno Botella)

Petites secrets et grands privilèges.jpgLe journaliste et rédacteur en chef du mensuel « Acteurs publics » Bruno Botella a mené une enquête fouillée et difficile pour découvrir les secrets de fonctionnement d'une des institutions les plus prestigieuses de notre République : l'Assemblée Nationale. Le lecteur y découvrira qu'elle fonctionne dans l'opacité la plus complète, dispose d'un budget dispendieux, (plus élevé que celui du Parlement britannique ou du Bundestag allemand), paye royalement une armée de fonctionnaires de tous niveaux (plus de 1200), achète de nombreux biens immobiliers dans un des quartiers les plus chers de Paris, dispose d'une cagnotte qu'elle fait fructifier grâce à de juteux placements et prête même de l'argent en interne tout comme une banque, mais à faible taux d'intérêt...

Que n'apprend-on pas à la lecture de ce livre ? On savait déjà que les pléthoriques 577 députés de la nation disposaient de moult avantages (indemnités, voyages offerts, taxis payés, restaurants, voitures de fonction et autres commodités). On y apprend aussi que certains fonctionnaires de l'Assemblée sont encore mieux payés que les députés, qu'ils disposent d'appartements de fonction, disposent d'un régime social ultra-favorisé et que les questeurs font la pluie et le beau temps dans cette enceinte particulière. Et que dire de la réserve parlementaire, cette manne (de 130 000 à 625 000 euros selon la position dans la hiérarchie) dont chaque député peut disposer à loisir pour doter de subventions telle mairie, tel club ou telle association sans autre contrôle qu'une simple déclaration ? Bonjour le clientélisme... En un mot, on en découvre de belles dans cette institution toujours aussi rétive à se réformer et à faire des économies en des temps où le pouvoir n'a de cesse de demander de plus en plus d'efforts à la population. Quand donc ces gens-là montreront-ils enfin le bon exemple ? Quand rendront-ils des comptes autrement que par des bilans simplifiés voire truqués sur leur site ? Véritable plongée dans un microcosme de privilégiés qui ne pense qu'à se servir plutôt qu'à servir, cet ouvrage salutaire peut ôter les dernières illusions que l'on pourrait encore avoir sur la réalité de notre représentation démocratique.

5/5

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25/07/2013

Festivus festivus (Philippe Muray)

 Festivus festivus.jpgSous ce titre un peu étrange, se cache la compilation de sept longs entretiens que le romancier et essayiste malheureusement disparu a accordé à la journaliste Elisabeth Levy de 2001 à 2004 et qui furent publiés partiellement dans la revue « Immédiatement ». S'intéressant au monde moderne et surtout à l'avenir odieux qu'il nous réserve, Muray pense que l'Occident est en train de se retrouver de l'autre côté du miroir, dans ce qu'il appelle l'après-histoire, le post historique que l'on pourrait définir comme l'inversion de toutes les valeurs et la régression vers la barbarie par le biais d'une infantilisation généralisée soigneusement mise en place par certains nocifs bien connus comme Bertrand Delanoe. Festivus festivus serait le stade ultime de la décomposition et de la décérébration de l'homme. Tout comme il y eut l'homo sapiens puis le sapiens sapiens, nous avons vu apparaître successivement l'homo festivus, c'est à dire l'humain qui n'a qu'un seul but faire la fête, festiver. puis son ultime avatar, festivus festivus, celui qui festive de festiver plus qu'il ne festive pour festiver... Muray se comportant en moraliste et en sociologue, démonte tous les mécanismes pervers que les pourrisseurs déploient pour saper toutes les bases de nos sociétés. Pour étayer son étude, il se sert d'exemples plus ou moins anecdotiques piochés dans l'actualité. Il nous décrit Paris-Plage, ces quelques mètres carrés de sable étalés sur du macadam qui n'ont de plage que le nom et ne sont donc qu'une chimère ou qu'une illusion pour gogos et bobos. Il nous montre que tout est à l'avenant. Il s'agit toujours de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, nous faire renoncer à tout en échange de fausses valeurs, de fausses idées, de fausses réalités. Petit à petit, de technoparade en gay pride, de quinzaine de la haine anti FN en guerre d'Irak, de Mel Gibson à Saddam Hussein, du « fabuleux destin d'Amélie Jospin au piteux destin d'Amélie Poulautre », des tenants de l'art contemporain aux intermittents du spectacle, l'actualité se transforme en véritable mine d'exemples pitoyables illustrant la coruscante démonstration que nous présente l'auteur.

On peut ne pas toujours être d'accord avec les décapantes analyses de Muray, il n'en demeure pas moins que personne ne pourra en nier leur intelligence, leur subtilité et leur justesse. Nulle doute que notre époque a de quoi inquiéter même les plus insouciants. Même si cette utilisation constante de faits divers fait déjà un peu dater ces textes, ils n'en demeurent pas moins d'une lecture instructive et surtout agréable ne serait-ce que par le style fleuri, ardent et drôle de l'auteur qui n'hésite pas à user d'oxymores, de néologismes (artistocrate, rebellocrate), de jeux de mots (maton de Panurge, mutin de panurge) et de calembours (on sent l'influence de Jarry) pour emporter l'adhésion de son lecteur. Quel esprit et quel humour !

4/5

 

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21/07/2013

L'assassinat de la Via Belpoggio (Italo Svevo)

L'assassinat de la Via Belpoggio.jpgA Trieste, en pleine rue, un homme en poignarde un autre pour lui dérober une belle somme d'argent que la victime avait eu l'imprudence de montrer. Il s'enfuit à toutes jambes, bouscule une femme et se précipite à la gare dans l'espoir de prendre un train pour la Suisse avant d'être soupçonné. Mais au dernier moment, il change d'avis... En dépit de son caractère fantasque et de ses questions incessantes, le petit Umbertino fait le bonheur de son grand-père... A la fin de la guerre, un négociant qui a fait de mauvaises affaires laisse de plus en plus de responsabilités à son fondé de pouvoir jusqu'au jour où il se retrouve à signer un contrat léonin qui le dépossède pratiquement de son entreprise...

Ce court recueil (128 pages) est composé de trois nouvelles qui sont autant de descriptions d'épisodes de vie quotidienne, de petits évènements qui sont certainement arrivés à leur auteur ou ont pu être observés par lui. Le lecteur appréciera la finesse de l'observation, l'acuité du regard et un certain humour plus fait de détachement que de dérision ou d'ironie. Comme souvent dans ce genre d'ouvrage, les textes sont d'intérêt inégal. « L'assassinat de la Via Belpoggio » fait immanquablement penser à un « Crime et châtiment » plus bref, plus condensé et plus terre à terre que le chef d'oeuvre de Dostoïevski. « Umbertino » semble inachevé dans la mesure où il n'y a pas vraiment d'histoire et où on se perd un peu dans cette galerie de personnages sympathiques et très humains. Le meilleur texte reste « Un contrat ». C'est le plus ironique, le plus cruel et le plus désabusé de tous. A lui seul, il justifie la lecture de l'ensemble.

3,5/5

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19/07/2013

L'isolée (René Bazin)

L'isolée.jpgAu début de l'autre siècle, cinq religieuses, soeurs de Sainte Hildegarde, consacrent leur vie à éduquer des petites filles défavorisées d'un quartier populaire du vieux Lyon. Tout un petit monde d'ouvriers, de canuts et d'employés de manufactures fait appel à elles pour toutes sortes de menus services, de soutien moral voire d'aides matérielles diverses et variées. Jusqu'au jour où elles apprennent que, par décision des autorités politiques, leur école doit être définitivement fermée. Les soeurs espèrent pouvoir se réfugier dans leur maison-mère située à Clermont-Ferrand, mais cela s'avère impossible faute de place. Par la force injuste des choses, elles se retrouvent rendues à la vie civile, sans argent, sans famille et dispersées aux quatre coins de la France. Pour survivre, elles en sont réduites à accepter les travaux les plus ingrats, les tâches les plus rebutantes et les statuts sociaux les plus humbles. Seule soeur Léonide, l''ancienne tourière, pourra retrouver une place d'enseignante. Soeur Pascale, la plus douce et la plus jolie des cinq, devra subir un authentique calvaire...

