27/02/2014

Le roi amoureux (Michel Zévaco)

Le roi amoureux.jpgGrâce à une belle somme d'argent empruntée à son futur beau-père, le très calculateur Amaury de Loraydan tente de favoriser l'union de Leonor d'Ulloa et de Don Juan Tenorio. Ainsi espère-t-il se retrouver dans l'incapacité de l'épouser lui-même comme le souhaitaient ardemment François Ier et Charles Quint. Mais il va lui falloir commencer par mener à bien l'enlèvement de la belle, ce qui ne va pas s'avérer chose facile. Clother de Ponthus, sincèrement amoureux de Léonor, est toujours à la recherche d'une mystérieuse cassette enterrée sous une dalle de la chapelle de l'hôtel d'Arronces où réside la belle. Elle cacherait des documents qui devraient lui permettre de prendre connaissance de sa véritable ascendance. Pendant ce temps, le roi François Ier continue à poursuivre de ses assiduités Bérengère Turquand sur la vertu de laquelle veille un père aimant et soupçonneux. L'orfèvre a transformé son logis en camp retranché avec passages secrets, portes dérobées et souterrains. Il bénéficie également de l'aide d'un certain nombre de serviteurs armés jusqu'aux dents et prêts à en découdre. Le roi et le noble hidalgo parviendront-ils à leurs fins ?

« Le roi amoureux » est le second tome de la série consacrée à « Don Juan », fresque romantique plus rocambolesque qu'historique. Ecrit de manière encore plus enlevée que le premier, ce livre se dévore bride abattue tant est forte l'envie de connaître la fin des aventures de tous les personnages de cette histoire foisonnante et palpitante. Que d'amours contrariées (thème éculé mais toujours efficace), de complots, de trahisons, de guet-apens, de duels et même de scènes de révolte populaire ! On se retrouve pendant un moment replongé dans la faune de la Cour des Miracles, cette zone de non-droit du Paris de l'époque avec ses mendiants, ses tire-laines, ses ribaudes, ses vide-goussets et autres rois d'Argot. L'intérêt monte crescendo jusqu'à une fin pétrie de fantastique (Don Juan face à la statue du Commandeur) qui vaut à elle seule le détour. Zévaco n'a d'ailleurs rien inventé. Il a certainement puisé son inspiration chez Molière et chez Mozart mais en traitant ce thème mythique d'une manière assez spectaculaire. Au total, le très divertissant ouvrage d'un auteur de romans de cape et d'épée malheureusement un peu oublié de nos jours.

4/5

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25/02/2014

Don Juan (Michel Zévaco)

Don Juan.jpgPour aller mâter une révolte en Flandres, l'empereur Charles Quint doit traverser la France de part en part, du sud au nord. Sur les bords de la Bidassoa, le roi François Ier lui laisse ses deux fils en otage pour preuve de sa bonne foi et comme garantie que son voyage se passera sans anicroche. Aussi ambitieux que désargenté, le jeune chevalier Amauri de Loraydan voudrait se marier avec la charmante Bérengère, fille de Turquand, un riche orfèvre capable de la doter richement. Il compte intriguer auprès de l'ambassadeur d'Espagne, le commandeur d'Ulloa, père de deux filles très belles, Reyna-Christa et Léonor, pour parvenir à faire tomber la Lombardie dans le giron du roi de France. Mais Don Juan Tenorio, prince débauché, après avoir poussé au désespoir Reyna-Christa, poursuit de ses assiduités sa cadette Léonor partie rejoindre son père en France pour lui annoncer la mort de sa soeur et pour lui demander de la venger... Et ceci n'est que le début d'une suite d'amours contrariés, d'idylles impossibles, de tromperies et autres forfaitures qui ne feront que se compliquer quand François Ier entrera dans la danse en compagnie de quelques autres grands personnages.

« Don Juan » est un roman d'aventures historiques de style « cape et épée ». François Ier et Charles Quint, qui lui apportent une caution historique certaine, ne sont pas pour autant les personnages principaux de cette histoire. L'enchevêtrement d'intrigues, de rebondissements et de quiproquos tient plus du rocambolesque et du roman feuilleton que du roman historique comme on le conçoit aujourd'hui. Les lecteurs férus de vérité historique n'y trouveront certainement pas leur compte. Le portrait brossé des deux altesses, bien que vraisemblable, est loin d'être flatteur. Charles-Quint est présenté comme un personnage calculateur, retors et fourbe. François Ier comme une sorte de prédateur sexuel, un obsédé peu soucieux de respect humain. Une sorte de fauve qui ne pense qu'à assouvir ses désirs quel qu'en soit le prix pour les malheureuses sur qui il pose son regard. Si on ne tient pas rigueur de quelques pages longuettes consacrées aux envolées lyriques de Don Juan (autre très sinistre personnage) et aux digressions philosophiques de l'auteur, on passe un très bon moment de détente et d'évasion dans un époque rude voire un peu sauvage, où de pauvres serviteurs et de malheureuses ribaudes ont parfois plus de noblesse de caractère que certains grands seigneurs.

4/5

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23/02/2014

Ordre de tuer (Andy McNab)

Ordre de tuer.jpgAprès le demi-échec d'une première mission en Syrie, avec une équipe du SAS britannique sous couverture israélienne, Nick Stone, ancien des commandos devenu exécutant d'opérations illégales et sous fausse bannière, perd de vue sa partenaire Sarah qui eut alors un comportement assez étrange. Aussi n'est-il pas étonné lorsque, trois années plus tard, il apprend que celle-ci a disparu aux Etats-Unis et qu'on la soupçonne d'être passée du côté des terroristes de Ben Laden. Sa mission est simple : la retrouver le plus vite possible pour la neutraliser, c'est à dire la tuer discrètement et faire disparaître son corps. Le Service craint qu'elle ne participe à un attentat lors d'une rencontre organisée entre Arafat et Nethanyahu à la Maison Blanche sous l'égide de Bill Clinton. L'ennui, c'est que Nick a été l'amant de Sarah, qu'il l'aime toujours et qu'il n'est pas du tout convaincu qu'elle soit devenue une traîtresse...

« Ordre de tuer » est un roman d'espionnage de facture tout à fait classique. L'auteur est lui-même issu des SAS. Il s'est d'ailleurs illustré brillamment en Irlande, en Colombie et en Irak lors de la guerre du Golfe. La narration l'illustre particulièrement bien. Les descriptions sont d'une grande précision technique. McNab prend un malin plaisir à décrire avec force détails la meilleure façon de bâillonner, d'étrangler ou de neutraliser un adversaire et ce n'est pas tout à fait semblable à ce qu'on peut s'imaginer ou à ce qu'on peut voir au cinéma. L'intrigue est malheureusement d'une simplicité biblique et ne brille pas par ses rebondissements, ce qui prive le lecteur du plaisir attendu avec ce genre d'ouvrage. De plus, l'auteur a une tendance à tout relater de façon tellement minutieuse et tellement exhaustive que le rythme de narration en pâtit jusqu'à rendre la lecture un tantinet laborieuse. De plus, cette histoire, basée sur l'actualité de l'époque (les débuts d'Al Quaïda), a fort mal vieilli, raison de plus d'envoyer le bouquin au « désherbage ».

2,5/5

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21/02/2014

Des noeuds d'acier (Sandrine Collette)

Des noeuds d'acier.jpgQuand Théo découvre que son amie Lil l'a trompée avec Max, son propre frère, son sang ne fait qu'un tour. Il le massacre et écope de 19 mois de prison. A sa sortie, il va rendre visite à Max, devenu tétraplégique et très lourdement handicapé. Il part ensuite se mettre au vert dans une région perdue. Il s'installe chez une certaine Mme Mignon qui gère des chambres d'hôtes. Au cours d'une randonnée que lui propose celle-ci, il rencontre un vieil homme qui habite dans une bâtisse isolée et délabrée et qui l'invite à boire le café. Il s'appelle Joshua. Il semble bizarre mais pas trop hostile. Mais quand son frère Basile arrive, c'est pour assommer Théo et pour l'enfermer dans la cave. Il se retrouve à la merci de deux vieux fous qui l'appellent « le chien » et qui veulent le faire travailler comme un esclave.

« Des noeuds d'acier » est à la fois un roman d'horreur et un roman noir très réussi quoique particulièrement glauque. C'est une véritable descente aux enfers que nous conte Sandrine Collette dans un style précis, retenu mais assez explicite pour déclencher chez le lecteur terreur et sueurs froides. Que d'avanies, que de tortures, que de blessures, que de vexations devra subir le malheureux prisonnier qui petit à petit perd tout espoir et toute apparence humaine. Ses geôliers sont de véritables monstres sadiques, alcooliques et complètement dégénérés qui lui font subir un abominable calvaire. S'il était besoin de le démontrer, l'adage « l'homme est un loup pour l'homme » trouverait sa plus terrible illustration dans cet ouvrage qui fait penser à « Vertige » de Thilliez, mais sans le côté fantastique. Avec « Des noeuds d'acier », tout est ordinaire, quotidien, presque banal. Il suffit d'un brin de cruauté, d'un grain de folie et d'une totale absence d'humanité pour qu'un tel fait divers se produise tout près de chez vous. A déconseiller aux âmes sensibles...

4/5

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19/02/2014

Au bord du précipice (Richard Matheson)

Au bord du précipice.jpgMarshall, un cadré assez surmené, rencontre dans un restaurant Nolan, un homme qu'il ne connait ni d'Eve ni d'Adam. Nolan insiste. Il semble tout savoir de la vie de Marshall... Handicapée passant sa vie alitée, Miss Elen Keen décroche son téléphone qui vient de sonner. Personne au bout du fil. Et le fait se reproduit de nombreuses fois... Ayant terminé leurs courses au supermarché, Ken et Helen arrivent sur le parking avec leur fils Richard qui leur fait une comédie pour retourner voir le Père Noël. Ken accepte. Helen attend dans la voiture... Une ménagère découvre un paquet sur le seuil de son appartement. Il contient une boîte bizarre surmontée d'un gros bouton rouge. Un mot lui indique qu'un certain Steward viendra lui expliquer son fonctionnement.

Ce court ouvrage (96 pages) est un recueil ne comportant que cinq nouvelles étranges ou fantastiques de Richard Matheson, autant dire une infime partie de sa production. Destiné aux jeunes, il comporte une présentation de l'auteur suivie d'une chronologie comportant des repères historiques et culturels et présentant la vie et l'oeuvre du grand auteur. Pour faciliter sa lecture et sa compréhension, le jeune lecteur trouvera des notes expliquant les mots difficiles et, en fin d'ouvrage, tout un dossier sur le thème de la nouvelle fantastique avec des jeux et des quizz sans oublier d'une bibliographie fort bien conçue. Au total, un très bon outil pédagogique pour faire connaître ce romancier qui vient de nous quitter et pour donner envie d'aller plus loin dans une oeuvre aussi foisonnante que surprenante.

5/5

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17/02/2014

Impossible de grandir (Fatou Diome)

Impossible de grandir.jpgInstallée à Strasbourg, Salie a toutes les peines du monde à accepter d'être invitée à un dîner organisée par son amie Marie-Odile, une banale invitation « avec la famille et quelques amis ». Mais c'est là où le bât blesse. Fille illégitime, rejetée par sa mère qui lui préfère ses enfants légitimes, oubliée par son père, un célèbre lutteur d'une autre ethnie sénégalaise, la petite Salie a été élevée par ses grands-parents, les seules personnes qui lui aient apportées soutien, amour et éducation. Rejetée par son village, exploitée par son oncle et par ses tantes, Salie eut une enfance difficile pour ne pas dire plus. Elle étudia d'arrache-pied, finança seule sa scolarité, obtint ses diplômes et s'expatria en France dès qu'elle fut majeure. Mariée puis divorcée, elle rencontre la réussite dans le monde de la littérature, soutient sa famille et pourtant, son enfance continue de la hanter...

J'avoue avoir commencé la lecture de ce livre avec un a priori un peu négatif. Encore un livre écrit à la première personne, encore de l'auto-fiction, encore ce besoin de se raconter, d'étaler ses complexes, ses problèmes, ses manies. Et ouf, le nombrilisme germano-pratin n'est pas apparu. Au contraire, petit à petit, je me suis laissé prendre à la magie du verbe de Fatou Diome, j'ai accepté de me perdre dans ses digressions, de suivre ses enthousiasmes, de partager ses indignations. Dans un grand torrent de franchise et de véhémence proche parfois des célèbres diatribes ou envolées lyriques du grand Louis-Ferdinand, la romancière parvient à transcender la simple auto-analyse pour parvenir à l'universel, au philosophique et parfois même au poétique. Oui, tous autant que nous sommes, il nous est difficile de grandir, de devenir pleinement adultes. En nous comme en Salie, reste une part de l'enfant que nous avons été, avec ses peurs, ses craintes et ses fragilités. Lointaine cousine du « Petit chose » ou de « Poil de Carotte », la petite Sénégalaise a eu plus que son compte de coups, de vexations, de brimades et de blessures physiques ou morales. Salie adulte en est à naviguer aux confins de la schizophrénie, des phobies (elle est terrorisée par les souris) et du dédoublement de la personnalité. L'auteur en tire d'ailleurs de savoureux dialogues entre elle et elle, c'est à dire entre l'adulte et la petite fille humiliée et rebelle qui ne la lâche jamais. Un livre puissant, sorte de suite du « Ventre de l'Atlantique », qui aborde avec courage quantité de sujets : l'intolérance des religions venues de l'extérieur, le problème de la polygamie, les lignées matriarcales et les traditions qui se perdent entre autres. Il faut lire ce beau livre ne serait-ce que pour les pages décrivant une Afrique réelle et éternelle qui a bien peu à voir avec les reportages des magazines sur papier glacé ou avec les descriptifs des catalogues d'agences de voyages.

4/5

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15/02/2014

Mélo (Frédéric Ciriez)

Mélo .jpgA Saint Ouen (Seine Saint Denis), non loin de l'usine d'incinération, une Citroën Xantia est garée le long d'un trottoir dans une rue sinistre. Assis derrière le volant, on découvre le corps d'un homme avec un couteau planté dans le ventre. C'est un syndicaliste dont les bureaux sont situés juste à l'étage au-dessus de la célèbre agence de mannequins Elite... Parfait de Paris est conducteur d'une benne à ordures. En compagnie de deux collègues éboueurs, il ramasse les poubelles dans les quartiers nord de Paris et ramène sa collecte à l'incinérateur de Saint Ouen. La nuit, il devient « Sapeur ». Il ambitionne d'être le plus grand, le plus beau et le plus célèbre des « élégants » congolais de la capitale. Pour y parvenir il est prêt à toutes les dépenses et à toutes les folies... Barbara, élève d'une école de commerce, passe ses journées sur ses rollers avec, autour de la taille, un petit panier plein de gadgets, briquets et autres pacotilles fabriquées en Chine. Elle gagne bien sa vie et ambitionne de transformer son petit commerce en concept franchisé de plus grande envergure. Pour l'instant, elle attend un texto de son amie, apprentie cinéaste...

« Mélo » n'est pas un roman au sens classique du terme, mais plutôt l'addition de trois nouvelles, « Transfixation », « Transformation » et « Transaction », traitant de trois personnages transitant sur un périmètre fort bien et presque trop bien décrit. Le lecteur qui a vécu dans ces quartiers peut attester que peu de choses ont échappé à l'oeil d'entomologiste de Ciriez. L'ennui c'est que ces trois pseudos intrigues manquent de punch et présentent un intérêt inégal. L'histoire du syndicaliste laisse indifférent, celle de l'étudiante d'origine chinoise reste assez quelconque, bien que légèrement plus originale. Seule sort du lot, le destin de Parfait de Paris dans la mesure où il permet à l'auteur de décrire le monde des sapeurs, frimeurs et autres ambianceurs de Paris. Un microcosme peu connu du grand public où l'insignifiance rivalise parfois avec le mauvais goût, où le paraître l'emporte toujours sur l'être dans des débordements d'extravagance du look. De jeunes africains de milieu très modeste se rêvent héritiers du Beau Brummel, d'Oscar Wilde et autres dandys d'autrefois. L'espace d'une nuit, ils se métamorphosent en gravures de mode aux couleurs pour le moins voyantes, se lancent des défis d'élégance, surenchérissent dans les harmonies de matières et de couleurs, n'hésitant jamais à sacrifier plusieurs mois de salaire pour s'offrir un costume de grand couturier ou une paire de bottines d'un célèbre chausseur londonien. Parfait ira jusqu'à louer une Rolls-Royce Phantom ainsi qu'un boy blanc porteur d'ombrelle pour époustoufler ses compatriotes lors d'une simple soirée dans un foyer de travailleurs de Montrouge. La centaine de pages traitant du sujet tranche heureusement sur un ensemble plus terne. Enfin, un personnage qui a une vraie épaisseur, une réelle densité. Enfin, une prose qui prend toute son ampleur. Enfin, un auteur qui porte un regard bienveillant et empathique sur un homme qui prend une jolie revanche sur une existence morne et ingrate et peu importe si les moyens pour atteindre ce paroxysme de fierté sont discutables. Dommage que, passé ce moment de grâce, tout retombe aussi mollement qu'un soufflé dans un courant d'air.

3,5/5

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14/02/2014

Opération Baucent (Chapitre 7/3)

Lee se sentit presque rassurée. De son ami, se dégageaient une force, une assurance et une détermination sur lesquelles elle allait pouvoir compter. Elle se sentait un peu rassérénée de sentir cette présence amicale et peut-être un peu plus. « Tu comprends, Gérard, Virginie, c’est ma meilleure amie. Elle compte beaucoup pour moi. Je l’aime énormément… » lui avoua-t-elle.

Un quart d’heure plus tard, ils tambourinaient à la porte de l’appartement de Virginie. Personne ne répondit. Seul résultat de cette agitation : une vieille dame ouvrit sa porte…

- Vous en faîtes un raffut ! s’exclama-t-elle.

- C'est-à-dire que nous cherchons notre amie, répondit Lee Ling. Nous sommes très inquiets. Elle ne répond plus au téléphone et elle n’a pas l’air d’être chez elle…

- Avec tout ce qui s’est passé cette nuit, c’est pas étonnant, lança la vieille d’un air futé juste avant de leur claquer sa porte au nez.

Gérard se précipita : « Madame, Madame, ouvrez ! Qu’est ce qui s’est passé cette nuit ? Répondez-nous… »

Mais il eut beau tambouriner, l’autre ne voulut jamais ouvrir. Elle se contenta de leur dire à travers la porte : « Allez-vous en ! Je ne vous en dirai pas plus… »

- Où est-elle ? Qu’est-ce que vous savez réellement ? demanda Desbarres en s’énervant sur la porte.

- Je ne sais rien du tout, répondit-elle. J’ai rien vu, rien entendu, là ! Fichez le camp, sinon j’appelle la police !

La mort dans l’âme, Lee Ling et Gérard durent s’exécuter. Ils allèrent immédiatement signaler la disparition au commissariat de police le plus proche et furent reçu par un jeune fonctionnaire blasé qui nota leurs déclarations sur le registre de la main-courante et crut les rassurer en leur disant qu’il y avait chaque année des dizaines de milliers de gens qui ne réapparaissaient plus mais qu’on en retrouvait beaucoup surtout quand ils réintégraient de leur plein gré leur domicile à leur retour de fugue…

 

***

 

Le dernier étage de la Tour Europa, orgueilleux building de verre et d’acier, était occupé par « MPR », pour « Mental Power Ressources », une société spécialisée en conseil aux entreprises. Son PDG et principal actionnaire n’était autre que Paul Armen. Profil d’aigle, cheveux gris coupés en brosse ultracourte, cet homme de haute taille en imposait par l’impression d’autorité naturelle qu’il dégageait. Sur un polo Lacoste blanc, il portait un costume sombre de chez Armani et était chaussé d'une paire de Weston parfaitement cirées. Il tenait dans sa main la nouvelle merveille de chez Apple, un téléphone portable de toute dernière génération. Tel un ours en cage, il allait et venait, piétinant la moquette épaisse de son immense bureau… « Ah, les deux salopards, ils vont me le payer ! » se répétait-il mentalement. Il venait d’écouter et de réécouter l’incroyable message que Lerenard avait laissé sur son répondeur.

« Armen, salaud, on a ta poule. Va falloir que tu craches au bassinet si tu veux la revoir ! » Puis cet appel désespéré de Virginie : « Paul, au secours, à moi ! Ils m’ont kidnappée… Je suis… » Et aussitôt : « Ca va te coûter cher, mais avec le trésor que tu es sur le point de découvrir, tu pourras banquer… »

Paul n’arrivait pas à se calmer. Il avait une très vague idée d'où pouvait venir le coup. Il se rappelait que deux pieds nickelés, un gros un peu demeuré et un maigre au regard mauvais, avaient réussi à s’infiltrer lors de l’avant dernier convent de son ordre. Mais ils avaient été vite repérés et aussitôt jetés dehors. Comment étaient-ils au courant pour le trésor ? Plus il y réfléchissait et plus il lui semblait que ces deux types ou d’autres - il ne manquait pas d’ennemis- devaient travailler pour une organisation qu’il allait falloir contrer au plus vite. Il appuya sur une touche de l’interphone.

« Mademoiselle, appelez-moi Babacar et Davidovitch. Je veux les voir immédiatement dans mon bureau ! » L’ordre ne souffrait pas la moindre objection. Armen savait se faire obéir. A peine une minute plus tard, les deux costauds qui s’étaient illustrés la veille à la librairie du « Griffon d’or » se tenaient, humbles et silencieux, devant leur boss.

(A SUIVRE)

Ouvrage disponible version e-book kindle et version papier sur Amazon.fr et sur TheBookEdition.com

08:35 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/02/2014

Road rage (Hill/King/Matheson)

Road rage.jpgQuelque part sur une route déserte du grand ouest américain, une bande de motards style « Hell's Angels », composé d'anciens combattants du Viet-Nam et d'Irak tombés dans la drogue et la délinquance, roule en convoi avec Race à leur tête. Sur une portion dangereuse, un camion fou les pousse à la faute et en tue un certain nombre... Mais, Vince, le chef, décide de ne pas en rester là. Il dispose d'une grenade incapacitante qui devrait lui permettre de se venger du routier et de sauver Race... Sur une autre route, un représentant de commerce se retrouve pris en chasse par un énorme camion citerne déglingué. Après une série de dépassements, de queues de poisson et autres tentatives pour l'envoyer dans le décor, il s'arrête à une station-service, abandonnant la route au poids lourds fou. L'ennui c'est qu'à peine installé dans le petit restaurant, il le voit arriver sur le parking. Il a fait demi-tour. La poursuite va-t-elle recommencer ? Pourquoi cet inconnu en a-t-il tant après lui ?

« Road Rage » est une magnifique bande dessinée composée de deux histoires « Plein gaz » et « Duel » inspirées de la célèbre nouvelle de Richard Matheson dont Spielberg se servit pour tourner son film éponyme. Au départ, Stephen King et son fils Joe Hill écrivirent « Plein gaz » en hommage au grand maître de l'horreur et du fantastique que fut Matheson. Ce livre, scénarisé par Chris Ryall, est donc l'adaptation en BD des deux nouvelles, très proches l'une de l'autre. Le monde des bikers, des vétérans, celui de la route, la mentalité « Born to be wild », « La mort avant le déshonneur » et autre « Pas de retraite, pas de capitulation » est particulièrement bien rendu. Les deux dessinateurs Nelson Daniel et Rafa Garres, de styles assez proches bien que légèrement plus fluide pour le premier et un peu plus sombre pour le second, ont fait merveille. Un format identique à celui de la série culte « Walking dead ». Au total une belle réussite et un magnifique hommage rendu à un auteur qui restera longtemps au panthéon des grands.

4/5

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11/02/2014

De là, on voit la mer (Philippe Besson)

De là on voit la mer.jpgLouise, célèbre romancière quadragénaire, a pris ses quartiers en septembre à Livourne (Italie), dans une villa prêtée par une amie, le temps d'écrire son nouveau livre. Elle a laissé son mari, François, à Paris, ville qu'elle trouve si bruyante et si agitée qu'elle perturbe son inspiration. Une gouvernante, Graziella, s'occupe des courses, du ménage et de la cuisine. Luca, le fils de celle-ci, 21 ans, élève officier de marine, est intrigué par cette Française solitaire. S'ensuit une liaison torride mais sans grand lendemain. Comment Louise parviendra-t-elle à gérer sa vie sentimentale alors que François, victime d'un très grave accident de la route qu'il a provoqué, se retrouve dans le coma à l'hôpital ?

« De là, on voit la mer » est un roman sentimental qui se rapproche parfois un peu trop à mon goût du roman à l'eau de rose, voire du roman de gare. Les trois principaux personnages n'attirent pas vraiment la sympathie. Louise a un rôle de femme égocentrique, fantasque et assez immature. Les deux hommes , chacun à leur manière, qu'il s'agisse du mari mûr, fataliste et blasé ou du très jeune amant, gamin à sa maman, semblent faibles, obéissants et soumis. Cette situation d'adultère avec l'habituel trio, mari, femme et amant, est loin de briller par son originalité, même si la cougar lettrée pourrait être la mère de l'apprenti marin. Tout aurait pu être sauvé par un style flamboyant, un humour ravageur ou une distanciation élégante. Il n'en est rien. Bien écrit au début, le style se relâche au bout d'une centaine de pages et on se demande pourquoi. Redîtes et répétitions (voulues) se multiplient. Adieu le minimalisme, bonjour l'introspection facile. Besson dissèque, analyse et réanalyse impressions et sentiments sans craindre d'avoir recours à tous les poncifs des magazines féminins. Seul véritable intérêt de ce livre : les cinquante premières pages qui évoquent les difficultés rencontrées pour noircir la feuille blanche et qui sondent les arcanes de la création littéraire. Tel Flaubert qui proclamait que Madame Bovary c'était lui, Besson pourrait sans doute en dire autant de Louise. Mais ensuite, quand la narration passe à l'horizontale, quelle déception ! Vite lu, vite oublié, ce retour de flamme italien peut faire passer un moment divertissant aux amateurs (trices) du genre.

3,5/5

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09/02/2014

Retour de la rivière Kwaï (Joan & Clay Blair)

Retour de la rivière kwaï.jpgPersonne n'a oublié l'histoire du « Pont de la rivière Kwaï », célèbre film tiré du livre éponyme de Pierre Boulle, lui-même inspiré d'un fait authentique et fort peu glorieux de la guerre du Pacifique. En effet, dans des conditions particulièrement cruelles, dignes de camp d'extermination, les Japonais obligèrent des milliers de prisonniers de guerre anglo-saxons à construire une ligne de chemin de fer dans la jungle aux confins de la Thaïlande et de la Birmanie. Un grand nombre y laissa la vie. Mais nettement moins connu est ce qui advint des survivants à la fin de la guerre quand les Japonais décidèrent de se replier en les emmenant vers la mère-patrie en septembre 1944. 2218 prisonniers de guerre australiens et britanniques furent ainsi entassés dans des cargos. Ceux-ci croisèrent la route de sous-marins américains qui les torpillèrent et les envoyèrent par le fond sans savoir ce qu'ils transportaient. Les malheureux se retrouvèrent à l'eau, terrifiés, hagards, ne disposant que de radeaux de fortune au milieu de flaques de pétrole en feu et à la merci d'anciens geôliers refusant de leur porter secours. Ainsi débutèrent plusieurs jours tragiques surpassant en horreur et monstruosité tout ce qu'ils avaient déjà subi à terre.

Un livre historique bouleversant sur un événement méconnu ou oublié de la Seconde Guerre Mondiale. Une extraordinaire leçon de courage, de ténacité et d'endurance donnée par ces rescapés dont 656 seulement purent échapper à la mort. Quelques scènes sont à déconseiller aux âmes sensibles. Dans ces conditions extrêmes, l'homme devient un loup pour l'homme. Ainsi y voit-on des Japonais refuser toute aide à leurs prisonniers et ne sauver que leurs ressortissants, des Anglo-saxons se venger en noyant ou en trucidant leurs anciens geôliers, des hommes, devenus fous par manque d'eau ou de nourriture, en mordre d'autres pour tenter de boire leur sang etc... etc... Non, la guerre n'est ni jolie, ni fraîche, ni joyeuse. Et cet épisode particulièrement cruel ne lui apporte aucune lettre de noblesse (on y voit des Américains envoyés pour secourir les naufragés préférer aller d'abord torpiller un convoi ennemi, perdant ainsi un temps précieux et d'autres en abandonner faute de place et repartir sans même leur laisser de quoi boire ou manger, condamnant une seconde fois leurs frères d'armes). Un livre terrible mais intéressant pour amateur d'Histoire au coeur bien accroché.

4/5

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07/02/2014

Les terres abandonnées (Didier Cornaille)

Les terres abandonnées.jpgAu fin fond du Morvan, à la ferme de l'Huis Maugrit, la vie n'a jamais été facile. Il a fallu survivre à deux terribles guerres. Le grand-père est revenu mutique de la première. Le père, Roland, parti au maquis lors de la seconde, y a trouvé la mort. Toute la charge de l'exploitation s'est retrouvée sur les épaules de sa femme, Marie Courbet, qui a dû en assurer la continuité avec l'aide de son fils Victor, de sa fille Bernadette et d'un vieil ouvrier agricole. Mais à la mort de Roland, elle découvre que celui-ci était le père d'un jeune homme, Vincent, qui réapparut pendant la guerre et s'intéressa à Bernadette, sa demi-soeur, à laquelle il fit un enfant, François, avant de retourner dans la capitale. Le temps passant, la société évoluant, la ferme devenant de moins en moins rentable, Marie a l'idée de créer une ferme-auberge dans la maison du grand-père. Cette reconversion est un joli succès. Mais un beau jour, Vincent, devenu chirurgien, revient au village avec femme et enfants...

Un vrai roman de terroir avec tous les ingrédients du genre : la nostalgie du bon vieux temps, la lente érosion et le déclin d'un monde en voie de disparition ou de mutation. Didier Cornaille a su dérouler une intrigue suffisamment dramatique et humaine pour intéresser le lecteur. Le personnage de Marie Courbet, obstinée, autoritaire et dure à la tâche, reste néanmoins attachant et émouvant ne serait-ce que par tous les drames qu'elle subit tout au long de cette histoire qui s'étend sur trois générations et par le courage qu'il lui faut pour tenir à bout de bras son petit domaine. Au delà du simple volet sentimental pas mièvre du tout, le lecteur appréciera les descriptions des différentes phases d'activités que l'on put trouver dans le Morvan, terre pauvre et ingrate, depuis la tradition peu connue des « galvachers », ces meneurs de boeufs qui partaient se louer pour les labours en Champagne et ailleurs, jusqu'au tourisme vert et aux résidences secondaires d'aujourd'hui, en passant par l'exploitation des mines de fluorite ou le travail en usine qui a fini par disparaître également. Un beau livre bien écrit, agréable à lire et instructif. Que demander de plus ?

4/5

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05/02/2014

Les conquérants de l'Everest (Henri Vernes)

Les conquérants de l'Everest.jpgDe 1852 à 1953, il ne fallut pas moins d'un siècle pour que deux humains parviennent à atteindre le plus haut sommet du monde, l'Everest (du nom du géomètre britannique qui fut le premier à le définir comme tel). Dans ce livre, Henri Vernes, le père de Bob Morane, retrace l'épopée de cette odyssée héroïque dans laquelle les Anglais se taillèrent la part du lion, bien que ce soit un Australien Edmund Hillary et un Népalais, Tensing Norkey, qui plantèrent l'Union Jack à la pointe de l'auguste Mont le 29 mai 1953. Mais que d'échecs, que de souffrances, que de déceptions et que de morts avant d'en arriver là. Les expéditions se succédèrent à un rythme soutenu. Les Russes y disparurent corps et biens sans qu'un seul survivant ou qu'un seul cadavre n'ait été retrouvé. Les Suisses durent renoncer pas bien loin du sommet, vaincus par des conditions climatiques défavorables. Seuls les deux héros, profitant d'une très courte et très exceptionnelle fenêtre de temps calme, réussirent et se couvrirent de gloire. Et pourtant dès 1924, Norton atteignait 8450 m sans utiliser d'oxygène et devait renoncer. Il faut imaginer ce que représentaient ces expéditions : des dizaines de sherpas, des tonnes de matériels, une dizaine de camps de base ou intermédiaires échelonnés tout au long de la voie, sans oublier la kyrielle de bonbonnes d'oxygène sans laquelle personne n'arrivait à aller plus loin que Norton. Si on y ajoute, les tempêtes de neige, le blizzard, les avalanches, les températures de – 40°, on comprend qu'il ait fallu autant de temps et autant de peine pour réaliser cet exploit...

Très vivant et très bien écrit (pouvait-il en être autrement de la plume d'un auteur aussi prolifique et aussi passionnant qu'Henri Vernes ?), cet ouvrage historique retrace en détail toutes les péripéties de cette aventure, raconte la plupart des tentatives, même les plus farfelues, comme celle de cet homme seul qui se lança mais ne revint jamais. Le lecteur intéressé par le monde de la montagne découvrira à quel point chaque expédition contribua à la victoire finale et de quelle dose de courage et d'abnégation tous ces alpinistes durent faire preuve. Tous méritèrent le titre de « Conquérants de l'Everest », même s'ils ne furent que deux à atteindre le sommet. A noter que ce livre qui ne pourra que passionner les amoureux de la montagne, propose en fin de volume tout un dossier technique sur l'Himalaya avec une chronologie sur la conquête de l'Everest, quelques explications techniques ainsi que le relevé des « premières » des quatorze plus hauts sommets de la chaîne. « Plus de huit pays différents se sont partagés ces plus de 8000. Ainsi donc, la montagne est internationale et n'appartient à personne ! »

4/5

09:14 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/02/2014

Chroniques d'Outre-monde / Le jardin des délices (Eric Avezance)

Jardin des délices.jpgDeux pirates de l'espace, Bartolomé Ortigosa et son fidèle Lothor se sont emparés par ruse de « La Dame du vide », un énorme vaisseau spatial qui leur sert de cargo céleste. Ils convoient Noxius, un archonte aussi laid qu'inquiétant, accompagné de la dangereuse cohorte de ses adeptes, uniquement parce qu'ils espèrent être bien payés. Parvenus à leur destination, ces sectateurs du mal détruisent un gros bloc de cristal sacré pour en extraire une sorte de boule bizarre, la « Sphère des âmes », qu'ils veulent ramener avec eux. Estimant que cette tâche supplémentaire n'est pas prévue dans son contrat, Bartolomé tente de le renégocier. Mal lui en prend. Trahi par Lothor, il est immédiatement assassiné... Messire de Bérécie, un richissime marchand obèse menant une vie de larve, fait appel à la maison Ombrelame, spécialisée dans les assassinats en tous genres, pour qu'elle le débarrasse d'un concurrent déloyal. Zeïd, un tueur particulièrement efficace et dépourvu du moindre état d'âme, se voit confier cette mission délicate. Le condamné devra être exécuté à l'arme blanche et en respectant des consignes très précises...

Etrange mixture composée d'intrigues, d'horreurs, de tueries et de monstruosités plus étranges ou plus repoussantes les unes que les autres, le Multivers d'Eric Avezance est une suite de mondes bizarroïdes, une sorte d'empire galactique incroyable qui s'étend sur plusieurs dimensions et se retrouve bouleversé de fond en comble par l'irruption de forces maléfiques sous la forme d'une secte obscure dont le pouvoir s'accroît à mesure qu'elle répand autour d'elle la souffrance, la mort et le chaos. Au confins de trois styles littéraires, la fantaisie, la science-fiction et l'horreur (on sent nettement l'influence des grands maîtres, Tolkien, Herbert et Lovecraft, entre autres) et s'inspirant d'histoires de samouraïs (le code de l'honneur des nobles du japon ancien est très présent) mais également de la mythologie (revisitée) et même de l'écologie, Eric Avezance nous propose une intrigue originale et qui tient bien la route. Le fracas de batailles fort bien décrites, les innombrables péripéties d'une histoire qui relève de l'épopée fantastique maintiennent l'intérêt tout au long d'un ouvrage passionnant et de belle longueur (524 pages fort denses, mais jamais lassantes). Seule la fin ouverte déçoit un peu dans la mesure où elle laisse le lecteur sur sa faim. L'auteur a certainement prévu d'écrire une suite et sans doute plusieurs tomes pour compléter ses « Chroniques d'Outre-monde ». Cette manière de procéder qui cherche à fidéliser le lecteur en créant une addiction est en train de devenir la règle dans ce genre particulier. Doit-on le regretter ?

L'auteur dispose d'une très belle et très sombre imagination. Il sait embarquer son lecteur dans des mondes aussi étranges qu'inquiétants et en compagnie de personnages ou de monstres improbables et dérangeants. Cerise sur le gâteau, il possède surtout une fort belle plume et démontre de très réels talents de conteur. Il sait créer des décors et des atmosphères très SF/Fantaisie, dignes de ceux des plus grands, en usant et en abusant peut-être un peu de néologismes et autres inventions lexicales souvent poétiques. Quel film formidable pourrait tirer de ce texte un metteur en scène de talent comme Peter Jackson ! Seul petit reproche : quelques coquilles, heureusement assez peu nombreuses et quelques confusions de vocabulaire. (« Résonner » confondu plusieurs fois avec « raisonner »).

Conclusion : pour un coup d'essai (si c'est le cas), c'est un coup de maître ! Ecrivain talentueux et prometteur, Eric Avezance saura-t-il suffisamment se renouveler pour maintenir l'intérêt du lecteur sur une plus longue distance ? Arrivera-t-il à transformer l'essai ? Il faudra attendre (avec impatience) la suite de cette sombre et passionnante saga pour le savoir.

4,5/5

08:17 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/02/2014

Opération Baucent (Chapitre 7/2)

Tout cela était relativement inquiétant. D’autant plus, qu’en arrivant, il avait trouvé la porte de la librairie ouverte alors qu’il était sûr de l’avoir fermée à clé en partant. Même chose pour la porte de la cave… Décidément, ils ne se gênaient plus du tout ! Ils avaient laissé allumée la lumière de l’escalier comme s’ils avaient voulu lui signifier qu’à partir de maintenant ils feraient ce qu’ils voudraient. Au « Griffon d’or », ces messieurs se sentaient déjà comme chez eux…

Gérard Desbarres passa le début de la matinée à ranger un peu dans les rayons et à mettre de côté un certain nombre de livres qui lui semblaient capitaux. Peu nombreux étaient les livres dont il refusait de se séparer, mais il y en avait et il ne les laisserait pas partir. Il vendait les murs. Les autres exigeraient sans doute le stock. Ils auraient ce qu’il voudrait bien leur laisser. Après tout, une quinzaine de livres de plus ou de moins, quelle différence ? D’autant plus qu’ils s’étaient servis, les autres et qu’ils continuaient à le faire sans demander la moindre permission… Alors pourquoi se gêner ?

10 heures. Virginie n’était pas arrivée. Ce n’était pas son genre d’être absente sans prévenir. Il l’appela sur son portable. Aucune réponse. Il n’était pas ouvert. Cela non plus n’était pas habituel. Virginie ne quittait jamais son petit appareil et le laissait allumé quasiment en permanence. Qu’avait-il pu lui arriver ? Gérard espérait encore la voir se présenter quand Lee Ling entra dans la librairie.

- Bonjour Gérard, lui dit-elle. Je passe en coup de vent chez toi. Je cherche Virginie… Est-ce qu’elle est là ?

- Non et je commence à être inquiet, répondit le libraire.

La belle étudiante asiatique resta un moment à le fixer d’un regard si affolé qu’il communiquait sa panique à son interlocuteur.

« C’est vraiment bizarre, reprit-elle, je l’ai appelée hier soir assez tard… Tiens, je revenais du cours de Monsieur Florian auquel elle n’a d’ailleurs pas assisté, ce qui était déjà bizarre vu qu’il n’y a pas étudiante plus assidue qu’elle. Pas de réponse. Et ce matin, rien non plus. Alors j’ai couru jusque ici, espérant la trouver à son poste… »

- Et moi non plus, je ne suis pas arrivé à la joindre, ajouta Gérard.

- Il faut faire quelque chose. Il a dû lui arriver malheur, ce n’est pas possible.

- Elle a peut-être eu une panne d’oreiller, tenta de plaisanter le libraire.

- C’est pas drôle, Gérard, le réprimanda Lee Ling. Il a pu lui arriver quelque chose de terrible. Il faut prévenir la police tout de suite !

Le libraire n’était pas de cet avis, mais il comprenait parfaitement l’inquiétude de la jeune fille. D’un geste paternel, il passa son bras autour de ses frêles épaules en lui disant : « Tu sais ce qu’on va faire, Lee Ling ? On ne va pas céder à la panique. On va procéder par ordre. Les flics, pourquoi pas, mais pas tout de suite. La chose la plus urgente serait d’aller voir chez elle et si tu n’y vois pas d’inconvénient, c’est ce qu’on va faire. Après, on prendra une décision ! »

(A Suivre)

(Ouvrage disponible en version e-book kindle ou en version papier sur Amazon.fr et sur TheBookEdition.com)

08:31 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |