31/01/2016

Cités-bulles (Collectif)

index.jpgDans une aéroville en orbite au-dessus de Vénus en pleine terra-formation, des humains tentent de parvenir à percer les secrets de l'immortalité à l'occasion des funérailles de l'une des leurs... Un homme en manque d'oxygène suffoque dans le métro. Il espère pouvoir se réapprovisionner à un distributeur automatique... Pour aider à maintenir en orbite son aéroglobe, Aldo doit jouer de la guitare électrique non stop jusqu'à s'en user les doigts sur les cordes... Dans un lointain système stellaire, la capitaine Akatz Ielena pourchasse la criminelle Julie l'Enclume jusqu'à l'intérieur de la cité-bulle de Vagalion... Dans la bulle Celovek 6, Loram et Zek subissent une ambiance des plus totalitaires. Le moindre souvenir de leur passé terrestre doit être soigneusement effacé... La jeune Niobé se fait embaucher pour une mission dans une bulle liquide cachée sous des épaisseurs de glace... Un frère qui a lu d'étranges choses dans un livre secret veut entrainer sa sœur en dehors de leur cité-monde...

« Cités-bulles » est un recueil de 7 nouvelles de science-fiction de facture relativement classique toutes sur le thème de la bulle, du dôme, de mondes clos, sur la lune, Vénus ou autre. C'est à peu près le seul point commun que l'on puisse trouver entre ces textes tous différents autant par le style que par l'inspiration. Comme souvent dans ce genre d'ouvrages, le lecteur trouvera de l'excellent, du bon et du moyen. Il jettera un voile pudique sur ce qu'il trouvera de trop onirique ou de trop abscons à son goût et s'intéressera surtout aux trois meilleurs textes : « Bulles de bonheur » de Bénédicte Taffin pour son originalité, « Sous les glaces d'Europa » d'Anaïs la Porte pour son étrangeté et surtout, last but not least, l'excellente nouvelle « Nova-Mir » d'Ivan B. Novitchkov qui, à elle seule, mérite le détour pour son ambiance glauque, oppressante et pour sa vision singulière d'un meilleur des mondes totalitaires et monstrueux qui fait froid dans le dos. Au bout du compte, un ouvrage à conseiller ne serait-ce que pour ces trois magnifiques textes !

4/5

 

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30/01/2016

Les godasses (Sketche humoristique)

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29/01/2016

Rêver 2074 (Collectif)

index.jpgLa femme du milliardaire russe Oleg Sarenko est enlevée en plein jour sous les yeux de son mari. Paul, le chef des ravisseurs, exige d'Oleg une bien étrange rançon... Noriko, viticultrice de renom, fait les honneurs de son domaine à Mathis Bremer lequel n'est venu que pour la préparer à passer la main... Un célèbre joaillier de la place Vendôme rappelle à son fils les origines de la saga familiale : la chute d'une météorite au fin fond de la Russie... Un grand couturier expérimente un tissu capable de révéler, en changeant de couleur, les émotions de celui qui le porte... Tado façonne un cuir synthétique monoforme semblable à du verre lorsqu'il est en fusion et souple comme de la peau une fois refroidi... Lorsque les chimères de Surya da Matha se décident à muer, elles libèrent des peaux si précieuses que certains sont prêts à tout pour s'en emparer...

Œuvre collective conçue pour fêter les soixante années d'existence du Comité Colbert (lequel représente 78 maisons de luxe et 14 institutions culturelles), « Rêver 2074 » est un recueil atypique rassemblant six nouvelles assez longues (plutôt des novellas), un intermède musical proposé par Roque Rivas, un amusant lexique d'Alain Rey et quelques articles d'introduction et de conclusion. Le thème général proposé aux six auteurs d'anticipation et de science-fiction était le luxe dans un avenir plus ou moins lointain. Le contrat a été parfaitement rempli. Tous ses secteurs, joaillerie, maroquinerie, viticulture, haute couture, ont été représentés, imaginés, rêvés et surtout magnifiés. Bien qu'écrites par des auteurs différents, les six histoires gardent une certaine unité sans doute grâce aux appareils ou nouveautés techniques (I.A, émotissus, drônes, nautys etc...) que le lecteur retrouve un peu partout. Un grand bravo à Xavier Mauméjean pour « L'arbre de porphyre », véritable conte philosophique et à Joëlle Wintrebert pour « Le don des chimères », très beau roman de format court. Un mot sur les étranges néologismes plus ou moins heureux d'Alain Rey qui a sans doute profité de la circonstance pour s'offrir une petite récréation. Que penser en effet de « calliphore » bricolé du grec (porteur de beauté) ou des mots valises comme « imagique », « instéternel », « intiplanétaire » ou « proximondial » qui confinent à l'oxymore ?

3,5/5

 

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28/01/2016

Marée noire au sommet (Céline Santran)

marée noire.jpgMarco, petit délinquant minable, a purgé sa peine. A sa sortie de prison, il se met à sillonner le Béarn avec sa mobylette bleue baptisée « Love me tender » pour visiter châteaux et sites touristiques de la région. Il assure une mission pour le compte d'un compagnon de cellule, truand notoire. Adrien Larchet, flic maladroit et malchanceux, va à l'hôpital de Pau rendre visite à Anna, victime de violences conjugales...

« Marée noire au sommet » se présente sous la forme d'un roman policier de format court (115 pages) avec contexte béarnais et décor montagnard en prime. Au départ, truculente et picaresque, son intrigue démarre avec légèreté et même avec un certain humour pour s'achever dans un sombre drame juste à la dernière page. En réalité, le lecteur se retrouve confronté à deux affaires parallèles et indépendantes l'une de l'autre relevant de deux genres différents, le polar à la française style vaguement San-Antonio et le thriller à l'américaine avec son monstrueux serial killer des cimes aux méthodes plus qu'improbables. L'ennui c'est que ce cocktail étrange a un goût de trop peu en ce qui concerne le thriller. Mal étayé, mal étoffé, insuffisamment développé, fin abrupte et décevante d'un côté. Bras cassés, marmots braillards, branquignols et rigolade sur l'autre versant, si réussi d'ailleurs que le lecteur se demande pourquoi toute la novella n'est pas restée centrée sur ce thème. A vouloir courir deux lièvres à la fois...

3/5

 

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27/01/2016

Les aventures de Pomme (Elisia Blade)

 

index.jpgPomme est une jeune femme très douée pour systématiquement tout faire foirer dans sa vie. Son prénom, mignon pour une gamine de quatre ans, est devenu complètement ridicule. Son petit copain Ange-Henri l'a trompée avec sa meilleure amie. Pomme travaille dans une usine de pâté pour chiens et s'est retrouvée à la rue quand elle a découvert son infortune. Ses modestes revenus ne lui permettant pas de postuler pour une location individuelle à Paris, elle se met en recherche d'une place en colocation...

