04/05/2014

Le sang des sept rois / Livre Premier (Régis Goddyn)

Le sang des sept rois.jpgAu pays des sept royaumes, un vieux paysan a été victime d'une étrange agression. Des hommes armés ont enlevé sa petite fille ainsi que le jeune fils de sa bru. Ils se sont enfuis vers les crêtes perdues des montagnes environnantes après avoir laissé une bourse remplie de pièces d'or sur le lit de l'enfant. Alerté, le vicomte Edmond de Hautterre décide de lancer une expédition aux trousses des kidnappeurs. Il place à sa tête le capitaine-ambassadeur Orville, guerrier redoutable car doté du pouvoir d'outre-vision. Le jeune Léo voudrait l'accompagner mais cette mission va se révéler bien plus longue, bien plus compliquée et source de beaucoup plus de conséquences que prévu.

« Le sang des sept rois » n'est que le premier tome d'une saga qui devrait en comporter pas moins de sept ! C'est déjà un gros pavé de 400 pages, dense, touffu qui non seulement sert de présentation des personnages principaux comme Orville, sorte de super-héros quasi invincible ou comme l'énigmatique Rosa, sauvée in extremis du bûcher par un théocrate mais également de mise en place de l'action. Toutes sortes de pistes ou d'ébauches d'intrigues sont esquissées comme la création ab nihilo, sur un archipel aride, d'un huitième royaume qui n'est pas du goût de tout le monde. Le lecteur achève la lecture de ce premier opus dans une sorte de confusion assez déstabilisante. Il a été plongé dans un monde fort complexe, aux règles bizarres, aux us et coutumes étranges (machisme, droit de cuissage, primauté du sang, de la race, eugénisme, rudesse primitive pour ne pas dire sauvagerie ou barbarie) et il a l'impression de n'avoir pas tout compris. Même en lisant et relisant le glossaire situé en fin de volume qui précise fort utilement le rôle de chacune des strates de cette société assez particulière. Sans doute l'auteur en garde-t-il sous le coude pour alimenter les six autres tomes et pour fidéliser son lectorat. L'ennui c'est que, même si tous les ingrédients de la bonne fantaisie sont présents (magie, sorcellerie, clairvoyance, sociétés secrètes, castes, « résurgents »,highlanders etc...), même si le style est bon quoique très descriptif, la narration manque énormément de rythme, de suspens et de rebondissements. Il faut parfois se faire violence pour ne pas décrocher. Il est vrai que s'agissant d'une sorte de marathon de lecture (7X400 pages, soit 2800 pages pour une seule histoire, une sorte de record !) il reste quand même à savoir qui se lassera le premier, l'auteur ou le lecteur.

3/5

(Livre chroniqué pour le jury du Prix Futuriales d'Aulnay sous Bois)

08:21 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Bonjour Bernard. Je suis désolé de lire que mon livre ne vous a pas plu. Cela arrive, le livre qui plait à tous n'existe pas. Les descriptions ? Oui, c'est une histoire de goût. Je suis toujours frustré quand l'action écrase le décor, certainement une question de génération. J'ai poussé les pieds dans Verne, Balzac et Dumas. Mais là encore, c'est typiquement une histoire de goût, ce que je respecte, évidemment.

En revanche, votre introduction est émaillé d'erreurs et d'imprécisions. Certainement dues à une lecture rapide, ou à un intérêt flottant que vous exprimez d'ailleurs dans votre chronique. Le paysan n'a pas été agressé, ce détail définit les ravisseurs. S'il est vrai que sa petite fille a été enlevée, le garçon n'est pas le fils de sa bru, mais celui d'une aubergiste du village. Là encore, le fait qu'ils ne soient ni frères et soeur ni cousins est important. Par ailleurs, les ravisseurs n'étaient pas armés (c'est très important pour la suite de l'histoire). Le guerrier qu'il lance à ses trousses n'est pas redoutable, c'est un combattant très banal, un peu bas de plafond, très sergent... mais il le devient progressivement. Les pièces laissées sur les paillasses ne sont pas toutes d'or, une des bourses contient de l'argent. Il y a certainenemnt une raison. Quand à Léo, il n'est pas le jeune homme que vous décrivez, mais un vieux soldat fatigué. Tous ces détails sont très importants pour la suite de l'histoire.

Pour le côté "pavé", certain disent au contraire que le livre est digeste car les tomes sont de taille modeste. Le reste est à l'avenant : parfaitement légitime en tant que perception parfaitement subjective.

Si, en tant qu'auteur, je ressens de la lassitude (et je vous remercie de vous en préoccuper c'est assez rare pour être signalé), ce n'est pas par les avis mitigés ou négatifs. Ils sont inévitables, et par ailleurs contrebalancés par d'autres beaucoup plus sympathiques. Ce n'est pas non plus par la longueur de cette histoire, un écrivain ne choisit pas d'être marathonien ou sprinter. L'action est lente ? À chaque distance à sa foulée propre. Quand aux lecteurs, certains se décourageront, naturellement, c'est le cas pour toutes les séries. Les ventes vont toujours en décroissant, car personne ne lit un tome 3 s'il n'a pas lu les précédents. L'inverse, si.

Non, ce qui me décourage, ce sont ces notes, les smileys, les étoiles ou autres artefacts post-scolaires qu'on me met partout sur le web, bonnes ou mauvaises. Cela, est vraiment déprimant. J'ai l'impression de participer à une émission de téléréalité dans un contexte de dérive néolibérale, d'être entré au CAC 40 ou dans le guide Michelin des pizzerias. Or, un écrivain n'est ni un élève ni un candidat, il n'est pas candidat à la notation, mais à la lecture. Jamais un texte ne se réduira à un nombre, lequel placarde une opinion sans grâce et sans nuance. Quatre étoiles, 3/5, 17/20... Nous offrons des mots, nous ne méritons pas des nombres.

Je sais bien qu'aujourd'hui, tout le monde note tout le monde, c'est certainement un signe des temps, d'un sale temps, d'un temps lassant. Parfois, je regrette d'avoir écrit.

Bonne journée.

Régis

Régis Goddyn

Écrit par : Régis Goddyn | 06/05/2014

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