30/03/2014

Monsieur Louis (Nouvelle extraite du recueil "Ulla Sundström"

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27/03/2014

La machine pour parler avec l'au-delà (Philip José Farmer)

La machine à parler avec l'au-delà.jpgA Los Angeles, Gordon Carfax, professeur d'histoire à l'Université Traybeil de Busiris Illinois et ancien détective privé, fait une déclaration fracassante dans un journal, le National Questioner à propos du Médium, un appareil censé permettre de dialoguer avec l'au-delà. Il pense qu'il permet d'entrer en contact avec un autre monde, mais que pour expliquer ce phénomène, il est inutile de recourir au surnaturel. Comme Western, le propriétaire de cette extraordinaire invention, en tire un énorme profit, un sénateur demande qu'on en étende l'usage à l'homme de la rue. Et Western va encore plus loin, il brandit l'immortalité sous le nez des hommes politiques et des milliardaires et propose même d'en faire une sorte d'assurance « éternité » grâce à diverses manipulations et transferts d'identités. Mais très vite, Patricia, la nièce de Carfax, débarque avec armes et bagages chez son oncle. Elle est persuadée que Western en veut à sa vie...

Cette « machine pour parler avec l'au-delà » ne se contente pas de permettre d'entrer en contact avec les défunts. C'est beaucoup plus qu'une table tournante. Ses potentialités sont vraiment impressionnantes : résurrections, transferts et bien d'autres manipulations sont possibles. Et déjà là, le bât commence à blesser. Trop c'est trop. Le lecteur se retrouve dans une histoire qui ne tient plus debout, n'a quasiment aucune logique et pas la moindre pan de vraisemblance, ce qui serait acceptable si c'était fait avec légèreté, humour et style. Mais ce n'est pas le cas. Pour ne rien arranger, Farmer tente de jouer à la fois sur le terrain du fantastique et sur celui de l'intrigue policière comme s'il courait deux lièvres à la fois. Le résultat n'est pas loin d'être catastrophique. Avec un sujet aussi original, il est vraiment dommage de ne pas avoir su exploiter toutes les conséquences. La mafia, par exemple, voit d'un très mauvais oeil que l'on puisse dialoguer et même ramener à la vie des gens assassinés par ses soins... Ils pourraient parler... Ce pan de l'affaire (comme bien d'autres) est bâclé en une ou deux pages alors qu'il aurait mérité un long développement. Et pour ne rien arranger, trop de dialogues, aucune explication, des personnages sans consistance et une intrigue qui ne tient pas la route. On dirait une sorte de scénario pour le cinéma ou un brouillon assez peu compréhensible. Un ensemble décevant. Pas le meilleur livre du grand Philip José Farmer !

2,5/5

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25/03/2014

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire (Jonas Jonasson)

Le vieux qui ne voulait pas (Jonas Jonasson).jpgC'est la fête dans cette maison de retraite suédoise. Les pensionnaires, le personnel et les autorités locales s'apprêtent à célébrer l'anniversaire d'Allan Karlsson qui vient d'avoir cent ans. Mais celui-ci ne tient pas du tout à participer aux agapes. En robe de chambre et charentaises, il saute par la fenêtre de sa chambre et file à la gare routière. Il y rencontre un jeune voyou qui lui demande de garder sa valise le temps qu'il aille aux toilettes. Mais voilà que l'autocar arrive. Allan monte à bord avec l'énorme bagage. Il part à l'aventure en demandant au chauffeur un billet équivalent à une somme de cinquante couronnes, autant dire qu'il va se retrouver au milieu de nulle part avec les voyous, la police et la justice aux trousses...

« Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » est à la fois une sorte de conte philosophique et un roman d'aventures aussi picaresques que déjantées rempli de personnages hauts en couleurs et de situations aussi cocasses qu'improbables. En parallèle et en repartant de 1929, l'auteur raconte la vie extraordinaire de ce centenaire qui fit deux fois le tour du monde, réchappa toujours par miracle dans des circonstances dramatiques et croisa la route de Franco, Truman, Staline, Mao Tsé Toung et Churchill. Grand spécialiste des explosifs, il fit sauter la ville de Vladivostock pour échapper au Goulag et donna la formule de la bombe atomique aux soviétiques. Cela est tellement énorme et tellement invraisemblable que l'on marche à fond et que l'on gobe tout, à la condition d'être bon public et de laisser tout esprit critique et tout cartésianisme au vestiaire. Il faut dire que l'humour et l'esprit déjanté sont tellement présents qu'ils emportent tout sur leur passage pour le plus grand plaisir du lecteur. Un bouquin tonique et revigorant véritable antidote à la morosité ambiante. Il devrait être remboursé par la Sécurité Sociale.

4,5/5

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23/03/2014

Décadence (Sylas)

Décadence (Sylas).jpgCeinte de hautes murailles blanches, la cité de Twynte est devenu un monstre urbain qui ne peut plus s'étendre qu'en hauteur ou en profondeur. Elle a multiplié les coursives, les entassements, les enchevêtrements de constructions au point de se transformer en dédale labyrinthique fort inquiétant. A la demande d'un Remarquable, Fahim Lévi, un devin aidé de Carl son garde du corps, mène l'enquête sur une sombre affaire de trafic d'organes. Ses premiers soupçons se portent sur une certaine Agatha Print qui officie comme envoûteuse à la clinique de la ville. Elle serait partie prenante d'un complot organisé par La Bulle Rouge, une société secrète qui chercherait à procéder à des amputations sauvages sur des vivants pour pouvoir pratiquer des greffes sur des magiciens atteints de « Décadence ». En effet, à force de pratiquer leur art, tous finissent un jour ou l'autre par perdre l'usage d'un membre ou d'une faculté. Fahim pourra-t-il élucider ce mystère ? Et quel rôle jouera Badia, jeune fille disposant d'un PMI (Potentiel Magique Individuel) si exceptionnel qu'il intrigue le haut Conseil des Sorciers ?

« Décadence » est un roman de fantaisie qui ne manque pas d'originalité. L'auteur y a privilégié la conduite d'une enquête policière style Hercule Poirot ou Sherlock Holmès avec une fin aussi classique que surprenante, ce qui n'est pas très fréquent dans ce genre littéraire. Il s'est également intéressé à un thème qui n'a rien de médiéval ni de fantastique : celui du trafic d'organes et d'improbables greffes, ce qui ne manque pas de sel à une époque où la civilisation en est encore aux porteurs d'eau ! L'ensemble donne une intrigue intéressante, bien menée et avec des personnages crédibles quoi que souvent esquissés à trop grands traits. Le style est vivant et agréable à lire avec un petit bémol : quel besoin a eu l'auteur de se lancer dans une nouvelle façon de comptabiliser le temps avec des déciheures, des centiheures et des milliheures, ce qui n'apporte rien, sinon de la confusion et d'inutiles calculs chez le lecteur. Et bien entendu, fin ouverte pour pouvoir mettre en place une saga, graphisme ésotérique en couverture et l'inévitable glossaire permettant de traduire les inventions lexicales de l'auteur, originalité si répandue et si systématique qu'elle en devient parfaitement convenue. Sinon, un bon ouvrage de divertissement qui ne sera sans doute pas LE livre de fantaisie de l'année mais qui mérite quand même le détour.

3,5/5

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21/03/2014

L'invention de nos vies (Karine Tuil)

l'invention de nos vies.jpgA New-York, Sam Tahar, célébrité du barreau d'origine française, représente un véritable symbole de réussite, une « success story » à lui tout seul. Il est marié avec Ruth, la fille de Rahm Berg, un richissime financier juif. Il a deux beaux enfants. Il roule sur l'or. Ayant défendu quelques causes aussi médiatisées que lucratives, il est le chouchou de la presse. Il collectionne maîtresses et aventures et mène la grande vie. Mais ce succès repose sur une imposture. Il s'est présenté comme étant juif alors qu'il est musulman pour pouvoir décrocher son premier poste dans le cabinet de Pierre Levy, célèbre avocat parisien qui lui a mis le pied à l'étrier et qui est devenu son ami. L'ennui, c'est qu'il a usurpé l'identité et la biographie d'un autre ami, Samuel, éducateur et écrivain raté, lequel vit avec Nina, un amour de jeunesse de Samir, alias Sam. Un jour, Samuel et Nina lui donnent rendez-vous pour mettre les choses au clair et rien ne se passe comme prévu.

« L'invention de nos vies » commence comme un roman sentimental avec l'ultra classique trio mari-femme et amant avec un fond de réalité sociale très bien décrite. Sam Tahar est un ambitieux, prêt à tout pour réussir, même à s'inventer un personnage et une vie qui n'ont rien à voir avec la vérité et qui l'entraineront, à son corps défendant, vers des rivages insoupçonnés. La fin, qu'il ne faut bien entendu pas dévoiler, est très surprenante. Elle apporte un regain d'intérêt et comme une morale à une histoire qui sans elle, serait aussi plate que choquante. A elle seule, elle fait basculer l'intrigue vers le conte philosophique ou le drame social dans la lignée de ceux de Tom Wolfe. « Rien ne sert de mentir, on finit toujours par être rattrapé par ses mensonges », « Tel est pris qui croyait prendre » ou « Seule la vérité vous rendra libre », tels pourraient être les aphorismes illustrant le propos de ce livre intelligent et très agréable à lire qui aborde de nombreux thèmes comme l'identité réelle et supposée, le bonheur et la réussite matérielle, la vérité et le mensonge, la liberté et la sécurité ou l'amour et la fidélité. Les quatre personnages principaux sont très bien campés et plein d'humanité avec leurs forces et leur faiblesses, leurs zones d'ombre et de clarté. Karine Tuil, dispose d'une belle plume, mais pourquoi donc éprouve-t-elle le besoin de faire preuve d'originalité gratuite et inutile, en donnant en note de bas de page des détails sur des personnages secondaires qui n'intéressent personne et en abusant du slash, barre utilisée en lieu et place de la virgule, comme si le lecteur avait le choix entre trois ou quatre déclinaisons d'un terme ou d'une idée ? Ceci mis à part, une très bonne expérience de lecture.

4/5

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19/03/2014

Le bataillon créole (Raphaël Confiant)

le bataillon créole.jpgA l'été 1914, des militaires venus de Métropole débarquent en Martinique pour enrôler de jeunes hommes jusque là non soumis aux obligations du service militaire. Dans un grand élan patriotique, ils se pressent nombreux pour aller défendre leur mère-patrie qu'ils appellent « Là-bas », sans bien se rendre compte de ce qui les attend. Théodore, le fils de Man Hortense, coupeur de canne émérite, n'en reviendra pas, tué qu'il sera pendant la bataille de la Marne. Lucien, le frère jumeau de Lucianise, se retrouvera dans l'enfer de Verdun, d'autres dans celui presque aussi horrible des Dardanelles, face aux Turcs, alliés des Allemands. Quant à Rémilien, fait prisonnier, il sera fort mal traité dans un camp allemand. Très peu reviendront aux Antilles. La plupart seront estropiés, mutilés ou gueules cassées. Au bout du compte, la Martinique aura payé au prix du sang versé son attachement à la France.

« Le bataillon créole » n'est pas vraiment un roman historique et encore moins une enquête historique (trop de petits faits contestables pourraient faire tiquer les historiens sérieux), mais plutôt une réflexion sociologique, politique voire poétique sur un événement tragique qui marqua le début de l'autre siècle jusque dans les départements d'outre-mer. Raphaël Constant rend parfaitement l'ambiance qui régnait dans l'île à l'époque, nous dépeint tout un petit peuple de travailleurs, de paysans, de mères ou de soeurs Courage, exploités par d'horribles Békés qui eux, se gardent bien d'envoyer leurs enfants se battre dans les tranchées. Par contre, la réalité de la guerre de 14 vécue par ce bataillon créole est plus suggérée que véritablement décrite. L'auteur contourne la difficulté en citant des extraits de correspondances (sans doute imaginaires) de poilus martiniquais. Il ne respecte pas la chronologie, passe d'un personnage à l'autre, ce qui donne une impression de fouillis et oblige le lecteur à un certain effort pour s'y retrouver dans les différents destins. Sans parler de la langue truffée de mots, expressions et même phrases créoles (heureusement traduites) qui surprend par sa truculence, son emphase, sa créativité et qui entraine le lecteur dans une sorte de tourbillon verbal digne d'un conteur poète. Un ensemble intéressant et agréable à lire même si on peut reprocher un certain manichéisme et quelques positions trop tranchées.

3/5

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17/03/2014

Ballade d'un amour inachevé (Louis-Philippe Dalembert)

Ballade d'un amour inachevé.jpgAu village de Cipolle, non loin de l'Aquila dans les Abruzzes italiennes, vit Azaka, un immigré haïtien, arrivé un peu par hasard dans cette région reculée de la péninsule. Il gère un petit magasin de reprographie et vient de se marier avec Mariagrazia, une assistante sociale dans la quarantaine. Le couple, plutôt bien intégré, attend un enfant quand les premiers signes avant-coureurs du cataclysme naturel s'annoncent. En effet, nous sommes en avril 2009, à quelques instants d'un terrible séisme qui va rappeler de douloureux souvenirs à Azaka, rescapé d'un autre tremblement de terre vécu dans l'enfance pendant lequel il resta trois jours enseveli sous les décombres. L'histoire ne serait-elle qu'un perpétuel recommencement ? Une incroyable malchance s'acharnerait-elle sur Azaka ? La terre se montrerait-elle encore plus cruelle que la première fois ?

« Ballade d'un amour inachevé » est un livre qui débute comme un classique roman sentimental puis qui évolue vers la tragédie avant de finir dans un drame social des plus sordides. Les personnages sont sympathiques, bien campés et comme pétris d'humanité. Azaka est un brave homme, serviable, accommodant, aimable, une sorte de philosophe sans frontière. Mariagrazia se présente comme une charmante femme, rebelle et un peu cabocharde, très amoureuse de son mari et atteignant une sorte de plénitude dans sa grossesse. La description de la belle famille italienne avec ses emportements, ses grands gestes et ses déclarations à l'emporte pièce est bien observée quoi que légèrement caricaturale. Plus convenue semble l'intrigue. Dans un tel contexte, il serait étonnant d'arriver à un happy end ! La fin m'a semblé peu originale, très convenue et même un tantinet invraisemblable. Le style de Dalembert, assez agréable dans l'ensemble si on lui passe son utilisation très particulière des temps de la conjugaison, manque un peu de rythme et de fluidité et ne comporte pas le moindre dialogue. A noter également que l'auteur, écrivain confirmé vu le nombre d'ouvrages signés depuis 1982, a bénéficié, pour la rédaction finale de ce livre, d'une résidence d'écriture à la Saline royale d'Arc-et-Senans financée par la région Franche-Comté.

3/5

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15/03/2014

Opération Baucent (Chapitre 7/5)

Madame veuve Bougrain, la voisine de palier de Virginie, n’en revenait pas. C’était le troisième groupe d’individus qui s’intéressait à l’appartement d’en face. Grâce à son œilleton, elle n’avait rien raté du spectacle. Cette fois, c’était une sorte de cow-boy qui menait la danse. Sans aucun souci de discrétion, Furet n’avait pas hésité à se coiffer d’un magnifique stetson en croûte de cuir brune. Avec la chemise, le gilet et les santiags, il croyait avoir fière allure. A sa ceinture munie d’un gros fermoir de cuivre représentant un aigle royal ne lui manquait plus qu’un Colt Peacemaker de shérif pour qu’il se sente en plein western.

- Un covebois, pensa la voisine. Et le grand escogriffe à longs cheveux qui est avec lui, on dirait presque un Peau-Rouge.

Tardif aimait bien porter des tenues confortables, patinées et sans forme. Arsène se demandait même s’il ne couchait pas tout habillé, tellement ses vêtements étaient froissés, fripés, tirebouchonnés. Pour l’heure, on avait droit à une longue chemise sans col d’une couleur beige verdâtre qui pendait un peu comme une tunique au-dessus d’un pantalon pattes d’eph élimé aux genoux et effrangé en bas. Une paire de mocassins en piteux état lui servait de chaussons.

- Bizarre, remarqua Coco en sortant son appareil photo numérique, on dirait que la porte a été forcée…

- M’étonnerait qu’on soit les premiers sur le coup, ajouta Furet en poussant la porte.

Tardif se fendait de quelques photos au flash dans l’entrée de l’appartement quand la vieille d’en face ouvrit sa porte. Elle n’y tenait plus. Il fallait qu’elle sache…

- Vous êtes de la police, Messieurs ? Leur demanda-t-elle.

De son air ahuri habituel, le grand photographe l’observa de la tête aux pieds. Spectacle peu réjouissant. Une grosse tête ronde et ridée encadrée par deux bajoues, des cheveux clairsemés d’un gris-rose fort peu naturel roulés dans des bigoudis de plastique vert et un corps sans forme boudiné dans une robe de chambre à fleurs. Une paire de savates en tissu éponge bleu fluo complétait le tableau.

- Pas vraiment…, admit Coco.

- Ca y est, j’ai compris, reconnut finement la grosse dame. Vous êtes journalisses…

- Exact, madame, répondit l’autre en s’apprêtant à pénétrer plus avant dans l’appartement.

- Et de quel journal ? Demanda-t-elle.

- Si on vous le demande, vous direz que vous n’en savez rien…

Elle commençait à le saouler, la mère-grand.

- Me dîtes pas. Je crois que j’ai trouvé. Vous devez enquêter pour « L’Echo », lança-t-elle d’un air finaud. A voir votre tenue, vous êtes des locaux. En tous cas, vous êtes pas les premiers sur le coup !

- Y en a eu d’autres avant nous ?

- Oui, deux groupes. D’abord un homme et une jeune femme. Je crois bien les avoir reconnus : c’étaient le libraire du « Griffon d’or » et l’amie chinoise de Mademoiselle Virginie. Et puis deux costauds pas sympathiques du tout, un grand noir et un blanc. Je les ai jamais vus ces deux-là. Mais ils avaient l’air pas commode… C’est eux qu’ont défoncé la porte. Et ils ont emporté des choses…

- Quelles choses ? demanda le photographe.

- J’n’ai pas bien vu par l’œilleton, admit la grosse femme, j’avais trop peur pour ouvrir. Et puis ils s’engueulaient, ils se traitaient de « Banania », de « Face de bidet » et aussi de « Merdovitch ». Je n’ai pas bien compris pourquoi d’ailleurs… Vous allez faire un article sur la petite Virginie, c’est bien cela ?

Cette fois, c’est Furet qui vint à la rescousse de son copain. « Allez, laissez-nous faire notre travail, Madame ! »

- Je vous laisse, je vous laisse… Mais vous ne trouverez rien. C’est toujours comme cela quand on arrive les derniers.

Et ils entrèrent dans l’appartement non sans avoir subi quelques remarques aigrelettes sur l’illégalité de leur visite et sur le fait qu’ils risquaient de faire disparaître des indices importants si les lieux se transformaient en scène de crime par la grâce de la police. Les deux journalistes ne trouvèrent pas grand-chose à se mettre sous la dent, mis à part l’impression de pagaille et d’abandon d’un appartement dévasté. Visiblement, il y avait eu de l’action dans le vestibule et encore plus dans la chambre. Le lit était sans dessus dessous et le parquet inondé. Furet avait beau fouiner un peu partout, il ne trouvait rien jusqu’au moment où il regarda sous le lit et découvrit un bouquin ouvert et en piteux état. Il s’agissait du John Wesley Montgomery « Les voies secrètes de la puissance nazie ».

« Tiens, se demanda le Furet, qu’est-ce que fait un pareil bouquin dans cette bonbonnière de midinette romantique ? » et il l’enfourna dans une des poches de son gilet.

- Inutile de rester ici plus longtemps, décida-t-il. C’est pas avec ça qu’on va décrocher le scoupe du siècle.

- Attends, encore deux trois photos et je t’appâte le populo, moi !

Cabas de corde tressée à la main, la voisine ressortit au moment précis où ils se retrouvaient sur le palier.

- J’espère que vous vous êtes comportés de façon honnête, Messieurs. Ce n’est pas parce que la porte est cassée qu’il faut en profiter pour se servir…

- Vous n’y pensez pas. Dans notre profession, nous respectons un code de déontologie très sévère!

- Pourtant, il y en a qui se gênent pas, suggéra l’ancienne, surtout ceux de cette nuit…

- Parce que… vous avez vu quelque chose cette nuit ? l’interrogea le Furet d’un air très intéressé.

- Faut dire qu’avec le boucan qu’ils ont fait tous autant qu’ils étaient… soupira-t-elle. Ils pourchassaient la petite comme des sauvages. Ils sont rentrés chez elle d’un seul coup. Je crois bien qu’elle leur a ouvert la porte la nigaude. Il y a encore eu pas mal de barouf à l’intérieur…

- Et vous n’avez pas appelé la police ?

- Pourquoi faire ? Ils ne seraient pas venus.

Les deux hommes de presse régionale hochèrent la tête d’un air désapprobateur.

« Allez, je vois bien ce que vous vous dîtes. Mais j’aurais voulu vous voir à ma place. Je ne suis qu’une pauvre vieille. J’ai soixante douze ans, je suis cardiaque et diabétique. J’ai l’air costaud comme ça, mais une pichenette et je tombe par terre. Moi, derrière ma porte, c’est à peine si j’osais regarder tellement je crevais de trouille ! Surtout quand ils sont ressortis avec le tapis roulé sur l’épaule. Je suis sûre qu’ils avaient mis la Virginie dedans… »

- Et après leur départ, vous pouviez appeler quand même, reprit Arsène Furet, vous avez bien le téléphone ?

- Merci, mais ça me regarde pas tout ça. Des allées et venues, il y en a déjà eu plein chez cette fille. Moi, je ne veux pas d’histoire. Vous auriez vu comment il a défoncé la porte le grand africain, juste un coup d’épaule et boum, ça a sauté. Imaginez qu’ils en aient fait autant chez moi !

Furet et Tardif ne la quittèrent qu’après lui avoir soutiré une description approximative des deux kidnappeurs. Pour se remettre de leurs émotions, ils filèrent prendre l’apéritif au café du Commerce tout proche. Perroquet pour Coco, guignolet kirsch pour Arsène qui n’attaquait à la tequila qu’à partir de cinq heures.

(Fin des extraits)

Pour lire la suite, cliquer sur une des icones (Amazon.fr ou TheBookEdition.com)

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13/03/2014

La dernière terre / Des certitudes (Magali Villeneuve)

La dernière terre 2.jpgMalgré un comportement courageux et une très grave blessure reçue dans un combat face à un monstre, Cahir se retrouve injustement rejeté et quasiment banni de la capitale Tileh Agrevina. Il est obligé de rentrer au fin fond du pays Giddire en compagnie de sa fratrie... Pendant ce temps, Ghent rencontre le bouillant et facétieux Feor Illiem qui est venu assister à la grande Relève annuelle. Comme il a l'air perdu dans les rues de la grande cité, Ghent l'invite chez lui. Parvenu à destination, Cahir doit se réadapter à sa nouvelle vie. Il a la surprise de voir arriver Reghia, son amoureuse agrevine, qui a affronté tous les dangers pour venir le rejoindre. Les menaces ne se calment nullement dans les cinq territoires. Bien au contraire, elles se font de plus en plus présentes et de plus en plus inquiétantes...

« Des certitudes » est le second tome de la saga de dark fantasy « La dernière Terre » qui s'ouvrait sur une fort longue description du décor et du contexte et sur une très lente et très volumineuse mise en place des protagonistes. Dans celui-ci, il se passe un peu plus de choses mais toujours avec une certaine lenteur descriptive, sans doute moins insupportable que dans le premier, mais encore bien là. 476 pages (qui auraient pu être avantageusement réduites de deux bonnes centaines) où l'on nous révèle finalement assez peu de choses et où l'on reste sur sa faim, l'ultime page atteinte. Obligation d'acheter le bouquin suivant ! C'est la loi économique d'un genre soit disant « addictif ». Un truc vieux comme le monde, repris des feuilletons du XIXème et début XXème siècle. Les deux seules différences, ce sont d'une part le prix (quelques sous pour les journaux par rapport aux 21,90 €...) et d'autre part, le rythme, souvent effréné avec un nouveau rebondissement à chaque livraison, que savaient maintenir les bons auteurs de l'époque. Le lecteur a trouvé le style un peu moins ampoulé mais a quand même encore épinglé quelques néologismes (bahuter), quelques erreurs lexicales (bruiter) et quelques coquilles qui n'apportent rien de bon à cette affaire. La mise en place de Feor, nouveau personnage sympathique et intéressant, ainsi que l'entrée en scène d'un, puis de plusieurs animaux monstrueux relancent un peu l'intérêt. Espérons que le troisième tome verra se confirmer cette progression vers l'excellence...

3,5/5

(Livre critiqué pour le Jury du Prix Futuriales 2014 d'Aulnay sous Bois)

08:58 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/03/2014

La dernière terre / L'enfant merehdian (Magali Villeneuve)

La dernière terre 1.jpgPartis explorer les confins de la Dernière Terre, lieux aussi désertiques, sauvages et inhospitaliers qu'il se puisse imaginer, Akil et ses trois compagnons d'infortune sont si épuisés et si affamés qu'ils ne peuvent plus mettre un pied devant l'autre et se laissent tomber au sol, attendant la mort... A Tileh Agrevina, capitale et principale place forte du Pays Agrevin, se prépare la Grande Relève, importante cérémonie organisée chaque printemps, rassemblant les quatre peuples alliés, Agrevins, Endérins, Gamarides et Tilhians. Il s'agit de procéder au passage en revue des troupes et à la présentation des nouvelles recrues destinées à rejoindre les rangs des prestigieux Arpenteurs. Parmi ceux-ci, Ghent et Esaïg, Agrevins de haut lignage et Cahir, simple Giddir, donc issu d'une peuplade rejetée et méprisée. Cahir n'a sa place ni à Tileh Agrevina ni parmi les Arpenteurs dont la mission est de veiller sur les remparts et d'interdire tout accès à un éventuel intrus. D'où vient-il ? Quel sera son destin ?

Ce premier tome de la saga de fantaisie « La Dernière Terre » ne brille ni par son rythme ni par son originalité en dépit d'une couverture somptueuse et d'un travail éditorial de toute beauté. L'éditeur, « L'homme sans nom », a même poussé le luxe jusqu'à offrir en bonus une petite brochure intitulée « Visions de la Dernière Terre » où neuf artistes, dont Magali Villeneuve et Alexandre Dainche, les deux auteurs, graphistes de tout premier plan, proposent de forts alléchantes illustrations de cet univers. Tout cela est très accrocheur et très vendeur. Dommage que cela ne corresponde que de loin à ce que propose vraiment ce livre lent et un peu ennuyeux. C'est qu'il ne se passe pas grand chose, tout au long de ces 464 pages descriptives et répétitives qui auraient gagné à être réduites à une petite centaine. Il faut déjà attendre 150 pages pour qu'un semblant d'action se dessine puis une centaine de plus pour que l'unique événement (que l'on ne déflorera pas) se produise et pour terminer sur une fin ouverte. Il s'agit de « fidéliser » le lecteur pour qu'il « s'abonne » et pour que la machine éditoriale tire le plus de profit possible ! Dans le cas présent, l'affaire n'est pas gagnée car il y a également à redire au niveau du style. Mme Villeneuve l'a semble-t-il voulu élégant et sophistiqué grâce à un emploi important de termes recherchés et de tournures de phrases qu'elle croit précieuses et qui ne sont souvent qu'alambiquées voire filandreuses. Pire, on relève au passage quelques barbarismes ou néologismes (hautainerie, nitescent ou chigner), des anglicismes indigestes (comme sentence pour phrase) sans parler des erreurs de conjugaison (si elle aurait...) ou de syntaxe (atermoyer le moment... dur avec un verbe intransitif !). A trop vouloir épater, on ne fait que fâcher les amoureux du beau langage. Nul doute cependant qu'un tel ouvrage puisse plaire aux aficionados du genre qui se laisseront séduire par le décor. Rendez-vous dans le tome 2 pour voir si on passe enfin à la vitesse supérieure, c'est à dire à une vraie histoire bien écrite.

2,5/5

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09/03/2014

La fontaine intarissable (Claude Suissa)

la fontaine intarissable.jpgProfesseure de mathématiques, Christine est mariée avec Marc depuis une vingtaine d'années. Le couple a deux filles, Natacha et Aurélie. Ils pourraient former une famille heureuse et sans histoire si un drame n'avait pas brisé net leur bonheur. A la suite d'une tentative de suicide, Marc s'est retrouvé tétraplégique et condamné à vivre le restant de ses jours dans un fauteuil roulant, face à un ordinateur qu'il dirige à l'aide d'un stylo placé dans sa bouche. Conscient d'être incapable de la satisfaire sur le plan sexuel, Marc incite Christine à prendre un amant, mais celle-ci refuse dans un premier temps. Un jour, Christine manque de renverser un passant, un certain Richard, homme très plaisant, ancien plombier et patron d'une petite entreprise de matériel sanitaire, qui est touché par son désarroi et ému par sa beauté. Et quand Christine se lance à la recherche de l'amant hygiénique idéal, elle va de déception en déception. Où cette délicate recherche la conduira-t-elle ?

« La fontaine intarissable » est un roman sentimental et moderne bien ancré dans la réalité quotidienne d'un couple à la ramasse. Avec intelligence, l'auteur a su éviter les pièges du mélo, de l'eau de rose et de la niaiserie grâce à un grand sens de l'observation des comportements, de l'analyse des sentiments et de la psychologie de personnages tous croqués sur le vif et largement pétris d'humanité. L'intrigue, assez originale et pleine de rebondissements, fait penser au scénario du célèbre film « La Ronde » où tout le monde court après tout le monde. Pendant que Christine cherche désespérément un amant sur Internet, Richard se lance sur ses traces et ne la trouve pas. Francine en pince pour Richard qui ne pense qu'à Christine laquelle court après un certain Goupil. La fille de l'amante est la petite amie du fils de l'amant et sa soeur le trouve à son goût, etc... Que d'échecs, de ratages, d'occasions manquées et d'erreurs de casting ! Humour et ironie sont au programme de cette histoire sur les thèmes du handicap et surtout de l'inaptitude au bonheur. Un livre doux amer, assez bien écrit, rythmé, agréable à lire avec peu de coquilles, ce qui est plutôt rare pour un premier roman. Claude Suissa a un vrai don de conteur et se révèle romancier prometteur. Nul doute que, dans l'avenir, il saura améliorer un style encore un peu balbutiant et approximatif.

3/5

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07/03/2014

Les Kerns de l'oubli / L'exil (Feldrik Rivat)

Les kerns de l'oubli.jpgL'inexpugnable citadelle d'Almenarc'h, perchée sur un piton rocheux entouré d'eau, vit une période de graves troubles. Des hordes sauvages l'assiègent de toutes parts. En voulant la défendre, Roch, le Grand Gardien, tombe dans une embuscade. Il est empoisonné puis noyé dans le lac. Alkar, l'indigne roi d'Almenarc'h, profite de son absence pour s'attaquer à Siham, son épouse. Sans aucune pitié, il lui crève les deux yeux. Pendant ce temps, Erkan, le fils de Roch, erre dans de lointaines étendues désertiques où il a été exilé, des sorciers l'ayant rendu amnésique. Arrivera-t-il à se venger ? Qui pourra empêcher Alkar, sous l'influence de l'ambitieux Cataxak et de ses maléfiques prêtres noirs, de mener à la ruine la citadelle ? Ulnhor, le roi déchu ? Telleran, le vieux sage ? Ou Milena, la reine actuelle, matriarche et stellamancienne ?

« Les Kerns de l'oubli » se présente comme le premier tome d'une saga de fantaisie ou de fantastique médiéval qui doit en comporter trois. Le lecteur est plongé dans un univers étrange, très dépaysant et particulièrement sombre. Influencé comme tant d'autres par l'immense Tolkien, l'auteur a su se créer un monde bien à lui mais si inquiétant et si inhospitalier que le lecteur a un peu de peine à s'y sentir à l'aise. Ambiance glauque, cruauté pour ne pas dire sadisme, situations angoissantes, batailles, combats, tortures, rien ne manque à l'appel. Les personnages aux caractères tranchés, rudes gaillards, francs coquins et sinistres ordures abondent. Ils sont d'ailleurs si nombreux qu'il faut parfois aller consulter un « Qui est qui » (« Who's who) de quatre pages en fin de volume pour s'y retrouver. Même chose pour tous les néologismes, concepts imaginaires, pratiques étranges et autres monstres et chimères qui sont également décrits dans un « Glossaire du monde des Kerns » fort utile. L'intrigue est simple et efficace. Le style est bon et souvent recherché. Pourtant l'ensemble manque de rythme non à cause d'interminables descriptions mais en raison de la structure même du récit et de la manière assez originale de présenter les évènements. A chaque chapitre (il y en a 74 !), on change de narrateur et tous utilisent la première personne du singulier, ce qui présente l'action sous plusieurs angles, entraine des répétitions et souvent gène la compréhension. Le lecteur doit faire un effort d'adaptation pour se retrouver dans cette histoire pleine de magie, de sorcellerie, de rêves éveillés et autres voyages oniriques. Tous ces héros déchus meurent et revivent, sont empoisonnés et se désintoxiquent, passent d'une dimension à une autre, lévitent, volent et se rechargent en énergie par des moyens surnaturels. Il y a de quoi être déboussolé et même bluffé. A noter : un très beau travail de présentation de la part des Editions de L'Homme Sans Nom, graphisme de qualité, typographie très soignée (les polices de caractères changent en fonction des personnages) et cartes à l'ancienne. A réserver aux amateurs du genre qui devraient en apprécier l'originalité et la noirceur. Ames sensibles et cartésiens s'abstenir.

3,5/5

 

(Livre critiqué pour le jury du Prix « FUTURIALES » d'Aulnay sous Bois)

09:25 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/03/2014

Les poussières de l'aube (Cathy Coopman)

Les poussières de l'aube.jpgSusylee est une jolie jeune fille qui se réveille un soir dans une des chambres de l'hôtel particulier des Arwels, une puissante famille de vampires londoniens. Totalement amnésique, elle n'a aucun souvenir de son passé. A côté d'elle, se trouve un homme au teint blafard, aux cheveux blonds et aux yeux bleus qui dit se nommer Soriel et qui lui annonce qu'il sera son tuteur pour le siècle à venir. En la nourrissant de sang frais et en lui dispensant un enseignement particulier, il se fait fort de la transformer petit à petit en vampire et de l'amener à l'âge adulte c'est à dire 102 ans. Petit à petit, un tendre sentiment naît entre ces deux êtres. Comme tout vampire, Soriel est immortel. Il a déjà vécu plus de sept siècles. Susylee voyagera à ses côtés avant de devenir un écrivain de best-sellers, ce qui lui permettra de faire des tournées de promotion un peu partout en Europe et en Amérique. Mais toujours l'ignorance de ses origines la torturera.

« Les poussières de l'aube » se présente autant comme un roman sur les vampires que comme un roman sentimental, ce qui est à la fois une force et une faiblesse, l'horreur et le gore n'étant pas très compatibles avec le sentimental et l'eau de rose version « Harlequin ». Avec Cathy Coopman, les vampires sont élégants, distingués et respectueux. Ils ne « boivent à la source », comprendre à la jugulaire des humains, que contraints et forcés et en prenant toujours beaucoup de précautions. La plupart du temps, ils se contentent de poches de sang sur ordonnance. Immensément riches, ils négocient avec les plus grands, les rois, les présidents, pour éviter bavures et conflits avec les hommes. Des monstres gentils en quelque sorte, rien à voir avec les zombies de « World war Z » ou avec les horreurs de « Walking dead » ou même de « Dracula ». Pourquoi pas ? L'ennui, c'est que dépouillée de son aspect sentimental, l'intrigue n'a plus rien d'original et surtout que le style laisse à désirer. Trop nombreuses descriptions de vêtements (Cathy Coopman serait-elle passionnée de mode voire fashion victim ?), trop d'à peu près, de pléonasmes, de redondances et de répétitions. Des tournures lourdes ou malheureuses et un vocabulaire approximatif rendent laborieuse et parfois agaçante la lecture de cet ouvrage distrayant par ailleurs. Et pour ne rien arranger, une quantité impressionnante de coquilles, de fautes d'orthographe et d'erreurs lexicales. (Comatique pour comateux, macros à la place de maquereaux, encrée au lieu d'ancrée, par dit pour pardi, craquelantes à la place de craquantes et conté au lieu de comté, pour ne citer que quelques exemples.) On se demande comment « Rivière Blanche » peut oser présenter un sous-« Twilight » aussi mal relu et corrigé !

2,5/5

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03/03/2014

Un vent de cendres (Sandrine Collette)

Un vent de cendres.jpgEn rentrant d'un mariage, Andreas, Octave et Laure sont victimes d'un terrible accident de la route. Andreas et Octave en ressortent très grièvement blessés et Laure meurt décapitée. Dix années plus tard, on retrouve Andreas vivant reclus au premier étage d'un domaine viticole en Champagne et Octave, défiguré et boiteux, réceptionnant une dizaine de jeunes venus vendanger. Dans le groupe, Camille qui ressemble un peu à Laure et son frère Malo, un garçon au caractère difficile. Octave s'intéresse un peu trop à Camille, laquelle ressent une attirance un peu trouble envers ce patron aussi étrange que laid. Malo met en garde sa soeur et fait un scandale avant de disparaître de façon tout à fait inquiétante. Tout le monde croit à un coup de tête passager suivi d'une fugue. Seule Camille est persuadée qu'il lui est arrivé malheur...

« Un vent de cendres » est un roman noir avec quelques touches de rose vu que se développe un semblant d'idylle entre Camille et Octave qui fait immanquablement penser au conte « La belle et la bête » revisité. Après « Des noeuds d'acier », livre masculin, d'une noirceur et d'une violence totale, Sandrine Collette a voulu introduire un peu de féminité et de sentiment dans son cocktail détonnant. Le lecteur remarquera de nombreux points communs entre les deux opus : la réclusion, les deux monstres, le travail épuisant, l'absence d'humanité, l'omniprésence de la nature et l'influence des contes, mais cette fois, soigneusement édulcorés. Pas d'enfermement, mais un simple lieu clos, deux monstres mais qui ont des raisons de l'être, un travail difficile mais pas aussi humiliant, de la cruauté, mais nettement moins de gratuité dans les violences et une nature moins sauvage car domestiquée. Résultat : un ensemble nettement moins dur et moins punchy. Il y a de l'eau dans le vin et même quelques gouttes d'eau de rose... Passé l'accident, tout démarre fort lentement. L'intrigue (à la « Barbe bleue ») a vraiment de la peine à se mettre en place. Seules les cinquante dernières pages avec leur fin gore à souhait ramènent enfin au niveau d'horreur « Des noeuds d'acier ». Quand on a réussi à transformer un coup d'essai en un aussi bluffant coup de maître, il est fort difficile de rééditer pareil exploit dans la foulée. « Un vent de cendres » qui est intéressant, bien écrit et qui distille insidieusement l'angoisse, reste un cran en dessous de son prédécesseur. Voilà ce que c'est que de trop bien faire dès le premier roman. Le lecteur en devient exigeant. Il s'attend à aussi bien et même à encore mieux pour le suivant. Et si ce n'est pas le cas, il se retrouve un peu déçu. Dommage.

3,5/5

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01/03/2014

Opération Baucent (Chapitre 7/4)

- Messieurs, commença Armen en se calant dans son immense fauteuil de cuir noir, il y a des rigolos qui essaient de me faire chanter. Des guignols qu’il va falloir corriger de belle manière…

- Dîtes-nous qui c’est patron, dit Babacar et on va illico leur faire leur fête !

- C’est pas si simple. Pour l’instant, je n’ai qu’une très vague idée. Ils ont certainement enlevé Melle Virginie et j’attends qu’ils me recontactent. Pour commencer, vous filez à son appartement et vous tâchez de ramener quelque chose qui vous mettra sur leur piste.

Peu après, les deux nervis se retrouvèrent donc à l’endroit où Lee Ling et Gérard s’étaient cassés les dents. Ils tambourinèrent bruyamment dans la porte. La voisine de palier les épiait sans doute par son œilleton, mais se garda bien d’intervenir. Ces deux-là n’avaient pas l’air commode et la vieille était cancanière, envieuse et râleuse mais pas téméraire. D’un coup d’épaule, Babacar explosa le chambranle de la porte. Ils se précipitèrent à l’intérieur. Il avait dû s’en passer de belles là-dedans. Dans la chambre, où il régnait le plus grand désordre, on pataugeait dans l’eau. « Tiens, remarqua Davidovitch, on dirait le sac à main de Mademoiselle Virginie… »

- Oui, répondit l’autre. Ca, c’est son portable et regarde, on dirait bien qu’il y a aussi toutes ses affaires éparpillées un peu partout.

- On embarque le tout, décréta l’Africain. Le patron va être content. On est sur une piste encore toute chaude. Ils devaient être là, il n’y a pas si longtemps…

- T’emballe pas Banania, lui lança Davidovitch goguenard, ils sont peut-être n’importe où maintenant !

- Tu m’appelles pas Banania, connard de facho de serbe ! s’énerva le noir. Tu dis Babacar ou à la rigueur Baba, enfoiré de Merdovitch sinon je t’éclate ta sale face de bidet…

- C’est d’accord, Balouba, répondit l’autre.

 

Dans les locaux encombrés de « L’Echo de la Plaine », le quotidien régional bien connu à Saint Aubin et dans les alentours, on prépare laborieusement l’édition du lendemain. Les uns tapent des articles sur leurs ordinateurs, d’autres trient des photos, d’autres encore s’entretiennent au téléphone avec leurs correspondants locaux. Le rédacteur en chef se démultiplie entre les différents services et donne l’impression d’une grande agitation à défaut d’une véritable efficacité. Arsène Furet, qui signe ses chroniques « Le Furet », est nonchalamment assis sur le rebord de son bureau. Avec son gilet de daim beige, sa chemise à carreaux, ses jeans et ses santiags, il cultive un style western un tantinet ringard. Un gobelet de café en plastique blanc à la main, Jacques Tardif, Coco pour les intimes et photographe pour le journal, le regarde de son air le plus endormi. Ca fait un sacré bail que ces deux-là font équipe. Ils savent bien qu’ils sont les bêtes noires de leur rédac' chef et que l’ancien chevillard qui fait office de patron ne les tolère que parce que ce grand escogriffe complètement ahuri de Tardif est le neveu d’un copain député qui a le bras long et qui lui a renvoyé l’ascenseur. Au journal, le Furet énerve pas mal, mais tout le monde lui reconnaît un réel talent de plume et la paternité de quelques articles qui ont autrefois dopé les ventes. Alors, on le supporte jusqu’au jour où on pourra s’en débarrasser, ce qui ne saurait tarder.

- Alors, les bras cassés, leur lance au passage le rédacteur en chef, on glande comme d’habitude.

- On cherche un sujet porteur, chef, répondit Arsène. Et ça court pas les rues.

- J’ai peut-être quelque chose pour vous. Une fille vient de disparaître cette nuit. L’info est sérieuse, je l’ai récupérée directement du commissariat.

- Bof, répondit Tardif, des filles qui fuguent ça arrive tous les jours.

- Oui, mais quand c’est la bonne amie de Paul Armen, c’est déjà plus rare. Alors au boulot, les Rouletabille, je vous ai mis tous les renseignements qu’on a dans ce dossier. Et il leur tendit une chemise rouge qui ne contenait qu’un seul feuillet avec nom, adresse, profession et trois infos gribouillées à la va vite…

***

(A SUIVRE)

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