23/01/2014

Les Bettencourt, derniers secrets (Ian Hamel)

les bettencourt.jpgFondée au début de l'autre siècle par Eugène Schueller, l'Oréal est devenue aujourd'hui la première multinationale de cosmétiques et produits de beauté du monde. Liliane Bettencourt, l'héritière, possède la première fortune de France et l'une des plus importantes du monde. A la mort du patriarche, la présidence du groupe fut confiée à François Dalle qui ne fut pas pour rien dans l'expansion planétaire du groupe. L'époux de Liliane Bettencourt, André n'a jamais exercé de fonction particulière dans la société. Il s'est contenté de diverses fonctions politiques étant maire de son village, député et plusieurs fois ministre sous différents gouvernements. Personnage discret, il fut surtout l'ami de François Mitterrand qu'il connaissait depuis l'époque où il fréquentait le même foyer d'étudiants avec François Dalle comme troisième larron. Tout au long d'un siècle d'histoire, les dirigeants de l'Oréal ont toujours su financer généreusement tous les partis de droite ou de gauche et ceci jusqu'à la mort d'André Bettencourt. Les problèmes commencèrent quand leur fille unique, Françoise Bettencourt-Meyers porta plainte contre François Marie Banier, persuadée que sa mère était victime d'un abus de faiblesse et surtout quand un ancien Président de la République se vit accusé du même délit.

Contrairement à ce que le lecteur pourrait s'attendre, « Les Bettencourt, derniers secrets, » ne se contente nullement d'enquêter sur la partie actuelle de l'affaire (qui n'est semble-t-il que la face émergée de l'iceberg), il pousse l'enquête très loin dans le passé, retraçant l'histoire, on pourrait même dire la Saga de l'Oréal. Et de ces lointains confins ne remontent que de nauséabonds relents. Ainsi apprend-on que le fondateur fut impliqué dans la Cagoule, organisation terroriste d'extrême droite s'il en fut, qu'André Bettencourt, dans l'ombre de Mitterrand et de Dalle, fut un collaborateur du régime de Vichy qui sut le moment voulu se parer des plumes du paon du résistant de la vingt cinquième heure. Il bénéficia, sans doute contre quelques valises de billets judicieusement distribuées, d'appuis et de soutiens qui lui permirent de ne jamais être inquiété tout comme Schueller et Dalle. A la Libération, ni de Gaulle, ni à fortiori l'homme de Jarnac ne voulaient se priver des talents des anciens de Vichy. Jusqu'au jour où le remugle remonta par la grâce de Klarsfeld et Frydman et où la justice s'intéressa aux différents protagonistes... Livre très bien documenté et très intéressant pour qui veut en savoir un peu plus que ce qu'on entend dans nos médias. Du journalisme d'investigation de qualité malheureusement déjà dépassé par l'actualité : Nicolas Sarkozy a obtenu un non-lieu pour cette affaire.

3,5/5

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21/01/2014

La femme bilboquet (Alain Woodrow)

La femme bilboquet.jpgNée en 1880 dans la ville de Thiers dans une famille d'artisans couteliers, Anaïs Mauricia Betant quitte très jeune un environnement un peu triste pour aller s'installer à Nice puis à Paris où elle décide de se lancer comme artiste de music-hall sous le pseudonyme de Mauricia de Thiers. Elle met au point un numéro fort dangereux, « l'autobolide » consistant à faire faire un looping à une petite voiture puis à la lancer dans le vide, roues en l'air, et à la faire retomber sur un toboggan d'arrivée. Avec ce numéro périlleux (puis avec deux autres, un saut périlleux à cheval avec plongeon dans une piscine et « le bilboquet humain » avec arrivée à la pointe d'une grande perche), elle force l'admiration des foules par son courage exceptionnel. Elle sera la vedette du cirque Barnum et devra arrêter sa vie de casse-cou en raison d'un grave accident qui surviendra au Portugal. Quand elle se mariera avec le critique d'art Gustave Coquiot, elle entamera une deuxième vie plus marquée par le monde de la peinture. Elle connaîtra tous les peintres de l'art moderne naissant, de Picasso à Dufy en passant par Modigliani, Utrillo, Chagall et bien d'autres. A la mort de Coquiot, elle abordera sa troisième vie en restant, jusqu'à sa mort en 1964, maire d'Othis, un petit village de Seine et Marne où elle s'était retirée avec sa soeur.

« La femme bilboquet », sous-titrée « Biographie de Mauricia de Thiers » présente un magnifique portrait de femme, un destin hors du commun. Mauricia Coquiot connut gloire et fortune, voyagea dans de nombreux pays, côtoya les plus grands artistes mais resta toujours proche des gens, simple et dévouée aux artistes comme à ses administrés. En plus de nous faire découvrir ce caractère exceptionnel, la lecture de ce livre bien écrit mais reposant sur une documentation assez peu fournie (l'auteur ne l'a pas connue de son vivant et n'a donc pu recueillir que des témoignages de seconde main et des correspondances incomplètes) a également le mérite de proposer une description fort intéressante d'une époque qui fut qualifiée de « belle » alors qu'elle ne le fut que pour une petite minorité de gens oisifs et fortunés. Pour celles et ceux qui s'intéressent à cette période de notre Histoire et à une destinée tout à fait exceptionnelle.

4/5

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19/01/2014

Les Outrepasseurs / Les héritiers (Cindy Van Wilder)

Les outrepasseurs.jpgA Londres, Peter, un adolescent passionné de football, est attaqué un soir de neige par deux molosses très inquiétants. Sauvé in extremis par un renard qui se révèle être Mum, sa propre mère, il découvre que sa destinée est marquée par de grands pans d'ombre qu'il va lui falloir explorer. Sa mère l'introduit à Lion House, la résidence d'un certain Monseigneur, également appelé « Noble » qui semble être le chef des « Outrepasseurs », une sorte de confrérie ou société secrète un peu étrange. Avec une dizaine d'autres jeunes, il va se retrouver plongé dans une piscine occupée par des créatures mi-femmes mi-murènes qui vont l'attirer au fond et le faire intégrer une autre dimension, celle de Maupertuis, un village proche de Montfort l'Amaury où se déroula au Moyen-Age une tragédie dont les conséquences terribles se perpétuent jusqu'à nos jours...

« Les Outrepasseurs », premier tome d'une saga qui doit en comporter trois à publier en 2014 et 2015, relève d'un genre appelé « Fantaisie » dont le grand initiateur fut un certain Tolkien, auteur du célébrissime « Seigneur des Anneaux ». Mais si l'univers de Cindy Van Wilder, est d'une noirceur et d'une cruauté voisine du monde du grand maître, il est surtout fortement influencé par « Twilight » voire « Harry Potter » et également très marqué par celui des Contes les plus noirs des frères Grimm. C'est une sorte de pandémonium de chimères, loups-garous et autres monstres diaboliques d'apparence animale ou féérique. Mais attention, pas n'importe laquelle. Nous sommes aux antipodes des gentilles fées de Walt Disney. Ici, point de fée Clochette, point de créatures angéliques et bienveillantes, mais des fés (sans e) au masculin, aussi cruels que démoniaques. Rien que de vilaines entités toujours enclines à faire le mal, à détruire, torturer, humilier, tuer... Sans être particulièrement originale, l'intrigue bien menée, tient la route. La lecture, un peu longuette et laborieuse au départ, donne l'impression d'un texte tirant un peu à la ligne, sans doute est-ce dû au format « saga », un peu trop souvent pratiqué par le monde de l'édition toujours à la recherche du meilleur rendement commercial possible. Nul doute qu'une fois accroché par ce genre de « teaser », le lecteur curieux et surtout l'adolescente friande de ce genre de littérature n'ait envie de s'abonner à la série. Entre autres interrogations sur les valeurs véhiculées par ce genre d'ouvrage, le lecteur se demande ce que viennent faire deux personnages historiques comme Bertrand du Guesclin et Simon de Montfort dans cette histoire totalement imaginaire si ce n'est, une fois de plus, pour donner une image caricaturale du Moyen-Age.

3/5

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17/01/2014

Les grandes bourgeoises (Emmanuelle de Boysson)

Les grandes bourgeoises.jpgCerise, Philippine, Iris, Douce, Lila et Rose sont six grandes bourgeoises, toutes issues de la haute société privilégiée, toutes plus ou moins bien ou pas mariées et toutes dans la quarantaine à l'heure des bilans et autres remises en question. Beaucoup sont oisives et passent leur temps entre les réceptions, les voyages à l'étranger, les séjours à Ré et les sports d'hiver à Courchevel sans oublier les épuisantes séquences de shopping, de coiffure, de manucure ou de sport. Pas vraiment des vies de galère, même si l'une s'essaie à la peinture, une autre à la littérature et une troisième à l'artisanat. Et pourtant aucune ne semble véritablement heureuse. Ces femmes s'observent, se jalousent, se jugent et surtout se chipent leurs maris ou leurs amants. Et pour compliquer l'affaire une bague en émeraude, bijou de famille et cadeau d'un prince russe à une petite juive russe, passe de main en main, attisant encore un peu plus l'envie, l'aigreur et la déception des unes et des autres.

« Les grandes bourgeoises » est un roman social amusant et qui sent le vécu. Emmanuelle de Boysson est elle-même issue de ce milieu aussi fermé que féroce. Elle nous présente une comédie de moeurs dans laquelle l'une après l'autre, chacune de ces femmes, en s'exprimant à la première personne du singulier, expose sa version d'une même histoire ou plutôt de la partie d'histoire qui la concerne. C'est vivant (nombreux dialogues) et agréablement écrit, dans un style simple, clair et enlevé. C'est aussi parfois drôle, mais sans être désopilant car l'auteur ne cherche pas à faire systématiquement de l'humour. L'ennui vient plutôt de personnages assez peu sympathiques et même limite agaçants, pour certaines des héroïnes qui se lamentent sans apprécier leur bonheur. Au bout du compte, un livre de divertissement basé sur une observation fine et pleine d'auto dérision d'un milieu peu connu du pékin moyen, présenté dans le cadre d'une intrigue sentimentale pas vraiment originale.

3/5

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15/01/2014

OPERATION BAUCENT (Chapitre 7/1)

Le lendemain matin, quand Gérard Desbarres rouvrit sa librairie, le cœur n’y était plus. Il faut dire qu’il avait passé la nuit sans arriver à trouver le sommeil. Une foule de questions trottaient encore dans sa tête. « Vendrait-il ? Ne vendrait-il pas ? Pourquoi ces gens s’intéressaient-ils soudain à sa petite affaire ? » Ca ne pouvait que cacher des choses bizarres et sans doute malhonnêtes. De toutes les façons, il ne pouvait que prendre au sérieux les menaces des affreux d’hier après-midi. Il avait donc fini par se résoudre à demander à son notaire de rédiger un acte de vente et d’organiser dans les plus brefs délais une signature avec Madame Conan. Comme il avait une totale confiance dans l’homme de loi, il s’en remettrait complètement à lui. Il le chargerait de négocier avec la partie adverse et lui notifierait qu’il souhaitait ne plus avoir aucun contact avec cette personne ni avec ses représentants. Il se contenterait juste de venir apposer sa signature quand tout serait réglé…

Et pourtant il ne put empêcher son esprit de gamberger toute la nuit. Il faisait des rapprochements avec les visites nocturnes et le cambriolage de la librairie. Et soudain, alors qu’il ne s’y attendait pas, quelques-uns des livres disparus des rayons lui apparurent comme une évidence. Il savait ou plutôt, il se doutait qu’il en manquait un certain nombre et soudain, là, au fond de son lit, tout devenait clair. Le Montgomery sur les secrets de la puissance nazie avait disparu. De même, une très rare version de l’Heptamicron n’était plus dans les rayons. Il n’avait pas revu non plus « Le livre des morts » tibétain et les deux « Albert », vénérables livres de magie s’il en fut. En apparence, les rayons semblaient ne contenir qu’un vaste fouillis dans lequel on pouvait puiser sans que le maître des lieux se rendît compte de ce qui manquait. En réalité, Desbarres connaissait parfaitement son fonds. Il rangeait les livres, les classait et les reclassait surtout depuis l’amicale visite de la veille. Ses yeux regardaient les couvertures, son inconscient enregistrait et soudain, bien après qu’il se soit posé la question, une grande partie de ce qui avait été dérobé réapparaissait.

(A SUIVRE)

Ouvrage disponible en version e-book kindle  et en version papier sur Amazon.fr et sur TheBookEdition.com)

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14/01/2014

Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu (Maurice Joly)

Dialogue aux enfers.jpgSous le règne despotique de Napoléon III, Maurice Joly, juriste très opposé au régime, a l'idée de faire dialoguer sur la politique contemporaine deux morts célèbres, Montesquieu qui représente celle du droit et Machiavel celle du totalitarisme, de la force brutale et cynique. Dans une série de dialogues fort bien rédigés, il commence par opposer les principes politiques développés dans les écrits des deux hommes célèbres puis il s'attache à prouver comme thèse générale que le despotisme sans complexe présenté par Machiavel dans « Le Prince » est parvenu par toutes sortes de moyens assez peu avouables à s'imposer définitivement dans les sociétés modernes. Il démontre qu'une perversion de la démocratie et un abâtardissement du principe monarchique traditionnel est parvenu à égarer le bon sens populaire, à dégrader le caractère foncièrement honnête du pays et au bout du compte a corrompu ses moeurs, le livrant sans réaction aux affres de tyrannies plus ou moins ouvertement assumées. C'est de loin la partie la plus passionnante de ce livre de philosophie politique qui a un peu vieilli mais pas tant que cela...

Joly pose la problématique politique sur le terrain de l'affrontement de deux principes opposés (en apparence). D'un côté, Montesquieu, légaliste, libéral, républicain, progressiste, démocrate. En gros, le camp du beau, du bien, de l'idéal et du progrès. Et de l'autre Machiavel, réaliste, roué, pragmatique, réactionnaire, autoritaire, monarchiste et quasi fasciste. A la louche, le camp du moche, du mal, des heures les plus sombres et du retour à la guerre et à la barbarie. Mais si l'on analyse plus finement les arguments des deux bords (et Dieu sait s'ils fusent et pleuvent drus dans cet affrontement de titans de la pensée), on s'aperçoit que rien n'est aussi simple ni aussi tranché. L'enfer est pavé de bonnes intentions. De jolis idéaux souvent utopiques peuvent facilement évoluer en sanglantes dérives totalitaires. Et surtout qu'il suffit de peu de choses pour tromper un peuple et l'asservir. A ce titre, il faut classer ce « Dialogue aux enfers » comme un livre majeur entre « La Psychologie des foules » de Le Bon et « 1984 » d'Orwell. Joly fait montre d'une véritable vision prémonitoire de dérives sans doute en germe à son époque mais qui arrivent à leur paroxysme de nos jours. Un peu moins intéressante est la partie où Machiavel tombe le masque et s'exprime comme un Napoléon III sans complexe et surtout l'épilogue, composé de sept courts dialogues de moins haute volée, qui furent écrits plus tard pour un journal et rajoutés dans cette nouvelle édition. Pour toutes celles et tous ceux qui s'intéressent à la « chose publique » et à un homme qui paya d'années de prison puis de la vie d'avoir osé se lever contre le totalitarisme.

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12/01/2014

Le peintre d'éventail (Hubert Haddad)

Le peintre d'éventail.jpgSuite au tremblement de terre de Kobé et à un accident de la circulation dans lequel Osué, une jeune femme, trouva la mort en se jetant sous les roues de son véhicule, Matabei décide de se retirer du monde au fin fond de la contrée d'Atora au nord-est de l'île de Honshu. Il s'installe dans une pension de famille tenue par dame Hison, une ancienne prostituée qui le prend sous son aile et en fait son amant. En plus des principaux pensionnaires du lieu, il rencontre Osaki, un vieux jardinier qui se révèle être un formidable peintre d'éventail dont il devient le disciple dévoué. Quand le vieil homme meurt, Matabei prend sa succession au jardin et à la peinture avec le jeune Hi-Han comme nouveau disciple. La rencontre avec la belle Enjo va bouleverser la donne...

« Le peintre d'éventail » est un très beau roman qui rend bien l'atmosphère zen de ce petit coin perdu de Japon éternel. L'histoire de Matabei, à la fois touchante, émouvante et emblématique finit par basculer dans le drame quand les forces de la nature vont se déchaîner lors du fameux tsunami. Toute la fin du livre prend alors une dimension et une puissance tout autre. On passe du conte philosophique à la tragédie pour finir sur une fin désenchantée et un ultime rebondissement qu'on ne dévoilera pas pour ne pas gâcher le plaisir du lecteur. Nul doute qu'Haddad soit un très bon écrivain et un merveilleux conteur. J'avais beaucoup apprécié « Opium Poppy » sur les tribulations d'un enfant afghan. L'auteur sait parfaitement restituer les ambiances de contrées aussi différentes à chaque livre. Il use et abuse un peu de descriptions très méticuleuses de décors et de paysages ce qui peut rendre la lecture un peu lente et laborieuse dans les débuts. Mais peu à peu, on se laisse prendre par une sorte de musicalité particulière, on est fasciné par les personnages hors du commun et charmé par cette histoire sombre et belle à la fois.

4/5

(Livre critiqué pour le Prix Océans France O)

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10/01/2014

Jeune fille vue de dos (Céline Nannini)

Jeune fille vue de dos (Nannini).jpgCéline habite à Paris. Elle survit grâce à de petits boulots d'intérim effectués dans des boîtes qu'on imagine bobos branchées plus ou moins artistiques. Elle passe son temps à lire, à picoler avec ses amis, à faire du sport en salle et un peu de jogging. Elle rêve d'écrire sans arriver à produire quoi que ce soit de valable. Elle n'arrive pas à trouver un compagnon et à se décider à vivre en couple. Elle traîne son spleen et son ennui, de bars en cafés et d'expos en concerts confidentiels. Toujours entre deux trains, deux avions, deux capitales, ou deux continents. N'ayant apparemment que peu de dispositions au dynamisme, au bonheur et à la joie de vivre, elle ne se sent chez elle nulle part. Elle avoue même détester Paris.

« Jeune fille vue de dos » est un très court ouvrage de 147 pages avec de larges blancs et quelques intermèdes sous forme de vers libres (petits poèmes en prose sans grande envergure) qui relève de l'auto-fiction et non du roman comme indiqué en première page. La forme de ces extraits de journal intime n'est pas désagréable dans la mesure où Céline Nannini utilise un langage parlé très simple et très basique, sans recherche d'effets particuliers, sans description et sans dialogue non plus. Mais que nous raconte-t-elle dans ce livre ? Pas grand chose au bout du compte, des bribes de vie, des voyages où il ne se passe rien (au point qu'on en vient à se demander si elle ne se contente pas de les imaginer devant son poste de télé), des repas, une baignade, une visite à la grand-mère dans sa maison de retraite, en un mot une suite de petits riens de la vie quotidienne. Quasiment des riens du tout. En effet, une fois le livre refermé, le lecteur s'aperçoit qu'il ne sait finalement pas grand chose sur cette femme qui s'exprime à la première personne et dont il subodore que ce doit être l'auteure elle-même. En littérature, il n'est pas impossible de se mettre en scène en évitant l'écueil du nombrilisme, bien des grands l'ont fait avec bonheur avant Melle Nannini, mais à la condition d'avoir quelque chose d'intéressant à transmettre, d'avoir un style particulier, une patte humoristique, tonitruante ou géniale ou de se raconter en toute honnêteté, vérité et sincérité. Certains se mettant à nu jusqu'à étaler coeur, tripes et boyaux sur les blanches pages. Ici, nous en sommes très loin. Cette logorrhée intimiste suintant le mal de vivre et l'aquoibonisme ne distille que la banalité, l'ennui et l'insignifiance. Pour un coup d'essai, on est très loin du coup de maître.

(Livre critiqué pour le Prix Océans - France O)

2,5/5

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08/01/2014

Les fourmis rouges (Edith Sérotte)

Les fourmis rouges.jpgMarie-Claudine, jeune femme d'origine haïtienne, est venue s'installer dans les années soixante au Canada avec ses parents pour fuir la tyrannie des Duvallier. Elle enseigne l'espagnol dans un collège de Montréal et s'emploie à essayer de trouver des solutions pour les élèves décrocheurs. C'est dans une association de soutien scolaire qu'elle rencontre son « chum », Arnaud, originaire de la Guadeloupe. Tous deux filent le parfait amour. Mais un jour, Arnaud, qui se retrouve licencié, décide de rentrer au pays. Marie-Claudine se retrouve seule, sans travail, dans une famille et un milieu inconnu. Parviendra-t-elle à s'adapter à ce nouvel environnement ?

Ce très court roman (124 pages), qui en contient encore moins si l'on retranche les nombreuses et copieuses citations du livre de Jacques Roumain « Gouverneurs de la rosée », se lit très rapidement sans doute en raison du style simple et proche de la langue parlé qui est utilisé. La pensée d'Edith Serotte est claire et facile à suivre même si elle truffe son texte d'une multitude d'expressions haïtiennes ou québécoises très souvent traduites en bas de page mais pas toujours. L'ennui avec ce roman, c'est que ce n'en est pas vraiment un. C'est plutôt une sorte d'extrait de journal intime présenté en trois parties (matin, après-midi et soir) et composé d'impressions passagères, de portraits de personnages et de scènes de la vie quotidienne croquées sur le vif. Le lecteur est heureux d'apprendre que Marie-Claudine se trouve trop grosse mais n'en souffre pas, qu'elle adore cuisiner antillais, qu'elle s'estime polyglotte mais a un peu de peine avec le créole, qu'elle a le blues de Montréal et qu'elle se croit trompée quand son « chum » a l'air de s'éloigner un peu d'elle. Tout cela est d'un banal, d'un quelconque, d'un quotidien si peu signifiant qu'il ne fait pas rêver du tout. Raconter une tranche de vie, pourquoi pas ? Encore faut-il y mettre de l'humour, de l'originalité, de l'esprit ou tout sauver par un style flamboyant, décalé, époustouflant. Ce n'est malheureusement pas le cas pour ce livre qui sera aussi vite oublié qu'il a été lu.

3/5

 

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06/01/2014

La reine sanglante (Michel Zévaco)

La reine sanglante.jpgLa malheureuse Mabel, mère de la jeune et jolie Myrtille, s'est sacrifiée pour sauver sa fille. Elle a accepté d'être enfermée à sa place dans une sinistre geôle de la prison du temple. La haine de la reine Marguerite est toujours aussi tenace à l'encontre de Myrtille et de Buridan qui ne veut pas répondre à ses avances. Malgré leur ascendance prestigieuse, les deux jeunes tourtereaux doivent donc disparaître. La guerre larvée entre Valois et Enguerrand de Marigny atteint son paroxysme quand Valois dénonce ses malversations au roi Louis X le Hutin. Pendant ce temps, Philippe et Gauthier d'Aulnay continue à croupir dans leur cellule alors que Mabel parvient elle à s'échapper. Les vengeances des uns et des autres vont-elles finir par s'exercer ? Nos deux héros parviendront-ils enfin à filer le parfait amour ?

Ce second tome de l'histoire de la tour de Nesles relève tout comme le premier du roman d'aventures rocambolesques de type feuilleton à fond historique très relâché. Zévaco y privilégie les rebondissements, le suspens et l'es sentiments au détriment de l'Histoire avec un grand H. De très nombreuses libertés sont prises avec Clio. Parmi celles-ci, trois sont assez importantes voire même choquantes. Zévaco fait dépendre Marigny et remplacer son cadavre par celui d'un autre alors qu'en réalité le ministre tant détesté resta exposé deux années sur le gibet de Montfaucon. Encore pire pour les deux jeunes chevaliers Philippe et Gauthier d'Aulnay. L'auteur en fait mourir un de faiblesse et de folie dans sa cellule et sauve le second pour les besoins de son histoire. En réalité, les pauvres furent écorchés vifs, châtrés, décapités et pendus. Quant aux aventures sadiques et érotiques attribuées à Marguerite de Bourgogne, elles relèvent de la plus totale fiction vu que celle-ci n'a plus jamais quitté la forteresse de Château-Gaillard une fois qu'elle y a été internée. Mais ceci mis à part, « La reine sanglante » reste quand même un roman distrayant, foisonnant et passionnant qui permet de passer un très agréable moment de lecture, histoire de bien se convaincre que les Valois méritaient bien leur surnom de « Rois maudits » !

3,5/5

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04/01/2014

Buridan, le héros de la tour de Nesles (Michel Zévaco)

Buridan.jpgAu début du règne de Louis X le Hutin, la jeune et jolie Myrtille a rencontré le fringant Buridan. Tous deux s'aiment d'amour tendre. Myrtille est la fille d'un bourgeois qui cache sa véritable identité, celle d'Enguerrand de Marigny, le terrible ministre du roi, aussi cruel qu'avide d'argent qui se retrouve très vite défié par Buridan et par deux de ses amis, Philippe et Gautier d'Aulnay lesquels veulent venger la mort de leurs parents. Pour ne rien arranger, Myrtille, accusée injustement de sorcellerie, est arrêtée et jetée en prison. Alors que Marigny présente au roi le tout nouveau gibet de Montfaucon élevé par ses soins et grâce à ses deniers, un drame complexe se noue et verra intervenir toutes sortes de personnages venus de toutes les classes de la société depuis les coupeurs de bourses et autres tire-laines jusqu'aux plus hauts dignitaires de la cour sans oublier Marguerite de Bourgogne, la reine elle-même, qui ne se gène pas pour organiser des parties fines en plein Paris, dans la sinistre Tour de Nesles.

« Buridan » est le premier tome d'un dyptique toujours dans le style qui fit le succès de Michel Zévaco, le récit à fond historique et intrigue rocambolesque pleine de rebondissements, de quiproquos et autres développements surprenants. Le lecteur y découvrira les moeurs violentes des étudiants de la Sorbonne qui étaient plus voyous, truands et profiteurs que studieux élèves penchés sur leurs grimoires. De même, le portrait de Marguerite de Bourgogne est loin d'être flatteur. C'est celui d'une reine nymphomane particulièrement cruelle qui, telle la mante religieuse, faisait trucider ses amants d'un soir en ordonnant qu'ils soient noyés dans la Seine toute proche. Un roman bien écrit, une histoire de cape et d'épée haletante et rythmée sans le moindre temps mort. Principe du feuilleton. Seul bémol, au fil des lectures de cet écrivain anarchiste, le lecteur s'aperçoit que l'auteur applique systématiquement la même recette quels que soient l'époque ou le contexte (enfants secrets issus d'unions adultérines, disparus, volés ou retrouvés, vengeances longuement marinées et découvertes ultérieures de filiations incroyables qui placent tout le monde en porte au faux...) et distille toujours le même message : les gens du peuple sont plus honnêtes et plus chevaleresques que tous les rois et les princes qui eux, ne peuvent être que de tristes crapules. En faisant abstraction de ces deux défauts, on peut néanmoins apprécier une lecture divertissante, en ne se focalisant pas trop sur la véracité historique des faits relatés.

3,5/5

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02/01/2014

Les sept vies du Marquis (Jacques Ravenne)

Les sept vies du marquis.jpgFils de Jean-Baptiste, Comte de Sade, noble provençal désargenté, lettré et libertin, le jeune Donatien-Alphonse naît à Paris le 2 juin 1740 à l'hôtel de Condé. Après une enfance rebelle et difficile et une participation à la guerre de sept ans contre la Prusse, il devra épouser Renée Pélagie de Montreuil, de récente noblesse de robe, plus pour sa forte dot que pour sa beauté toute relative. Ses ennuis avec la police dirigée par le terrible Sartine et ses acolytes La Jeunesse et l'inspecteur Marais, débuteront avec ses premières débauches. Donatien est un client régulier des filles de joie. Il prend un malin plaisir à les humilier, les frapper et bien souvent ses actes dépassent très largement ce qui est acceptable et atteignent souvent une certaine forme de cruauté que l'on appellera plus tard « sadisme ». Arrêté et incarcéré pour violence aggravée sur une ouvrière pauvre, sa belle-mère parviendra à transformer sa peine en simple résidence surveillée dans son château de La Coste. Sa jeune belle-soeur, Anne de Launay, en profitera pour s'échapper de son couvent et pour venir l'y rejoindre. Il en fera sa maîtresse, une de plus sur une interminable liste. Condamné à mort pour empoisonnement et sodomie dans l'affaire des prostituées de Marseille, il sera à nouveau interné suite à une lettre de cachet du roi Louis XVI. Il passera ensuite treize années en captivité dans divers lieux de détention et finira son existence à l'asile d'aliénés de Charenton. Un temps libéré grâce à l'abolition des lettres de cachet, il deviendra, sous le nom de Sade (sans particule), président de la célèbre « Section des Piques », la plus radicale des factions révolutionnaires. Il s'opposera à Robespierre à propos de la question religieuse et sera à nouveau condamné à mort pour « intelligence avec les ennemis de la République ». Sauvé par la mort de l'Incorruptible (arrivée juste à temps et un tantinet aidée par une intervention « providentielle »), il échappera de peu au couperet de la guillotine et terminera sa vie en captivité après avoir écrit des milliers de pages et produit une véritable oeuvre littéraire qui connut un immense succès pendant la Révolution, puis une longue période d'oubli et finalement un retour sur le devant de la scène à notre époque par la grâce d'un certain Jean Jacques Pauvert.

« Les sept vies du Marquis » ne présente pas à proprement parlé comme une classique biographie de Donatien de Sade mais plutôt comme une évocation romancée très fidèle à la vérité historique. Jacques Ravenne a parfaitement su rendre vivante la personnalité de son héros en traitant son sujet sur le mode du thriller ou du roman d'action à l'américaine. Son style est si vivant et si punchy qu'il est quasi impossible de lâcher ce livre aussi passionnant qu'un « page turner ». Il a su éviter les écueils du salace et du graveleux en se montrant souvent d'une grande discrétion sur les pratiques sexuelles du Marquis. Une interminable description de sévices et de turpides aurait vite lassé le lecteur. Là, il n'en est rien, bien au contraire. Sade s'en retrouve complètement humanisé et peut être un tantinet idéalisé. C'est avant tout un amoureux (surtout de sa première maîtresse Laure et ensuite d'Anne) quelque peu infidèle et priapique et c'est également un esprit libre et révolté contre l'Eglise et contre la tyrannie. Libertin comme bien des aristocrates de l'époque, il semble qu'il ait payé pour servir d'exemple à un pouvoir qui ne savait plus comment détourner la colère du peuple. On ne peut que conseiller chaudement la si agréable lecture de ce livre, ne serait-ce qu'à titre d'introduction à la vie d'un personnage si célèbre qu'on n'en connait finalement que peu de choses. D'ailleurs, en fin de volume, le lecteur trouvera des annexes très utiles dont une bibliographie comportant la liste des ouvrages les plus importants sur le sujet, le devenir des principaux personnages et même celui des lieux et des textes. Nul doute que ce livre aussi instructif que divertissant devrait rencontrer un immense succès. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

(Livre chroniqué dans le cadre d'une opération « Masse Critique » de Babélio)

5/5

 

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31/12/2013

Bonne Année 2014 !

A toutes les lectrices et à tous les lecteurs de ce blog, une belle et bonne année pleine d'amour, de joie et de bonheur...

Lisez des livres...

Bonne année.jpg

00:00 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/12/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 6/3)

S'il avait tourné une page de plus, il serait tombé sur plus intrigant encore. Il aurait lu qu’Himmler et ses amis avaient fait lancer de nombreuses expéditions scientifiques pour retrouver des traces de la race aryenne un peu partout dans le monde, au Moyen Orient, dans les Andes et jusqu’au lointain Tibet, qu’ils avaient tenté de retrouver le saint Graal aux alentours de Montségur dans le sud de la France, ainsi qu’à Montserrat en Espagne catalane et dans le Massif Central autour de diverses commanderies de Templiers. L’auteur faisait même mention de certaines découvertes. Et puis Himmler et nombre de mystiques du même acabit, comme Heydrich, Hess et quelques autres, firent des études poussées sur des rites païens celtiques ou germaniques sans oublier sur diverses pratiques de sorcelleries anciennes ou modernes. Mais Renard ne prêtait plus du tout attention à sa lecture. Virginie s’agitait sur sa couche. Elle arrivait même à pousser quelques petits couinements qu’on entendait au travers du bâillon. Elle était réveillée, il fallait agir au plus vite. La nuit avançait, le temps jouait contre eux.

Il fila à la cuisine et revint chargé d’une bassine d’eau froide qu’il balança sans ménagement sur le visage de Loup qui émergea aussitôt des vaps.

- Ah, mon salaud, tu m’as bien eu ! Juste au moment où j’allais conclure…

- Tu as conclu, mon cochon, tu as conclu, lui affirma l’autre sans vergogne aucune. Lève-toi ! Assez rigolé. Tu te rappelles pourquoi on a capturé la gamine ?

- Ben, pour faire ch… Armen, répondit l’autre en se frottant le dessus du crâne.

- Pas seulement. Il nous a viré de sa société secrète. Il a osé nous menacer, ce pourri. Mais nous, on sait plein de choses et on va le faire chanter.

- Comment ça ? s’étonna le gros.

- On va lui téléphoner et lui réclamer un gros tas de pognon en échange de la fille. Tu te rappelles, c’était décidé comme cela. T'as fait le nécessaire pour la camionnette blanche que je t’avais demandée ?

- Ben non, avoua piteusement Loup. J’ai oublié.

- Mais t’es nul ! Et j’en ai vraiment marre d’un crétin comme toi. Tu vois ce que tu vas faire. Tu vas descendre l’escalier et récupérer le premier fourgon venu. Moi, je m’occupe des négociations…

- Ca serait pas plus simple que l’autre il amène le pognon ici et qu’on lui rende sa gonzesse en même temps ?

- Ferme-la ! Tu ne dis que des conneries ! Tu ne veux pas que j’appelle les flics pendant que tu y es ?

- Non, pas les flics, Renard, pas les flics, je t’en prie… Ce gros bloc de muscles devenait pitoyable.

Le maigrichon lui lança un regard mauvais : « Fais ce que je te dis, bon sang ! Va me chercher fissa une camionnette blanche et moi je m’occupe du reste… »

L’autre obtempéra et se précipita dans l’escalier. La rue était déserte. Il n’allait pas être facile de trouver le véhicule dont ils avaient besoin. « Encore heureux qu’il ne veut pas une marque particulière, songea Louis Dubois. Rien que pour me casser les pieds, il serait capable de vouloir un Ford à la place d’un Peugeot ou un Renault plutôt qu’un Citroën ! Blanc, c’est déjà beaucoup demander. »

Il marchait le long des trottoirs en examinant les voitures garées. De temps à autre, il essayait d’ouvrir les portières de divers camions et fourgons en stationnement, mais en vain. On n’était pas au cinéma, ici personne ne laissait son véhicule ouvert la nuit. De toutes les façons, Loup aurait été incapable de démarrer quoi que ce soit en trafiquant des fils sous un tableau de bord. Il regarda sa montre : trois heures moins le quart, il fallait faire vite. S’ils traînaient trop, ils allaient se retrouver avec les premiers travailleurs de l’aube, les éboueurs, les laveurs de carreaux, les balayeurs municipaux, les premières équipes de nettoyage ou d’entretien d’hôtels, d’entreprises ou de bureaux et puis ensuite toute la masse d’ouvriers et d’employés qui encombreraient chaussées, trains et autobus.

Dans une rue adjacente au boulevard Victor Hugo, il remarqua trois hommes qui se quittaient bruyamment. Manifestement ils avaient fêté un joyeux évènement à coups de copieuses libations.

(Fin des extraits gratuits)

On ne saurait toujours tout avoir gratis !

Mon ouvrage, s'il vous a plu, est disponible en version papier ou e-book... Merci de cliquer sur l'image correspondante. 

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28/12/2013

Nouvelles complètes (Marcel Aymé)

Nouvelles complètes.jpgCes « Nouvelles complètes », comme l'indique le titre, sont un recueil exhaustif de plus d'une centaine (105 au total) de textes du grand auteur malheureusement un peu tombé dans l'oubli aujourd'hui. Le lecteur y trouvera surtout l'ensemble des nouvelles publiées entre 1927 et 1967, mais également nombre de jolis contes dont les fameux « Contes du chat perché » qui font encore les délices des enfants dans les diverses versions illustrées que l'on peut trouver en librairie.

Marcel Aymé était un esprit curieux, indépendant et malicieux et par certains côtés, émule de Jean de la Fontaine. Tout comme l'homme des fables, il sut faire parler les animaux et même oser les rendre un tantinet précieux car les siens ont de la culture, ils ont appris à lire et peuvent en remontrer aux enfants. Humour léger, poésie et même une certaine forme de morale ou de philosophie latente parsèment ou illuminent cette oeuvre aussi brillante que non conformiste. Inutile de préciser qu'aucun de ces textes n'a pris la moindre ride et que le plaisir est partout présent.

De la lecture de ces textes courts mais soigneusement ciselés, ressort partout un grand amour de l'humanité et particulièrement des petites gens, Monsieur et Madame Tout le monde qui sont toujours croqués avec finesse et causticité mais sans aucune méchanceté. Et, par la grâce de ce démiurge bienveillant, toutes ces existences très ordinaires basculent à un moment ou à un autre dans un fantastique léger et bon enfant. L'un des personnages traverse les murs, un autre se retrouve en train d'arborer une bien encombrante auréole et un dernier se voit soudain doté du don d'ubiquité. Suivant l'ordre chronologique (très intéressant pour suivre l'évolution d'une production littéraire complète), cette somme ravira les inconditionnels de Marcel Aymé et pourra sans peine servir d'introduction à celles et ceux qui feront l'effort de le découvrir ou de le redécouvrir.

5/5

09:05 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/12/2013

Cosplay (Laurent Ladouari)

Cosplay.jpgLa société technologique 1T, longtemps à la pointe de l'innovation est en perte de vitesse depuis le départ de Proteus, son plus prestigieux développeur. Sinind, son rival asiatique lui taille tant de croupières qu'elle est au bord du dépôt de bilan quand Zoran Adamas, dit le Gitan, un milliardaire cynique et haï de tous, décide de la racheter et ose déclarer que c'est pour la détruire. Il propose au personnel de jouer pendant trois jours au Cosplay, une sorte de jeu de rôles costumé, sous l'égide de la belle Ayako. Pendant ce temps, la jeune et talentueuse Katie Dûma réussit à se faire embaucher sans véritable statut. En compagnie des trois mille employés de la société, elle participera à ce jeu en apparence insensé car sans règle, dans l'anonymat d'un masque et d'un déguisement et avec quelques armes capables de détruire virtuellement. Très vite, les participants comprennent qu'il s'agit de les pousser à démissionner en masse et que, pour survivre, il va falloir s'unir et s'organiser différemment...

« Cosplay » est un livre étrange car difficilement classable. Entre la science-fiction et l'anticipation, mais pas tout à fait. Entre la fantaisie et le roman social, mais pas vraiment. Entre la BD manga et les aventures sur fond de jeu virtuel (genre « Player One »), mais pas seulement. Une lecture plus perspicace, inclinerait à penser qu'il s'agit plutôt d'une sorte de conte philosophique dans le style d'un Italo Calvino ou d'un Vian, mais sans le génie de ces deux-là naturellement. La description des rapports humains et des luttes de pouvoir au sein de l'entreprise pourrait être intéressante si l'auteur avait su s'extraire d'une forme de manichéisme simplificateur parfois agaçant. Les bons sont lisses et sans défaut et les méchants totalement répugnants. La morale véhiculée par l'ensemble est d'une simplicité enfantine et d'un angélisme bisounours. Elle repose sur des adages du genre : « Servir pour réussir », « N'ayez pas peur » et pourquoi pas « L'union fait la force ». L'intrigue qui démarre bien et promet beaucoup, aurait gagné à être plus rythmée et plus resserrée. Résultat, elle ne tient malheureusement pas la distance (474 pages). Le happy end est un peu décevant, tout comme les va et vient entre le réel et le virtuel. Le lecteur se retrouve souvent en train de nager entre l'improbable et le flou pas forcément artistique. Les lieux, les époques et les circonstances ne sont volontairement pas définis. A noter de très nombreuses allusions et clins d'oeil à la pop music des années 70/80 (Nina Simone, The Doors, The Rolling Stones, David Bowie etc...). Dommage que ce livre ne soit pas sonorisé et rempli de véritables effets spéciaux. Le style basique et les pauvres descriptions de Laurent Ladouari ne suffisant pas toujours à faire rêver le lecteur, un metteur en scène génial pourrait-il peut-être tirer une bonne adaptation cinématographique de cette histoire bizarroïde et un peu longuette ?

3/5

08:35 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/12/2013

Joyeux Noël !

A toutes les lectrices et à tous les lecteurs de ce blog littéraire...

Joyeux Noël.jpg

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23/12/2013

Jules Matrat (Charles Exbrayat)

Jules Matrat .jpgDans les premiers jours d'août 1914, Jules Matrat, trente ans, est appelé sous les drapeaux. Ce jeune paysan de la Loire ne s'est éloigné qu'une seule fois de son village, c'était pour son service militaire. Il quitte ses vieux parents ainsi que Rose, sa promise qui va devoir l'attendre plus de quatre longues années. Sur le front, il rencontre Louis Agnin, un savoyard, homme des hautes terres comme lui, avec qui il se lie d'amitié. Jules fait la guerre par devoir et réussit à survivre à toutes les horreurs qu'il doit subir dans les tranchées. Avec son ami, ils espèrent la venue de jours meilleurs. Mais leurs projets d'établissement en commun tombe comme château de cartes le jour où Agnin meurt dans les bras de Jules. Et c'est un tout autre homme qui rentre chez lui, la guerre terminée. Personne ne reconnaît le nouveau Jules. Saura-t-il exorciser les démons qui hantent ses nuits, sera-t-il capable de vaincre la douleur, de faire son deuil et de mener une vie normale avec Rose ?

Avec ce roman de terroir largement mélodramatique, Exbrayat s'est aventuré dans un genre qui ne lui est pas habituel, lui qui s'est principalement illustré dans le polar décalé et fortement picaresque. Rien de tout cela dans « Jules Matrat », mais plutôt un récit sombre et mélancolique, assez lent et assez lourd, sans aucun humour ni légèreté. Le ton est grave, la psychologie du héros est longuement détaillée. Il est triste, malheureux, inadapté au monde qu'il retrouve après toutes ces années d'enfer. Le récit de guerre proprement dit est assez rapidement esquissé et presque secondaire par rapport à celui de l'après-guerre. Le personnage de Rose avec sa fidélité, sa douceur et sa patience semble nettement plus positif que celui de Jules qui finit par agacer. Au bout du compte, l'intrigue est assez peu originale en dépit d'une fin tout à fait réussie. Quand aux éloges dithyrambiques de la quatrième de couverture (« Un roman bouleversant et l'un des plus beaux récits inspirés par la Grande Guerre »), il faudra une fois de plus les classer dans la rubrique « publicité mensongère » ! Bilan général : un bouquin moyen sur les sinistres conséquences d'une guerre qui fut un quasi suicide européen assez loin des meilleurs titres du prolifique auteur.

3/5

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21/12/2013

Immortelle randonnée (Jean-Christophe Rufin)

Immortelle randonnée.jpgL'écrivain, ex-ambassadeur et membre de l'Académie Française, Jean-Claude Rufin décide un jour de partir pour une randonnée au long cours. Il hésite entre la haute route qui longe les sommets des Pyrénées entre Biarritz et Collioure et le Camino del Norte qui relie Biarritz à Saint Jacques de Compostelle en passant par le Pays basque espagnol, la Cantabrie, les Asturies et la Galicie. Sans aucune motivation religieuse ni aucune idée préconçue, il s'engage sur le second chemin ne sachant absolument pas ce qui l'attend sur cet itinéraire aussi mythique que millénaire. Il emporte une tente et du matériel de camping car il craint la promiscuité dans des dortoirs remplis de ronfleurs qui pourraient l'empêcher de dormir. De temps à autre, il va dans un petit hôtel, histoire de se décrasser et de profiter d'un peu de confort. Il lui arrive même de prendre le bus et même le métro. Autant dire que ce randonneur est un pèlerin des plus atypiques.

Tout est dit dans le sous-titre « Compostelle malgré moi ». Rufin part au hasard, ne sait pas dans quoi il s'est embarqué ni ce qu'il cherche, passe du rêve, aux réflexions puis aux envolées mystico-religieuses avant d'en arriver, vers la fin de son périple, à une sorte de béatitude proche de l'hébétude du ravi de la crèche ou du fumeur de joint. Il réalise que ce n'est pas l'homme qui prend le chemin mais plutôt le chemin qui prend l'homme. Devant ce nième livre sur la question, le lecteur hésitait à se joindre à l'intérêt collectif. Le bilan de sa lecture reste assez mitigé. En ce qui concerne le témoignage ou le récit de voyage proprement dit, il est plutôt resté sur sa faim. Les anecdotes sont peu nombreuses, les rencontres rares, éphémères et peu enrichissantes. Ruffin a refusé de prendre des notes. Au fur et à mesure de sa progression, il arrachait une à une les pages de son guide. De plus, il reconnaît avoir écrit son livre à la demande d'une éditrice. On pourrait avoir l'impression qu'en choisissant le chemin du nord, nettement moins fréquenté que le Camino Frances surpeuplé et en optant pour une immersion assez relative, il est passé à côté de pas mal de choses. En fait, il n'en est rien. Rufin livre avec honnêteté et précision toutes ses impressions. Agaçantes au début par l'ironie et la distanciation qu'il met entre lui, le marcheur néophyte qui se plaint de ses pieds souffrants et tous les autres, obscurs crétins marchant pour des raisons qui lui semblent étrangères. Puis au fil de la marche, sa vision s'élargit jusqu'à devenir enfin humaine, empathique et bienveillante. Comme la mer le fait en roulant les galets de la plage, les centaines de kilomètres, les conditions climatiques, la beauté ou la laideur des paysages (la description de certaines portions ne donne pas trop envie de s'y lancer) tout cela façonne tout doucement et presque à son insu son esprit cartésien et son âme gnostique. L'homme qui arrive au but ultime si décevant n'est plus le même que celui qui était parti de Biarritz tout guilleret. Et c'est là, dans cette analyse psychologique et dans cette réflexion philosophique, que se situe l'intérêt majeur de cet ouvrage. Avec énormément de finesse et d'intelligence, Rufin nous fait partager joies et souffrances du marcheur qui progresse pas à pas, humblement sur un chemin qui, en apparence chrétien, est surtout d'esprit bouddhique. Rien que pour cet aspect, il mérite d'être lu.

4/5

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19/12/2013

Tartuffe au bordel (Alain Paucard)

Tartuffe au bordel .jpgUn charmant petit essai que ce « Tartuffe au bordel », rafraîchissant et marqué au coin du bon sens. Quelle sottise et quelle hypocrisie que de vouloir dans un premier temps interdire le racolage passif ou actif (on ne sait plus trop) pour ensuite s'en prendre au client et lui infliger une amende de 1500 euros, doublée en cas de récidive ! Chacun sait où mène ce genre d'interdiction... L'esprit libre, intelligent et un tantinet tonitruant du brave « Paucard de Paris », disciple du regretté Jean Dutourd, éminent membre du « Club des Ronchons », sait porter le fer là où il faut. Après le « Guide Paucard des filles de Paris », « Les criminels du béton », « Le cauchemar des vacances », « La crétinisation par la culture » et « Manuel de résistance à l'art contemporain », Paucard revient pour nous enchanter avec les productions décoiffantes de son esprit libre, indépendant et quasi anar. Quel plaisir de lire ce petit bijou fort bien ciselé. Un grand coup de vent du large à une époque où les libertés sont mises une à une à l'index et où les puritains, les donneurs de leçons et autres marchands de bonheur pullulent en pourrissant la vie de tout le monde avec leurs fausses bonnes intentions A noter une jolie couverture un brin désuète composée de cartes de visites de tenancières de maisons closes, salons de massage et autres lieux de rencontres qui firent la réputation de Paris avant qu'une certaine Marthe fasse fermer ces lieux et jette les filles sur le trottoir. Bravo au Dilletante d'avoir publié un tel texte !

5/5

Citations : « Quand Saint Louis voulut interdire complètement la prostitution, ses conseillers, religieux pour la plupart, le dissuadèrent d'entreprendre ce vain combat, car l'Eglise savait que la chair est faible et que le péché originel a rendu les rechutes inéluctables. »

(Jacques Le Goff)

« En leur défendant d'être nulle part, on les oblige à être partout. »

(René de Obaldia)

« Surcouf, corsaire français, prisonnier et apostrophé par un amiral anglais qui lui déclare : « Vous les Français, vous vous battez pour l'argent tandis que nous, c'est pour l'honneur » répond, superbe : « Chacun se bat pour ce qui lui manque. » De l'homme et de la femme, chacun se bat pour ce qui lui manque.

« Une littérature saine, intelligible, dont les mots restent dans un rapport fidèle avec les objets qu'ils désignent – et d'autre part une littérature viscérale, qui s'est donnée aux femmes et où le respect des mots, de leur valeur propre a fait place au culte du flou, du vague, de l'étrange. »

(Marcel Aymé)

« Il y a sans aucun doute pire que le strip-tease, le naturisme. L'homme nu, c'est l'esclave, c'est le prisonnier qu'on veut humilier, le questionné avant la torture. Dans les pratiques sadomasochistes, c'est le soumis qui est nu alors que le maître est vêtu. »

« Qu'est-ce qu'un puritain ? Gripari disait que c'est un mot-valise composé de pourri et de putain, ce dernier dans le sens figuré, celui de pute intellectuelle, prête à se vendre pour un prix littéraire ou une promotion dans son boulot. »

« Le monde n'est, d'âge en âge, qu'une grande conspiration de crétins malfaisants dont il faut à tout prix se démarquer. »

(Jean Dutourd)

« Il y a deux sortes de clients de prostituées : ceux qui vont les voir parce qu'ils n'ont pas de femme et ceux qui vont les voir parce qu'ils en ont une. »

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17/12/2013

Scarlet (Marissa Meyer)

Scarlet.jpgNon loin de Toulouse (France) dans la petite ville de Rieux, la jeune Scarlet Benoît recherche désespérément sa grand-mère, retraitée de l'armée reconvertie dans l'agriculture, qui a disparu depuis près de quinze jours sans raison apparente. Considérant ce fait comme une simple fugue de vieille dame fantasque, la police a décidé de classer l'affaire. Scarlet, qui vient de faire la connaissance d'un certain Loup, combattant de rue solitaire et cruel, ne l'entend pas de cette oreille d'autant plus qu'elle n'apprécie nullement que tout le monde prenne sa grand-mère pour une folle et qu'elle-même passe pour une caractérielle. Pendant ce temps, le capitaine Carswell Thorne condamné à six ans de réclusion dans une prison de Neo-Beijing pour vol, recel et détournement d'un spationef est rejoint dans sa cellule par Linh Cinder, une cyborg en passe de réussir une évasion spectaculaire grâce à une main métallique ultra-sophistiquée...

« Scarlet », second livre des « Chroniques Lunaires » de l'américaine Marissa Meyer, est un roman jeunesse à la limite entre deux genres et même un peu plus. De par la présence d'engins spatiaux, de cyborgs et de voyages vers la lune, il relève de la science-fiction classique (c'est à dire avec boulons comme disait Pratchett). Mais l'utilisation de pouvoirs magiques, de manipulations mentales et l'apparition de loup-garous, soldats mi-humains mi-animaux, ou de « thaumaturges », sortes de magiciens maléfiques, ramènent plutôt vers la fantaisie. Sans oublier que toute cette histoire est fortement inspirée de classiques contes pour enfants comme le Petit Chaperon rouge, Blanche Neige ou Cendrillon. Il y aurait toute une analyse psychanalytique à mener à partir de ce texte. L'auteure elle-même ne se cache pas de cette influence qui sert de base à une intrigue assez simplette et qui lui permet d'aller plus loin dans l'horreur, l'étrange ou le fantastique. L'expérience de lecture, bien que parfois un peu laborieuse, est loin d'être désagréable. On passe un bon moment de détente. Que d'aventures, que de rebondissements mais quelle frustration quand arrive la dernière page ! On reste sur sa faim. Pour en savoir plus, il faudra se procurer le troisième tome, « Cress », (à paraître en 2014). De quoi rendre accros les amateurs. Une édition de très belle qualité (typographie sophistiquée, couverture somptueuse) malheureusement entachée de quelques coquilles, concordances de temps incorrectes (« Si elle aurait...) ou phrases bancales (exemple : « Celle que sa grand-mère s'était sacrifiée pour protéger. ») qui sentent la traduction par trop littérale. Dommage.

3,5/5

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15/12/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 6/2)

Que venait vraiment faire Hess en Angleterre ? Hitler était-il au courant de sa démarche ? Qu’apportait-il ? Quel secret détenait-il pour qu’on le garde aussi longtemps en détention ?

Renard arriva au chapitre sur Heinrich Himmler, le « fonctionnaire de la mort », l’organisateur en chef des camps de concentration et de « la solution finale ». Et là, son attention fut captée. Ainsi cet ignoble individu se réclamait de l’héritage des chevaliers teutoniques. Avec ses SS, il croyait avoir recréé « l’élite en uniforme noir qui allait réincarner le vieil ordre de chevalerie germanique ». Comme beaucoup de nazis, il avait été influencé par deux idéologues fanatiques, Gobineau, le français et Houston Stewart Chamberlain, l’anglais pour qui la race nordique était l’archétype humain idéal pour ne pas dire supérieur, ce qu’Hegel avait déjà annoncé un siècle plus tôt.

Théoricien mystique, Himmler se voyait comme Grand Maître d’un nouvel ordre qui serait la réincarnation des teutoniques, officiellement dissous en 1938. L’auteur faisait remarquer que, dans le monde ésotérique, une dissolution cache souvent une résurgence sous une forme différente. Ainsi Himmler commença-t-il par édicter des critères très rigoureux pour l’entrée des postulants dans la SS. Jusqu’en 1937, la garde spéciale du Führer, unité d’élite s’il en fut, n’acceptait en son sein que des jeunes hommes blonds aux yeux bleus et d’une taille minimum de 1,80 m. Himmler édicta également une règle de mariage spéciale pour les SS. Ceux-ci ne pouvaient se marier qu’avec des femmes capables de justifier de la pureté de leurs origines aryennes depuis pas moins de deux siècles. Les nécessités de la guerre firent que ces règles furent assez vite aménagées. Mais une mystique fanatique du chef, un courage sans faille et une obéissance aveugle furent toujours exigés de ces troupes d’élite. On sent qu’Himmler voulait réécrire l’Histoire ou la reprendre là où, selon lui, elle n’aurait jamais dû s’arrêter. Le 2 juillet 1936, il organisa dans la collégiale de Wewelsburg la célébration du millième anniversaire de la mort de son héros préféré, le roi Heinrich I, dit Henri l’Oiseleur. Le bouquin citait un extrait du discours qu’il prononça après avoir déposé sur le tombeau du souverain une gerbe composée de fleurs et de rameaux de chêne: « Ici où reposent depuis toujours ceux de notre sang, cette magnifique maison de Dieu, née d’un sûr sentiment germanique, sera un lieu de culte où les Allemands viendront en pèlerinage (…) L’homme qui, après mille ans a repris avec une grandeur inouïe l’héritage humain et politique du roi Henri, notre Führer Adolf Hitler, nous le servirons fidèlement de nos paroles, de nos pensées et de nos actes, pour l’Allemagne et pour la Germanie. »

Le 7 avril 1942, il déclara devant les officiers supérieurs et tous les chefs de services de la SS : « Tout ce que nous faisons doit être justifié par rapport à nos ancêtres. Si nous ne retrouvons pas cette attache morale, la plus profonde et la meilleure parce que la plus naturelle, nous ne serons pas capables à ce niveau de vaincre le christianisme et de constituer ce Reich germanique qui sera une bénédiction pour la terre entière. Depuis des millénaires, c’est le devoir de la race blonde que de dominer la terre et de toujours lui apporter bonheur et civilisation. »

- Conneries ! s’exclama intérieurement Renard en rejetant le bouquin loin de lui.

(A SUIVRE)

Ouvrage disponible en version e-book sur Amazon.fr et en version papier sur TheBookEdition.com

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12/12/2013

Intrusion (Richard Matheson)

Intrusion.jpgUn écrivain sans succès mène une double vie entre sa femme et sa maîtresse, son métier et sa passion. Mais un jour, il ne retrouve plus le numéro de téléphone de son amante. Il appelle tous ceux qui l'ont connue. Personne ne se souvient d'elle... Un couple pique-nique au bord d'un lac. Puis, pendant que le mari fait la sieste, la femme part se promener dans la forêt. Elle finit par découvrir dans une jolie clairière une maisonnette qui ressemble comme deux gouttes d'eau à celle de l'histoire de Boucle d'or et des trois ours... Un homme disparait alors qu'il est parti quelques instants aux toilettes d'un restaurant perdu dans le désert... Des martiens jouent dans une troupe de marionnettes. Un journaliste se propose d'interviewer l'acteur vedette... C'est le jour annoncé comme celui de la fin du monde. Une famille se rassemble pour en finir dignement... Après s'être suicider en s'ouvrant les veines, le jeune Peter se réveille dans l'enveloppe métallique d'un robot fabriqué par son père pour complaire à sa mère...

« Intrusion » est un recueil de treize nouvelles publiées dans divers magazines entre 1952 et 1953 autant dire au début de la carrière du grand Richard Matheson. Elles relèvent des principaux genres dans lesquels excella l'auteur : le fantastique, le suspens, l'horreur et la science-fiction. Le style inimitable du maître y est déjà partout présent avec sa fluidité, ses phrases courtes et percutantes (pas un mot de trop, pas de perte de temps en descriptions inutiles), son sens de l'intrigue rondement menée et de la chute toujours surprenante. Avec lui, le lecteur explore les méandres inquiétants de la paranoïa, les cauchemars récurrents des phobies et les dérives insidieuses de la schizophrénie. Tout part toujours du banal et de l'anodin du train train quotidien et est toujours pétri de réalisme et d'humanité, même les plus terribles nouvelles d'horreur comme « La maison du crime », même les peu nombreux textes de pure science-fiction comme « Intrusion » ou « La boucle est bouclée ». Il faut lire ce recueil ne serait-ce que pour « Lazare II » qui est un authentique petit chef d'oeuvre d'intelligence psychologique et d'ambiguïté et pour toutes les autres car aucune n'est à jeter et aucune n'a pris la moindre ride. Le regretté Matheson est et restera sans doute longtemps un des plus grands dans son étrange domaine.

5/5

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10/12/2013

La cour des miracles (Michel Zévaco)

La cour des miracles.jpgLes aventures commencées dans le tome précédent, « Triboulet » redémarrent de plus belle avec une expédition contre toute la truanderie de la Cour des Miracles décidée par le roi François Ier et organisée comme un grand nettoyage par son prévôt Monclar, lui-même inspiré par le terrible Ignace de Loyola. A cette époque et depuis des décennies, ce lieu peu avenant, refuge des mendiants, truands et ribaudes, était devenu une sorte d'état dans l'Etat sur lequel régnaient quelques roitelets parmi lesquels un certain Tricot, roi des Argots qui, jouant double jeu, devait permettre un assaut facile. En réalité, il s'agissait surtout pour le roi de s'emparer des deux jeunes héros, Manfred et Lanthenay et d'assouvir sur eux une cruelle vengeance. Mais rien ne va se passer comme prévu...

Ce second tome de l'histoire de Triboulet, sorte de feuilleton historique peu regardant sur la vérité des évènements, semble encore plus rocambolesque que le précédent. Chaque chapitre amène un rebondissement nouveau. Gillette, la malheureuse héroïne, est en permanence traquée, pourchassée par un vieux roi obsédé sexuel qui ne pense qu'à une chose : abuser d'elle sans se soucier le moins du monde de sa probable ascendance royale. La magnifique figure du libraire et imprimeur Etienne Dolet, son supplice terrible tout comme le sacrifice volontaire de Triboulet, le bouffon plus courageux, plus généreux et plus chevaleresque que son maître, méritent à eux seuls le détour. Un livre fort bien écrit et habilement construit qui instruit en divertissant même si la caricature est souvent un peu grossière et les effets un peu faciles. Mais quelle imagination et quel tourbillon d'aventures !

4/5

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08/12/2013

Triboulet (Michel Zévaco)

Triboulet.jpgLe roi François Ier commence à se lasser de sa maîtresse, Madeleine Ferron, plus connue sous le vocable de « La belle Ferronnière ». Pour s'en débarrasser définitivement, il fait en sorte que Ferron découvre son infortune. Son esprit est occupé par Gillette, une jeune fille de 17 ans qui se révèle être la fille adoptive de Triboulet, le célèbre fou que toute la cour redoute. L'ennui c'est que Gillette n'aime pas du tout François, bien trop âgé, bien trop cruel et bien trop cynique à son goût. Elle n'a d'yeux que pour le beau Manfred, un jeune homme sans fortune, fort habile à l'escrime et très apprécié dans le monde interlope des truands de la Cour des miracles.

Plus roman d'aventures ou de « cape et d'épée » que véritable roman historique, cet ouvrage fort bien écrit nous entraine dans l'ambiance plutôt délétère de l'entourage d'un François Ier aigri, vieillissant, coureur de jupons et d'une mentalité plus proche de celle d'un spadassin ou d'un prédateur que de celle d'un chevalier sans peur et sans reproche. Au fil d'évènements particulièrement rocambolesques, le lecteur rencontre de nombreux personnages historiques comme Rabelais, Monclar, Etienne Dolet ou Ignace de Loyola, froid, sadique et obsessionnel religieux espagnol, véritable décalque du terrible inquisiteur Torquemada ou bien enfin l'intrigante Diane de Poitiers, si pressée de voir François Ier quitter la scène pour laisser le trône au Dauphin, le futur Henry II. Il fait également connaissance avec le monde impitoyable des mendiants, tirelaines, coupeurs de bourses, ribaudes et autres truands qui officient la nuit dans un quartier aux petites rues qui sont de véritables coupe-gorges et tiennent leurs quartiers dans leur inexpugnable bastion de la Cour des Miracles. Au total, énormément de personnages négatifs voire repoussants pour un petit nombre de positifs comme Gillette, Manfred, Lathenay ou Rabastens. L'action, les rebondissements, les histoires d'enfants volés, perdus ou retrouvés, d'ascendance noble mais élevé par de pauvres gens ne manquent pas. En filigrane, l'éternel message anarchiste de Zévaco : la seule noblesse qui vaille est celle du coeur. Elle est plus facile à trouver chez les pauvres que chez les nobles... Reste que grâce au style fluide et enlevé de l'auteur, le lecteur a grand plaisir à lire cet ouvrage de divertissement construit sous la forme bien connue du feuilleton. Seuls regrets, les énormes privautés prises avec la vérité historique : un faux livre « hérétique » édité et publié par Loyola lui-même sous le nom de Calvin placé chez Dolet pour le faire arrêter ou cette improbable invasion du Louvre par toute une armée sortie des bas-fonds de la Cour des miracles ou Calvin et Loyola invités par un Rabelais sarcastique pour un incroyable dîner. Et pour connaître la fin de cette histoire abandonnée en plein milieu, il faut lire le second tome, « La Cour des miracles ». Pour les amateurs du genre.

4/5

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06/12/2013

Hypnose (Peter James)

hypnose.jpgCharley et Tom forment un couple de quadras sans enfant qui rêve de s'installer dans la campagne anglaise pour relancer une vie sentimentale routinière et, qui sait, enfin parvenir à avoir un enfant. Quand Charley découvre Elmwood Mill, un charmant moulin du XVème précédemment occupé par une grande couturière solitaire, elle a l'impression d'avoir toujours connu cet endroit et même d'y avoir vécu autrefois. Et lorsqu'elle y emménage avec son mari, son chien et son poisson rouge, l'impression tourne à la certitude au fur et à mesure de réminiscences, de rencontres et autres coïncidences troublantes. Elle tente alors de pratiquer une régression mentale sous la houlette d'une sorte d'hypnotiseur qui parvient à lui faire revivre des pans oubliés de son passé puis de vies antérieures à sa naissance. Loin de la rassurer, ces séances vont l'entraîner de plus en plus profond dans l'horreur et le drame.

« Hypnose » se présente comme un thriller plus psychologique que policier qui explore les méandres de l'inconscient du personnage principal à la lumière ou plutôt dans les ténèbres du paranormal, de l'ésotérisme, de la démence et de la parapsychologie. L'intrigue menée sans grand rythme démarre sur le thème de la maison hantée (plutôt soft, rien à voir avec les monstruosités d'Amityville...) puis se développe sur celui de la régression mentale, des vies antérieures avant de monter en puissance et d'accélérer enfin (aux alentours de la 300ème page seulement) pour laisser entrevoir le « pot aux roses », le « pourquoi du comment », l'abomination de la désolation qu'il est hors de question de dévoiler pour le pas faire perdre tout intérêt à d'éventuels lecteurs. On s'attache assez facilement au personnage de la pauvre héroïne sur qui s'accumulent tant de malheurs et de déboires et nettement moins à celui de Tom, stéréotype de la lâcheté et de l'égoïsme masculin qui disparaît très vite pour réapparaître un peu artificiellement à la fin, pas plus qu'aux personnages secondaires, tous un peu caricaturaux. L'histoire, au bout du compte assez peu originale, est bien menée, quoiqu'un peu trop lentement à mon goût personnel. Le style est fluide et agréable à lire. L'ennui, c'est qu'une fois le livre refermé, on a l'impression de ne pas avoir appris grand chose et d'avoir passé pas mal de temps à se divertir à la lecture d'un ouvrage calibré, formaté, efficace mais sans génie ni signe particulier. De là à assurer que « Peter James a trouvé son créneau, quelque part entre Stephen King et Michael Crichton », comme indiqué en quatrième de couverture, il y a un pas et même un gouffre que le lecteur ne saurait franchir. Nul doute que le « créneau » en question n'est que commercial et se situe quelque part, mais quelque part bien en dessous des deux grands romanciers en question !

3,5/5

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04/12/2013

Un Cinzano pour l'Ange Noir (Frédéric Dard)

Un cinzano pour l'AN.jpgA Paris, Sophie, une fille à papa un peu cinglée, rêve de cambrioler le coffre-fort de son paternel, un industriel enrichi dans la conserve. Ce forfait devrait lui permettre de financer sa cavale avec Rilley, un gangster américain pas très doué. Dès son arrivée sur le sol français, l'Ange Noir se retrouve assommé d'un magistral coup de bouteille sur la nuque par la fille en question et le voilà embarqué dans une nouvelle aventure rocambolesque avec un encombrant premier cadavre à faire disparaître le plus discrètement possible sans attirer l'attention des flics sur sa trop célèbre personne...

Ce roman policier picaresque n'est pas du niveau des autres volumes de la série « Ange Noir ». L'intrigue est tirée par les cheveux, truffée d'invraisemblances et de rebondissements qui ne tiennent pas la route. Les personnages sont caricaturaux et même carrément inintéressants. Seul l'Ange Noir est égal à lui-même : violent, cynique, égoïste et sans aucune morale. Sa route est toujours parsemée de nombreux cadavres et il séduit toujours autant toutes les beautés féminines qu'il rencontre. L'ennui, c'est que cette fois le charme n'opère pas. Même le style fait de faconde, de truculence et de langue verte semble nettement moins brillant, moins flamboyant qu'à l'accoutumé. Le lecteur a l'impression que l'auteur a fait oeuvre alimentaire, ce qui n'est pas impossible. Pendant sa carrière littéraire, il s'est en effet montré trop prolifique pour pouvoir rester en permanence au top. Bouquin sans intérêt, même pour les inconditionnels de Frédéric Dard.

2,5/5

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02/12/2013

Le bouillon d'onze heures (Frédéric Dard)

le bouillon d'onze heures.jpgTraqué par le FBI, l'Ange Noir a quitté les Etats-Unis pour aller se mettre au vert en Grande-Bretagne. Installé à Londres au Grand Hôtel Continental, il surprend un homme en train de s'envoyer à lui-même par voie postale une grosse liasse de billets, sans doute peu honnêtement acquis. Il file au domicile de l'homme dans l'espoir d'intercepter le magot avant lui et arrive au moment précis où celui-ci fait une chute fatale dans une cage d'ascenseur. Il n'en faut pas plus pour que Scotland Yard mette le grappin sur notre héros. Mais l'Ange Noir s'échappe en boxant l'inspecteur MacGwer et file se planquer au Red Dog, un club tenu par un certain Seruti qui l'embarque dans une sombre histoire de trésor numismatique perdu. Nulle doute que cette nouvelle aventure du terrible gangster s'annonce fort périlleuse...

« Le bouillon d'onze heures », suite des aventures de l'Ange Noir, marque une sorte de tournant dans cette série qui annonçait déjà celle, bien plus étoffée et bien plus célèbre des San Antonio. En effet, au-delà de sa verve habituelle, Frédéric Dard instille à son texte encore plus de rythme, de rebondissements et de péripéties que dans les précédents titres de sorte qu'il est quasiment impossible de lâcher cette histoire menée tambour battant. Bien sûr, toutes ces pirouettes, triple saltos et autres sauts périlleux littéraires rendent l'intrigue aussi peu vraisemblable que probable, mais, qu'importe, le lecteur ne boude pas son plaisir accru d'ailleurs par la présence d'un style inimitable (et totalement disparu aujourd'hui, ce qui est bien dommage !). Le recours permanent à l'argot, à la langue verte, aux expressions burlesques voire aux trouvailles linguistes amusantes est un vrai régal pour qui, bien sûr, n'a nul besoin d'un décodeur pour comprendre toutes les subtilités de ce langage si particulier. Excellent.

5/5

09:01 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/11/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 6)

Le calme était revenu dans l’appartement. Renard alla replacer le caquelon à la cuisine avant de retourner dans la chambre de Virginie. Celle-ci était étendue à plat ventre en travers du lit avec le quintal de Louis Dubois effondré sur elle. Lerenard tira de toutes ses forces pour la dégager du gros corps inanimé. Il y mit tout son cœur et eut beaucoup de peine à faire glisser son comparse sur le sol. « Il me l’aurait étouffée l’imbécile… » Se dit-il en s’épongeant le front.

Il l’observa un long moment. Chemisier dégrafé, short et string rabattus donnaient une impression de débraillé, d’abandon. Il était intervenu juste à temps. Quelques secondes de plus et l’autre la violait. Ce que le maigrelet n’aurait pas pu supporter. Plus il regardait le corps de la pauvre Virginie étendue devant lui, à sa merci, dans cette position lascive, plus il sentait le dégoût monter en lui. Il n’aimait que les petites gamines pré pubères, pas ou peu formées. Et là, abandonnée devant lui, cette femelle, avec sa poitrine opulente, ses fesses rebondies et son sexe offert, c’en était trop. Il avait l’impression que son regard était sali par la vue des quelques poils pubiens qui apparaissaient dans l’échancrure.

Sans plus attendre, il remonta le string puis le mini short en s’interdisant de regarder, retourna la fille sur le dos et reboutonna le chemisier rouge. C’est alors qu’il remarqua son sac à main, sorte de besace de toile qui traînait sur le sol non loin du corps de son complice. Il commença à fouiller dedans. Il trouva un portable, divers produits de beauté, un bâton de rouge à lèvres, des clés, l’attirail habituel de la jeune femme moderne. Quand il eut presque tout vidé, un petit bouquin broché aux pages coupées à la main apparut. Il s’en saisit. L’ouvrage n’avait pas fière allure. La couverture de papier jaunâtre était abîmée, les pages froissées ou cornées étaient parfois couvertes d’annotations. Sur la couverture, il lut ceci : John Wesley Montgomery, « Les voies secrètes de la puissance nazie ». Un bouquin historique paru en 1969 dans la traduction française d’une édition Penguin jamais rééditée depuis lors.

Jacques Lerenard s’assit sur le bord du lit et commença à tourner les pages du bouquin. Il y vit une photo du Messerschmitt BF 110 qui aurait dû permettre à Rudolf Hess de débarquer en Angleterre pour y négocier une paix séparée avec les anglais. Mais cet épisode rocambolesque de la vie du célèbre nazi ne l’intéressa pas outre mesure et pourtant le livre de Montgomery en racontait de belles. Il apportait une explication à l’échec de la tentative ainsi qu’à l’acharnement contre celui qui fut le tout dernier interné de la prison de Spandau à Berlin-Ouest où il finit par mourir en 1987 pendu à l’aide d’un fil électrique. Son fils et quelques historiens non-conformistes y virent la main de services secrets comme le Mossad ou la CIA. La thèse de l’assassinat camouflé en suicide ne fut bien entendu jamais retenue par les médecins légistes anglais…

(A SUIVRE)

Ouvrage disponible en version e-book sur Amazon.fr et en version papier sur TheBookEdition.com)

08:21 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/11/2013

Le ventre en l'air (Frédéric Dard)

le ventre en l'air.jpgA New-York, un certain O'Massett, qui se présente comme agent du FBI, oblige l'Ange Noir à assassiner le sénateur Pall qui s'est fait le champion toute catégorie de la pays et du désarmement. En échange de quoi, il lui fournira un billet pour quitter les Etats-Unis ainsi qu'une belle somme d'argent. L'Ange noir remplit son contrat. Mais quand il s'agit de se faire payer et d'être exfiltré, impossible de retrouver O'Massett. Notre héros voit rouge et se lance à la recherche des commanditaires de ce crime assez étrange. Réussira-t-il à démêler ce sac de noeuds alors qu'il a à ses trousses toutes les forces de police de la ville qui ne dort jamais. Heureusement que quelques jolies poupées vont l'aider à découvrir le pot aux roses...

Ce roman policier, très inspiré des grands classiques américains, reste dans le style bien particulier et bien français de Frédéric Dard, fait de gouaille, de galéjades, de détachement et souvent de second degré. Les tournures amusantes, l'argot et l'humour ne manquent pas. Le héros, qui fut une sorte d'esquisse version gangster du futur San-Antonio, a en commun avec ce dernier une détermination farouche, beaucoup de courage et de grandes capacités de séduction. Les femmes tombent toutes dans ses bras, mais sont un peu moins nombreuses que les cadavres qui jalonnent son chemin. Aux limites du roman noir et du thriller, non encore finalisé à l'époque, cet ouvrage n'a d'autre ambition que de divertir et il y réussit très bien, même à des années de distance et ce, presque uniquement en raison du style si particulier de son auteur. Pour les aficionados...

3,5/5

09:07 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |