21/03/2014

L'invention de nos vies (Karine Tuil)

l'invention de nos vies.jpgA New-York, Sam Tahar, célébrité du barreau d'origine française, représente un véritable symbole de réussite, une « success story » à lui tout seul. Il est marié avec Ruth, la fille de Rahm Berg, un richissime financier juif. Il a deux beaux enfants. Il roule sur l'or. Ayant défendu quelques causes aussi médiatisées que lucratives, il est le chouchou de la presse. Il collectionne maîtresses et aventures et mène la grande vie. Mais ce succès repose sur une imposture. Il s'est présenté comme étant juif alors qu'il est musulman pour pouvoir décrocher son premier poste dans le cabinet de Pierre Levy, célèbre avocat parisien qui lui a mis le pied à l'étrier et qui est devenu son ami. L'ennui, c'est qu'il a usurpé l'identité et la biographie d'un autre ami, Samuel, éducateur et écrivain raté, lequel vit avec Nina, un amour de jeunesse de Samir, alias Sam. Un jour, Samuel et Nina lui donnent rendez-vous pour mettre les choses au clair et rien ne se passe comme prévu.

« L'invention de nos vies » commence comme un roman sentimental avec l'ultra classique trio mari-femme et amant avec un fond de réalité sociale très bien décrite. Sam Tahar est un ambitieux, prêt à tout pour réussir, même à s'inventer un personnage et une vie qui n'ont rien à voir avec la vérité et qui l'entraineront, à son corps défendant, vers des rivages insoupçonnés. La fin, qu'il ne faut bien entendu pas dévoiler, est très surprenante. Elle apporte un regain d'intérêt et comme une morale à une histoire qui sans elle, serait aussi plate que choquante. A elle seule, elle fait basculer l'intrigue vers le conte philosophique ou le drame social dans la lignée de ceux de Tom Wolfe. « Rien ne sert de mentir, on finit toujours par être rattrapé par ses mensonges », « Tel est pris qui croyait prendre » ou « Seule la vérité vous rendra libre », tels pourraient être les aphorismes illustrant le propos de ce livre intelligent et très agréable à lire qui aborde de nombreux thèmes comme l'identité réelle et supposée, le bonheur et la réussite matérielle, la vérité et le mensonge, la liberté et la sécurité ou l'amour et la fidélité. Les quatre personnages principaux sont très bien campés et plein d'humanité avec leurs forces et leur faiblesses, leurs zones d'ombre et de clarté. Karine Tuil, dispose d'une belle plume, mais pourquoi donc éprouve-t-elle le besoin de faire preuve d'originalité gratuite et inutile, en donnant en note de bas de page des détails sur des personnages secondaires qui n'intéressent personne et en abusant du slash, barre utilisée en lieu et place de la virgule, comme si le lecteur avait le choix entre trois ou quatre déclinaisons d'un terme ou d'une idée ? Ceci mis à part, une très bonne expérience de lecture.

4/5

08:49 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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