03/02/2014

Chroniques d'Outre-monde / Le jardin des délices (Eric Avezance)

Jardin des délices.jpgDeux pirates de l'espace, Bartolomé Ortigosa et son fidèle Lothor se sont emparés par ruse de « La Dame du vide », un énorme vaisseau spatial qui leur sert de cargo céleste. Ils convoient Noxius, un archonte aussi laid qu'inquiétant, accompagné de la dangereuse cohorte de ses adeptes, uniquement parce qu'ils espèrent être bien payés. Parvenus à leur destination, ces sectateurs du mal détruisent un gros bloc de cristal sacré pour en extraire une sorte de boule bizarre, la « Sphère des âmes », qu'ils veulent ramener avec eux. Estimant que cette tâche supplémentaire n'est pas prévue dans son contrat, Bartolomé tente de le renégocier. Mal lui en prend. Trahi par Lothor, il est immédiatement assassiné... Messire de Bérécie, un richissime marchand obèse menant une vie de larve, fait appel à la maison Ombrelame, spécialisée dans les assassinats en tous genres, pour qu'elle le débarrasse d'un concurrent déloyal. Zeïd, un tueur particulièrement efficace et dépourvu du moindre état d'âme, se voit confier cette mission délicate. Le condamné devra être exécuté à l'arme blanche et en respectant des consignes très précises...

Etrange mixture composée d'intrigues, d'horreurs, de tueries et de monstruosités plus étranges ou plus repoussantes les unes que les autres, le Multivers d'Eric Avezance est une suite de mondes bizarroïdes, une sorte d'empire galactique incroyable qui s'étend sur plusieurs dimensions et se retrouve bouleversé de fond en comble par l'irruption de forces maléfiques sous la forme d'une secte obscure dont le pouvoir s'accroît à mesure qu'elle répand autour d'elle la souffrance, la mort et le chaos. Au confins de trois styles littéraires, la fantaisie, la science-fiction et l'horreur (on sent nettement l'influence des grands maîtres, Tolkien, Herbert et Lovecraft, entre autres) et s'inspirant d'histoires de samouraïs (le code de l'honneur des nobles du japon ancien est très présent) mais également de la mythologie (revisitée) et même de l'écologie, Eric Avezance nous propose une intrigue originale et qui tient bien la route. Le fracas de batailles fort bien décrites, les innombrables péripéties d'une histoire qui relève de l'épopée fantastique maintiennent l'intérêt tout au long d'un ouvrage passionnant et de belle longueur (524 pages fort denses, mais jamais lassantes). Seule la fin ouverte déçoit un peu dans la mesure où elle laisse le lecteur sur sa faim. L'auteur a certainement prévu d'écrire une suite et sans doute plusieurs tomes pour compléter ses « Chroniques d'Outre-monde ». Cette manière de procéder qui cherche à fidéliser le lecteur en créant une addiction est en train de devenir la règle dans ce genre particulier. Doit-on le regretter ?

L'auteur dispose d'une très belle et très sombre imagination. Il sait embarquer son lecteur dans des mondes aussi étranges qu'inquiétants et en compagnie de personnages ou de monstres improbables et dérangeants. Cerise sur le gâteau, il possède surtout une fort belle plume et démontre de très réels talents de conteur. Il sait créer des décors et des atmosphères très SF/Fantaisie, dignes de ceux des plus grands, en usant et en abusant peut-être un peu de néologismes et autres inventions lexicales souvent poétiques. Quel film formidable pourrait tirer de ce texte un metteur en scène de talent comme Peter Jackson ! Seul petit reproche : quelques coquilles, heureusement assez peu nombreuses et quelques confusions de vocabulaire. (« Résonner » confondu plusieurs fois avec « raisonner »).

Conclusion : pour un coup d'essai (si c'est le cas), c'est un coup de maître ! Ecrivain talentueux et prometteur, Eric Avezance saura-t-il suffisamment se renouveler pour maintenir l'intérêt du lecteur sur une plus longue distance ? Arrivera-t-il à transformer l'essai ? Il faudra attendre (avec impatience) la suite de cette sombre et passionnante saga pour le savoir.

4,5/5

08:17 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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