« L'isolée » est un roman comme plus personne n'en écrit de nos jours. Bien que publié en 1905, il reste intéressant par les thèmes abordés : les conséquences des mesures de laïcisation de la société, les tentatives de destruction des congrégations et la volonté étatique d'extirper toute religion et toute solidarité d'un peuple encore croyant quitte à répandre injustice et malheur parmi les plus déshérités, sans oublier le mystère de l'appel de Dieu, de la vocation religieuse et de la voie de la souffrance et du martyre. Certains pourront penser que l'on nage dans la bien-pensance et la bondieuserie. Pourtant, à une époque gorgée d'hédonisme, dopée de violence et aveuglée par la haine de soi et le mépris de l'autre, un peu de fraîcheur d'âme, d'idéal, de solidarité et même de dévouement pour son prochain font encore l'effet d'une bien agréable brise un jour de canicule. La langue de Bazin est d'une fort belle élégance et d'une grande pureté ce qui permet une lecture agréable et fluide. L'intérêt se maintient de bout en bout d'autant plus facilement que le lecteur se sent tout de suite pris d'empathie pour ces cinq femmes et tout particulièrement pour le personnage de la malheureuse Pascale. Seul marque de l'outrage du temps : une certaine lenteur ; un auteur moderne aurait raconté la même chose sous forme d'une nouvelle ou d'une novella qui aurait utilisé moitié moins de pages. Chaque époque vit à son rythme ; nul doute que la nôtre est un tantinet plus rapide...

4/5


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17/07/2013

Le poison des intérêts (Margrit Kennedy)

Le poison des intérêts.jpgMargrit Kennedy commence son intéressant traité par cette phrase paradoxale: « L'argent gouverne le monde ! Personne n'en doute. Mais qui gouverne l'argent ? Même les experts s'accordent rarement là-dessus... » Une chose est sûre ; notre système économique actuel souffre d'un défaut majeur : les intérêts, les intérêts d'intérêts et même les intérêts d'intérêts d'intérêts ! Ainsi se créent et se perpétuent les crises de dettes, les bulles spéculatives et autres affaires de subprimes et de créances pourries astucieusement, pour ne pas dire vicieusement, titrisées. Par la spéculation sur tout et n'importe quoi, par l'endettement exponentiel des états et par la création artificielle de monnaie, les « banksters » arrivent à créer de toutes pièces des crises à répétition qui sont de plus en plus importantes et de plus en plus catastrophiques (124 en 37 années), à détruire de la richesse, ce qui en réalité consiste à ruiner 99% d'une population pour enrichir toujours plus le petit pour cent des extrêmement riches, l'argent ne disparaissant pas, tout « détruit qu'il soit », mais changeant simplement de mains. Grâce aux intérêts cumulés, ils réussissent le tour de force de faire payer plus de dix fois le montant d'une dette à tous les pays qui se laissent prendre dans leurs rets !

Margrit Kennedy propose une alternative intelligente, crédible mais sans doute fort difficile à mettre en place vu le contexte : suppression pure et simple de l'intérêt, recours aux monnaies locales pour les échanges locaux, mise en place de SEL ( service d'échanges locaux sous forme de troc de services), en un mot, en arriver à une « monnaie durable », stable et sécurisante. Adossée à la véritable richesse du monde réel, cette monnaie serait sectorielle, ne rapporterait aucun intérêt et ne supporterait que des frais de « demeurage » (perte de 4% pour les dépôts à court terme et jusqu'à 8% pour les comptes courants, ceci pour empêcher que l'argent dorme et pour encourager le prêt). Grâce à ce système « révolutionnaire », elle estime que tout le monde pourrait gagner plus de 40% de pouvoir d'achat ! En effet, tout individu, même s'il n'a contracté aucun crédit doit rembourser ces fameuses « dettes » à ce niveau d'où l'incroyable aubaine que cela représenterait...

