31/03/2015

Le loup et le renard (Nouvelle extraite du recueil "Dorian Evergreen")

08:16 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/03/2015

La maison ogre (Arnaud Prieur)

la maison ogre.jpgDans la région de Brest, le jeune Tom, 6 ans, est un orphelin pris en charge par une institution où il traine une vie des plus malheureuses. Un grand, Eddy Mezert, profite de sa force pour abuser de lui... A Brunoy, petite ville de la région parisienne, se produit un bizarre accident. Deux voitures se seraient pourchassées et une troisième, une grosse berline sombre, les auraient envoyées s'encastrer dans un arbre avant de disparaître mystérieusement. Etrangement passive, la police considère ce drame comme un banal accident de la route et classe immédiatement l'affaire. Ce que n'accepte pas Eric, un jeune généalogiste chercheur d'héritiers, qui décide de mener l'enquête avec quelques amis. Et ce qu'il va découvrir a de quoi faire se dresser les cheveux sur la tête.

« La maison Ogre » peut se classer comme thriller avec une dose d'horreur vaguement surréaliste. Il ne faut pas trop chercher de vraisemblance dans une intrigue un peu bizarroïde et qui se perd souvent dans les détails sans intérêt. Les thèmes des manipulations mentales, des dérives sectaires et autres soumissions à l'autorité sont plus suggérés et déviés vers le grand guignol qu'intelligemment exploités. Pour ne rien arranger, ce gros bouquin finit par lasser un peu à cause d'un manque de rythme, d'originalité, de peps et beaucoup par une abondance de coquilles, de fautes de frappe (mots en trop ou manquants) ou de vocabulaire (« bringuebalé de droite à gauche » en lieu et place de « brinquebalé » réussissant l'exploit d'ajouter un pléonasme à une belle erreur et ne parlons pas des confusions entre soufflet et soufflé ou palais et palet!!!). Les Editions du Riez n'auraient-elles pas les moyens de s'offrir les services d'un bon correcteur ? Sinon, le style de l'auteur n'a rien de particulier. Pour conclure, l'ouvrage est moyen et même un peu terne. Il ne relève pas vraiment des critères de la véritable littérature de l'imaginaire, le fantastique étant beaucoup trop éclipsé par le thriller.

2,5/5

08:26 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/03/2015

Corpus Prophetae (Matt Verdier)

Corpus prophetae.jpgA Demvillle (Australie), dans un futur relativement proche, Vincent Montalescot, archéographe du World SPARC, société spécialisée dans les voyages temporels, doit faire face à une assemblée hostile lors d'une conférence de présentation du nouveau projet « Yeshua ». Il s'agit de repartir vers le passé pour trouver de nouveaux éléments permettant d'établir enfin la véritable biographie du Christ... Sur un mont des déserts glacés de l'Antarctique, un monastère cistercien datant du Moyen-Age est découvert en parfait état de conservation. Il aurait servi à cacher toute une bibliothèque de livres hérétiques en totale contradiction avec les dogmes professés par l'église catholique. Les premières découvertes du SPARC indiquent que le Christ, simple humain, aurait été écartelé et que ses membres auraient été disséminés en cinq endroits secrets de la planète. Montalescot se lance dans une nouvelle enquête alors que le Vatican veille au grain et place en embuscade la congrégation de la doctrine de la foi, avatar moderne de la terrible Inquisition.

Comment caractériser « Corpus Prophetae » ? Nous ne sommes pas dans la science-fiction quand bien même l'auteur nous promène de siècles en siècles de manière quasi aléatoire ce qui ne simplifie pas le travail de compréhension du lecteur. Ses incursions dans le futur sont datées de 2077. Les avancées technologiques sont assez restreintes de sorte qu'on est à peine dans l'anticipation. Restent le fantastique et surtout l'horreur. Verdier est généreux en fusillades, tueries et boucheries en tout genre. Avec lui, souvent l'hémoglobine coule à flot. Le lecteur aurait aimé qu'il en fut autant de l'intelligence, de la vraisemblance et de la tenue psychologique des personnages. Mais le pire est à venir. Il se niche dans le manque d'originalité. Encore une histoire de machine à remonter le temps. Encore des délires sur la vie de Jésus, sur une descendance physique du Christ, sur une puissance fantasmée d'une religion qui serait établie sur une longue série de mensonges et d'impostures. De ce fatras à la Dan Brown (en beaucoup plus mal ficelé), ne surnagent que les descriptions de créatures diaboliques bien répugnantes comme cet ange Gabriel revu et corrigé style Frankenstein ou Grand Guignol, une certaine lassitude car il faut se faire violence pour finir ce pavé ennuyeux et surtout l'impression qu'il ne suffit pas d'accumuler les ingrédients des best-sellers américains (voyages aux quatre coins de la planète, séquences coup de poing, violence plus ou moins gratuite et pseudo révélations historiques) pour rivaliser avec les maîtres du genre. Sans grand rythme, le style de Verdier est honnête et facile à lire si l'on ne tient pas compte de quelques coquilles et autres confusions lexicales (telles perpétrer et perpétuer, page 192), indignes d'une bonne maison d'édition.

2,5/5

08:59 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/03/2015

Le tour du doigt (Jean Anglade)

51prG+B2AZL._AA160_.jpgFils d'un pauvre carrier, Jules Vendange est une jeune auvergnat affublé d'une particularité gênante : il déteste le fromage. A défaut d'être paysan, il sera donc maître d'école. Il n'en a pas fini avec l'école normale que déjà sonnent les clairons de la première guerre mondiale. Grièvement blessé et amputé d'une jambe au Chemin des Dames, il reprend ses études et rate le brevet supérieur, le béhesse comme il dit. Il n'en est pas moins affecté dans l'école à classe unique d'un tout petit village de montagne...

En quatre cent pages rééditées en l'honneur du centenaire du prolifique patriarche de la littérature dite de terroir, « Le tour du doigt » nous déroule toute la vie d'un personnage qui ressemble beaucoup à celle de l'auteur mais avec un décalage d'une vingtaine d'années. Le lecteur y découvrira combien la vie d'enseignant de base pouvait tout à la fois être différente et combien plus difficile que maintenant tout en n'étant pas si éloignée que cela, ne serait-ce que par les joies et les peines de ce métier si beau et si difficile. Les personnages sont pratiquement tous de petites gens, honnêtes, courageux et touchants avec un cas à part, celui d'Automne, la belle quarteronne antillaise, dont Jules est tombé amoureux et qui semble ne pas daigner répondre à son attente. Inutile de rappeler les immenses qualités narratives de Jean Anglade. Un destin, une vie simple d'honnête homme. Un très beau texte.

4,5/5

09:16 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/03/2015

Vortex (Robert Charles Wilson)

index.jpgA Houston (Texas), Orrin Mather, un jeune vagabond attaqué par des inconnus qui veulent lui dérober la dizaine de carnets qu'il défend farouchement, est secouru par Jefferson Bose, un flic qui le conduit au State Care, un centre social pour personnes en détresse, où la doctoresse Sandra Cole doit statuer sur son cas et peut-être décider de son internement. Sandra est étonnée par l'attitude timide et soumise du jeune homme et surtout par ce que racontent ses carnets. Elle y lit que perdu dans un désert sur Equatoria, un certain Turk Finley aurait fait un bond de 10 000 ans dans le futur en passant par un arc temporel conçu par les « Hypothétiques ». Il aurait été capturé par les « Fermiers » puis transféré en compagnie d'une certaine Treya, dite Allison Pearl, sur Vox, un archipel artificiel destiné à rejoindre la Terre devenue toxique et inhabitable. Mais que faut-il croire dans ce qui ne semble être que des élucubrations dignes d'un roman de science-fiction ?

Après « Spin » et « Axis », « Vortex » vient clore une sorte de trilogie de science-fiction humaniste où chaque épisode peut se lire indépendamment car si un certain nombre d'éléments comme le Spin, les Hypothétiques ou les Arcs temporels se retrouvent dans les trois ouvrages, les personnages et les époques diffèrent. Nous n'avons pas affaire à une saga au sens habituel mais plutôt à trois volets d'un univers foisonnant et d'une extraordinaire originalité. La construction littéraire est originale puisqu'elle se développe sur deux plans avec mise en abyme : d'un côté une enquête menée par Sandra Cole et Jefferson Bose et de l'autre les récits de Turk Finley et d'Allison Pearl. Tous deux également passionnants. Il faut lire « Vortex » ne serait-ce que pour avoir les ultimes clés de compréhension des deux autres livres de Wilson. Sans les dévoiler, le lecteur remarquera seulement que le dénouement de cette histoire bizarroïde est proprement époustouflant, qu'il répond à toutes les interrogations laissées pendantes et que la vision globale de l'évolution de la vie sur Terre est quand même fortement pessimiste. A noter, la très intéressante métaphore du « Coryphée », cette sorte de conscience universelle à laquelle chacun est branché et qui régule à distance joies et peines de l'humanité. Une trilogie passionnante que ne doivent rater sous aucun prétexte les amateurs de science-fiction et d'anticipation intelligente, originale, puissante et surtout très bien écrite. Attention, chef d'oeuvre !

5/5

09:14 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/03/2015

Montburgonde (Chapitre 1)

08:31 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/03/2015

Les Faux As (Chapitres 1 à 11)

08:49 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/03/2015

Le bâtard de Kosigan (Fabien Cerruti)

Le batard de losigan.jpgEn 1339, en Champagne, le chevalier bâtard Pierre Cordwain de Kosigan et sa bande de mercenaires tendent une embuscade à un cavalier elfe pour s'emparer du message secret qu'il transporte... Un peu plus tard, dans la ville de Troyes, Kosigan participe à un tournoi richement doté et déterminant pour l'avenir de la province et de ses anciens peuples...

En 1899, Michaël Konnigan, professeur d'archéologie médiévale est parti sur les traces du passage de l'armée d'Athalaric poursuivie par les hordes Khazars, non loin de la rivière Oka en Russie. Il espère découvrir la cachette de « l'oeil d'Odin ». Lettre après lettre, il informe ses amis de l'avancée de ses recherches...

« Le bâtard de Kosigan » relève du registre de la fantaisie médiévale, c'est à dire d'un mélange de fantastique avec les habituels sorciers, elfes, trolls et autres korrigans et d'histoire moyenâgeuse en fond de décor, le tout rappelant beaucoup l'univers des jeux video. Premier tome d'une série à venir, il laisse une impression d'inachevé et pas mal de lacunes surtout dans l'histoire de Konnigan. On devine que l'auteur s'est laissé des perspectives et des échappatoires pour développer la suite de sa saga. Mais le lecteur aura-t-il envie de continuer à suivre les aventures de ce personnage peu recommandable et finalement peu crédible historiquement ? Il raisonne et de se comporte d'une manière beaucoup trop moderne qui n'a strictement rien de chevaleresque. Si on y ajoute une accumulation d'anachronismes agaçants et une grossière erreur historique à propos de l'inauguration du musée Maxime Gorki de Moscou, on comprendra que les véritables passionnés d'Histoire pourront avoir quelques réticences d'autant plus que Cerruti est présenté comme « professeur d'Histoire ». Son héros, don juan doublé d'un super héros invincible, se sort des situations les plus improbables, est blessé et soigné dans la minute et dispose de super-pouvoirs grâce à une magie sur puissante. L'intrigue semble assez peu originale, pleine de combats, duels, joutes et tournois décrits par le menu au point de finir par lasser. L'ensemble peut même sembler un peu basique et un peu simpliste à un lecteur exigeant.

3/5

08:49 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/03/2015

Dresseur de fantômes (Camille Brissot)

Dresseur de fantômes.jpgA La Rochelle, Theophas et Valentine embarquent à bord de la frégate « L'Odorante », le plus grand bateau à aubes du monde dont le propriétaire est leur vieil ami le capitaine Gregory Peck. Pour le compte de riches excentriques, ils parcourent le monde à la recherche de trésors ou d'objets plus ou moins bizarres. Cette fois, il s'agit de retrouver le scalp pris à un célèbre coiffeur par une tribu indienne quelque part au Far West. Souvent les gens ont l'impression que Theophas parle tout seul car il est le seul à être capable de voir Valentine qui est réduite à l'état d'ectoplasme ou de fantôme suite à un empoisonnement au cyanure pratiqué par le Collectionneur, leur meilleur client, une sorte de psychopathe très fier de son cabinet de curiosités.

« Dresseur de fantômes » relève du genre steampunk, c'est à dire de la science-fiction et même de la rétro fiction à vapeur. L'intrigue ne manque pas d'originalité avec cette histoire de fantôme traitée avec élégance, légèreté et même avec un certain humour. Le ton est décalé et même un tantinet parodique, ce qui n'est pas désagréable du tout. Les personnages auraient gagné à bénéficier d'une psychologie plus élaborée et de comportements un peu moins simplistes. L'écriture est fluide et agréable et, merveille, ce livre assez court (moins de 200 pages) raconte une histoire complète qui se lit presque d'une traite et ne se perd ni dans des descriptions à n'en plus finir ni dans des méandres à possibilités multiples. C'est simple, efficace et divertissant, que demander de plus ?

4/5

(Livre critiqué pour le Prix Futuriales d'Aulnay sous Bois)

08:43 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/03/2015

La femme cachée (Jean Sera-Montès)

la femme cachée.jpgQuelque part en Amérique du Sud, une prisonnière qu'on imagine « politique » est longuement interrogée par des soldats. Salvador, un des gardiens de la prison, s'intéresse à elle et cherche à améliorer son sort. Il use d'un stratagème risqué pour la faire transférer dans un premier temps à l'infirmerie et dans un second dans une cellule individuelle du quartier des politiques. Elle s'y retrouve seule, moins exposée et surtout elle échappe à la torture. Elle peut même tranquillement accueillir son protecteur qui devient très vite son amant. Mais comment Salvador a-t-il pu organiser tout cela ?

Le format de « La femme cachée », un peu plus de 80 pages, peut classer ce texte dans la catégorie « novella » ou dans celle des longues nouvelles voire des courts romans. Il n'en demeure pas moins que cette histoire tragique reste une fort belle réussite. Tout d'abord par son intrigue tout à fait originale et par son contexte particulier. Que d'horreurs et de monstruosités certains régimes totalitaires d'Amérique latine ne se sont-ils pas rendus coupables dans les années 70 et suivantes ! Sera-Montès a l'élégance de rester évasif sur le nom précis du pays où se déroule cette histoire et sur les raisons politiques qui ont placé l'héroïne dans la triste situation où elle se trouve. Vers la fin, le lecteur aurait aimé en savoir un peu plus sur les arcanes d'un dénouement qu'il ne déflorera pas pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte. Car il faut lire ce livre ne serait-ce que pour son style fluide, élégant, agréable et même un tantinet sophistiqué. L'auteur dispose d'une plume magnifique. Il sait ciseler de belles phrases bien équilibrées, n'hésite pas à employer des termes recherchés comme « rubescence » ou « cachexique » et réussit de très convaincantes et poétiques descriptions. Tous les ingrédients du succès sont présents dans « La femme cachée » : une bonne histoire, une belle écriture (cela devient suffisamment rare à notre époque pour ne pas le noter) et un contexte intéressant autant du point de vue politique qu'historique. Que demander de plus ?

4,5/5

09:16 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/03/2015

La République des roseaux (Jean Sera-Montès)

la république des roseaux.jpgAprès une trentaine d'années d'absence, l'auteur, issu d'une famille rapatriée d'Algérie, revient Cité des Grands Chênes sur les lieux où il a passé une enfance heureuse. Il y découvre que presque tout a changé. On a construit partout. Il y a de nouvelles routes, de nouveaux immeubles, de nouvelles maisons et le pire pour lui, c'est que La Frayère, la jolie petite rivière qui serpentait dans le vallon et qui servait de terrain de jeux à tous les gosses du coin, a été domestiquée, bétonnée, corsetée et transformée en un infâme cloaque... « La vision des fiers roseaux de jadis s'est substituée à celle du goudron et des bâches de plastique », note-t-il avec un brin de nostalgie. Et les souvenirs un à un l'assaillent... La guerre d'Algérie et ses horreurs, Agnès, la grande, qui est enceinte et doit se cacher dans la cité, son petit ami Jean-Louis qui a subtilisé de l'héroïne à des malfrats locaux et la bande de gamins qui s'organise pour leur venir en aide...

« La République des roseaux » est un joli roman assez difficile à classer, ce qui est peut-être le signe distinctif d'une œuvre originale. A la fois récit de souvenirs d'enfance, roman noir, conte philosophique, méditation poétique sur la vie, la jeunesse, la nature et l'amour, cet ouvrage possède une musicalité propre qui ne peut que séduire le lecteur.

On y trouve des personnages hauts en couleurs bien dans l'esprit d'une époque révolue dont ne peuvent se départir d'une certaine nostalgie celles et ceux qui l'ont connue. On y trouve aussi le côté charmant d'une « Guerre des Boutons » provençale avec les affrontements entre la bande des Roseaux et celle de l'Olivier. Les premiers émois amoureux aussi touchants qu'émouvants. On ne s'ennuie pas à lire ce livre car les péripéties ne manquent pas : incendie, chevaux accidentés, bagarres, mort d'un enfant et j'en passe. Le tout raconté de manière impressionniste, par petites touches qui laissent au lecteur toute sa part d'imagination. Le style est fluide, agréable, impeccable. A lui seul, il justifie la lecture. Jean Sera-Montès est vraiment un auteur à suivre de très près...

4/5

09:14 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/03/2015

Les sociétés de pensée (Augustin Cochin)

les-societes-de-pensee-et-la-democratie-moderne-augustin-cochin.jpgEdité en 1921, cet ouvrage sous-titré « Etudes d'histoire révolutionnaire » est tout autant une étude historique qu'un essai sociologique voire un traité philosophique. Cochin ne se contente pas de relater des faits, il veut en comprendre les causes et, comme le médecin, refuse de s'en arrêter aux symptômes de la révolution de 1789. Il constate que tout est parti de la philosophie, ou plutôt des « philosophes » des « Lumières » avec tous leurs concepts abstraits reposant sur des illusions ou des leurres toujours très loin voire opposés à la simple réalité. Ainsi, le « Contrat social » de Jean Jacques Rousseau est-il basé sur le vote (qu'il distingue de l'élection d'ailleurs). D'où l'émergence d'une minorité et d'une majorité. Mais, fait étrange, pour Rousseau, il ne peut y avoir ni minorité ni majorité, mais une « Volonté Générale », une sorte de pensée qui vient du dehors par contrainte légale. On est « forcé d'être libre ». Si le citoyen s'oppose à cette « Volonté », il rompt le pacte social, perd son statut de citoyen et se transforme en ennemi du peuple, autant dire qu'il devient une bête à abattre. « Si Volonté Générale signifie majorité, citoyen, homme libre et liberté, indépendance, tous ces concepts n'ont plus aucun sens et deviennent même totalement incompréhensibles et ont même le sens contraire de ce qu'ils signifient habituellement », note Cochin. « La paix = la guerre, la vérité = le mensonge et la liberté = l'esclavage. » Cochin nous fait découvrir chez Rousseau toute la folie de la novlangue de Georges Orwell (1984), déjà en germe bien levé avant même que la révolution française se soit entrée dans les faits. Le lecteur comprend également que dans le « Contrat social », la politique, n'est ni plus ni moins que de la théologie et que l'idéal révolutionnaire est une sorte de religion dévoyée avec ses dogmes, son clergé et ses blasphèmes. Le politiquement correct actuel en est un bel exemple. On peut être moralement coupable tout en restant révolutionnairement innocent !

Cochin ne s'arrête ni aux anecdotes ni aux épiphénomènes. Peu lui importe les personnages, il se focalise sur les concepts, les mécanismes d'ingénierie sociale (qu'il appelle « jeu royal »), les principes moteurs, affichés ou secrets, tout ce qui peut ressurgir à toutes les époques, sous toutes les latitudes et au sein de n'importe quelle société. Universalité et fonctionnalité du principe révolutionnaire de l'inversion des valeurs traditionnelles. Dans la seconde partie du livre, l'auteur dissèque l'élection des députés en Bretagne puis la campagne électorale de 1789 en Bourgogne. Ses découvertes dans le domaine de la manipulation des foules sont particulièrement étonnantes. Il nous invite à ne pas nous contenter de l'histoire racontée aux enfants et aux naïfs mais d'aller jeter un coup d'oeil dans les coulisses. Il met en lumière le rôle éminent joué par les avocats et autres hommes de robe toujours très habiles à noyauter les assemblées au moment de la réunion des états généraux par exemple. Et il termine sur cette question ô combien philosophique : « mais d'où vient qu'on tue ? » Un livre intéressant, bien argumenté, bien étayé et bien documenté, avec citations, et fac-simile des registres de l'époque. Disponible gratuitement sur internet (à la bibliothèque du Québec), on peut le conseiller aux amateurs d'histoire et à tous ceux qui veulent comprendre comment les mécanismes de la « Terreur » se sont mis en place de 89 à 93.

4,5/5

09:08 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/03/2015

Germaine (Edmond About)

A Paris, vers le milieu du XIXème siècle, Monsieur le duc de la Tour d'Embleuse vit dans une soupente du boulevard Saint Germain un vieil aristocrate désargenté suite à une série de mauvais choix et à pas mal de malchance au jeu. Trop fier de ses origines nobles, il a toujours refusé de travailler et s'est reposé sur sa femme Marguerite qui peine à faire vivre sa petite famille à l'aide de quelques expédients et de beaucoup de recours au Mont de piété. Dans la débine, la pauvre femme essaie quand même de toujours rester ferme et digne. Malheureusement, cette misère noire et son cortège de mauvaises conditions de vie ont miné la santé de leur fille Germaine qui est atteinte de phtisie galopante (tuberculose). Le médecin de famille ne lui a pas donné plus de quatre mois à vivre quand une demande en mariage pour le moins étrange est présentée au duc.

« Germaine » se présente comme un roman naturaliste et social qui se termine en tragédie morale digne d'une pièce de Corneille ou de Racine. A un siècle et demi de distance, ce texte peut se lire avec grand plaisir ne serait-ce que pour la qualité de la langue et pour la beauté du style qui rappelle celui d'Alexandre Dumas. Bien entendu, l'intrigue et la problématique qu'elle recouvre, une histoire de mésalliance, n'a plus aucune actualité. De nos jours, même les familles royales épousent des roturières. Il n'en était pas de même au temps d'Edmond About qui en profite pour tirer à boulets rouges sur l'aristocratie qu'il juge décadente. En plus d'un véritable intérêt historique et social, le lecteur y trouvera une fine analyse des comportements humains et, cerise sur le gâteau, un charmant portrait de personnage féminin en la personne de Germaine, cette innocente vouée à la mort et qui réchappe presque miraculeusement à tout ce que le destin s'acharne à lui faire subir... Edmond About, auteur un peu oublié aujourd'hui, mériterait largement d'être découvert ne serait-ce que pour ses qualités de conteur qui surpassent très largement celles de beaucoup de petits maîtres qui ne méritent pas les louanges que tant d'incultes leur adressent.

4,5/5

 

09:07 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/03/2015

Deux enfants derrière un mur (Catherine Laylle)

Laylle-Catherine-Deux-Enfants-Derriere-Un-Mur-Livre-868166146_ML.jpgL'histoire d'amour de Catherine et de Dieter commence sous les meilleurs auspices. Catherine, la française, travaille à Londres comme gestionnaire de portefeuille et Dieter, jeune allemand blond, est encore étudiant en médecine. Tous deux se rencontrent par hasard en France et se marient un peu plus tard dans une église orthodoxe de Londres. Dieter vient s'installer dans l'appartement de Catherine. Bientôt arrivent deux garçons, Alexandre et Constantin. A la fin de ses études, Dieter trouve un poste à Francfort. Catherine abandonne son travail, vend son appartement et le suit avec les deux garçons. Ne parlant pas bien allemand, elle n'arrive pas à s'intégrer. En Allemagne, le charmant teuton se révèle pour ce qu'il est véritablement, un être instable, autoritaire, immature et peu fiable. La relation se dégrade et s'achève en divorce avec garde des enfants prononcée en Angleterre en faveur de Catherine. Dieter pourra exercer son droit de visite pendant les vacances. Tout se passe comme convenu jusqu'au jour où Dieter refuse de rendre les garçons à la fin des vacances...

« Deux enfants derrière un mur » est un livre témoignage aussi touchant qu'émouvant. A lire cette histoire incroyable, le lecteur se demande comment il est encore possible aujourd'hui d'enlever des enfants en pleine communauté européenne. Comment un pays démocratique et respectueux des droits humains peut se comporter de la manière injuste et détestable d'une lointaine satrapie bananière... Dieter et sa famille saura jouer de toutes sortes d'artifices juridiques pour dépouiller une mère de tous ses droits et transformer une plaignante en coupable. Catherine ne bénéficiera pas de toute l'aide nécessaire, elle s'épuisera en démarches inutiles et se ruinera dans cette sinistre affaire sans jamais arriver à quoi que ce soit. Le livre est présenté par la célèbre Betty Mahmoudy (« Jamais sans ma fille »), victime elle aussi d'un rapt d'enfant qui fit beaucoup de bruit en son temps. Le livre étant un peu ancien, une rapide recherche permet de découvrir que la mère, remariée et devenue « lady » a pu retrouver ses enfants à leur majorité, ce qui corrige un peu la triste fin du livre. Mais quel gâchis quand même !

4/5

08:48 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/03/2015

L'encyclopédie des débuts de la terre (Isabel Greenberg)

P { margin-bottom: 0.21cm; }

l-encyclopedie-des-debuts-de-la-terre-bd-volume-1-simple-221655.jpgIl était une fois un homme du Nord qui rencontra une femme du Sud quelque part dans les confins glacés de l'Antarctique. Tous deux tombèrent immédiatement amoureux mais une sorte de champ magnétique contraire les empêchait de pouvoir s'approcher à moins de trente centimètres l'un de l'autre. Alors pour profiter d'un semblant de contact, chaque nuit, ils échangeaient leur place dans le lit pour sentir quand même la chaleur et le parfum de l'autre. Et chaque jour, l'homme du Nord racontait une histoire à la femme du Sud. Il commençait toujours par celle des trois sœurs qui se disputaient le droit de s'occuper d'un bébé trouvé dans un couffin sur la banquise...

Cette « Encyclopédie des débuts de la terre » n'en est pas vraiment une. Ce n'est pas non plus une suite de contes et légendes comme pourrait le laisser supposer la présentation d'ensemble mais un simple « roman graphique », presque un grand conte inspiré par quelques grands textes faciles à reconnaître au passage. Isabel Greenberg s'est livrée à une relecture de l'Odyssée et s'est surtout énormément inspirée de la Bible puisqu'on retrouvera au fil des pages les histoires de Moïse, de Caïn et Abel, de l'arche de Noé, de la tour de Babel et même de Jonas et la baleine. Tout le travail de l'auteure a consisté à les adapter, à les revisiter et à les transformer de fond en comble sans en dénaturer l'esprit. Le lecteur qui s'attend plutôt à un travail sur les contes et légendes nordiques et sera pour ses frais. Le graphisme est séduisant par sa simplicité naïve proche du minimalisme ou du trait enfantin, toujours en noir et blanc, sans fioritures, avec parfois une petite touche de couleur très discrète. Les visages ronds et inexpressifs sont également interchangeables. Un agréable ouvrage plein de rêve, de poésie, de mythologie retravaillée, d'amour, d'humour et d'humanité. On appréciera également la qualité de la présentation éditoriale de ce bel album à forte couverture cartonnée.

4/5

09:19 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |