21/03/2014

L'invention de nos vies (Karine Tuil)

l'invention de nos vies.jpgA New-York, Sam Tahar, célébrité du barreau d'origine française, représente un véritable symbole de réussite, une « success story » à lui tout seul. Il est marié avec Ruth, la fille de Rahm Berg, un richissime financier juif. Il a deux beaux enfants. Il roule sur l'or. Ayant défendu quelques causes aussi médiatisées que lucratives, il est le chouchou de la presse. Il collectionne maîtresses et aventures et mène la grande vie. Mais ce succès repose sur une imposture. Il s'est présenté comme étant juif alors qu'il est musulman pour pouvoir décrocher son premier poste dans le cabinet de Pierre Levy, célèbre avocat parisien qui lui a mis le pied à l'étrier et qui est devenu son ami. L'ennui, c'est qu'il a usurpé l'identité et la biographie d'un autre ami, Samuel, éducateur et écrivain raté, lequel vit avec Nina, un amour de jeunesse de Samir, alias Sam. Un jour, Samuel et Nina lui donnent rendez-vous pour mettre les choses au clair et rien ne se passe comme prévu.

« L'invention de nos vies » commence comme un roman sentimental avec l'ultra classique trio mari-femme et amant avec un fond de réalité sociale très bien décrite. Sam Tahar est un ambitieux, prêt à tout pour réussir, même à s'inventer un personnage et une vie qui n'ont rien à voir avec la vérité et qui l'entraineront, à son corps défendant, vers des rivages insoupçonnés. La fin, qu'il ne faut bien entendu pas dévoiler, est très surprenante. Elle apporte un regain d'intérêt et comme une morale à une histoire qui sans elle, serait aussi plate que choquante. A elle seule, elle fait basculer l'intrigue vers le conte philosophique ou le drame social dans la lignée de ceux de Tom Wolfe. « Rien ne sert de mentir, on finit toujours par être rattrapé par ses mensonges », « Tel est pris qui croyait prendre » ou « Seule la vérité vous rendra libre », tels pourraient être les aphorismes illustrant le propos de ce livre intelligent et très agréable à lire qui aborde de nombreux thèmes comme l'identité réelle et supposée, le bonheur et la réussite matérielle, la vérité et le mensonge, la liberté et la sécurité ou l'amour et la fidélité. Les quatre personnages principaux sont très bien campés et plein d'humanité avec leurs forces et leur faiblesses, leurs zones d'ombre et de clarté. Karine Tuil, dispose d'une belle plume, mais pourquoi donc éprouve-t-elle le besoin de faire preuve d'originalité gratuite et inutile, en donnant en note de bas de page des détails sur des personnages secondaires qui n'intéressent personne et en abusant du slash, barre utilisée en lieu et place de la virgule, comme si le lecteur avait le choix entre trois ou quatre déclinaisons d'un terme ou d'une idée ? Ceci mis à part, une très bonne expérience de lecture.

4/5

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19/03/2014

Le bataillon créole (Raphaël Confiant)

le bataillon créole.jpgA l'été 1914, des militaires venus de Métropole débarquent en Martinique pour enrôler de jeunes hommes jusque là non soumis aux obligations du service militaire. Dans un grand élan patriotique, ils se pressent nombreux pour aller défendre leur mère-patrie qu'ils appellent « Là-bas », sans bien se rendre compte de ce qui les attend. Théodore, le fils de Man Hortense, coupeur de canne émérite, n'en reviendra pas, tué qu'il sera pendant la bataille de la Marne. Lucien, le frère jumeau de Lucianise, se retrouvera dans l'enfer de Verdun, d'autres dans celui presque aussi horrible des Dardanelles, face aux Turcs, alliés des Allemands. Quant à Rémilien, fait prisonnier, il sera fort mal traité dans un camp allemand. Très peu reviendront aux Antilles. La plupart seront estropiés, mutilés ou gueules cassées. Au bout du compte, la Martinique aura payé au prix du sang versé son attachement à la France.

« Le bataillon créole » n'est pas vraiment un roman historique et encore moins une enquête historique (trop de petits faits contestables pourraient faire tiquer les historiens sérieux), mais plutôt une réflexion sociologique, politique voire poétique sur un événement tragique qui marqua le début de l'autre siècle jusque dans les départements d'outre-mer. Raphaël Constant rend parfaitement l'ambiance qui régnait dans l'île à l'époque, nous dépeint tout un petit peuple de travailleurs, de paysans, de mères ou de soeurs Courage, exploités par d'horribles Békés qui eux, se gardent bien d'envoyer leurs enfants se battre dans les tranchées. Par contre, la réalité de la guerre de 14 vécue par ce bataillon créole est plus suggérée que véritablement décrite. L'auteur contourne la difficulté en citant des extraits de correspondances (sans doute imaginaires) de poilus martiniquais. Il ne respecte pas la chronologie, passe d'un personnage à l'autre, ce qui donne une impression de fouillis et oblige le lecteur à un certain effort pour s'y retrouver dans les différents destins. Sans parler de la langue truffée de mots, expressions et même phrases créoles (heureusement traduites) qui surprend par sa truculence, son emphase, sa créativité et qui entraine le lecteur dans une sorte de tourbillon verbal digne d'un conteur poète. Un ensemble intéressant et agréable à lire même si on peut reprocher un certain manichéisme et quelques positions trop tranchées.

3/5

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17/03/2014

Ballade d'un amour inachevé (Louis-Philippe Dalembert)

Ballade d'un amour inachevé.jpgAu village de Cipolle, non loin de l'Aquila dans les Abruzzes italiennes, vit Azaka, un immigré haïtien, arrivé un peu par hasard dans cette région reculée de la péninsule. Il gère un petit magasin de reprographie et vient de se marier avec Mariagrazia, une assistante sociale dans la quarantaine. Le couple, plutôt bien intégré, attend un enfant quand les premiers signes avant-coureurs du cataclysme naturel s'annoncent. En effet, nous sommes en avril 2009, à quelques instants d'un terrible séisme qui va rappeler de douloureux souvenirs à Azaka, rescapé d'un autre tremblement de terre vécu dans l'enfance pendant lequel il resta trois jours enseveli sous les décombres. L'histoire ne serait-elle qu'un perpétuel recommencement ? Une incroyable malchance s'acharnerait-elle sur Azaka ? La terre se montrerait-elle encore plus cruelle que la première fois ?

« Ballade d'un amour inachevé » est un livre qui débute comme un classique roman sentimental puis qui évolue vers la tragédie avant de finir dans un drame social des plus sordides. Les personnages sont sympathiques, bien campés et comme pétris d'humanité. Azaka est un brave homme, serviable, accommodant, aimable, une sorte de philosophe sans frontière. Mariagrazia se présente comme une charmante femme, rebelle et un peu cabocharde, très amoureuse de son mari et atteignant une sorte de plénitude dans sa grossesse. La description de la belle famille italienne avec ses emportements, ses grands gestes et ses déclarations à l'emporte pièce est bien observée quoi que légèrement caricaturale. Plus convenue semble l'intrigue. Dans un tel contexte, il serait étonnant d'arriver à un happy end ! La fin m'a semblé peu originale, très convenue et même un tantinet invraisemblable. Le style de Dalembert, assez agréable dans l'ensemble si on lui passe son utilisation très particulière des temps de la conjugaison, manque un peu de rythme et de fluidité et ne comporte pas le moindre dialogue. A noter également que l'auteur, écrivain confirmé vu le nombre d'ouvrages signés depuis 1982, a bénéficié, pour la rédaction finale de ce livre, d'une résidence d'écriture à la Saline royale d'Arc-et-Senans financée par la région Franche-Comté.

3/5

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15/03/2014

Opération Baucent (Chapitre 7/5)

Madame veuve Bougrain, la voisine de palier de Virginie, n’en revenait pas. C’était le troisième groupe d’individus qui s’intéressait à l’appartement d’en face. Grâce à son œilleton, elle n’avait rien raté du spectacle. Cette fois, c’était une sorte de cow-boy qui menait la danse. Sans aucun souci de discrétion, Furet n’avait pas hésité à se coiffer d’un magnifique stetson en croûte de cuir brune. Avec la chemise, le gilet et les santiags, il croyait avoir fière allure. A sa ceinture munie d’un gros fermoir de cuivre représentant un aigle royal ne lui manquait plus qu’un Colt Peacemaker de shérif pour qu’il se sente en plein western.

- Un covebois, pensa la voisine. Et le grand escogriffe à longs cheveux qui est avec lui, on dirait presque un Peau-Rouge.

Tardif aimait bien porter des tenues confortables, patinées et sans forme. Arsène se demandait même s’il ne couchait pas tout habillé, tellement ses vêtements étaient froissés, fripés, tirebouchonnés. Pour l’heure, on avait droit à une longue chemise sans col d’une couleur beige verdâtre qui pendait un peu comme une tunique au-dessus d’un pantalon pattes d’eph élimé aux genoux et effrangé en bas. Une paire de mocassins en piteux état lui servait de chaussons.

- Bizarre, remarqua Coco en sortant son appareil photo numérique, on dirait que la porte a été forcée…

- M’étonnerait qu’on soit les premiers sur le coup, ajouta Furet en poussant la porte.

Tardif se fendait de quelques photos au flash dans l’entrée de l’appartement quand la vieille d’en face ouvrit sa porte. Elle n’y tenait plus. Il fallait qu’elle sache…

- Vous êtes de la police, Messieurs ? Leur demanda-t-elle.

De son air ahuri habituel, le grand photographe l’observa de la tête aux pieds. Spectacle peu réjouissant. Une grosse tête ronde et ridée encadrée par deux bajoues, des cheveux clairsemés d’un gris-rose fort peu naturel roulés dans des bigoudis de plastique vert et un corps sans forme boudiné dans une robe de chambre à fleurs. Une paire de savates en tissu éponge bleu fluo complétait le tableau.

- Pas vraiment…, admit Coco.

- Ca y est, j’ai compris, reconnut finement la grosse dame. Vous êtes journalisses…

- Exact, madame, répondit l’autre en s’apprêtant à pénétrer plus avant dans l’appartement.

- Et de quel journal ? Demanda-t-elle.

- Si on vous le demande, vous direz que vous n’en savez rien…

Elle commençait à le saouler, la mère-grand.

- Me dîtes pas. Je crois que j’ai trouvé. Vous devez enquêter pour « L’Echo », lança-t-elle d’un air finaud. A voir votre tenue, vous êtes des locaux. En tous cas, vous êtes pas les premiers sur le coup !

- Y en a eu d’autres avant nous ?

- Oui, deux groupes. D’abord un homme et une jeune femme. Je crois bien les avoir reconnus : c’étaient le libraire du « Griffon d’or » et l’amie chinoise de Mademoiselle Virginie. Et puis deux costauds pas sympathiques du tout, un grand noir et un blanc. Je les ai jamais vus ces deux-là. Mais ils avaient l’air pas commode… C’est eux qu’ont défoncé la porte. Et ils ont emporté des choses…

- Quelles choses ? demanda le photographe.

- J’n’ai pas bien vu par l’œilleton, admit la grosse femme, j’avais trop peur pour ouvrir. Et puis ils s’engueulaient, ils se traitaient de « Banania », de « Face de bidet » et aussi de « Merdovitch ». Je n’ai pas bien compris pourquoi d’ailleurs… Vous allez faire un article sur la petite Virginie, c’est bien cela ?

Cette fois, c’est Furet qui vint à la rescousse de son copain. « Allez, laissez-nous faire notre travail, Madame ! »

- Je vous laisse, je vous laisse… Mais vous ne trouverez rien. C’est toujours comme cela quand on arrive les derniers.

Et ils entrèrent dans l’appartement non sans avoir subi quelques remarques aigrelettes sur l’illégalité de leur visite et sur le fait qu’ils risquaient de faire disparaître des indices importants si les lieux se transformaient en scène de crime par la grâce de la police. Les deux journalistes ne trouvèrent pas grand-chose à se mettre sous la dent, mis à part l’impression de pagaille et d’abandon d’un appartement dévasté. Visiblement, il y avait eu de l’action dans le vestibule et encore plus dans la chambre. Le lit était sans dessus dessous et le parquet inondé. Furet avait beau fouiner un peu partout, il ne trouvait rien jusqu’au moment où il regarda sous le lit et découvrit un bouquin ouvert et en piteux état. Il s’agissait du John Wesley Montgomery « Les voies secrètes de la puissance nazie ».

« Tiens, se demanda le Furet, qu’est-ce que fait un pareil bouquin dans cette bonbonnière de midinette romantique ? » et il l’enfourna dans une des poches de son gilet.

- Inutile de rester ici plus longtemps, décida-t-il. C’est pas avec ça qu’on va décrocher le scoupe du siècle.

- Attends, encore deux trois photos et je t’appâte le populo, moi !

Cabas de corde tressée à la main, la voisine ressortit au moment précis où ils se retrouvaient sur le palier.

- J’espère que vous vous êtes comportés de façon honnête, Messieurs. Ce n’est pas parce que la porte est cassée qu’il faut en profiter pour se servir…

- Vous n’y pensez pas. Dans notre profession, nous respectons un code de déontologie très sévère!

- Pourtant, il y en a qui se gênent pas, suggéra l’ancienne, surtout ceux de cette nuit…

- Parce que… vous avez vu quelque chose cette nuit ? l’interrogea le Furet d’un air très intéressé.

- Faut dire qu’avec le boucan qu’ils ont fait tous autant qu’ils étaient… soupira-t-elle. Ils pourchassaient la petite comme des sauvages. Ils sont rentrés chez elle d’un seul coup. Je crois bien qu’elle leur a ouvert la porte la nigaude. Il y a encore eu pas mal de barouf à l’intérieur…

- Et vous n’avez pas appelé la police ?

- Pourquoi faire ? Ils ne seraient pas venus.

Les deux hommes de presse régionale hochèrent la tête d’un air désapprobateur.

« Allez, je vois bien ce que vous vous dîtes. Mais j’aurais voulu vous voir à ma place. Je ne suis qu’une pauvre vieille. J’ai soixante douze ans, je suis cardiaque et diabétique. J’ai l’air costaud comme ça, mais une pichenette et je tombe par terre. Moi, derrière ma porte, c’est à peine si j’osais regarder tellement je crevais de trouille ! Surtout quand ils sont ressortis avec le tapis roulé sur l’épaule. Je suis sûre qu’ils avaient mis la Virginie dedans… »

- Et après leur départ, vous pouviez appeler quand même, reprit Arsène Furet, vous avez bien le téléphone ?

- Merci, mais ça me regarde pas tout ça. Des allées et venues, il y en a déjà eu plein chez cette fille. Moi, je ne veux pas d’histoire. Vous auriez vu comment il a défoncé la porte le grand africain, juste un coup d’épaule et boum, ça a sauté. Imaginez qu’ils en aient fait autant chez moi !

Furet et Tardif ne la quittèrent qu’après lui avoir soutiré une description approximative des deux kidnappeurs. Pour se remettre de leurs émotions, ils filèrent prendre l’apéritif au café du Commerce tout proche. Perroquet pour Coco, guignolet kirsch pour Arsène qui n’attaquait à la tequila qu’à partir de cinq heures.

(Fin des extraits)

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13/03/2014

La dernière terre / Des certitudes (Magali Villeneuve)

La dernière terre 2.jpgMalgré un comportement courageux et une très grave blessure reçue dans un combat face à un monstre, Cahir se retrouve injustement rejeté et quasiment banni de la capitale Tileh Agrevina. Il est obligé de rentrer au fin fond du pays Giddire en compagnie de sa fratrie... Pendant ce temps, Ghent rencontre le bouillant et facétieux Feor Illiem qui est venu assister à la grande Relève annuelle. Comme il a l'air perdu dans les rues de la grande cité, Ghent l'invite chez lui. Parvenu à destination, Cahir doit se réadapter à sa nouvelle vie. Il a la surprise de voir arriver Reghia, son amoureuse agrevine, qui a affronté tous les dangers pour venir le rejoindre. Les menaces ne se calment nullement dans les cinq territoires. Bien au contraire, elles se font de plus en plus présentes et de plus en plus inquiétantes...

« Des certitudes » est le second tome de la saga de dark fantasy « La dernière Terre » qui s'ouvrait sur une fort longue description du décor et du contexte et sur une très lente et très volumineuse mise en place des protagonistes. Dans celui-ci, il se passe un peu plus de choses mais toujours avec une certaine lenteur descriptive, sans doute moins insupportable que dans le premier, mais encore bien là. 476 pages (qui auraient pu être avantageusement réduites de deux bonnes centaines) où l'on nous révèle finalement assez peu de choses et où l'on reste sur sa faim, l'ultime page atteinte. Obligation d'acheter le bouquin suivant ! C'est la loi économique d'un genre soit disant « addictif ». Un truc vieux comme le monde, repris des feuilletons du XIXème et début XXème siècle. Les deux seules différences, ce sont d'une part le prix (quelques sous pour les journaux par rapport aux 21,90 €...) et d'autre part, le rythme, souvent effréné avec un nouveau rebondissement à chaque livraison, que savaient maintenir les bons auteurs de l'époque. Le lecteur a trouvé le style un peu moins ampoulé mais a quand même encore épinglé quelques néologismes (bahuter), quelques erreurs lexicales (bruiter) et quelques coquilles qui n'apportent rien de bon à cette affaire. La mise en place de Feor, nouveau personnage sympathique et intéressant, ainsi que l'entrée en scène d'un, puis de plusieurs animaux monstrueux relancent un peu l'intérêt. Espérons que le troisième tome verra se confirmer cette progression vers l'excellence...

3,5/5

(Livre critiqué pour le Jury du Prix Futuriales 2014 d'Aulnay sous Bois)

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11/03/2014

La dernière terre / L'enfant merehdian (Magali Villeneuve)

La dernière terre 1.jpgPartis explorer les confins de la Dernière Terre, lieux aussi désertiques, sauvages et inhospitaliers qu'il se puisse imaginer, Akil et ses trois compagnons d'infortune sont si épuisés et si affamés qu'ils ne peuvent plus mettre un pied devant l'autre et se laissent tomber au sol, attendant la mort... A Tileh Agrevina, capitale et principale place forte du Pays Agrevin, se prépare la Grande Relève, importante cérémonie organisée chaque printemps, rassemblant les quatre peuples alliés, Agrevins, Endérins, Gamarides et Tilhians. Il s'agit de procéder au passage en revue des troupes et à la présentation des nouvelles recrues destinées à rejoindre les rangs des prestigieux Arpenteurs. Parmi ceux-ci, Ghent et Esaïg, Agrevins de haut lignage et Cahir, simple Giddir, donc issu d'une peuplade rejetée et méprisée. Cahir n'a sa place ni à Tileh Agrevina ni parmi les Arpenteurs dont la mission est de veiller sur les remparts et d'interdire tout accès à un éventuel intrus. D'où vient-il ? Quel sera son destin ?

Ce premier tome de la saga de fantaisie « La Dernière Terre » ne brille ni par son rythme ni par son originalité en dépit d'une couverture somptueuse et d'un travail éditorial de toute beauté. L'éditeur, « L'homme sans nom », a même poussé le luxe jusqu'à offrir en bonus une petite brochure intitulée « Visions de la Dernière Terre » où neuf artistes, dont Magali Villeneuve et Alexandre Dainche, les deux auteurs, graphistes de tout premier plan, proposent de forts alléchantes illustrations de cet univers. Tout cela est très accrocheur et très vendeur. Dommage que cela ne corresponde que de loin à ce que propose vraiment ce livre lent et un peu ennuyeux. C'est qu'il ne se passe pas grand chose, tout au long de ces 464 pages descriptives et répétitives qui auraient gagné à être réduites à une petite centaine. Il faut déjà attendre 150 pages pour qu'un semblant d'action se dessine puis une centaine de plus pour que l'unique événement (que l'on ne déflorera pas) se produise et pour terminer sur une fin ouverte. Il s'agit de « fidéliser » le lecteur pour qu'il « s'abonne » et pour que la machine éditoriale tire le plus de profit possible ! Dans le cas présent, l'affaire n'est pas gagnée car il y a également à redire au niveau du style. Mme Villeneuve l'a semble-t-il voulu élégant et sophistiqué grâce à un emploi important de termes recherchés et de tournures de phrases qu'elle croit précieuses et qui ne sont souvent qu'alambiquées voire filandreuses. Pire, on relève au passage quelques barbarismes ou néologismes (hautainerie, nitescent ou chigner), des anglicismes indigestes (comme sentence pour phrase) sans parler des erreurs de conjugaison (si elle aurait...) ou de syntaxe (atermoyer le moment... dur avec un verbe intransitif !). A trop vouloir épater, on ne fait que fâcher les amoureux du beau langage. Nul doute cependant qu'un tel ouvrage puisse plaire aux aficionados du genre qui se laisseront séduire par le décor. Rendez-vous dans le tome 2 pour voir si on passe enfin à la vitesse supérieure, c'est à dire à une vraie histoire bien écrite.

2,5/5

08:40 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/03/2014

La fontaine intarissable (Claude Suissa)

la fontaine intarissable.jpgProfesseure de mathématiques, Christine est mariée avec Marc depuis une vingtaine d'années. Le couple a deux filles, Natacha et Aurélie. Ils pourraient former une famille heureuse et sans histoire si un drame n'avait pas brisé net leur bonheur. A la suite d'une tentative de suicide, Marc s'est retrouvé tétraplégique et condamné à vivre le restant de ses jours dans un fauteuil roulant, face à un ordinateur qu'il dirige à l'aide d'un stylo placé dans sa bouche. Conscient d'être incapable de la satisfaire sur le plan sexuel, Marc incite Christine à prendre un amant, mais celle-ci refuse dans un premier temps. Un jour, Christine manque de renverser un passant, un certain Richard, homme très plaisant, ancien plombier et patron d'une petite entreprise de matériel sanitaire, qui est touché par son désarroi et ému par sa beauté. Et quand Christine se lance à la recherche de l'amant hygiénique idéal, elle va de déception en déception. Où cette délicate recherche la conduira-t-elle ?

« La fontaine intarissable » est un roman sentimental et moderne bien ancré dans la réalité quotidienne d'un couple à la ramasse. Avec intelligence, l'auteur a su éviter les pièges du mélo, de l'eau de rose et de la niaiserie grâce à un grand sens de l'observation des comportements, de l'analyse des sentiments et de la psychologie de personnages tous croqués sur le vif et largement pétris d'humanité. L'intrigue, assez originale et pleine de rebondissements, fait penser au scénario du célèbre film « La Ronde » où tout le monde court après tout le monde. Pendant que Christine cherche désespérément un amant sur Internet, Richard se lance sur ses traces et ne la trouve pas. Francine en pince pour Richard qui ne pense qu'à Christine laquelle court après un certain Goupil. La fille de l'amante est la petite amie du fils de l'amant et sa soeur le trouve à son goût, etc... Que d'échecs, de ratages, d'occasions manquées et d'erreurs de casting ! Humour et ironie sont au programme de cette histoire sur les thèmes du handicap et surtout de l'inaptitude au bonheur. Un livre doux amer, assez bien écrit, rythmé, agréable à lire avec peu de coquilles, ce qui est plutôt rare pour un premier roman. Claude Suissa a un vrai don de conteur et se révèle romancier prometteur. Nul doute que, dans l'avenir, il saura améliorer un style encore un peu balbutiant et approximatif.

3/5

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07/03/2014

Les Kerns de l'oubli / L'exil (Feldrik Rivat)

Les kerns de l'oubli.jpgL'inexpugnable citadelle d'Almenarc'h, perchée sur un piton rocheux entouré d'eau, vit une période de graves troubles. Des hordes sauvages l'assiègent de toutes parts. En voulant la défendre, Roch, le Grand Gardien, tombe dans une embuscade. Il est empoisonné puis noyé dans le lac. Alkar, l'indigne roi d'Almenarc'h, profite de son absence pour s'attaquer à Siham, son épouse. Sans aucune pitié, il lui crève les deux yeux. Pendant ce temps, Erkan, le fils de Roch, erre dans de lointaines étendues désertiques où il a été exilé, des sorciers l'ayant rendu amnésique. Arrivera-t-il à se venger ? Qui pourra empêcher Alkar, sous l'influence de l'ambitieux Cataxak et de ses maléfiques prêtres noirs, de mener à la ruine la citadelle ? Ulnhor, le roi déchu ? Telleran, le vieux sage ? Ou Milena, la reine actuelle, matriarche et stellamancienne ?

« Les Kerns de l'oubli » se présente comme le premier tome d'une saga de fantaisie ou de fantastique médiéval qui doit en comporter trois. Le lecteur est plongé dans un univers étrange, très dépaysant et particulièrement sombre. Influencé comme tant d'autres par l'immense Tolkien, l'auteur a su se créer un monde bien à lui mais si inquiétant et si inhospitalier que le lecteur a un peu de peine à s'y sentir à l'aise. Ambiance glauque, cruauté pour ne pas dire sadisme, situations angoissantes, batailles, combats, tortures, rien ne manque à l'appel. Les personnages aux caractères tranchés, rudes gaillards, francs coquins et sinistres ordures abondent. Ils sont d'ailleurs si nombreux qu'il faut parfois aller consulter un « Qui est qui » (« Who's who) de quatre pages en fin de volume pour s'y retrouver. Même chose pour tous les néologismes, concepts imaginaires, pratiques étranges et autres monstres et chimères qui sont également décrits dans un « Glossaire du monde des Kerns » fort utile. L'intrigue est simple et efficace. Le style est bon et souvent recherché. Pourtant l'ensemble manque de rythme non à cause d'interminables descriptions mais en raison de la structure même du récit et de la manière assez originale de présenter les évènements. A chaque chapitre (il y en a 74 !), on change de narrateur et tous utilisent la première personne du singulier, ce qui présente l'action sous plusieurs angles, entraine des répétitions et souvent gène la compréhension. Le lecteur doit faire un effort d'adaptation pour se retrouver dans cette histoire pleine de magie, de sorcellerie, de rêves éveillés et autres voyages oniriques. Tous ces héros déchus meurent et revivent, sont empoisonnés et se désintoxiquent, passent d'une dimension à une autre, lévitent, volent et se rechargent en énergie par des moyens surnaturels. Il y a de quoi être déboussolé et même bluffé. A noter : un très beau travail de présentation de la part des Editions de L'Homme Sans Nom, graphisme de qualité, typographie très soignée (les polices de caractères changent en fonction des personnages) et cartes à l'ancienne. A réserver aux amateurs du genre qui devraient en apprécier l'originalité et la noirceur. Ames sensibles et cartésiens s'abstenir.

3,5/5

 

(Livre critiqué pour le jury du Prix « FUTURIALES » d'Aulnay sous Bois)

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05/03/2014

Les poussières de l'aube (Cathy Coopman)

Les poussières de l'aube.jpgSusylee est une jolie jeune fille qui se réveille un soir dans une des chambres de l'hôtel particulier des Arwels, une puissante famille de vampires londoniens. Totalement amnésique, elle n'a aucun souvenir de son passé. A côté d'elle, se trouve un homme au teint blafard, aux cheveux blonds et aux yeux bleus qui dit se nommer Soriel et qui lui annonce qu'il sera son tuteur pour le siècle à venir. En la nourrissant de sang frais et en lui dispensant un enseignement particulier, il se fait fort de la transformer petit à petit en vampire et de l'amener à l'âge adulte c'est à dire 102 ans. Petit à petit, un tendre sentiment naît entre ces deux êtres. Comme tout vampire, Soriel est immortel. Il a déjà vécu plus de sept siècles. Susylee voyagera à ses côtés avant de devenir un écrivain de best-sellers, ce qui lui permettra de faire des tournées de promotion un peu partout en Europe et en Amérique. Mais toujours l'ignorance de ses origines la torturera.

« Les poussières de l'aube » se présente autant comme un roman sur les vampires que comme un roman sentimental, ce qui est à la fois une force et une faiblesse, l'horreur et le gore n'étant pas très compatibles avec le sentimental et l'eau de rose version « Harlequin ». Avec Cathy Coopman, les vampires sont élégants, distingués et respectueux. Ils ne « boivent à la source », comprendre à la jugulaire des humains, que contraints et forcés et en prenant toujours beaucoup de précautions. La plupart du temps, ils se contentent de poches de sang sur ordonnance. Immensément riches, ils négocient avec les plus grands, les rois, les présidents, pour éviter bavures et conflits avec les hommes. Des monstres gentils en quelque sorte, rien à voir avec les zombies de « World war Z » ou avec les horreurs de « Walking dead » ou même de « Dracula ». Pourquoi pas ? L'ennui, c'est que dépouillée de son aspect sentimental, l'intrigue n'a plus rien d'original et surtout que le style laisse à désirer. Trop nombreuses descriptions de vêtements (Cathy Coopman serait-elle passionnée de mode voire fashion victim ?), trop d'à peu près, de pléonasmes, de redondances et de répétitions. Des tournures lourdes ou malheureuses et un vocabulaire approximatif rendent laborieuse et parfois agaçante la lecture de cet ouvrage distrayant par ailleurs. Et pour ne rien arranger, une quantité impressionnante de coquilles, de fautes d'orthographe et d'erreurs lexicales. (Comatique pour comateux, macros à la place de maquereaux, encrée au lieu d'ancrée, par dit pour pardi, craquelantes à la place de craquantes et conté au lieu de comté, pour ne citer que quelques exemples.) On se demande comment « Rivière Blanche » peut oser présenter un sous-« Twilight » aussi mal relu et corrigé !

2,5/5

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03/03/2014

Un vent de cendres (Sandrine Collette)

Un vent de cendres.jpgEn rentrant d'un mariage, Andreas, Octave et Laure sont victimes d'un terrible accident de la route. Andreas et Octave en ressortent très grièvement blessés et Laure meurt décapitée. Dix années plus tard, on retrouve Andreas vivant reclus au premier étage d'un domaine viticole en Champagne et Octave, défiguré et boiteux, réceptionnant une dizaine de jeunes venus vendanger. Dans le groupe, Camille qui ressemble un peu à Laure et son frère Malo, un garçon au caractère difficile. Octave s'intéresse un peu trop à Camille, laquelle ressent une attirance un peu trouble envers ce patron aussi étrange que laid. Malo met en garde sa soeur et fait un scandale avant de disparaître de façon tout à fait inquiétante. Tout le monde croit à un coup de tête passager suivi d'une fugue. Seule Camille est persuadée qu'il lui est arrivé malheur...

« Un vent de cendres » est un roman noir avec quelques touches de rose vu que se développe un semblant d'idylle entre Camille et Octave qui fait immanquablement penser au conte « La belle et la bête » revisité. Après « Des noeuds d'acier », livre masculin, d'une noirceur et d'une violence totale, Sandrine Collette a voulu introduire un peu de féminité et de sentiment dans son cocktail détonnant. Le lecteur remarquera de nombreux points communs entre les deux opus : la réclusion, les deux monstres, le travail épuisant, l'absence d'humanité, l'omniprésence de la nature et l'influence des contes, mais cette fois, soigneusement édulcorés. Pas d'enfermement, mais un simple lieu clos, deux monstres mais qui ont des raisons de l'être, un travail difficile mais pas aussi humiliant, de la cruauté, mais nettement moins de gratuité dans les violences et une nature moins sauvage car domestiquée. Résultat : un ensemble nettement moins dur et moins punchy. Il y a de l'eau dans le vin et même quelques gouttes d'eau de rose... Passé l'accident, tout démarre fort lentement. L'intrigue (à la « Barbe bleue ») a vraiment de la peine à se mettre en place. Seules les cinquante dernières pages avec leur fin gore à souhait ramènent enfin au niveau d'horreur « Des noeuds d'acier ». Quand on a réussi à transformer un coup d'essai en un aussi bluffant coup de maître, il est fort difficile de rééditer pareil exploit dans la foulée. « Un vent de cendres » qui est intéressant, bien écrit et qui distille insidieusement l'angoisse, reste un cran en dessous de son prédécesseur. Voilà ce que c'est que de trop bien faire dès le premier roman. Le lecteur en devient exigeant. Il s'attend à aussi bien et même à encore mieux pour le suivant. Et si ce n'est pas le cas, il se retrouve un peu déçu. Dommage.

3,5/5

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01/03/2014

Opération Baucent (Chapitre 7/4)

- Messieurs, commença Armen en se calant dans son immense fauteuil de cuir noir, il y a des rigolos qui essaient de me faire chanter. Des guignols qu’il va falloir corriger de belle manière…

- Dîtes-nous qui c’est patron, dit Babacar et on va illico leur faire leur fête !

- C’est pas si simple. Pour l’instant, je n’ai qu’une très vague idée. Ils ont certainement enlevé Melle Virginie et j’attends qu’ils me recontactent. Pour commencer, vous filez à son appartement et vous tâchez de ramener quelque chose qui vous mettra sur leur piste.

Peu après, les deux nervis se retrouvèrent donc à l’endroit où Lee Ling et Gérard s’étaient cassés les dents. Ils tambourinèrent bruyamment dans la porte. La voisine de palier les épiait sans doute par son œilleton, mais se garda bien d’intervenir. Ces deux-là n’avaient pas l’air commode et la vieille était cancanière, envieuse et râleuse mais pas téméraire. D’un coup d’épaule, Babacar explosa le chambranle de la porte. Ils se précipitèrent à l’intérieur. Il avait dû s’en passer de belles là-dedans. Dans la chambre, où il régnait le plus grand désordre, on pataugeait dans l’eau. « Tiens, remarqua Davidovitch, on dirait le sac à main de Mademoiselle Virginie… »

- Oui, répondit l’autre. Ca, c’est son portable et regarde, on dirait bien qu’il y a aussi toutes ses affaires éparpillées un peu partout.

- On embarque le tout, décréta l’Africain. Le patron va être content. On est sur une piste encore toute chaude. Ils devaient être là, il n’y a pas si longtemps…

- T’emballe pas Banania, lui lança Davidovitch goguenard, ils sont peut-être n’importe où maintenant !

- Tu m’appelles pas Banania, connard de facho de serbe ! s’énerva le noir. Tu dis Babacar ou à la rigueur Baba, enfoiré de Merdovitch sinon je t’éclate ta sale face de bidet…

- C’est d’accord, Balouba, répondit l’autre.

 

Dans les locaux encombrés de « L’Echo de la Plaine », le quotidien régional bien connu à Saint Aubin et dans les alentours, on prépare laborieusement l’édition du lendemain. Les uns tapent des articles sur leurs ordinateurs, d’autres trient des photos, d’autres encore s’entretiennent au téléphone avec leurs correspondants locaux. Le rédacteur en chef se démultiplie entre les différents services et donne l’impression d’une grande agitation à défaut d’une véritable efficacité. Arsène Furet, qui signe ses chroniques « Le Furet », est nonchalamment assis sur le rebord de son bureau. Avec son gilet de daim beige, sa chemise à carreaux, ses jeans et ses santiags, il cultive un style western un tantinet ringard. Un gobelet de café en plastique blanc à la main, Jacques Tardif, Coco pour les intimes et photographe pour le journal, le regarde de son air le plus endormi. Ca fait un sacré bail que ces deux-là font équipe. Ils savent bien qu’ils sont les bêtes noires de leur rédac' chef et que l’ancien chevillard qui fait office de patron ne les tolère que parce que ce grand escogriffe complètement ahuri de Tardif est le neveu d’un copain député qui a le bras long et qui lui a renvoyé l’ascenseur. Au journal, le Furet énerve pas mal, mais tout le monde lui reconnaît un réel talent de plume et la paternité de quelques articles qui ont autrefois dopé les ventes. Alors, on le supporte jusqu’au jour où on pourra s’en débarrasser, ce qui ne saurait tarder.

- Alors, les bras cassés, leur lance au passage le rédacteur en chef, on glande comme d’habitude.

- On cherche un sujet porteur, chef, répondit Arsène. Et ça court pas les rues.

- J’ai peut-être quelque chose pour vous. Une fille vient de disparaître cette nuit. L’info est sérieuse, je l’ai récupérée directement du commissariat.

- Bof, répondit Tardif, des filles qui fuguent ça arrive tous les jours.

- Oui, mais quand c’est la bonne amie de Paul Armen, c’est déjà plus rare. Alors au boulot, les Rouletabille, je vous ai mis tous les renseignements qu’on a dans ce dossier. Et il leur tendit une chemise rouge qui ne contenait qu’un seul feuillet avec nom, adresse, profession et trois infos gribouillées à la va vite…

***

(A SUIVRE)

Ouvrage disponible en version e-book kindle et en version papier sur Amazon.fr et sur TheBookEdition.com

 

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27/02/2014

Le roi amoureux (Michel Zévaco)

Le roi amoureux.jpgGrâce à une belle somme d'argent empruntée à son futur beau-père, le très calculateur Amaury de Loraydan tente de favoriser l'union de Leonor d'Ulloa et de Don Juan Tenorio. Ainsi espère-t-il se retrouver dans l'incapacité de l'épouser lui-même comme le souhaitaient ardemment François Ier et Charles Quint. Mais il va lui falloir commencer par mener à bien l'enlèvement de la belle, ce qui ne va pas s'avérer chose facile. Clother de Ponthus, sincèrement amoureux de Léonor, est toujours à la recherche d'une mystérieuse cassette enterrée sous une dalle de la chapelle de l'hôtel d'Arronces où réside la belle. Elle cacherait des documents qui devraient lui permettre de prendre connaissance de sa véritable ascendance. Pendant ce temps, le roi François Ier continue à poursuivre de ses assiduités Bérengère Turquand sur la vertu de laquelle veille un père aimant et soupçonneux. L'orfèvre a transformé son logis en camp retranché avec passages secrets, portes dérobées et souterrains. Il bénéficie également de l'aide d'un certain nombre de serviteurs armés jusqu'aux dents et prêts à en découdre. Le roi et le noble hidalgo parviendront-ils à leurs fins ?

« Le roi amoureux » est le second tome de la série consacrée à « Don Juan », fresque romantique plus rocambolesque qu'historique. Ecrit de manière encore plus enlevée que le premier, ce livre se dévore bride abattue tant est forte l'envie de connaître la fin des aventures de tous les personnages de cette histoire foisonnante et palpitante. Que d'amours contrariées (thème éculé mais toujours efficace), de complots, de trahisons, de guet-apens, de duels et même de scènes de révolte populaire ! On se retrouve pendant un moment replongé dans la faune de la Cour des Miracles, cette zone de non-droit du Paris de l'époque avec ses mendiants, ses tire-laines, ses ribaudes, ses vide-goussets et autres rois d'Argot. L'intérêt monte crescendo jusqu'à une fin pétrie de fantastique (Don Juan face à la statue du Commandeur) qui vaut à elle seule le détour. Zévaco n'a d'ailleurs rien inventé. Il a certainement puisé son inspiration chez Molière et chez Mozart mais en traitant ce thème mythique d'une manière assez spectaculaire. Au total, le très divertissant ouvrage d'un auteur de romans de cape et d'épée malheureusement un peu oublié de nos jours.

4/5

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25/02/2014

Don Juan (Michel Zévaco)

Don Juan.jpgPour aller mâter une révolte en Flandres, l'empereur Charles Quint doit traverser la France de part en part, du sud au nord. Sur les bords de la Bidassoa, le roi François Ier lui laisse ses deux fils en otage pour preuve de sa bonne foi et comme garantie que son voyage se passera sans anicroche. Aussi ambitieux que désargenté, le jeune chevalier Amauri de Loraydan voudrait se marier avec la charmante Bérengère, fille de Turquand, un riche orfèvre capable de la doter richement. Il compte intriguer auprès de l'ambassadeur d'Espagne, le commandeur d'Ulloa, père de deux filles très belles, Reyna-Christa et Léonor, pour parvenir à faire tomber la Lombardie dans le giron du roi de France. Mais Don Juan Tenorio, prince débauché, après avoir poussé au désespoir Reyna-Christa, poursuit de ses assiduités sa cadette Léonor partie rejoindre son père en France pour lui annoncer la mort de sa soeur et pour lui demander de la venger... Et ceci n'est que le début d'une suite d'amours contrariés, d'idylles impossibles, de tromperies et autres forfaitures qui ne feront que se compliquer quand François Ier entrera dans la danse en compagnie de quelques autres grands personnages.

« Don Juan » est un roman d'aventures historiques de style « cape et épée ». François Ier et Charles Quint, qui lui apportent une caution historique certaine, ne sont pas pour autant les personnages principaux de cette histoire. L'enchevêtrement d'intrigues, de rebondissements et de quiproquos tient plus du rocambolesque et du roman feuilleton que du roman historique comme on le conçoit aujourd'hui. Les lecteurs férus de vérité historique n'y trouveront certainement pas leur compte. Le portrait brossé des deux altesses, bien que vraisemblable, est loin d'être flatteur. Charles-Quint est présenté comme un personnage calculateur, retors et fourbe. François Ier comme une sorte de prédateur sexuel, un obsédé peu soucieux de respect humain. Une sorte de fauve qui ne pense qu'à assouvir ses désirs quel qu'en soit le prix pour les malheureuses sur qui il pose son regard. Si on ne tient pas rigueur de quelques pages longuettes consacrées aux envolées lyriques de Don Juan (autre très sinistre personnage) et aux digressions philosophiques de l'auteur, on passe un très bon moment de détente et d'évasion dans un époque rude voire un peu sauvage, où de pauvres serviteurs et de malheureuses ribaudes ont parfois plus de noblesse de caractère que certains grands seigneurs.

4/5

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23/02/2014

Ordre de tuer (Andy McNab)

Ordre de tuer.jpgAprès le demi-échec d'une première mission en Syrie, avec une équipe du SAS britannique sous couverture israélienne, Nick Stone, ancien des commandos devenu exécutant d'opérations illégales et sous fausse bannière, perd de vue sa partenaire Sarah qui eut alors un comportement assez étrange. Aussi n'est-il pas étonné lorsque, trois années plus tard, il apprend que celle-ci a disparu aux Etats-Unis et qu'on la soupçonne d'être passée du côté des terroristes de Ben Laden. Sa mission est simple : la retrouver le plus vite possible pour la neutraliser, c'est à dire la tuer discrètement et faire disparaître son corps. Le Service craint qu'elle ne participe à un attentat lors d'une rencontre organisée entre Arafat et Nethanyahu à la Maison Blanche sous l'égide de Bill Clinton. L'ennui, c'est que Nick a été l'amant de Sarah, qu'il l'aime toujours et qu'il n'est pas du tout convaincu qu'elle soit devenue une traîtresse...

« Ordre de tuer » est un roman d'espionnage de facture tout à fait classique. L'auteur est lui-même issu des SAS. Il s'est d'ailleurs illustré brillamment en Irlande, en Colombie et en Irak lors de la guerre du Golfe. La narration l'illustre particulièrement bien. Les descriptions sont d'une grande précision technique. McNab prend un malin plaisir à décrire avec force détails la meilleure façon de bâillonner, d'étrangler ou de neutraliser un adversaire et ce n'est pas tout à fait semblable à ce qu'on peut s'imaginer ou à ce qu'on peut voir au cinéma. L'intrigue est malheureusement d'une simplicité biblique et ne brille pas par ses rebondissements, ce qui prive le lecteur du plaisir attendu avec ce genre d'ouvrage. De plus, l'auteur a une tendance à tout relater de façon tellement minutieuse et tellement exhaustive que le rythme de narration en pâtit jusqu'à rendre la lecture un tantinet laborieuse. De plus, cette histoire, basée sur l'actualité de l'époque (les débuts d'Al Quaïda), a fort mal vieilli, raison de plus d'envoyer le bouquin au « désherbage ».

2,5/5

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21/02/2014

Des noeuds d'acier (Sandrine Collette)

Des noeuds d'acier.jpgQuand Théo découvre que son amie Lil l'a trompée avec Max, son propre frère, son sang ne fait qu'un tour. Il le massacre et écope de 19 mois de prison. A sa sortie, il va rendre visite à Max, devenu tétraplégique et très lourdement handicapé. Il part ensuite se mettre au vert dans une région perdue. Il s'installe chez une certaine Mme Mignon qui gère des chambres d'hôtes. Au cours d'une randonnée que lui propose celle-ci, il rencontre un vieil homme qui habite dans une bâtisse isolée et délabrée et qui l'invite à boire le café. Il s'appelle Joshua. Il semble bizarre mais pas trop hostile. Mais quand son frère Basile arrive, c'est pour assommer Théo et pour l'enfermer dans la cave. Il se retrouve à la merci de deux vieux fous qui l'appellent « le chien » et qui veulent le faire travailler comme un esclave.

« Des noeuds d'acier » est à la fois un roman d'horreur et un roman noir très réussi quoique particulièrement glauque. C'est une véritable descente aux enfers que nous conte Sandrine Collette dans un style précis, retenu mais assez explicite pour déclencher chez le lecteur terreur et sueurs froides. Que d'avanies, que de tortures, que de blessures, que de vexations devra subir le malheureux prisonnier qui petit à petit perd tout espoir et toute apparence humaine. Ses geôliers sont de véritables monstres sadiques, alcooliques et complètement dégénérés qui lui font subir un abominable calvaire. S'il était besoin de le démontrer, l'adage « l'homme est un loup pour l'homme » trouverait sa plus terrible illustration dans cet ouvrage qui fait penser à « Vertige » de Thilliez, mais sans le côté fantastique. Avec « Des noeuds d'acier », tout est ordinaire, quotidien, presque banal. Il suffit d'un brin de cruauté, d'un grain de folie et d'une totale absence d'humanité pour qu'un tel fait divers se produise tout près de chez vous. A déconseiller aux âmes sensibles...

4/5

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19/02/2014

Au bord du précipice (Richard Matheson)

Au bord du précipice.jpgMarshall, un cadré assez surmené, rencontre dans un restaurant Nolan, un homme qu'il ne connait ni d'Eve ni d'Adam. Nolan insiste. Il semble tout savoir de la vie de Marshall... Handicapée passant sa vie alitée, Miss Elen Keen décroche son téléphone qui vient de sonner. Personne au bout du fil. Et le fait se reproduit de nombreuses fois... Ayant terminé leurs courses au supermarché, Ken et Helen arrivent sur le parking avec leur fils Richard qui leur fait une comédie pour retourner voir le Père Noël. Ken accepte. Helen attend dans la voiture... Une ménagère découvre un paquet sur le seuil de son appartement. Il contient une boîte bizarre surmontée d'un gros bouton rouge. Un mot lui indique qu'un certain Steward viendra lui expliquer son fonctionnement.

Ce court ouvrage (96 pages) est un recueil ne comportant que cinq nouvelles étranges ou fantastiques de Richard Matheson, autant dire une infime partie de sa production. Destiné aux jeunes, il comporte une présentation de l'auteur suivie d'une chronologie comportant des repères historiques et culturels et présentant la vie et l'oeuvre du grand auteur. Pour faciliter sa lecture et sa compréhension, le jeune lecteur trouvera des notes expliquant les mots difficiles et, en fin d'ouvrage, tout un dossier sur le thème de la nouvelle fantastique avec des jeux et des quizz sans oublier d'une bibliographie fort bien conçue. Au total, un très bon outil pédagogique pour faire connaître ce romancier qui vient de nous quitter et pour donner envie d'aller plus loin dans une oeuvre aussi foisonnante que surprenante.

5/5

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17/02/2014

Impossible de grandir (Fatou Diome)

Impossible de grandir.jpgInstallée à Strasbourg, Salie a toutes les peines du monde à accepter d'être invitée à un dîner organisée par son amie Marie-Odile, une banale invitation « avec la famille et quelques amis ». Mais c'est là où le bât blesse. Fille illégitime, rejetée par sa mère qui lui préfère ses enfants légitimes, oubliée par son père, un célèbre lutteur d'une autre ethnie sénégalaise, la petite Salie a été élevée par ses grands-parents, les seules personnes qui lui aient apportées soutien, amour et éducation. Rejetée par son village, exploitée par son oncle et par ses tantes, Salie eut une enfance difficile pour ne pas dire plus. Elle étudia d'arrache-pied, finança seule sa scolarité, obtint ses diplômes et s'expatria en France dès qu'elle fut majeure. Mariée puis divorcée, elle rencontre la réussite dans le monde de la littérature, soutient sa famille et pourtant, son enfance continue de la hanter...

J'avoue avoir commencé la lecture de ce livre avec un a priori un peu négatif. Encore un livre écrit à la première personne, encore de l'auto-fiction, encore ce besoin de se raconter, d'étaler ses complexes, ses problèmes, ses manies. Et ouf, le nombrilisme germano-pratin n'est pas apparu. Au contraire, petit à petit, je me suis laissé prendre à la magie du verbe de Fatou Diome, j'ai accepté de me perdre dans ses digressions, de suivre ses enthousiasmes, de partager ses indignations. Dans un grand torrent de franchise et de véhémence proche parfois des célèbres diatribes ou envolées lyriques du grand Louis-Ferdinand, la romancière parvient à transcender la simple auto-analyse pour parvenir à l'universel, au philosophique et parfois même au poétique. Oui, tous autant que nous sommes, il nous est difficile de grandir, de devenir pleinement adultes. En nous comme en Salie, reste une part de l'enfant que nous avons été, avec ses peurs, ses craintes et ses fragilités. Lointaine cousine du « Petit chose » ou de « Poil de Carotte », la petite Sénégalaise a eu plus que son compte de coups, de vexations, de brimades et de blessures physiques ou morales. Salie adulte en est à naviguer aux confins de la schizophrénie, des phobies (elle est terrorisée par les souris) et du dédoublement de la personnalité. L'auteur en tire d'ailleurs de savoureux dialogues entre elle et elle, c'est à dire entre l'adulte et la petite fille humiliée et rebelle qui ne la lâche jamais. Un livre puissant, sorte de suite du « Ventre de l'Atlantique », qui aborde avec courage quantité de sujets : l'intolérance des religions venues de l'extérieur, le problème de la polygamie, les lignées matriarcales et les traditions qui se perdent entre autres. Il faut lire ce beau livre ne serait-ce que pour les pages décrivant une Afrique réelle et éternelle qui a bien peu à voir avec les reportages des magazines sur papier glacé ou avec les descriptifs des catalogues d'agences de voyages.

4/5

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15/02/2014

Mélo (Frédéric Ciriez)

Mélo .jpgA Saint Ouen (Seine Saint Denis), non loin de l'usine d'incinération, une Citroën Xantia est garée le long d'un trottoir dans une rue sinistre. Assis derrière le volant, on découvre le corps d'un homme avec un couteau planté dans le ventre. C'est un syndicaliste dont les bureaux sont situés juste à l'étage au-dessus de la célèbre agence de mannequins Elite... Parfait de Paris est conducteur d'une benne à ordures. En compagnie de deux collègues éboueurs, il ramasse les poubelles dans les quartiers nord de Paris et ramène sa collecte à l'incinérateur de Saint Ouen. La nuit, il devient « Sapeur ». Il ambitionne d'être le plus grand, le plus beau et le plus célèbre des « élégants » congolais de la capitale. Pour y parvenir il est prêt à toutes les dépenses et à toutes les folies... Barbara, élève d'une école de commerce, passe ses journées sur ses rollers avec, autour de la taille, un petit panier plein de gadgets, briquets et autres pacotilles fabriquées en Chine. Elle gagne bien sa vie et ambitionne de transformer son petit commerce en concept franchisé de plus grande envergure. Pour l'instant, elle attend un texto de son amie, apprentie cinéaste...

« Mélo » n'est pas un roman au sens classique du terme, mais plutôt l'addition de trois nouvelles, « Transfixation », « Transformation » et « Transaction », traitant de trois personnages transitant sur un périmètre fort bien et presque trop bien décrit. Le lecteur qui a vécu dans ces quartiers peut attester que peu de choses ont échappé à l'oeil d'entomologiste de Ciriez. L'ennui c'est que ces trois pseudos intrigues manquent de punch et présentent un intérêt inégal. L'histoire du syndicaliste laisse indifférent, celle de l'étudiante d'origine chinoise reste assez quelconque, bien que légèrement plus originale. Seule sort du lot, le destin de Parfait de Paris dans la mesure où il permet à l'auteur de décrire le monde des sapeurs, frimeurs et autres ambianceurs de Paris. Un microcosme peu connu du grand public où l'insignifiance rivalise parfois avec le mauvais goût, où le paraître l'emporte toujours sur l'être dans des débordements d'extravagance du look. De jeunes africains de milieu très modeste se rêvent héritiers du Beau Brummel, d'Oscar Wilde et autres dandys d'autrefois. L'espace d'une nuit, ils se métamorphosent en gravures de mode aux couleurs pour le moins voyantes, se lancent des défis d'élégance, surenchérissent dans les harmonies de matières et de couleurs, n'hésitant jamais à sacrifier plusieurs mois de salaire pour s'offrir un costume de grand couturier ou une paire de bottines d'un célèbre chausseur londonien. Parfait ira jusqu'à louer une Rolls-Royce Phantom ainsi qu'un boy blanc porteur d'ombrelle pour époustoufler ses compatriotes lors d'une simple soirée dans un foyer de travailleurs de Montrouge. La centaine de pages traitant du sujet tranche heureusement sur un ensemble plus terne. Enfin, un personnage qui a une vraie épaisseur, une réelle densité. Enfin, une prose qui prend toute son ampleur. Enfin, un auteur qui porte un regard bienveillant et empathique sur un homme qui prend une jolie revanche sur une existence morne et ingrate et peu importe si les moyens pour atteindre ce paroxysme de fierté sont discutables. Dommage que, passé ce moment de grâce, tout retombe aussi mollement qu'un soufflé dans un courant d'air.

3,5/5

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14/02/2014

Opération Baucent (Chapitre 7/3)

Lee se sentit presque rassurée. De son ami, se dégageaient une force, une assurance et une détermination sur lesquelles elle allait pouvoir compter. Elle se sentait un peu rassérénée de sentir cette présence amicale et peut-être un peu plus. « Tu comprends, Gérard, Virginie, c’est ma meilleure amie. Elle compte beaucoup pour moi. Je l’aime énormément… » lui avoua-t-elle.

Un quart d’heure plus tard, ils tambourinaient à la porte de l’appartement de Virginie. Personne ne répondit. Seul résultat de cette agitation : une vieille dame ouvrit sa porte…

- Vous en faîtes un raffut ! s’exclama-t-elle.

- C'est-à-dire que nous cherchons notre amie, répondit Lee Ling. Nous sommes très inquiets. Elle ne répond plus au téléphone et elle n’a pas l’air d’être chez elle…

- Avec tout ce qui s’est passé cette nuit, c’est pas étonnant, lança la vieille d’un air futé juste avant de leur claquer sa porte au nez.

Gérard se précipita : « Madame, Madame, ouvrez ! Qu’est ce qui s’est passé cette nuit ? Répondez-nous… »

Mais il eut beau tambouriner, l’autre ne voulut jamais ouvrir. Elle se contenta de leur dire à travers la porte : « Allez-vous en ! Je ne vous en dirai pas plus… »

- Où est-elle ? Qu’est-ce que vous savez réellement ? demanda Desbarres en s’énervant sur la porte.

- Je ne sais rien du tout, répondit-elle. J’ai rien vu, rien entendu, là ! Fichez le camp, sinon j’appelle la police !

La mort dans l’âme, Lee Ling et Gérard durent s’exécuter. Ils allèrent immédiatement signaler la disparition au commissariat de police le plus proche et furent reçu par un jeune fonctionnaire blasé qui nota leurs déclarations sur le registre de la main-courante et crut les rassurer en leur disant qu’il y avait chaque année des dizaines de milliers de gens qui ne réapparaissaient plus mais qu’on en retrouvait beaucoup surtout quand ils réintégraient de leur plein gré leur domicile à leur retour de fugue…

 

***

 

Le dernier étage de la Tour Europa, orgueilleux building de verre et d’acier, était occupé par « MPR », pour « Mental Power Ressources », une société spécialisée en conseil aux entreprises. Son PDG et principal actionnaire n’était autre que Paul Armen. Profil d’aigle, cheveux gris coupés en brosse ultracourte, cet homme de haute taille en imposait par l’impression d’autorité naturelle qu’il dégageait. Sur un polo Lacoste blanc, il portait un costume sombre de chez Armani et était chaussé d'une paire de Weston parfaitement cirées. Il tenait dans sa main la nouvelle merveille de chez Apple, un téléphone portable de toute dernière génération. Tel un ours en cage, il allait et venait, piétinant la moquette épaisse de son immense bureau… « Ah, les deux salopards, ils vont me le payer ! » se répétait-il mentalement. Il venait d’écouter et de réécouter l’incroyable message que Lerenard avait laissé sur son répondeur.

« Armen, salaud, on a ta poule. Va falloir que tu craches au bassinet si tu veux la revoir ! » Puis cet appel désespéré de Virginie : « Paul, au secours, à moi ! Ils m’ont kidnappée… Je suis… » Et aussitôt : « Ca va te coûter cher, mais avec le trésor que tu es sur le point de découvrir, tu pourras banquer… »

Paul n’arrivait pas à se calmer. Il avait une très vague idée d'où pouvait venir le coup. Il se rappelait que deux pieds nickelés, un gros un peu demeuré et un maigre au regard mauvais, avaient réussi à s’infiltrer lors de l’avant dernier convent de son ordre. Mais ils avaient été vite repérés et aussitôt jetés dehors. Comment étaient-ils au courant pour le trésor ? Plus il y réfléchissait et plus il lui semblait que ces deux types ou d’autres - il ne manquait pas d’ennemis- devaient travailler pour une organisation qu’il allait falloir contrer au plus vite. Il appuya sur une touche de l’interphone.

« Mademoiselle, appelez-moi Babacar et Davidovitch. Je veux les voir immédiatement dans mon bureau ! » L’ordre ne souffrait pas la moindre objection. Armen savait se faire obéir. A peine une minute plus tard, les deux costauds qui s’étaient illustrés la veille à la librairie du « Griffon d’or » se tenaient, humbles et silencieux, devant leur boss.

(A SUIVRE)

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13/02/2014

Road rage (Hill/King/Matheson)

Road rage.jpgQuelque part sur une route déserte du grand ouest américain, une bande de motards style « Hell's Angels », composé d'anciens combattants du Viet-Nam et d'Irak tombés dans la drogue et la délinquance, roule en convoi avec Race à leur tête. Sur une portion dangereuse, un camion fou les pousse à la faute et en tue un certain nombre... Mais, Vince, le chef, décide de ne pas en rester là. Il dispose d'une grenade incapacitante qui devrait lui permettre de se venger du routier et de sauver Race... Sur une autre route, un représentant de commerce se retrouve pris en chasse par un énorme camion citerne déglingué. Après une série de dépassements, de queues de poisson et autres tentatives pour l'envoyer dans le décor, il s'arrête à une station-service, abandonnant la route au poids lourds fou. L'ennui c'est qu'à peine installé dans le petit restaurant, il le voit arriver sur le parking. Il a fait demi-tour. La poursuite va-t-elle recommencer ? Pourquoi cet inconnu en a-t-il tant après lui ?

« Road Rage » est une magnifique bande dessinée composée de deux histoires « Plein gaz » et « Duel » inspirées de la célèbre nouvelle de Richard Matheson dont Spielberg se servit pour tourner son film éponyme. Au départ, Stephen King et son fils Joe Hill écrivirent « Plein gaz » en hommage au grand maître de l'horreur et du fantastique que fut Matheson. Ce livre, scénarisé par Chris Ryall, est donc l'adaptation en BD des deux nouvelles, très proches l'une de l'autre. Le monde des bikers, des vétérans, celui de la route, la mentalité « Born to be wild », « La mort avant le déshonneur » et autre « Pas de retraite, pas de capitulation » est particulièrement bien rendu. Les deux dessinateurs Nelson Daniel et Rafa Garres, de styles assez proches bien que légèrement plus fluide pour le premier et un peu plus sombre pour le second, ont fait merveille. Un format identique à celui de la série culte « Walking dead ». Au total une belle réussite et un magnifique hommage rendu à un auteur qui restera longtemps au panthéon des grands.

4/5

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11/02/2014

De là, on voit la mer (Philippe Besson)

De là on voit la mer.jpgLouise, célèbre romancière quadragénaire, a pris ses quartiers en septembre à Livourne (Italie), dans une villa prêtée par une amie, le temps d'écrire son nouveau livre. Elle a laissé son mari, François, à Paris, ville qu'elle trouve si bruyante et si agitée qu'elle perturbe son inspiration. Une gouvernante, Graziella, s'occupe des courses, du ménage et de la cuisine. Luca, le fils de celle-ci, 21 ans, élève officier de marine, est intrigué par cette Française solitaire. S'ensuit une liaison torride mais sans grand lendemain. Comment Louise parviendra-t-elle à gérer sa vie sentimentale alors que François, victime d'un très grave accident de la route qu'il a provoqué, se retrouve dans le coma à l'hôpital ?

« De là, on voit la mer » est un roman sentimental qui se rapproche parfois un peu trop à mon goût du roman à l'eau de rose, voire du roman de gare. Les trois principaux personnages n'attirent pas vraiment la sympathie. Louise a un rôle de femme égocentrique, fantasque et assez immature. Les deux hommes , chacun à leur manière, qu'il s'agisse du mari mûr, fataliste et blasé ou du très jeune amant, gamin à sa maman, semblent faibles, obéissants et soumis. Cette situation d'adultère avec l'habituel trio, mari, femme et amant, est loin de briller par son originalité, même si la cougar lettrée pourrait être la mère de l'apprenti marin. Tout aurait pu être sauvé par un style flamboyant, un humour ravageur ou une distanciation élégante. Il n'en est rien. Bien écrit au début, le style se relâche au bout d'une centaine de pages et on se demande pourquoi. Redîtes et répétitions (voulues) se multiplient. Adieu le minimalisme, bonjour l'introspection facile. Besson dissèque, analyse et réanalyse impressions et sentiments sans craindre d'avoir recours à tous les poncifs des magazines féminins. Seul véritable intérêt de ce livre : les cinquante premières pages qui évoquent les difficultés rencontrées pour noircir la feuille blanche et qui sondent les arcanes de la création littéraire. Tel Flaubert qui proclamait que Madame Bovary c'était lui, Besson pourrait sans doute en dire autant de Louise. Mais ensuite, quand la narration passe à l'horizontale, quelle déception ! Vite lu, vite oublié, ce retour de flamme italien peut faire passer un moment divertissant aux amateurs (trices) du genre.

3,5/5

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09/02/2014

Retour de la rivière Kwaï (Joan & Clay Blair)

Retour de la rivière kwaï.jpgPersonne n'a oublié l'histoire du « Pont de la rivière Kwaï », célèbre film tiré du livre éponyme de Pierre Boulle, lui-même inspiré d'un fait authentique et fort peu glorieux de la guerre du Pacifique. En effet, dans des conditions particulièrement cruelles, dignes de camp d'extermination, les Japonais obligèrent des milliers de prisonniers de guerre anglo-saxons à construire une ligne de chemin de fer dans la jungle aux confins de la Thaïlande et de la Birmanie. Un grand nombre y laissa la vie. Mais nettement moins connu est ce qui advint des survivants à la fin de la guerre quand les Japonais décidèrent de se replier en les emmenant vers la mère-patrie en septembre 1944. 2218 prisonniers de guerre australiens et britanniques furent ainsi entassés dans des cargos. Ceux-ci croisèrent la route de sous-marins américains qui les torpillèrent et les envoyèrent par le fond sans savoir ce qu'ils transportaient. Les malheureux se retrouvèrent à l'eau, terrifiés, hagards, ne disposant que de radeaux de fortune au milieu de flaques de pétrole en feu et à la merci d'anciens geôliers refusant de leur porter secours. Ainsi débutèrent plusieurs jours tragiques surpassant en horreur et monstruosité tout ce qu'ils avaient déjà subi à terre.

Un livre historique bouleversant sur un événement méconnu ou oublié de la Seconde Guerre Mondiale. Une extraordinaire leçon de courage, de ténacité et d'endurance donnée par ces rescapés dont 656 seulement purent échapper à la mort. Quelques scènes sont à déconseiller aux âmes sensibles. Dans ces conditions extrêmes, l'homme devient un loup pour l'homme. Ainsi y voit-on des Japonais refuser toute aide à leurs prisonniers et ne sauver que leurs ressortissants, des Anglo-saxons se venger en noyant ou en trucidant leurs anciens geôliers, des hommes, devenus fous par manque d'eau ou de nourriture, en mordre d'autres pour tenter de boire leur sang etc... etc... Non, la guerre n'est ni jolie, ni fraîche, ni joyeuse. Et cet épisode particulièrement cruel ne lui apporte aucune lettre de noblesse (on y voit des Américains envoyés pour secourir les naufragés préférer aller d'abord torpiller un convoi ennemi, perdant ainsi un temps précieux et d'autres en abandonner faute de place et repartir sans même leur laisser de quoi boire ou manger, condamnant une seconde fois leurs frères d'armes). Un livre terrible mais intéressant pour amateur d'Histoire au coeur bien accroché.

4/5

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07/02/2014

Les terres abandonnées (Didier Cornaille)

Les terres abandonnées.jpgAu fin fond du Morvan, à la ferme de l'Huis Maugrit, la vie n'a jamais été facile. Il a fallu survivre à deux terribles guerres. Le grand-père est revenu mutique de la première. Le père, Roland, parti au maquis lors de la seconde, y a trouvé la mort. Toute la charge de l'exploitation s'est retrouvée sur les épaules de sa femme, Marie Courbet, qui a dû en assurer la continuité avec l'aide de son fils Victor, de sa fille Bernadette et d'un vieil ouvrier agricole. Mais à la mort de Roland, elle découvre que celui-ci était le père d'un jeune homme, Vincent, qui réapparut pendant la guerre et s'intéressa à Bernadette, sa demi-soeur, à laquelle il fit un enfant, François, avant de retourner dans la capitale. Le temps passant, la société évoluant, la ferme devenant de moins en moins rentable, Marie a l'idée de créer une ferme-auberge dans la maison du grand-père. Cette reconversion est un joli succès. Mais un beau jour, Vincent, devenu chirurgien, revient au village avec femme et enfants...

Un vrai roman de terroir avec tous les ingrédients du genre : la nostalgie du bon vieux temps, la lente érosion et le déclin d'un monde en voie de disparition ou de mutation. Didier Cornaille a su dérouler une intrigue suffisamment dramatique et humaine pour intéresser le lecteur. Le personnage de Marie Courbet, obstinée, autoritaire et dure à la tâche, reste néanmoins attachant et émouvant ne serait-ce que par tous les drames qu'elle subit tout au long de cette histoire qui s'étend sur trois générations et par le courage qu'il lui faut pour tenir à bout de bras son petit domaine. Au delà du simple volet sentimental pas mièvre du tout, le lecteur appréciera les descriptions des différentes phases d'activités que l'on put trouver dans le Morvan, terre pauvre et ingrate, depuis la tradition peu connue des « galvachers », ces meneurs de boeufs qui partaient se louer pour les labours en Champagne et ailleurs, jusqu'au tourisme vert et aux résidences secondaires d'aujourd'hui, en passant par l'exploitation des mines de fluorite ou le travail en usine qui a fini par disparaître également. Un beau livre bien écrit, agréable à lire et instructif. Que demander de plus ?

4/5

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05/02/2014

Les conquérants de l'Everest (Henri Vernes)

Les conquérants de l'Everest.jpgDe 1852 à 1953, il ne fallut pas moins d'un siècle pour que deux humains parviennent à atteindre le plus haut sommet du monde, l'Everest (du nom du géomètre britannique qui fut le premier à le définir comme tel). Dans ce livre, Henri Vernes, le père de Bob Morane, retrace l'épopée de cette odyssée héroïque dans laquelle les Anglais se taillèrent la part du lion, bien que ce soit un Australien Edmund Hillary et un Népalais, Tensing Norkey, qui plantèrent l'Union Jack à la pointe de l'auguste Mont le 29 mai 1953. Mais que d'échecs, que de souffrances, que de déceptions et que de morts avant d'en arriver là. Les expéditions se succédèrent à un rythme soutenu. Les Russes y disparurent corps et biens sans qu'un seul survivant ou qu'un seul cadavre n'ait été retrouvé. Les Suisses durent renoncer pas bien loin du sommet, vaincus par des conditions climatiques défavorables. Seuls les deux héros, profitant d'une très courte et très exceptionnelle fenêtre de temps calme, réussirent et se couvrirent de gloire. Et pourtant dès 1924, Norton atteignait 8450 m sans utiliser d'oxygène et devait renoncer. Il faut imaginer ce que représentaient ces expéditions : des dizaines de sherpas, des tonnes de matériels, une dizaine de camps de base ou intermédiaires échelonnés tout au long de la voie, sans oublier la kyrielle de bonbonnes d'oxygène sans laquelle personne n'arrivait à aller plus loin que Norton. Si on y ajoute, les tempêtes de neige, le blizzard, les avalanches, les températures de – 40°, on comprend qu'il ait fallu autant de temps et autant de peine pour réaliser cet exploit...

Très vivant et très bien écrit (pouvait-il en être autrement de la plume d'un auteur aussi prolifique et aussi passionnant qu'Henri Vernes ?), cet ouvrage historique retrace en détail toutes les péripéties de cette aventure, raconte la plupart des tentatives, même les plus farfelues, comme celle de cet homme seul qui se lança mais ne revint jamais. Le lecteur intéressé par le monde de la montagne découvrira à quel point chaque expédition contribua à la victoire finale et de quelle dose de courage et d'abnégation tous ces alpinistes durent faire preuve. Tous méritèrent le titre de « Conquérants de l'Everest », même s'ils ne furent que deux à atteindre le sommet. A noter que ce livre qui ne pourra que passionner les amoureux de la montagne, propose en fin de volume tout un dossier technique sur l'Himalaya avec une chronologie sur la conquête de l'Everest, quelques explications techniques ainsi que le relevé des « premières » des quatorze plus hauts sommets de la chaîne. « Plus de huit pays différents se sont partagés ces plus de 8000. Ainsi donc, la montagne est internationale et n'appartient à personne ! »

4/5

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03/02/2014

Chroniques d'Outre-monde / Le jardin des délices (Eric Avezance)

Jardin des délices.jpgDeux pirates de l'espace, Bartolomé Ortigosa et son fidèle Lothor se sont emparés par ruse de « La Dame du vide », un énorme vaisseau spatial qui leur sert de cargo céleste. Ils convoient Noxius, un archonte aussi laid qu'inquiétant, accompagné de la dangereuse cohorte de ses adeptes, uniquement parce qu'ils espèrent être bien payés. Parvenus à leur destination, ces sectateurs du mal détruisent un gros bloc de cristal sacré pour en extraire une sorte de boule bizarre, la « Sphère des âmes », qu'ils veulent ramener avec eux. Estimant que cette tâche supplémentaire n'est pas prévue dans son contrat, Bartolomé tente de le renégocier. Mal lui en prend. Trahi par Lothor, il est immédiatement assassiné... Messire de Bérécie, un richissime marchand obèse menant une vie de larve, fait appel à la maison Ombrelame, spécialisée dans les assassinats en tous genres, pour qu'elle le débarrasse d'un concurrent déloyal. Zeïd, un tueur particulièrement efficace et dépourvu du moindre état d'âme, se voit confier cette mission délicate. Le condamné devra être exécuté à l'arme blanche et en respectant des consignes très précises...

Etrange mixture composée d'intrigues, d'horreurs, de tueries et de monstruosités plus étranges ou plus repoussantes les unes que les autres, le Multivers d'Eric Avezance est une suite de mondes bizarroïdes, une sorte d'empire galactique incroyable qui s'étend sur plusieurs dimensions et se retrouve bouleversé de fond en comble par l'irruption de forces maléfiques sous la forme d'une secte obscure dont le pouvoir s'accroît à mesure qu'elle répand autour d'elle la souffrance, la mort et le chaos. Au confins de trois styles littéraires, la fantaisie, la science-fiction et l'horreur (on sent nettement l'influence des grands maîtres, Tolkien, Herbert et Lovecraft, entre autres) et s'inspirant d'histoires de samouraïs (le code de l'honneur des nobles du japon ancien est très présent) mais également de la mythologie (revisitée) et même de l'écologie, Eric Avezance nous propose une intrigue originale et qui tient bien la route. Le fracas de batailles fort bien décrites, les innombrables péripéties d'une histoire qui relève de l'épopée fantastique maintiennent l'intérêt tout au long d'un ouvrage passionnant et de belle longueur (524 pages fort denses, mais jamais lassantes). Seule la fin ouverte déçoit un peu dans la mesure où elle laisse le lecteur sur sa faim. L'auteur a certainement prévu d'écrire une suite et sans doute plusieurs tomes pour compléter ses « Chroniques d'Outre-monde ». Cette manière de procéder qui cherche à fidéliser le lecteur en créant une addiction est en train de devenir la règle dans ce genre particulier. Doit-on le regretter ?

L'auteur dispose d'une très belle et très sombre imagination. Il sait embarquer son lecteur dans des mondes aussi étranges qu'inquiétants et en compagnie de personnages ou de monstres improbables et dérangeants. Cerise sur le gâteau, il possède surtout une fort belle plume et démontre de très réels talents de conteur. Il sait créer des décors et des atmosphères très SF/Fantaisie, dignes de ceux des plus grands, en usant et en abusant peut-être un peu de néologismes et autres inventions lexicales souvent poétiques. Quel film formidable pourrait tirer de ce texte un metteur en scène de talent comme Peter Jackson ! Seul petit reproche : quelques coquilles, heureusement assez peu nombreuses et quelques confusions de vocabulaire. (« Résonner » confondu plusieurs fois avec « raisonner »).

Conclusion : pour un coup d'essai (si c'est le cas), c'est un coup de maître ! Ecrivain talentueux et prometteur, Eric Avezance saura-t-il suffisamment se renouveler pour maintenir l'intérêt du lecteur sur une plus longue distance ? Arrivera-t-il à transformer l'essai ? Il faudra attendre (avec impatience) la suite de cette sombre et passionnante saga pour le savoir.

4,5/5

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01/02/2014

Opération Baucent (Chapitre 7/2)

Tout cela était relativement inquiétant. D’autant plus, qu’en arrivant, il avait trouvé la porte de la librairie ouverte alors qu’il était sûr de l’avoir fermée à clé en partant. Même chose pour la porte de la cave… Décidément, ils ne se gênaient plus du tout ! Ils avaient laissé allumée la lumière de l’escalier comme s’ils avaient voulu lui signifier qu’à partir de maintenant ils feraient ce qu’ils voudraient. Au « Griffon d’or », ces messieurs se sentaient déjà comme chez eux…

Gérard Desbarres passa le début de la matinée à ranger un peu dans les rayons et à mettre de côté un certain nombre de livres qui lui semblaient capitaux. Peu nombreux étaient les livres dont il refusait de se séparer, mais il y en avait et il ne les laisserait pas partir. Il vendait les murs. Les autres exigeraient sans doute le stock. Ils auraient ce qu’il voudrait bien leur laisser. Après tout, une quinzaine de livres de plus ou de moins, quelle différence ? D’autant plus qu’ils s’étaient servis, les autres et qu’ils continuaient à le faire sans demander la moindre permission… Alors pourquoi se gêner ?

10 heures. Virginie n’était pas arrivée. Ce n’était pas son genre d’être absente sans prévenir. Il l’appela sur son portable. Aucune réponse. Il n’était pas ouvert. Cela non plus n’était pas habituel. Virginie ne quittait jamais son petit appareil et le laissait allumé quasiment en permanence. Qu’avait-il pu lui arriver ? Gérard espérait encore la voir se présenter quand Lee Ling entra dans la librairie.

- Bonjour Gérard, lui dit-elle. Je passe en coup de vent chez toi. Je cherche Virginie… Est-ce qu’elle est là ?

- Non et je commence à être inquiet, répondit le libraire.

La belle étudiante asiatique resta un moment à le fixer d’un regard si affolé qu’il communiquait sa panique à son interlocuteur.

« C’est vraiment bizarre, reprit-elle, je l’ai appelée hier soir assez tard… Tiens, je revenais du cours de Monsieur Florian auquel elle n’a d’ailleurs pas assisté, ce qui était déjà bizarre vu qu’il n’y a pas étudiante plus assidue qu’elle. Pas de réponse. Et ce matin, rien non plus. Alors j’ai couru jusque ici, espérant la trouver à son poste… »

- Et moi non plus, je ne suis pas arrivé à la joindre, ajouta Gérard.

- Il faut faire quelque chose. Il a dû lui arriver malheur, ce n’est pas possible.

- Elle a peut-être eu une panne d’oreiller, tenta de plaisanter le libraire.

- C’est pas drôle, Gérard, le réprimanda Lee Ling. Il a pu lui arriver quelque chose de terrible. Il faut prévenir la police tout de suite !

Le libraire n’était pas de cet avis, mais il comprenait parfaitement l’inquiétude de la jeune fille. D’un geste paternel, il passa son bras autour de ses frêles épaules en lui disant : « Tu sais ce qu’on va faire, Lee Ling ? On ne va pas céder à la panique. On va procéder par ordre. Les flics, pourquoi pas, mais pas tout de suite. La chose la plus urgente serait d’aller voir chez elle et si tu n’y vois pas d’inconvénient, c’est ce qu’on va faire. Après, on prendra une décision ! »

(A Suivre)

(Ouvrage disponible en version e-book kindle ou en version papier sur Amazon.fr et sur TheBookEdition.com)

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31/01/2014

Marche Nordique (Arja Jakanen-Meyer)

marche nordique.jpg

A mon sens, le meilleur ouvrage sur la marche nordique que l'on puisse trouver actuellement. Il y a tout ce que l'on veut savoir sur le sujet, que l'on soit débutant ou confirmé dans ce sport assez nouveau chez nous. On y trouve d'abord une introduction : qu'est-ce que la marche nordique ? Quel est son intérêt particulier ? Quel est le matériel nécessaire pour la pratiquer ? Et quelle est la technique spécifique permettant d'en tirer le meilleur parti ? Puis une série de onze leçons réparties en trois séries (nature, technique et sport) permettant d'envisager tous les cas de figures, tous les exercices possibles, toutes les pratiques et sur tous les terrains quelles que soient les circonstances. Il se termine par de très bons exercices d'échauffement et d'étirements. Quelques exercices de renforcements musculaires auraient été les bienvenus, c'est le seul petit manque à relever dans ce manuel. En fin de volume, on trouve toutes sortes de conseils, de recommandations ainsi qu'un volet diététique et des fiches pratiques.

Avec un tel livre, nul doute que celui qui le prend en main n'ait plus qu'une envie se lancer ou se perfectionner dans un sport qui fait tant de bien et semble tellement facile et agréable. Et, point fort de cette méthode, en plus de magnifiques photos et illustrations, le livre comporte un DVD très bien conçu qui reste un excellent support d'apprentissage. En effet, pour tirer le meilleur parti de cette discipline, il est important de posséder le geste technique le plus parfait possible, ce qui demande un certain temps d'apprentissage et parfois un peu de persévérance. Mais les bienfaits pour la santé et le moral sont tels qu'ils justifient bien ce petit effort. Un livre à conseiller chaleureusement à tous ceux que cette discipline intéresse.

4,5/5

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29/01/2014

La piste de Chajnantor (Alain Keralenn)

La piste de Chajnantor.jpgAu Chili, sur les hauteurs de l'altiplano, dans le désert d'Atamaca, Vincent Madec, un scientifique responsable de projet, participe à l'installation de l'ALMA, l'observatoire d'astrophysique le plus performant jamais réalisé sous l'égide de l'Europe. Il est assisté par Fidel Quispe, un contremaître d'origine aymara très attaché à ses racines et qui semble bien décidé à organiser la résistance et peut-être même la révolte de son peuple. Et pour ne pas simplifier les choses, Vincent se voit chargé d'accueillir une jeune stagiaire chinoise qui se fait appeler Julia. Elle a été envoyée par son gouvernement pour étudier les modalités d'une éventuelle participation au projet. La jeunesse et la beauté de Julia ont vite fait de vaincre les réticences de Vincent qui se sent très vite attiré vers elle. Mais n'est-il pas victime d'une manipulation ou d'une illusion sentimentale ? De gros intérêts et de grands enjeux ne vont-ils pas compromettre la réussite de cet ambitieux projet ?

« La piste de Chajnantor » relève du registre du roman d'aventures modernes avec un important arrière plan de compétition économique et scientifique et même de véritable guerre pour l'exploitation des matières premières (ici le lithium qui se trouve en concentration suffisante dans les salars de la région et qui est convoité entre autres par la Chine qui voudrait en avoir l'exclusivité de l'exploitation pour fournir ses batteries d'ordinateurs, téléphones portables, voitures électriques et autres...) La stratégie opportuniste de ce pays est particulièrement bien décrite dans ce livre écrit dans un style vivant et agréable sur des thèmes parfois proches du journalisme d'investigation. Et là n'est pas le moindre intérêt de ce livre dépaysant et dynamique dont les décors font penser à ceux des livres du regretté Georges Arnaud qui lui aussi sut faire apprécier à ses lecteurs la sauvagerie et la somptuosité de ces étendues désolées. A toutes les époques, l'Amérique du Sud attira les aventuriers et autres chercheurs de fortune. Le temps du cuivre, celui du salpêtre et autres métaux précieux a laissé aujourd'hui la place au lithium et aux terres rares mais les enjeux restent les mêmes. Alain Keralenn a parfaitement équilibré son intrigue, en laissant la part belle aux rebondissements, aux voyages (ses héros modernes passent d'un coup d'aile de Buenos Aires à Hong Kong en passant par Cuba ou Paris alors que ceux d'Arnaud se trainaient dans de vieux camions poussifs), sans négliger la gentille idylle entre ses deux héros, Julia et Vincent. Un ensemble agréable et intéressant car l'auteur a eu l'ambition d'aller un peu au-delà du simple divertissement sans parler de la qualité même du texte. (Pratiquement aucune coquille ou lourdeur stylistique, ce qui est suffisamment rare dans ce genre d'édition pour mériter d'être relevé.) A conseiller aux amateurs (trices) de déserts grandioses et de grands espaces battus par les vents ainsi qu'à ceux (ou celles) que les enjeux géopolitiques intéressent.

4,5/5

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27/01/2014

Urgentiste (Patrick Pelloux)

Urgentiste.jpgFin juillet 2003, une canicule exceptionnelle s'installe sur la France. Les premières personnes âgées ou fragiles commencent à mourir d'hyperthermie et les pouvoirs publics réagissent très peu. A l'hôpital Saint Antoine, le docteur Pelloux, médecin urgentiste et président du syndicat AMUHF, est scandalisé devant tant d'inertie. De nombreux lits d'hôpitaux sont indisponibles pour cause de vacances, les responsables nient l'évidence et Mattéi, le ministre de la Santé ne se rend pas compte de l'ampleur de la catastrophe. Le Président de la République, Jacques Chirac est parti au Canada et son premier ministre Jean-Pierre Raffarin se repose sur la côte d'Azur. Alors Pelloux tire la sonnette d'alarme en annonçant les cinquante premiers morts recensés. Il alerte les médias de la manière la plus tonitruante possible pour que quelque chose soit enfin fait. On lui reproche son activisme et ses engagements politiques et syndicaux. Il faut plusieurs jours pour que le Ministère accouche d'un communiqué mi-figue mi raisin minimisant la situation. Et pendant ce temps, les patients continuent de mourir par centaines à cause de la chaleur. Au total, plus de 15 000 personnes seront victimes de cette catastrophe et de cette scandaleuse incurie technocratique et politique.

Ecrit à chaud, peu après ces tragiques évènements, « Urgentiste » fait partie de ces témoignages que suscitent les éditeurs toujours prêts à surfer sur une actualité brûlante mais aussi fuyante par nature. Au jour le jour, heure par heure et presque minute par minute, le docteur Pelloux nous fait un compte rendu dérangeant des évènements, des tractations, des appels au secours et du magnifique dévouement des personnels hospitaliers. Avec une dizaine d'années de recul, cette lecture pourrait sembler dépassée voire saugrenue. En réalité, il n'en est rien. L'état catastrophique des hôpitaux et des CHU, soigneusement décrit avec ses coteries, son système de mandarinat, ses problème de numerus clausus, la défection des jeunes médecins et l'apport massif de praticiens étrangers, s'est encore aggravé aujourd'hui. Tout comme les fermetures de service, la marchandisation des soins, le paiement à l'acte, la toute puissance des administrateurs et autres technocraties pléthoriques, cette privatisation et le démantèlement d'un service public essentiel sont encore à l'ordre du jour (les récentes grèves des infirmières et des sages femmes n'en étant que les derniers soubresauts). Pelloux et le personnel du terrain pensent que l'hôpital est à tout le monde, que tous, et surtout les plus pauvres, doivent y être soignés, gratuitement si nécessaire. La logique libérale n'est pas d'accord. Un livre intéressant et qui fait réfléchir d'autant plus que ce qui est dénoncé n'a toujours pas trouvé de solution satisfaisante.

4/5

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25/01/2014

Votre santé par le nordic walking (Beatrix Pfister)

Votre santé par le nordic walking.jpgCe très bon manuel d'initiation à la marche nordique est principalement axé sur les bienfaits physiques escomptés dans la pratique d'une discipline consistant non seulement en une marche avec deux bâtons mais également en trois séances d'exercices, échauffement, renforcement et étirement. Tous les effets bénéfiques apportés à notre santé sont soigneusement étudiés dans ce livre. Ainsi apprend-on qu'en faisant travailler plus de 800 muscles, c'est à dire la presque totalité de notre capital, nous pouvons renforcer notre corps de façon optimale. De nombreux bienfaits sont enregistrés dans les cas de sur-poids et même d'obésité (60 à 90 mn de marche nordique permettent de brûler jusqu'à 500 kcal, c'est à dire presque autant que la course à pied sans risquer les contraintes au niveau articulaire). L'asthme, le diabète, l'artériosclérose et les maladies cardio-vasculaires peuvent profiter de cette pratique, sous réserve d'autorisation médicale bien entendu.

Ce petit livre abondamment illustré de nombreuses photos (et même de photos montrant les mauvaises postures) permet également de découvrir la technique particulière de ce sport d'outdoor fitness (gymnastique en extérieur) inventé par les skieurs de fond finlandais qui voulaient pouvoir s'entraîner même quand il n'y avait plus de neige. Le guide est très complet, il présente de nombreux exercices et s'adresse aussi bien aux débutants qu'aux confirmés, aux particuliers qu'aux professionnel. L'auteur est une physiothérapeute qui a beaucoup fait pour la promotion de ce sport relativement nouveau sous nos latitudes. Elle enseigne et propose dans ce livre sa méthode, la technique Alpha de Nordic walking.

4/5

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