Proposé en lecture libre par Nisha Editions, ce petit roman sentimental à visées humoristiques est le fruit du travail de huit auteures (Emma Loiseau, Dyna Avril, Elisia Blade, Lanabellia, Lou Duval, Rachel, Twiny B et Zoé Lenoir) qui ont pris chacune en charge un ou plusieurs des courts chapitres d'abord parus sur Facebook. Le lecteur passe de l'un à l'autre sans problème et sans impression de rupture sans doute en raison d'une unité de ton et de style assez surprenante. Peut-être cela vient-il du langage parlé et sans grande recherche qui est utilisé par toutes ? Malgré son ton décalé et son parti pris d'auto-dérision, l'intrigue est assez peu originale. Le lecteur notera avec plaisir les allusions ou clins d'oeil à des contes comme Barbe-Bleue ou à des histoires enfantines comme celle de la Princesse et du crapaud qu'un baiser transforme en joli prince. Au total, un petit divertissement sans prétention. A notre sinistre époque, pourquoi s'en priver ?

3/5

 

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26/01/2016

Perversions (Bernard Coat)

index.jpgAvocate au barreau de Paris, Mia Cruz a l'impression désagréable d'être suivie par un inconnu jusqu'aux abords du palais de Justice où elle va plaider. Elle doit bientôt défendre Irène Joubert, une femme qui a porté plainte pour viol avec menace d'une arme blanche. L'ennui c'est qu'au moment des faits, elle ne portait pas de culotte et donc qu'elle risque de ne pas être tellement crédible pour le jury.

« Perversions » est un roman à la limite du thriller et du roman noir. Sur le thème du viol et du harcèlement des femmes, l'intrigue démarre lentement, s'attarde sur diverses affaires qui ne trouvent pas toujours un dénouement acceptable. Par de petits détails de plus en plus inquiétants, l'héroïne se retrouve placée à son tour dans le rôle de la victime. C'est insidieux et assez long à monter en puissance mais la fin des plus surprenantes rachète l'ensemble. L'écriture est de bonne qualité malgré quelques coquilles et un certain manque d'imagination dans l'attribution des noms de personnages (Houellebecq, Bulgari, Jospin, Renoir...), à moins que ce soit des clins d'oeil.

3,5/5

 

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25/01/2016

Pensées plus ou moins correctes (61)

einstein.jpg

GENIE

« Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu'il est stupide. »

(Albert Einstein)

« Le génie de l'artiste est d'exprimer l'âme du peuple en faisant de l'art le miroir de la culture. »

(Taine)

« Faire aisément ce que d'autres trouvent difficile à réaliser, c'est le talent ; faire ce qui est impossible au talent, c'est le génie. »

(H.F. Amiel)

« On sait que le propre du génie c'est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d'années plus tard. »

(Louis Aragon)

« Quand un vrai génie paraît dans le monde, on le distingue à cette marque : tous les sots se soulèvent contre lui. »

(Fréron)

GENS

« Le monde se divise en trois catégories de gens : un très petit nombre qui fait se produire les évènements, un groupe un peu plus important qui veille à leur exécution et les regarde s'accomplir, et enfin, une vaste majorité qui ne sait jamais ce qui s'est produit en réalité. »

(Nicholas Murray Butler)

« Notre travail est de donner aux gens non pas ce qu'ils veulent, mais ce que nous décidons qu'ils doivent avoir. »

(Richard Salant, ex-Président de CBS News)

« Il y a des gens qui ne supportent pas la lumière car ils sont eux-mêmes pleins d'ombre. »

« Certaines gens veulent être grands en coupant la tête des autres. »

 

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24/01/2016

Nue devant lui (Aline Tosca)

index.jpgElle a déniché cet homme sur un site de rencontre. C'est une femme mûre. Il est plus jeune qu'elle. Ils ont d'abord longtemps discuté sans se rencontrer. Ils se sont compris et aimés avant même de se retrouver dans un lit. Elle le trouve si beau, si prévenant et si bon amant qu'elle accepte tout de lui, même d'être dominée par lui. Au fil d'un été passé à s'aimer quelque part dans le midi, elle en arrive à accepter les pratiques sadomasochistes qu'il lui propose.

« Nue devant lui » se présente aux dires de son auteure comme un roman « pornographique », comme une simple histoire de cul et de baise. Le lecteur y verra plutôt un roman sentimental bercé érotisme soft et élégant. Les deux protagonistes n'ont pas de nom et ne sont pas décrits. Les endroits et les décors dans lesquels ils évoluent non plus. Quant à l'entourage, en dehors de quelques restaurants de plage, il n'existe quasiment pas. Les deux amants sont seuls au monde. Ce procédé a le gros inconvénient de donner l'impression de personnages hors sol et d'une histoire dématérialisée mais l'immense avantage de tendre vers le général, l'universel et l'indifférencié. En peu de pages (83 seulement, à peine une novella), l'auteur nous propose en fait une magnifique déclaration d'amour, un splendide hymne à la vie, à la jouissance des corps et au bonheur d'être deux. « Un récit qui est tout sauf un drame », dit-elle. Un texte qui se dévore d'une traite. Un style fluide, évident, sans fioritures. Proche du langage parlé. Juste ce qu'il faut où il faut pour émouvoir et faire partager les merveilles de l'amour, l'extase des premiers instants d'une passion qu'on voudrait voir durer toujours.

4/5

 

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22/01/2016

Bleu de fosse (Thierry Desaules)

bleu de fosse.jpgCopropriétaire d'une boutique de chaussures de sport et écrivain à succès, Thomas, 37 ans, s'il a réussi professionnellement, n'a toujours pas trouvé l'âme sœur ou plutôt « l'âme frère ». Un soir, il invite chez lui Bassem, jeune homo franco-libanais, beau comme un dieu, qu'il a déniché sur Internet. De 15 ans plus jeune que lui, Bassem qui doit se prostituer pour pouvoir financer ses études de génie civil, promet à Thomas de lui accorder un statut privilégié par rapport à ses autres clients...

En raison de l'implication particulière de Thomas et surtout de sa chute mélodramatique, « Bleu de fosse » se présente comme un roman sentimental teinté d'une bonne dose d'érotisme gay plutôt corsé. Le lecteur ne peut s'empêcher de voir dans cette intrigue une sorte de « Love Story » version homo. Les scènes les plus torrides étant plus suggérées que minutieusement décrites, l'auteur arrive à plus ou moins éviter le piège de la porno de bas étage si monotone et si lassante. Avec leurs faiblesses, leurs blessures et leurs fêlures, les deux personnages ne peuvent pas laisser indifférents. Le style de belle qualité permet une lecture rapide et agréable. Thierry Desaules dispose d'une plume élégante qu'il a su mettre au service d'une banale histoire d'amour qui sent bien son vécu et, au bout du compte, qui parle malgré tout à chacun au delà de son orientation sexuelle.

4/5

 

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21/01/2016

Folies (Collectif du Fou)

index.jpgA bord du vaisseau spatial « Albert Schweitzer », le docteur Ariel Davos prodigue ses soins au lieutenant Denis Stratas, rescapé de la collision du « Robert Heinlein » avec un météorite. Pour Davos, c'est un cas typique de Syndrôme Hallucinatoire du Voyageur Spatial (SHVS)... Le capitaine Akatz doit aller remettre de l'ordre dans la station spatiale Werlacht. Les agentes qui l'ont précédée ne donnent plus aucune nouvelle...Une habitante de l'immeuble où Paulo Rigatoni est gardien a perdu sa chatte et, à la place, a retrouvé chez elle un pigeon... Femme à personnalités multiples, Kalista peut aussi bien être La Révoltée que l'Ensorceleuse ou simplement l'Actrice... Le roi Aetherlon qui a tout conquis, qui a volé de victoires en victoires et qui est beau, riche et puissant s'enfonce dans une terrible mélancolie. Il est seul, veuf et n'a plus de goût à rien... Le plus séduisant des hommes épouse la plus laide des demoiselles...

« Folies » est un recueil de onze nouvelles sur le thème éponyme, autant dire que la plus grande latitude était laissée à l'imagination des onze écrivains impliqués. Avec quatre textes en relevant, la part belle est donnée à la science-fiction. Le lecteur trouvera également un peu de fantaisie, de fantastique, d'épouvante, de symbolique (trois textes sur les cartes, les échecs et les tarots, pas très convaincants d'ailleurs) et un texte inclassable, le meilleur des onze, un vrai petit bijou d'originalité et d'intelligence, intitulé « L'enchantement de l'e-book » de Bernard Afflatet. Une mention spéciale pour « Moreau » de Xian Moriarty, excellente nouvelle d'horreur et d'épouvante, gore à souhait. Une autre pour « L'abdication du roi Aetherlon » d'Ivan B. Novitchkov, petit chef d'oeuvre d'humour noir. Rien que pour ces trois textes, il faut lire « Folies ».

4/5

 

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20/01/2016

Le Mammouth m'a tuer (Préface)

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19/01/2016

Contes (Maurice Leblanc)

 

index.pngLors de son passage en conseil de révision, Charles Ramel a la mauvaise surprise de se retrouver dans le plus simple appareil face à Paul Brancourt, l'amant de sa femme... François Herledent est un personnage falot, transparent qui n'intéresse personne et qui se voit comme un objet inutile et sans valeur. Devenu veuf, il se retire à la campagne où il n'est toujours rien... L'abbé Gallois dépose régulièrement de l'argent à la banque et en retire autant dans les semaines et les mois qui suivent... Deux vieux garçons, Auguste et Joseph Jumelin vivent sous le même toit. Gros et gras, Auguste est actif et travailleur. Sec et maigre, Joseph reste à la maison pour tenir le ménage. Le premier est libre penseur, le second catholique pratiquant... Un pauvre bougre de cambrioleur est surpris en flagrant délit dans un appartement dont le propriétaire vient de se suicider... Le poète Marescaux et le philosophe Chancerel n'ont pas obtenu le succès littéraire qu'ils espéraient. Ils sont amis et découvrent qu'ils aiment la même femme mais sous des aspects différents...

Ce recueil comporte 19 textes qui sont plus des nouvelles que des contes à proprement parler. Magnifiquement écrits, d'une concision et d'une efficacité remarquable, ils font penser immanquablement aux nouvelles de Guy de Maupassant tant la maîtrise stylistique et l'inspiration en sont proches. Même réalisme, même sens du détail révélateur et surtout même pessimisme sur la condition humaine. Là s'arrête la ressemblance car le lecteur trouvera un peu moins de fantastique chez Leblanc et nettement plus de policier. Plusieurs nouvelles traitent d'assassinats, de suicides et autres crimes de sang souvent étranges et surprenants, ce qui est tout à fait normal sous la plume du père d'Arsène Lupin. Ces textes publiés d'abord dans des journaux (entre 1892 et 1897) n'ont pas pris une ride. Encore aujourd'hui, on peut donc les lire avec grand plaisir.

4,5/5

 

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18/01/2016

Cinq nouvelles extraordinaires (Gustave Le Rouge)

nouvelles Le Rouge.jpgDans une taverne sombre, un homme en observe un autre qui a l'air particulièrement pitoyable. Mais plus il le regarde et plus cet individu lui semble familier... Le grand Répresseur Georgius préside à la mise au pas du peuple qui a eu le tort de se révolter. Avec lui, les pauvres vont être « définitivement humiliés, domestiqués pour des siècles »... A l'issue d'un repas bien arrosé, quelques notables évoquent de généreuses réformes susceptibles d'améliorer les conditions de vie du peuple. Un poète resté jusque là silencieux leur raconte une étrange légende normande... Deux marins rêvent à tout ce qu'ils pourront réaliser quand ils auront retrouvé l'or et les pierres précieuses cachés dans les flancs de l'épave du navire de Jules César coulé au large des côtes anglaises... Capturé par une tribu indienne, un explorateur est enfermé à l'intérieur d'une statue de pierre...

Ces « Cinq nouvelles extraordinaires » relèvent toutes de près ou de loin du genre fantastique et même de l'horreur avec un arrière-plan socio-politique affirmé pour au moins trois d'entre elles. Doté d'une plume de très belle qualité, Le Rouge sait en peu de pages dresser un décor, mettre en place des personnages et lancer une histoire qui bascule très vite du côté obscur. Emule de Jules Verne et de Paul d'Ivoi, ce prolifique auteur, malheureusement un peu oublié de nos jours, fut un des pères fondateurs de la science-fiction et du fantastique d'expression française et, à ce titre, inspira Blaise Cendrars. Le lecteur notera quelques erreurs ou approximations (en particulier dans la nouvelle sur les Aztèques) parfaitement excusables car dans l'esprit du temps. Ces textes qui n'ont pas pris la moindre ride peuvent parfaitement se lire encore aujourd’hui avec grand plaisir et même servir de référence à tous ceux qui veulent reprendre le flambeau de cette forme particulière de littérature.

4/5

 

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16/01/2016

Kafkadministration (Squeeze N°11 - Collectif)

 

index.jpgA Cochin, deux hommes font fonctionner une agence gouvernementale de voyages avec une régularité de métronomes jusqu'au jour où la nature vient perturber cette belle harmonie... Un chômeur qui déclare avoir juste besoin de pain, de vin, de Boursin « avec éventuellement des murs et un toit tout autour » est envoyé du bureau A (accueil) au bureau K (cas particulier) en passant par le bureau M (menteur), le bureau S (sanction) et quelques autres avant de se retrouver sur le toit de l'immeuble... Un homme attend patiemment son tour pour déposer une demande de permis de construire... Léa se retrouve enfermée dans les bureaux vides d'une administration car tout le personnel est parti pour un long week-end. Elle se croit seule mais ne l'est pas vraiment...

« Kafkadministration » est un recueil de onze textes courts ou de véritables nouvelles proposé en libre accès par la revue Squeeze. Comme presque toujours dans ce genre d'ouvrage, le bon côtoie le moyen et l'excellent voisine avec le passable. Le thème général, le monde démentiel et monstrueusement kafkaïen de l'administration, aurait pu prêter à l'humour, à la dérision et à l'ironie. Malheureusement, les auteurs ont préféré le drame, la folie et l'absurde avec toutes les nuances de leurs sensibilités respectives. Dans l'ensemble, l'ouvrage est assez agréable à lire. Plusieurs textes sortent nettement du lot « Chute libre » de Marlène Tissot, « Au-delà de la durée » de Claire Larquemain et le meilleur à mon sens « Le bureau des plaintes » d'Hugo Drillski. Une mention spéciale pour « Portes, monstres, Trésor Public » de Julien Boutreux : créatif, original et interactif. La nouvelle est ainsi conçue qu'elle peut se lire dans n'importe quel sens, en suivant ou non les repères des paragraphes. Le nec plus ultra de l'absurde en quelque sorte.

4/5

 

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15/01/2016

Pensées plus ou moins correctes (60)

GAITE

« Un brin de gaité assaisonne tout. »

(Gracian)

index.jpgGAUCHE

« Je n'ai jamais osé être de gauche étant jeune de peur de devenir de droite en vieillissant. »

(Antoine Blondin)

« Ce à quoi tiennent particulièrement les gens de gauche, ce n'est pas d'avoir raison mais d'être libres d'avoir tort. »

GENERAL

« Les généraux qui meurent à la guerre commettent une faute professionnelle. »

« Un général ne peut naître que dans la famille d'un général. »

(Proverbe chinois)

« Les généraux n'ont pas le goût du sang mais de la tactique. Ce n'est pas du tout la même chose. »

(Maurice Sachs)

GENEROSITE

« L'homme généreux invente même des raisons de donner. »

(Publilius)

 

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14/01/2016

Un roi tout nu (Albert Adès)

index.jpgAu début de l'autre siècle, Carlos Sentilhes, peintre de son état, s'est spécialisé dans les portraits de femmes et en vit assez bien. Mais Valentine, son épouse plus ambitieuse que lui, le pousse à se reconvertir dans les portraits de ministres et de généraux avant d'espérer atteindre le « graal », les tableaux de batailles et autres grands évènements historiques. Fauvarque, un autre rapin qui se croit génial et incompris, s'apprête à emménager à Passy, non loin de chez les Sentilhes, avec Jeanne, sa compagne, quand il rencontre son ami Foutrel, étudiant aussi professionnel que fauché qui veut lui emprunter dix francs. Les Fauvarque et les Sentilhes se fréquentent assidument en toute amitié quoique non dépourvue de rivalités, d'envies et d'arrières pensées quand Huslin, un écrivain torturé, vient intriguer à l'intérieur de leur petite communauté.

« Un roi tout nu » est un roman inachevé d'un auteur égyptien d'expression française complètement oublié de nos jours alors qu'il se retrouva second derrière Marcel Proust pour l'attribution du prix Goncourt de 1919. L'écriture est fluide et agréable mais c'est à peu près le seul point positif. Une histoire se déroulant dans le milieu des peintres du début du XXème siècle aurait pu être passionnante ne serait-ce que par son contexte. Malheureusement, il n'en est rien. L'intrigue vaguement sentimentale ne tient pas la route. Tantôt l'auteur se focalise sur un peintre, puis sur un autre avant de tout braquer sur l'écrivain sans qu'une histoire vraiment construite ne se dessine à aucun moment. Il aborde la problématique de l'artiste dans la société, du rôle de l'argent, des rapports humains mais sans jamais aller plus loin que la surface des choses. Au bout du compte, le lecteur finit par considérer que le jugement du temps qui passe n'est pas toujours injustifié.

 

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12/01/2016

Le papyrus de César (Ferri-Conrad)

 

le payrus de césar.jpgA Rome, Jules César vient d'achever l'écriture de ses « Commentaires de la Guerre des Gaules ». Son éditeur, Bonus Promoplus lui conseille de supprimer le chapitre consacré aux revers subis face aux irréductibles Gaulois d'Armorique. L'ennui c'est qu'un scribe solidaire l'a fait disparaître et l'a confié à Doublepolemix, colporteur sans frontières, qui s'est retrouvé pourchassé par un commando de l'armée romaine bien décidé à récupérer le fameux papyrus qui, s'il est divulgué, risque de provoquer un scandale sans précédent et même déclencher une affaire qui va faire trembler tout l'empire sur ses bases.

Ce nouvel opus du duo qui s'est donné pour mission de remplacer Goscinny et Uderzo pour le plus grand bien des éditions Albert René et de quelques autres, même s'il est supérieur aux albums signés Uderzo seul, n'est quand même pas du niveau de ceux de la grande époque des créateurs. Si les dessins de Didier Conrad sont fidèles au coup de patte d'Uderzo au point d'en être bluffants, il n'en est pas tout à fait de même de l'esprit et de l'humour de Goscinny, nettement plus difficiles à imiter ! En dépit de nombreux gags, de clins d'oeil, d'allusion et même d'un coup de chapeau final aux deux pères des « irréductibles », le lecteur ne rit pas beaucoup à la lecture de cette histoire à l'intrigue sans grande originalité ni attrait particulier. A se demander s'il ne faudrait pas fuir systématiquement toutes ces resucées, ces ouvrages (BD, romans ou films) produits par des continuateurs qui n'auront jamais le génie des créateurs. Au bout du compte, une impression des plus mitigées.

2,5/5

 

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Bienvenue sur Déliciosa (Chapitres 1 & 2)

00:29 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/01/2016

Train (-train) quotidien / Chroniques ferroviaires (Claire Arnot)

index.jpg« Pendulaire » comme des millions de banlieusards, Claire Arnot habite en Ombrie et prend tous les matins le train pour Rome où elle enseigne au Lycée français. Elle profite de ces deux heures de temps « perdu » pour noter tout ce qu'elle observe. Avec son regard aigu mais compatissant, peu de choses lui échappe et Dieu sait s'il s'en passe dans les trains, les gares, les bus et le métro pour qui veut bien faire autre chose qu'y dormir !

Ces très courtes chroniques (chacune ne représente qu'environ une page) sont autant de petits tableaux précis et ciselés, autant d'instantanés de la vie de tous les jours qui sont assez dans l'esprit des poèmes en prose de Philippe Delerm mais en plus social et en moins superficiel. En effet, en peu de mots, Claire Arnot arrive à décrire ou à suggérer énormément de choses. Elle propose une série de portraits croqués sur le vif et pas piqués des vers comme celui de la pauvre Africaine avec son smartphone dernier cri empli d'applications bibliques, ou celui de la contrôleuse acariâtre surnommée « le Sanglier », sans parler du chanteur de reggae aveugle qui, « après avoir singé Bob Marley remballe son matos, garde ses lunettes noires et repart à vélo ». En un ou deux paragraphes, d'une plume aussi poétique que minimaliste, elle est capable de brosser de superbes descriptions de son cadre de vie comme dans « Toit mon toit » ou « Camping forcé ». Intéresser, amuser, émouvoir, tout à la fois, un vrai tour de force ! Mais le plaisir du lecteur ne s'arrête pas au seul côté anecdotique voire journalistique des textes. Il est renforcé par la qualité du style, le sens de la formule et les trouvailles souvent étonnantes. Quelques exemples : pour un clochard, « immondice du matin, chagrin... humain », pour un réfugié, « en règle ? Clandestin ? Quel destin ? », pour une cougar, « par derrière, lycée, par devant, musée », pour les mendiants qui chantent dans le métro, « les musi-chiens », et pour les touristes ramollis du bulbe, « Merci Ryanair ! Tourisme et culture low-cost... ». Au total, un pur régal ! Félicitations aux Editions du 38 pour ce petit bijou atypique.

5/5

 

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10/01/2016

Les Faux As (Chapitres 1 à 29)

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09/01/2016

Voleurs de lumière (Sylvie Kaufhold)

voleurs de lumière.jpgDans une cité-bulle des territoires de l'Ombre où la lumière est comptée aux pauvres gens, la jeune Gwen, 12 ans, est accusée de sorcellerie en raison de sa chevelure rousse. La populace déchainée veut même improviser un bûcher pour la brûler vive car elle s'imagine qu'elle a fait périr père et mère dans un incendie. Un capitaine de la garde consulaire s'interpose juste à temps. Sur ordre du consul Leroy, il la tire des griffes de la foule et la conduit à la Tour Froide, prison de fort mauvaise réputation...

« Voleurs de lumière » est une nouvelle (ou novella d'une centaine de pages) de fantaisie fantasmagorique pleine de poésie, de symbolisme et d'images oniriques surprenantes. Ce texte magnifique est porteur de thèmes aussi intéressants que celui du passage de l'ombre à la lumière, ou celui de l'opposition entre l'oppression et la liberté, sans parler de la haine et l'amour ou de la mort et la vie. D'où un aspect conte philosophique qui donne à réfléchir et pas juste à rêver comme cela peut être trop souvent le cas dans ce genre de littérature. Le personnage de Gwen est attachant et sympathique, une vraie héroïne que l'on quitte à regret en se disant que cette histoire dévorée trop vite appelle à une suite dans cet univers particulièrement étrange et original. La plume est alerte et agréable, le style limpide et efficace. Un vrai régal pour amateurs (trices) de fantaisie de qualité.

5/5

 

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08/01/2016

Vouloir toucher les étoiles (Mike Horn)

 

index.jpgMike Horn est un aventurier de l'extrême, une référence en matière de survie et de défis impossibles à relever. Un palmarès hors norme. Il a descendu l'Amazone en hydropseed, suivi sur 40 000 km la latitude zéro sans la moindre utilisation de moteur à explosion, bouclé le tour de l'Arctique et effectué un nombre important de tours du monde à la voile. Dans cet ouvrage, en plus de nous révéler quelques pans moins connus de sa vie, il nous raconte en détail son nouveau pari : gravir à la suite, en compagnie de trois amis montagnards chevronnés, quatre sommets de plus de 8000 mètres dans l'Himalaya. Sans porteurs, sans oxygène et sans voie préparée par des cordes, juste à la force de la volonté...

Ce témoignage, écrit avec trois co-auteurs cités en fin d'ouvrage, laisse le lecteur aussi partagé qu'admiratif. En effet, avec beaucoup d'honnêteté et de modestie, Mike Horn lui fait découvrir la réalité de la fameuse zone de mort entre 7500 m et 8000 m d'altitude où un rien, un faux pas, une hallucination, quelques minutes de trop peuvent déclencher la catastrophe fatale. On est assez loin des sagas flamboyantes de certains grimpeurs plus soucieux de cultiver leur légende que de dépeindre la cruelle réalité. Horn ne cache pas que chaque année il perd plusieurs amis aventuriers victimes de leur passion. Un livre agréable à lire, qui se dévore même. Plus généraliste que ses précédents car au récit des escalades (celle du Makalu est particulièrement dramatique) répondent des flashbacks sur sa jeunesse, sa vie militaire, son passé de trader dans le commerce de fruits et légumes, son présent d'aventurier sponsorisé, de coach sportif et de défenseur de la biodiversité sans oublier quelques pages sur sa vie privée. Le lecteur referme le livre en se disant que l'auteur aurait pu en raconter sans doute le triple. A conseiller aux amateurs de grands espaces, aux conquérants de l'impossible et même aux aventuriers en pantoufles !

4/5

 

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06/01/2016

Belle-Rose (Amédée Achard)

index.jpgAu début du règne de Louis XIV, Guillaume Grinedal, dit « le père Guillaume », fauconnier de son état et ancien militaire, s'est retiré avec ses trois enfants, Jacques, Claudine et Pierre, à la campagne non loin de Saint Omer, dans une petite maison léguée par son ancien maître. Un jour de 1658, un homme qui se dit commerçant confie une mission délicate à Jacques qui s'en acquitte avec un brio remarquable. A son retour, Jacques demande en mariage Suzanne, fille d'un nobliau des environs lequel refuse car le prétendant est pauvre et sans nom. Complètement dégoûté, Jacques quitte la région pour aller tenter sa chance à Paris. Détroussé en chemin par des brigands et se retrouvant sans un sou, il ne lui reste plus d'autre alternative que de s'enrôler dans l'armée...

« Belle-Rose » est un roman populaire de style « cape et épée » comme on savait si bien en écrire au XIXème siècle. Tous les ingrédients du genre sont présents : multiples rebondissements, duels, batailles, coups tordus, machinations diverses et variées, méchants très répugnants (Louvois a un très vilain rôle dans cette histoire foisonnante), bons particulièrement courageux et chevaleresques, amours contrariés. Au long de ce gros pavé de 691 pages, le héros passera son temps à faire contre mauvaise fortune bon cœur, à se battre contre une destinée contraire et n'arrivera à ses fins qu'avec une dose de constance et de courage hors du commun. Avec ce héros, ce chevalier prolétarien sans peur et sans reproche, on se retrouve à mille lieues des personnages de la littérature actuelle. Mais quel plaisir de goûter la langue magnifique, le style élégant et le panache d'un auteur sachant mener son histoire tambour battant. Selon le principe du roman feuilleton, l'intérêt est relancé systématiquement à chaque chapitre. Contemporain de Ponson du Terrail, de Paul Féval et d'Alexandre Dumas, Amédée Achard, auteur prolifique et estimé en son temps même par Dumas est injustement oublié de nos jours et c'est bien dommage. Espérons que le libre accès de ce texte permettra aux amateurs de bons romans historiques de le découvrir (ou de le redécouvrir).

4/5

 

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05/01/2016

Le merveilleux ménétrier (Conte picard légèrement remanié)

images.jpgIl était une fois un ménétrier qui avait un violon un peu grinçant d'avoir trop longtemps fait danser filles et garçons pour les bals et les mariages dans tous les coins de Picardie. Un peu las et dégoûté par le peu d'enthousiasme qu'il rencontrait au village, ce pauvre ménétrier se rendit un jour tout seul dans une forêt, se creusant la tête pour savoir ce qu'il pourrait bien faire pour retrouver la faveur du public. Et comme il ne trouvait rien, il se dit: "Le temps commence à me sembler long à rester à ruminer comme ça, tout seul dans cette forêt noire et profonde; je devrais faire en sorte de trouver un bon compagnon pour jouer de la musique avec moi." En conséquence, il prit son violon qu'il portait sur le dos, et se mit à jouer un air qui réveilla mille échos dans le feuillage. Il n'y avait pas longtemps qu'il jouait, lorsqu'un loup vint en tapinois derrière les arbres. "Ciel! voilà un loup! Ce n'est point là le compagnon que je désire," pensa le ménétrier. Cependant le loup s'approcha, et lui dit: "Eh! cher ménétrier, que tu joues bien! Ne pourrais-je pas aussi apprendre ton art?"
    – La chose est facile," répondit le ménétrier, "il suffit pour cela que tu fasses exactement tout ce que je te dirai."
   "Oh! cher ménétrier," reprit le loup, "je veux t'obéir, comme un écolier obéit à son maître."
    Le musicien lui enjoignit de le suivre, et lorsqu'ils eurent fait un bout de chemin, ils arrivèrent au pied d'un vieux chêne qui était creux et fendu par le milieu. "Tu vois cet arbre," dit le ménétrier, "si tu veux apprendre à jouer du violon, il faut que tu places tes pattes de devant dans cette fente." Le loup obéit; mais le musicien ramassa aussitôt une pierre et en frappa avec tant de force les deux pattes du loup, qu'elles s'enfoncèrent dans la fente, et que le pauvre animal dut rester prisonnier. "Attends-moi jusqu'à ce que je revienne, ajouta le ménétrier." Et il continua sa route. Il avait à peine marché pendant quelques minutes, qu'il se prit à penser de nouveau: "Le temps me semble si long dans cette forêt, que je vais tâcher de m'attirer un autre compagnon." En conséquence, il prit son violon, et joua un nouvel air. Il n'y avait pas longtemps qu'il jouait, lorsqu'un renard arriva en tapinois à travers les arbres. "Ah! voilà un renard," se dit le musicien, "ce n'est pas là le compagnon que je désire." Le renard s'approcha, et lui dit: "Eh! cher musicien, que tu joues bien! Je voudrais bien apprendre ton art." -
    "La chose est facile," répondit le musicien, "il suffit pour cela que tu fasses exactement tout ce que je te dirai."
    - "Oh! cher musicien," reprit le renard, "je te promets de t'obéir, comme un écolier obéit à son maître."
    - "Suis-moi," dit le ménétrier. Quand ils eurent marché pendant quelques minutes, ils arrivèrent à un sentier bordé des deux côtés par de hauts arbustes. En cet endroit, le musicien s'arrêta, saisit d'un côté du chemin un noisetier qu'il inclina contre terre, mit le pied sur sa cime; puis de l'autre côté, il en fit de même avec un autre arbrisseau; après quoi, s'adressant au renard: "Maintenant, camarade, s'il est vrai que tu veuilles apprendre quelque chose, avance ta patte gauche." Le renard obéit, et le musicien lui lia la patte à l'arbre de gauche. "Renard, mon ami," lui dit-il ensuite, "avance maintenant ta patte droite." L'animal ne se le fit pas dire deux fois, et le ménétrier lui lia cette patte à l'arbre de droite. Cela fait, il lâcha les deux arbustes qui se redressèrent soudain, emportant avec eux dans l'air le renard qui resta suspendu et se débattit vainement. "Attends-moi jusqu'à ce que je revienne," dit le musicien. Et il continua sa route. Il ne tarda pas à penser pour la troisième fois: "Le temps me semble long dans cette forêt; il faut que je tâche de me procurer un autre compagnon." En conséquence, il prit son violon, et les accords qu'il en tira retentirent à travers le bois. Alors arriva, à bonds légers, un levraut. "Ah! voilà un levraut," se dit le musicien. "Ce n'est pas là le compagnon que je désire." - "Eh! cher musicien," dit le levraut, "que tu joues bien! je voudrais bien apprendre ton art." - "La chose est facile," répondit le ménétrier, "il suffit pour cela que tu fasses exactement tout ce que je te dirai." - "Oh! cher musicien," reprit le levraut, "je te promets de t'obéir comme un écolier obéit à son maître." Ils cheminèrent quelque temps ensemble, puis ils arrivèrent à un endroit moins sombre du bois où se trouvait un peuplier. Le musicien attacha au cou du levraut une longue corde qu'il noua au peuplier par l'autre bout. "Maintenant ami levraut, fais-moi vingt fois en sautant le tour de l'arbre." Le levraut obéit; et quand il eut fait vingt fois le tour commandé, la corde était enroulée sur toute sa longueur, si bien que le levraut se trouva captif, et il eut beau tirer de toutes ses forces, il ne réussit qu'à se meurtrir le cou avec la corde. "Attends-moi jusqu'à ce que je revienne," dit le musicien. Et il poursuivit sa route. Cependant à force de tirer, de s'agiter, de mordre la pierre et de travailler en tous sens, le loup avait fini par rendre la liberté à ses pattes en les retirant de la fente. Plein de colère et de rage, il se mit à la poursuite du musicien qu'il se promettait de mettre en pièces. Lorsque le renard l'aperçut qui arrivait au galop, il se prit à gémir et à crier de toutes ses forces: "Frère loup, viens à mon secours! Le musicien m'a trompé." Le loup inclina les deux arbustes, rompit les cordes d'un coup de dent, et rendit la liberté au renard qui le suivit, impatient aussi de se venger du musicien. Ils rencontrèrent bientôt le pauvre levraut, qu'ils délivrèrent également, et tous les trois se mirent à la poursuite de l'ennemi commun. Or, en continuant son chemin, le ménétrier avait une quatrième fois joué de son violon merveilleux; pour le coup il avait mieux réussi. Les accords de son instrument étaient arrivés jusqu'aux oreilles d'un pauvre bûcheron, qui, séduit par cette douce musique, abandonna sa besogne, et, la hache sous le bras, s'empressa de courir vers l'endroit d'où partaient les sons. "Voilà donc enfin le compagnon qu'il me faut!" dit le musicien, celui-là pourra m'accompagner un jour à la scie musicale." Puis il se remit à jouer d'une façon si harmonieuse et si magique, que le pauvre homme resta là immobile comme sous l'empire d'un charme, et que son coeur déborda de joie. C'est à ce moment qu'arrivèrent le loup, le renard et le levraut. Le bûcheron n'eut pas de peine à remarquer que ses camarades n'avaient pas les meilleures intentions. En conséquence, il saisit sa hache brillante et se plaça devant le musicien, d'un air qui voulait dire: "Celui qui en veut au ménétrier fera bien de se tenir sur ses gardes, car il aura affaire à moi." Aussi la peur figea sur place les animaux conjurés. Le loup cependant raconta au bucheron le mauvais tour que lui avait joué le musicien. Le renard se plaignit d'avoir été pendu dans un noisetier et le levraut en ajouta une couche avec son histoire de corde enroulée autour d'un peuplier.
– Ca change tout ! fit le bûcheron qui se retrouvait grâce à la puissance de sa hache à devoir rendre la justice tel le bon roi Saint Louis sous son chêne de Vincennes. Ménétrier, tu as gravement lésé ces trois honnêtes habitants de la forêt. Tu mérites une bonne sanction...
– Je cherchais juste quelques aimables compagnons pour fêter dignement la pleine lune, rétorqua le violoneux. Ces trois-là veulent me faire la peau... Je leur ai causé du tort, j'en conviens, mais ça ne mérite pas la mort.
– Sans doute, fit le bûcheron. Je délibère et je vous annonce ma sentence. Le ménétrier ici présent devra jouer toutes les musiques qu'il connait sans jamais s'arrêter et ça jusqu'au lever du jour.
Les animaux trouvèrent juste et équitable la décision du juge improvisé. Le musicien prit son violon et se mit à jouer une gavotte bien entrainante. Le loup et le renard se mirent à danser. Le levraut assis sur ses pattes arrière marquait joyeusement le rythme.
C'est alors qu'attirés par la merveilleuse musique et les chants un peu moins mélodieux des trois animaux, des centaines de lutins de Picardie envahirent la clairière pour se mêler à la danse. Il y avait là tout le ban et l'arrière-ban des « gobelins », des « houppeux », des « fillottes » et des « herminettes », de toutes sortes et de toutes tailles, vêtus d'oripeaux aussi bizarres que bariolés qui tournaient et tournaient en s'en donnant à cœur joie. Le bucheron, les animaux et les lutins des bois se mirent à danser une folle sarabande. Jamais le ménétrier n'avait été à pareille fête. Jamais le bucheron n'avait ressenti autant de joie dans son cœur. Les lutins étaient si beaux et ils dansaient si bien ! Et toute la compagnie était si joyeuse et si fraternelle !
Mais au bout d'une heure de danse échevelé, le loup, le renard et le levraut tombèrent sur l'herbe, complètement épuisés et se mirent à ronfler en choeur et en rythme. La fête battait son plein. Comme le ménétrier, les lutins semblaient ne ressentir aucune fatigue. Pourtant, juste avant l'aube, Charivari, le chef des lutins, s'arrêta net en plein milieu d'une danse, fit un signe aux autres et tous se figèrent. Le ménétrier éloigna son archet de son violon
– Amis, l'aurore va bientôt paraitre et il nous faut songer à regagner nos demeures. Sans la gentille herminette, qui a pris le soin de m'avertir de la proche venue du jour, nous courions le risque d'être ici surpris par la lumière et de disparaître à jamais. Mais avant de quitter cette forêt, il nous faut récompenser ce brave ménétrier, qui a bien voulu nous faire passer ici une nuit si agréable. Je sais que c'est un pauvre homme et que quelques pièces d'or dans son escarcelle ne sauraient lui nuire. Donnons-lui donc tout ce que nous avons sur nous.
- Oui! Oui ! C'est cela ! Crièrent les lutins.
Et chacun d'eux donna quelque chose à l'homme; pour l'un ce furent des pièces d'or ou d'argent, pour d'autres un diamant; l'un donna une belle veste brodée d'or pour le fils du violoneux, un autre une robe d'un travail exquis pour sa fille ou un bonnet pour sa femme. Ceux d'entre eux qui n'avaient rien lui confièrent quelque important secret ou lui dévoilèrent la vertu de quelque plante ou de quelque fleur. Mais le plus beau présent fut celui du roi des lutins. Il offrit au ménétrier un violon tel que jamais n'en avait possédé aucun violoneux dans tout le royaume. Ce violon, fait d'un bois inconnu et enfermé dans un charmant étui fait de la main des fées sans doute, rendait des sons véritablement divins.
– Encore une ronde ! demanda une jolie petite fillotte.
– Encore une ronde ! Répétèrent les autres lutins.
Le ménétrier prit son nouveau violon et joua la dernière ronde. Les lutins, sans se tenir par la main, cette fois, se mirent à danser à nouveau sur les branches, les feuilles et les fleurs des buissons bordant le sentier, mais si doucement, si légèrement que branches, feuilles et fleurs ne remuaient en aucune façon sous le poids des gentils petits êtres. Au commandement de leur chef, le violoneux s'arrêta et les lutins se dispersèrent après avoir remercié à nouveau le ménétrier. Resté en la seule compagnie du bucheron, le musicien lui donna quelques pièces pour le remercier pour son jugement digne du roi Salomon. Sans réveiller les trois animaux qui dormaient toujours, il salua son nouvel ami, rassembla les présents des petits hommes et prit la route de son village. Peu après, il y retrouva sa famille en proie à la plus grande inquiétude. Il rapporta ses aventures de la nuit dans la forêt et ce ne fut qu'après avoir montré le violon merveilleux, la veste, la robe, le bonnet et les pièces d'or, qu'ils acceptèrent de le croire. Riche désormais, il vécut fort heureux, car considéré par tout le monde comme le meilleur ménétrier de la Picardie et même de tout le royaume.

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04/01/2016

Antoine Blondin (Alain Cresciucci)

index.jpgAntoine Blondin, né le 11 avril 1922 à Paris et mort le 7 juin 1991 à Paris, fils d'une poétesse et d’un correcteur d’imprimerie, lui-même écrivain raté, est un brillant sujet à l'école, qui collectionne prix et récompenses. Sous l'Occupation, il est envoyé en Allemagne dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO), ce qui lui inspire son premier ouvrage, « L'Europe buissonnière ». Le livre obtient le Prix des Deux Magots. D'autres romans suivent (« Les Enfants du bon Dieu », « L'Humeur vagabonde », « Un singe en hiver » qui sera adapté au cinéma et « Monsieur Jadis »). Avec Roger Nimier, Jacques Laurent et Michel Déon, il fait partie du mouvement littéraire des Hussards. Egalement journaliste sportif, il est l'auteur de nombreux articles (plus de mille) parus notamment dans le journal L'Équipe. Il suit vingt-sept éditions du Tour de France et sept Jeux olympiques. Buvant souvent plus que de raison, il a marqué le quartier de Saint-Germain-des-Prés de ses frasques, jouant à la « corrida » avec les voitures, multipliant les visites dans les bars et collectionnant les arrestations.

Ce livre, pavé de 533 pages, est une biographie particulièrement fouillée de la vie et de l'oeuvre de Blondin. Le ton et le style en est assez lourdement universitaire avec tout ce que cela comporte de précision et de minutie (le corpuscule de notes représente à lui seul plus de cinquante pages en petits caractères), mais aussi de manque de fantaisie et de lourdeur amenant une lecture un peu laborieuse. Grand spécialiste de l'auto-fiction, ce genre littéraire reposant sur le témoignage d'une vie rêvée, transcendée et devenue légendaire, Blondin a plus laissé de questions et de zones d'ombre que de certitudes sur sa vie. L'auteur a cherché à s'éloigner de la mythologie, de la notoriété douteuse de l'alcoolique, franc compagnon et bagarreur notable, pour s'attacher au personnage mélancolique et désabusé ayant toutes les peines du monde à écrire et à produire une œuvre littéraire importante. Intéressant pour qui aime encore cet auteur malheureusement déjà un peu oublié de nos jours.

3/5

 

 

 

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03/01/2016

Mourir en août (Jean-Baptiste Ferrero)

index.jpgAncien universitaire devenu détective et conseiller pour les entreprises, Thomas Fiera est contacté par un inconnu qui lui recommande de refuser toute enquête sur la société MC4 qui pourrait lui être proposée par un ami. Quelques minutes plus tard, il reçoit un appel de son ami Fabrice Pontecorvo qui lui propose justement de s'intéresser à une histoire de cadre de la MC4 qui balancerait toutes sortes de révélations gênantes à un journal local. Bien doté en matière d'esprit de contradiction et très motivé par un compte en banque dans le rouge, Fiera, en bon « paratonnerre à emmerdements » qu'il est, accepte une mission qui va l'amener à se confronter à une fausse secte druidique, vraie mafia néo-nazie assez peu philanthropique. Mais heureusement pour lui, il pourra compter sur l'appui d'une équipe de marginaux tout ce qu'il y a de motivée.

« Mourir en août » est un roman noir et même très noir où les morts s'accumulent autant sinon plus que dans les meilleurs thrillers américains. Il faut dire que Thomas Fiera et sa fine équipe de pirates décarpilleurs n'y vont pas par quatre chemins ! Les « faux druides, vrais fachos, authentiques tarés » et autres « ramollis du bulbe » n'ont qu'à bien se tenir ! Le temps d'une lecture qui se pratique au galop (impossible de lâcher le bouquin...), ils sont réduits en bouillie, éclatés, dégommés, quasiment transformés en pâtée pour chats. L'intérêt de ce polar fort divertissant ne tient pas trop à son intrigue plutôt basique et reposant sur « un malentendu, un incident, un carambolage » mais plutôt au style particulier de l'auteur, émule des très grands et très regrettés Boudard, Audiard et Dard. Même gouaille, même truculence, même ton décalé, même humour (très noir) et même maîtrise de l'argot et des expressions imagées voire choquantes (parfois un peu scato...) Et que dire de la galerie de personnages improbables voire caricaturaux sans déflorer cette histoire totalement ébouriffante ? Le plus représentatif en est le héros, Thomas Fiera, (avatar de l'auteur ?), maniaco-dépressif aussi pleurnichard qu'arrogant, à la fois déplaisant car hyper violent et bardé de certitudes et en même temps émouvant car fragile psychologiquement, attaché à jamais à une femme qui n'en finit pas de mourir et capable de bosser pour la gloire et les grands principes. Plus pétri d'humanité que ça, tu meurs ! Allez, il faut lire Fiera pour Ferrero à moins que ce ne soit Ferrero pour Fiera. Dans quelque sens qu'on le prenne, on ne regrettera pas le détour !

4,5/5

 

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02/01/2016

Les arènes de Vasane la rouge (Richard Forest)

cover225x225.jpegPour obtenir le titre envié de Peyor, les plus impitoyables guerriers s'entretuent tous les trente ans dans l'arène de Vasane, la ville rouge. Le gagnant sera promu immortel. Il deviendra le bras armé de Nergal, la redoutable divinité aux cornes noires, et sera l'égal d'un dieu. Choisi parmi une centaine d'autres jeunes gens, Karim doit représenter son peuple dans ces joutes particulières. Il doit d'abord affronter un gros Vasanien d'une trentaine d'années au visage porcin qui n'est que le premier de la longue série d'adversaires qu'il devra battre. Mais Karim y parviendra-t-il  ?

« Les arènes de Vasane la rouge » est une longue nouvelle ou novella qui sert en réalité de préquel pour inciter le lecteur à s'intéresser aux autres épisodes de la série. Cette version fantaisie des jeux du cirque avec leurs gladiateurs impitoyablement achevés s'ils sont perdants n'est pas d'une grande originalité. Les combats succèdent aux combats. Seuls varient l'aspect des combattants et les armes qu'ils utilisent. C'est un peu juste pour maintenir l'intérêt de bout en bout. Ceci dit, le style est agréable et enlevé. Petit bouquin distrayant comme un péplum ou un jeu video. Rien de plus.

3/5

 

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