Thèse innovante, facile à lire, intéressante et même convaincante car étayée par de nombreux exemples d'initiatives locales (principalement en Allemagne, Autriche et Suisse). Mais saura-t-on négocier le virage avant le super-krach qui nous attend au tournant et aura-t-on le temps d'atterrir en douceur ? Margrit Kennedy semble y croire. Le lecteur a quand même pas mal de doutes, d'autant plus que le plan d'ensemble des responsables « mondialistes » de cette situation n'est jamais ouvertement dénoncé.

4,5/5

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15/07/2013

La dispute des économistes (Gilles Raveaud)

La dispute des économistes.jpgBienheureux qui comprend quelque chose aux discours contradictoires et aux explications fumeuses des « experts » en économie qui dissertent à longueur de temps dans les stations de radio et sur les plateaux de télévision. Entre eux, jamais ils ne sont d'accord sur rien. Pour l'un, il faut impérativement diminuer les impôts alors que l'autre insiste sur « la nécessité de les augmenter ». Certains pensent que la sortie de l'euro et un retour à un protectionnisme intelligent seraient la solution à la crise où nous sommes englués alors que d'autres hurlent au fou furieux et à la catastrophe absolue. Et les exemples sont légions. Ce livre permet au béotien qu'est le lecteur d'y voir un peu plus clair dans cette science des plus inexactes. Pour l'auteur, les économistes sont à classer en quatre catégories :

1/ Les « libéraux » (souvent qualifiés par leurs adversaires « d'ultra-libéraux », tous disciples d'Adam Smith, voient plutôt l'économie comme un immense marché qu'il faut laisser le plus libre possible car il s'auto-régule toujours, mais à la condition que la concurrence soit « libre et non faussée ». Reagan et Thatcher ont plus ou moins appliqué cette théorie avec les résultats que l'on connaît.

2/ Les « keynesiens » (adeptes de Keynes), pour qui l'économie est un circuit d'échange où l'argent règne en maître et ne fonctionne vraiment bien que si l'Etat intervient, contrôle, régule, redistribue et au bout du compte réinjecte de l'argent. Ce faisant, il finit par accroitre les dettes de façon exponentielle. C'est la ligne suivie par la plupart des pays occidentaux avec les ardoises et la pauvreté que l'on laisse en héritage aux générations futures.

3/ Pour la troisième chapelle, celle des économistes marxistes, l'économie n'est qu'un lieu de rapports de force. Tout y fonctionne selon le principe de la lutte des classes, de l'exploitation de l'homme par l'homme et de l'aliénation du travailleur. Le capitalisme allant de crise en crise ne peut finir que par s'effondrer sur lui-même ou même par être détruit. L'économie socialiste ou communiste qui pourrait prendre sa place a déjà été expérimentée dans plusieurs pays du monde comme l'URSS, les pays de l'Est, la Chine, la Corée du Nord, le Viet-Nam ou Cuba, sans parler de maints pays d'Afrique ou d'Amérique du Sud. Ce fut une catastrophe.

4/ Pour la quatrième courant, celui des économistes écologistes (Polanyi, Georgescu-Roegen, Meadows et quelques autres), l'économie doit être envisagée de manière beaucoup plus globale et dans son environnement naturel et humain. Dans un monde fini, la croissance ne peut en aucun cas demeurer infinie. Il faut passer à une alternative cohérente plus respectueuse de l'être humain et de l'environnement. (Agriculture responsable, relocalisation des productions, économie solidaire, logement accessible et de basse consommation, objets durables, réseaux de soins solidaires, coopératives de production et de distribution...) Encore fort peu mis en application, cette dernière option fort sympathique reste largement utopique dans le cadre actuel, on s'en doute, bien qu'elle bénéficie de toute la faveur de l'auteur...

Court ouvrage de vulgarisation, (moins de cent pages), bien mené et très facile à lire, « La dispute des économistes » peut être placé dans la lignée de « L'économie expliquée aux Nuls » et peut se révéler fort utile pour qui veut s'initier sérieusement à ces questions délicates.

5/5

09:10 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |