31/01/2014

Marche Nordique (Arja Jakanen-Meyer)

marche nordique.jpg

A mon sens, le meilleur ouvrage sur la marche nordique que l'on puisse trouver actuellement. Il y a tout ce que l'on veut savoir sur le sujet, que l'on soit débutant ou confirmé dans ce sport assez nouveau chez nous. On y trouve d'abord une introduction : qu'est-ce que la marche nordique ? Quel est son intérêt particulier ? Quel est le matériel nécessaire pour la pratiquer ? Et quelle est la technique spécifique permettant d'en tirer le meilleur parti ? Puis une série de onze leçons réparties en trois séries (nature, technique et sport) permettant d'envisager tous les cas de figures, tous les exercices possibles, toutes les pratiques et sur tous les terrains quelles que soient les circonstances. Il se termine par de très bons exercices d'échauffement et d'étirements. Quelques exercices de renforcements musculaires auraient été les bienvenus, c'est le seul petit manque à relever dans ce manuel. En fin de volume, on trouve toutes sortes de conseils, de recommandations ainsi qu'un volet diététique et des fiches pratiques.

Avec un tel livre, nul doute que celui qui le prend en main n'ait plus qu'une envie se lancer ou se perfectionner dans un sport qui fait tant de bien et semble tellement facile et agréable. Et, point fort de cette méthode, en plus de magnifiques photos et illustrations, le livre comporte un DVD très bien conçu qui reste un excellent support d'apprentissage. En effet, pour tirer le meilleur parti de cette discipline, il est important de posséder le geste technique le plus parfait possible, ce qui demande un certain temps d'apprentissage et parfois un peu de persévérance. Mais les bienfaits pour la santé et le moral sont tels qu'ils justifient bien ce petit effort. Un livre à conseiller chaleureusement à tous ceux que cette discipline intéresse.

4,5/5

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29/01/2014

La piste de Chajnantor (Alain Keralenn)

La piste de Chajnantor.jpgAu Chili, sur les hauteurs de l'altiplano, dans le désert d'Atamaca, Vincent Madec, un scientifique responsable de projet, participe à l'installation de l'ALMA, l'observatoire d'astrophysique le plus performant jamais réalisé sous l'égide de l'Europe. Il est assisté par Fidel Quispe, un contremaître d'origine aymara très attaché à ses racines et qui semble bien décidé à organiser la résistance et peut-être même la révolte de son peuple. Et pour ne pas simplifier les choses, Vincent se voit chargé d'accueillir une jeune stagiaire chinoise qui se fait appeler Julia. Elle a été envoyée par son gouvernement pour étudier les modalités d'une éventuelle participation au projet. La jeunesse et la beauté de Julia ont vite fait de vaincre les réticences de Vincent qui se sent très vite attiré vers elle. Mais n'est-il pas victime d'une manipulation ou d'une illusion sentimentale ? De gros intérêts et de grands enjeux ne vont-ils pas compromettre la réussite de cet ambitieux projet ?

« La piste de Chajnantor » relève du registre du roman d'aventures modernes avec un important arrière plan de compétition économique et scientifique et même de véritable guerre pour l'exploitation des matières premières (ici le lithium qui se trouve en concentration suffisante dans les salars de la région et qui est convoité entre autres par la Chine qui voudrait en avoir l'exclusivité de l'exploitation pour fournir ses batteries d'ordinateurs, téléphones portables, voitures électriques et autres...) La stratégie opportuniste de ce pays est particulièrement bien décrite dans ce livre écrit dans un style vivant et agréable sur des thèmes parfois proches du journalisme d'investigation. Et là n'est pas le moindre intérêt de ce livre dépaysant et dynamique dont les décors font penser à ceux des livres du regretté Georges Arnaud qui lui aussi sut faire apprécier à ses lecteurs la sauvagerie et la somptuosité de ces étendues désolées. A toutes les époques, l'Amérique du Sud attira les aventuriers et autres chercheurs de fortune. Le temps du cuivre, celui du salpêtre et autres métaux précieux a laissé aujourd'hui la place au lithium et aux terres rares mais les enjeux restent les mêmes. Alain Keralenn a parfaitement équilibré son intrigue, en laissant la part belle aux rebondissements, aux voyages (ses héros modernes passent d'un coup d'aile de Buenos Aires à Hong Kong en passant par Cuba ou Paris alors que ceux d'Arnaud se trainaient dans de vieux camions poussifs), sans négliger la gentille idylle entre ses deux héros, Julia et Vincent. Un ensemble agréable et intéressant car l'auteur a eu l'ambition d'aller un peu au-delà du simple divertissement sans parler de la qualité même du texte. (Pratiquement aucune coquille ou lourdeur stylistique, ce qui est suffisamment rare dans ce genre d'édition pour mériter d'être relevé.) A conseiller aux amateurs (trices) de déserts grandioses et de grands espaces battus par les vents ainsi qu'à ceux (ou celles) que les enjeux géopolitiques intéressent.

4,5/5

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27/01/2014

Urgentiste (Patrick Pelloux)

Urgentiste.jpgFin juillet 2003, une canicule exceptionnelle s'installe sur la France. Les premières personnes âgées ou fragiles commencent à mourir d'hyperthermie et les pouvoirs publics réagissent très peu. A l'hôpital Saint Antoine, le docteur Pelloux, médecin urgentiste et président du syndicat AMUHF, est scandalisé devant tant d'inertie. De nombreux lits d'hôpitaux sont indisponibles pour cause de vacances, les responsables nient l'évidence et Mattéi, le ministre de la Santé ne se rend pas compte de l'ampleur de la catastrophe. Le Président de la République, Jacques Chirac est parti au Canada et son premier ministre Jean-Pierre Raffarin se repose sur la côte d'Azur. Alors Pelloux tire la sonnette d'alarme en annonçant les cinquante premiers morts recensés. Il alerte les médias de la manière la plus tonitruante possible pour que quelque chose soit enfin fait. On lui reproche son activisme et ses engagements politiques et syndicaux. Il faut plusieurs jours pour que le Ministère accouche d'un communiqué mi-figue mi raisin minimisant la situation. Et pendant ce temps, les patients continuent de mourir par centaines à cause de la chaleur. Au total, plus de 15 000 personnes seront victimes de cette catastrophe et de cette scandaleuse incurie technocratique et politique.

Ecrit à chaud, peu après ces tragiques évènements, « Urgentiste » fait partie de ces témoignages que suscitent les éditeurs toujours prêts à surfer sur une actualité brûlante mais aussi fuyante par nature. Au jour le jour, heure par heure et presque minute par minute, le docteur Pelloux nous fait un compte rendu dérangeant des évènements, des tractations, des appels au secours et du magnifique dévouement des personnels hospitaliers. Avec une dizaine d'années de recul, cette lecture pourrait sembler dépassée voire saugrenue. En réalité, il n'en est rien. L'état catastrophique des hôpitaux et des CHU, soigneusement décrit avec ses coteries, son système de mandarinat, ses problème de numerus clausus, la défection des jeunes médecins et l'apport massif de praticiens étrangers, s'est encore aggravé aujourd'hui. Tout comme les fermetures de service, la marchandisation des soins, le paiement à l'acte, la toute puissance des administrateurs et autres technocraties pléthoriques, cette privatisation et le démantèlement d'un service public essentiel sont encore à l'ordre du jour (les récentes grèves des infirmières et des sages femmes n'en étant que les derniers soubresauts). Pelloux et le personnel du terrain pensent que l'hôpital est à tout le monde, que tous, et surtout les plus pauvres, doivent y être soignés, gratuitement si nécessaire. La logique libérale n'est pas d'accord. Un livre intéressant et qui fait réfléchir d'autant plus que ce qui est dénoncé n'a toujours pas trouvé de solution satisfaisante.

4/5

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25/01/2014

Votre santé par le nordic walking (Beatrix Pfister)

Votre santé par le nordic walking.jpgCe très bon manuel d'initiation à la marche nordique est principalement axé sur les bienfaits physiques escomptés dans la pratique d'une discipline consistant non seulement en une marche avec deux bâtons mais également en trois séances d'exercices, échauffement, renforcement et étirement. Tous les effets bénéfiques apportés à notre santé sont soigneusement étudiés dans ce livre. Ainsi apprend-on qu'en faisant travailler plus de 800 muscles, c'est à dire la presque totalité de notre capital, nous pouvons renforcer notre corps de façon optimale. De nombreux bienfaits sont enregistrés dans les cas de sur-poids et même d'obésité (60 à 90 mn de marche nordique permettent de brûler jusqu'à 500 kcal, c'est à dire presque autant que la course à pied sans risquer les contraintes au niveau articulaire). L'asthme, le diabète, l'artériosclérose et les maladies cardio-vasculaires peuvent profiter de cette pratique, sous réserve d'autorisation médicale bien entendu.

Ce petit livre abondamment illustré de nombreuses photos (et même de photos montrant les mauvaises postures) permet également de découvrir la technique particulière de ce sport d'outdoor fitness (gymnastique en extérieur) inventé par les skieurs de fond finlandais qui voulaient pouvoir s'entraîner même quand il n'y avait plus de neige. Le guide est très complet, il présente de nombreux exercices et s'adresse aussi bien aux débutants qu'aux confirmés, aux particuliers qu'aux professionnel. L'auteur est une physiothérapeute qui a beaucoup fait pour la promotion de ce sport relativement nouveau sous nos latitudes. Elle enseigne et propose dans ce livre sa méthode, la technique Alpha de Nordic walking.

4/5

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23/01/2014

Les Bettencourt, derniers secrets (Ian Hamel)

les bettencourt.jpgFondée au début de l'autre siècle par Eugène Schueller, l'Oréal est devenue aujourd'hui la première multinationale de cosmétiques et produits de beauté du monde. Liliane Bettencourt, l'héritière, possède la première fortune de France et l'une des plus importantes du monde. A la mort du patriarche, la présidence du groupe fut confiée à François Dalle qui ne fut pas pour rien dans l'expansion planétaire du groupe. L'époux de Liliane Bettencourt, André n'a jamais exercé de fonction particulière dans la société. Il s'est contenté de diverses fonctions politiques étant maire de son village, député et plusieurs fois ministre sous différents gouvernements. Personnage discret, il fut surtout l'ami de François Mitterrand qu'il connaissait depuis l'époque où il fréquentait le même foyer d'étudiants avec François Dalle comme troisième larron. Tout au long d'un siècle d'histoire, les dirigeants de l'Oréal ont toujours su financer généreusement tous les partis de droite ou de gauche et ceci jusqu'à la mort d'André Bettencourt. Les problèmes commencèrent quand leur fille unique, Françoise Bettencourt-Meyers porta plainte contre François Marie Banier, persuadée que sa mère était victime d'un abus de faiblesse et surtout quand un ancien Président de la République se vit accusé du même délit.

Contrairement à ce que le lecteur pourrait s'attendre, « Les Bettencourt, derniers secrets, » ne se contente nullement d'enquêter sur la partie actuelle de l'affaire (qui n'est semble-t-il que la face émergée de l'iceberg), il pousse l'enquête très loin dans le passé, retraçant l'histoire, on pourrait même dire la Saga de l'Oréal. Et de ces lointains confins ne remontent que de nauséabonds relents. Ainsi apprend-on que le fondateur fut impliqué dans la Cagoule, organisation terroriste d'extrême droite s'il en fut, qu'André Bettencourt, dans l'ombre de Mitterrand et de Dalle, fut un collaborateur du régime de Vichy qui sut le moment voulu se parer des plumes du paon du résistant de la vingt cinquième heure. Il bénéficia, sans doute contre quelques valises de billets judicieusement distribuées, d'appuis et de soutiens qui lui permirent de ne jamais être inquiété tout comme Schueller et Dalle. A la Libération, ni de Gaulle, ni à fortiori l'homme de Jarnac ne voulaient se priver des talents des anciens de Vichy. Jusqu'au jour où le remugle remonta par la grâce de Klarsfeld et Frydman et où la justice s'intéressa aux différents protagonistes... Livre très bien documenté et très intéressant pour qui veut en savoir un peu plus que ce qu'on entend dans nos médias. Du journalisme d'investigation de qualité malheureusement déjà dépassé par l'actualité : Nicolas Sarkozy a obtenu un non-lieu pour cette affaire.

3,5/5

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21/01/2014

La femme bilboquet (Alain Woodrow)

La femme bilboquet.jpgNée en 1880 dans la ville de Thiers dans une famille d'artisans couteliers, Anaïs Mauricia Betant quitte très jeune un environnement un peu triste pour aller s'installer à Nice puis à Paris où elle décide de se lancer comme artiste de music-hall sous le pseudonyme de Mauricia de Thiers. Elle met au point un numéro fort dangereux, « l'autobolide » consistant à faire faire un looping à une petite voiture puis à la lancer dans le vide, roues en l'air, et à la faire retomber sur un toboggan d'arrivée. Avec ce numéro périlleux (puis avec deux autres, un saut périlleux à cheval avec plongeon dans une piscine et « le bilboquet humain » avec arrivée à la pointe d'une grande perche), elle force l'admiration des foules par son courage exceptionnel. Elle sera la vedette du cirque Barnum et devra arrêter sa vie de casse-cou en raison d'un grave accident qui surviendra au Portugal. Quand elle se mariera avec le critique d'art Gustave Coquiot, elle entamera une deuxième vie plus marquée par le monde de la peinture. Elle connaîtra tous les peintres de l'art moderne naissant, de Picasso à Dufy en passant par Modigliani, Utrillo, Chagall et bien d'autres. A la mort de Coquiot, elle abordera sa troisième vie en restant, jusqu'à sa mort en 1964, maire d'Othis, un petit village de Seine et Marne où elle s'était retirée avec sa soeur.

« La femme bilboquet », sous-titrée « Biographie de Mauricia de Thiers » présente un magnifique portrait de femme, un destin hors du commun. Mauricia Coquiot connut gloire et fortune, voyagea dans de nombreux pays, côtoya les plus grands artistes mais resta toujours proche des gens, simple et dévouée aux artistes comme à ses administrés. En plus de nous faire découvrir ce caractère exceptionnel, la lecture de ce livre bien écrit mais reposant sur une documentation assez peu fournie (l'auteur ne l'a pas connue de son vivant et n'a donc pu recueillir que des témoignages de seconde main et des correspondances incomplètes) a également le mérite de proposer une description fort intéressante d'une époque qui fut qualifiée de « belle » alors qu'elle ne le fut que pour une petite minorité de gens oisifs et fortunés. Pour celles et ceux qui s'intéressent à cette période de notre Histoire et à une destinée tout à fait exceptionnelle.

4/5

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19/01/2014

Les Outrepasseurs / Les héritiers (Cindy Van Wilder)

Les outrepasseurs.jpgA Londres, Peter, un adolescent passionné de football, est attaqué un soir de neige par deux molosses très inquiétants. Sauvé in extremis par un renard qui se révèle être Mum, sa propre mère, il découvre que sa destinée est marquée par de grands pans d'ombre qu'il va lui falloir explorer. Sa mère l'introduit à Lion House, la résidence d'un certain Monseigneur, également appelé « Noble » qui semble être le chef des « Outrepasseurs », une sorte de confrérie ou société secrète un peu étrange. Avec une dizaine d'autres jeunes, il va se retrouver plongé dans une piscine occupée par des créatures mi-femmes mi-murènes qui vont l'attirer au fond et le faire intégrer une autre dimension, celle de Maupertuis, un village proche de Montfort l'Amaury où se déroula au Moyen-Age une tragédie dont les conséquences terribles se perpétuent jusqu'à nos jours...

« Les Outrepasseurs », premier tome d'une saga qui doit en comporter trois à publier en 2014 et 2015, relève d'un genre appelé « Fantaisie » dont le grand initiateur fut un certain Tolkien, auteur du célébrissime « Seigneur des Anneaux ». Mais si l'univers de Cindy Van Wilder, est d'une noirceur et d'une cruauté voisine du monde du grand maître, il est surtout fortement influencé par « Twilight » voire « Harry Potter » et également très marqué par celui des Contes les plus noirs des frères Grimm. C'est une sorte de pandémonium de chimères, loups-garous et autres monstres diaboliques d'apparence animale ou féérique. Mais attention, pas n'importe laquelle. Nous sommes aux antipodes des gentilles fées de Walt Disney. Ici, point de fée Clochette, point de créatures angéliques et bienveillantes, mais des fés (sans e) au masculin, aussi cruels que démoniaques. Rien que de vilaines entités toujours enclines à faire le mal, à détruire, torturer, humilier, tuer... Sans être particulièrement originale, l'intrigue bien menée, tient la route. La lecture, un peu longuette et laborieuse au départ, donne l'impression d'un texte tirant un peu à la ligne, sans doute est-ce dû au format « saga », un peu trop souvent pratiqué par le monde de l'édition toujours à la recherche du meilleur rendement commercial possible. Nul doute qu'une fois accroché par ce genre de « teaser », le lecteur curieux et surtout l'adolescente friande de ce genre de littérature n'ait envie de s'abonner à la série. Entre autres interrogations sur les valeurs véhiculées par ce genre d'ouvrage, le lecteur se demande ce que viennent faire deux personnages historiques comme Bertrand du Guesclin et Simon de Montfort dans cette histoire totalement imaginaire si ce n'est, une fois de plus, pour donner une image caricaturale du Moyen-Age.

3/5

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17/01/2014

Les grandes bourgeoises (Emmanuelle de Boysson)

Les grandes bourgeoises.jpgCerise, Philippine, Iris, Douce, Lila et Rose sont six grandes bourgeoises, toutes issues de la haute société privilégiée, toutes plus ou moins bien ou pas mariées et toutes dans la quarantaine à l'heure des bilans et autres remises en question. Beaucoup sont oisives et passent leur temps entre les réceptions, les voyages à l'étranger, les séjours à Ré et les sports d'hiver à Courchevel sans oublier les épuisantes séquences de shopping, de coiffure, de manucure ou de sport. Pas vraiment des vies de galère, même si l'une s'essaie à la peinture, une autre à la littérature et une troisième à l'artisanat. Et pourtant aucune ne semble véritablement heureuse. Ces femmes s'observent, se jalousent, se jugent et surtout se chipent leurs maris ou leurs amants. Et pour compliquer l'affaire une bague en émeraude, bijou de famille et cadeau d'un prince russe à une petite juive russe, passe de main en main, attisant encore un peu plus l'envie, l'aigreur et la déception des unes et des autres.

« Les grandes bourgeoises » est un roman social amusant et qui sent le vécu. Emmanuelle de Boysson est elle-même issue de ce milieu aussi fermé que féroce. Elle nous présente une comédie de moeurs dans laquelle l'une après l'autre, chacune de ces femmes, en s'exprimant à la première personne du singulier, expose sa version d'une même histoire ou plutôt de la partie d'histoire qui la concerne. C'est vivant (nombreux dialogues) et agréablement écrit, dans un style simple, clair et enlevé. C'est aussi parfois drôle, mais sans être désopilant car l'auteur ne cherche pas à faire systématiquement de l'humour. L'ennui vient plutôt de personnages assez peu sympathiques et même limite agaçants, pour certaines des héroïnes qui se lamentent sans apprécier leur bonheur. Au bout du compte, un livre de divertissement basé sur une observation fine et pleine d'auto dérision d'un milieu peu connu du pékin moyen, présenté dans le cadre d'une intrigue sentimentale pas vraiment originale.

3/5

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15/01/2014

OPERATION BAUCENT (Chapitre 7/1)

Le lendemain matin, quand Gérard Desbarres rouvrit sa librairie, le cœur n’y était plus. Il faut dire qu’il avait passé la nuit sans arriver à trouver le sommeil. Une foule de questions trottaient encore dans sa tête. « Vendrait-il ? Ne vendrait-il pas ? Pourquoi ces gens s’intéressaient-ils soudain à sa petite affaire ? » Ca ne pouvait que cacher des choses bizarres et sans doute malhonnêtes. De toutes les façons, il ne pouvait que prendre au sérieux les menaces des affreux d’hier après-midi. Il avait donc fini par se résoudre à demander à son notaire de rédiger un acte de vente et d’organiser dans les plus brefs délais une signature avec Madame Conan. Comme il avait une totale confiance dans l’homme de loi, il s’en remettrait complètement à lui. Il le chargerait de négocier avec la partie adverse et lui notifierait qu’il souhaitait ne plus avoir aucun contact avec cette personne ni avec ses représentants. Il se contenterait juste de venir apposer sa signature quand tout serait réglé…

Et pourtant il ne put empêcher son esprit de gamberger toute la nuit. Il faisait des rapprochements avec les visites nocturnes et le cambriolage de la librairie. Et soudain, alors qu’il ne s’y attendait pas, quelques-uns des livres disparus des rayons lui apparurent comme une évidence. Il savait ou plutôt, il se doutait qu’il en manquait un certain nombre et soudain, là, au fond de son lit, tout devenait clair. Le Montgomery sur les secrets de la puissance nazie avait disparu. De même, une très rare version de l’Heptamicron n’était plus dans les rayons. Il n’avait pas revu non plus « Le livre des morts » tibétain et les deux « Albert », vénérables livres de magie s’il en fut. En apparence, les rayons semblaient ne contenir qu’un vaste fouillis dans lequel on pouvait puiser sans que le maître des lieux se rendît compte de ce qui manquait. En réalité, Desbarres connaissait parfaitement son fonds. Il rangeait les livres, les classait et les reclassait surtout depuis l’amicale visite de la veille. Ses yeux regardaient les couvertures, son inconscient enregistrait et soudain, bien après qu’il se soit posé la question, une grande partie de ce qui avait été dérobé réapparaissait.

(A SUIVRE)

Ouvrage disponible en version e-book kindle  et en version papier sur Amazon.fr et sur TheBookEdition.com)

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14/01/2014

Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu (Maurice Joly)

Dialogue aux enfers.jpgSous le règne despotique de Napoléon III, Maurice Joly, juriste très opposé au régime, a l'idée de faire dialoguer sur la politique contemporaine deux morts célèbres, Montesquieu qui représente celle du droit et Machiavel celle du totalitarisme, de la force brutale et cynique. Dans une série de dialogues fort bien rédigés, il commence par opposer les principes politiques développés dans les écrits des deux hommes célèbres puis il s'attache à prouver comme thèse générale que le despotisme sans complexe présenté par Machiavel dans « Le Prince » est parvenu par toutes sortes de moyens assez peu avouables à s'imposer définitivement dans les sociétés modernes. Il démontre qu'une perversion de la démocratie et un abâtardissement du principe monarchique traditionnel est parvenu à égarer le bon sens populaire, à dégrader le caractère foncièrement honnête du pays et au bout du compte a corrompu ses moeurs, le livrant sans réaction aux affres de tyrannies plus ou moins ouvertement assumées. C'est de loin la partie la plus passionnante de ce livre de philosophie politique qui a un peu vieilli mais pas tant que cela...

Joly pose la problématique politique sur le terrain de l'affrontement de deux principes opposés (en apparence). D'un côté, Montesquieu, légaliste, libéral, républicain, progressiste, démocrate. En gros, le camp du beau, du bien, de l'idéal et du progrès. Et de l'autre Machiavel, réaliste, roué, pragmatique, réactionnaire, autoritaire, monarchiste et quasi fasciste. A la louche, le camp du moche, du mal, des heures les plus sombres et du retour à la guerre et à la barbarie. Mais si l'on analyse plus finement les arguments des deux bords (et Dieu sait s'ils fusent et pleuvent drus dans cet affrontement de titans de la pensée), on s'aperçoit que rien n'est aussi simple ni aussi tranché. L'enfer est pavé de bonnes intentions. De jolis idéaux souvent utopiques peuvent facilement évoluer en sanglantes dérives totalitaires. Et surtout qu'il suffit de peu de choses pour tromper un peuple et l'asservir. A ce titre, il faut classer ce « Dialogue aux enfers » comme un livre majeur entre « La Psychologie des foules » de Le Bon et « 1984 » d'Orwell. Joly fait montre d'une véritable vision prémonitoire de dérives sans doute en germe à son époque mais qui arrivent à leur paroxysme de nos jours. Un peu moins intéressante est la partie où Machiavel tombe le masque et s'exprime comme un Napoléon III sans complexe et surtout l'épilogue, composé de sept courts dialogues de moins haute volée, qui furent écrits plus tard pour un journal et rajoutés dans cette nouvelle édition. Pour toutes celles et tous ceux qui s'intéressent à la « chose publique » et à un homme qui paya d'années de prison puis de la vie d'avoir osé se lever contre le totalitarisme.

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12/01/2014

Le peintre d'éventail (Hubert Haddad)

Le peintre d'éventail.jpgSuite au tremblement de terre de Kobé et à un accident de la circulation dans lequel Osué, une jeune femme, trouva la mort en se jetant sous les roues de son véhicule, Matabei décide de se retirer du monde au fin fond de la contrée d'Atora au nord-est de l'île de Honshu. Il s'installe dans une pension de famille tenue par dame Hison, une ancienne prostituée qui le prend sous son aile et en fait son amant. En plus des principaux pensionnaires du lieu, il rencontre Osaki, un vieux jardinier qui se révèle être un formidable peintre d'éventail dont il devient le disciple dévoué. Quand le vieil homme meurt, Matabei prend sa succession au jardin et à la peinture avec le jeune Hi-Han comme nouveau disciple. La rencontre avec la belle Enjo va bouleverser la donne...

« Le peintre d'éventail » est un très beau roman qui rend bien l'atmosphère zen de ce petit coin perdu de Japon éternel. L'histoire de Matabei, à la fois touchante, émouvante et emblématique finit par basculer dans le drame quand les forces de la nature vont se déchaîner lors du fameux tsunami. Toute la fin du livre prend alors une dimension et une puissance tout autre. On passe du conte philosophique à la tragédie pour finir sur une fin désenchantée et un ultime rebondissement qu'on ne dévoilera pas pour ne pas gâcher le plaisir du lecteur. Nul doute qu'Haddad soit un très bon écrivain et un merveilleux conteur. J'avais beaucoup apprécié « Opium Poppy » sur les tribulations d'un enfant afghan. L'auteur sait parfaitement restituer les ambiances de contrées aussi différentes à chaque livre. Il use et abuse un peu de descriptions très méticuleuses de décors et de paysages ce qui peut rendre la lecture un peu lente et laborieuse dans les débuts. Mais peu à peu, on se laisse prendre par une sorte de musicalité particulière, on est fasciné par les personnages hors du commun et charmé par cette histoire sombre et belle à la fois.

4/5

(Livre critiqué pour le Prix Océans France O)

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10/01/2014

Jeune fille vue de dos (Céline Nannini)

Jeune fille vue de dos (Nannini).jpgCéline habite à Paris. Elle survit grâce à de petits boulots d'intérim effectués dans des boîtes qu'on imagine bobos branchées plus ou moins artistiques. Elle passe son temps à lire, à picoler avec ses amis, à faire du sport en salle et un peu de jogging. Elle rêve d'écrire sans arriver à produire quoi que ce soit de valable. Elle n'arrive pas à trouver un compagnon et à se décider à vivre en couple. Elle traîne son spleen et son ennui, de bars en cafés et d'expos en concerts confidentiels. Toujours entre deux trains, deux avions, deux capitales, ou deux continents. N'ayant apparemment que peu de dispositions au dynamisme, au bonheur et à la joie de vivre, elle ne se sent chez elle nulle part. Elle avoue même détester Paris.

« Jeune fille vue de dos » est un très court ouvrage de 147 pages avec de larges blancs et quelques intermèdes sous forme de vers libres (petits poèmes en prose sans grande envergure) qui relève de l'auto-fiction et non du roman comme indiqué en première page. La forme de ces extraits de journal intime n'est pas désagréable dans la mesure où Céline Nannini utilise un langage parlé très simple et très basique, sans recherche d'effets particuliers, sans description et sans dialogue non plus. Mais que nous raconte-t-elle dans ce livre ? Pas grand chose au bout du compte, des bribes de vie, des voyages où il ne se passe rien (au point qu'on en vient à se demander si elle ne se contente pas de les imaginer devant son poste de télé), des repas, une baignade, une visite à la grand-mère dans sa maison de retraite, en un mot une suite de petits riens de la vie quotidienne. Quasiment des riens du tout. En effet, une fois le livre refermé, le lecteur s'aperçoit qu'il ne sait finalement pas grand chose sur cette femme qui s'exprime à la première personne et dont il subodore que ce doit être l'auteure elle-même. En littérature, il n'est pas impossible de se mettre en scène en évitant l'écueil du nombrilisme, bien des grands l'ont fait avec bonheur avant Melle Nannini, mais à la condition d'avoir quelque chose d'intéressant à transmettre, d'avoir un style particulier, une patte humoristique, tonitruante ou géniale ou de se raconter en toute honnêteté, vérité et sincérité. Certains se mettant à nu jusqu'à étaler coeur, tripes et boyaux sur les blanches pages. Ici, nous en sommes très loin. Cette logorrhée intimiste suintant le mal de vivre et l'aquoibonisme ne distille que la banalité, l'ennui et l'insignifiance. Pour un coup d'essai, on est très loin du coup de maître.

(Livre critiqué pour le Prix Océans - France O)

2,5/5

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08/01/2014

Les fourmis rouges (Edith Sérotte)

Les fourmis rouges.jpgMarie-Claudine, jeune femme d'origine haïtienne, est venue s'installer dans les années soixante au Canada avec ses parents pour fuir la tyrannie des Duvallier. Elle enseigne l'espagnol dans un collège de Montréal et s'emploie à essayer de trouver des solutions pour les élèves décrocheurs. C'est dans une association de soutien scolaire qu'elle rencontre son « chum », Arnaud, originaire de la Guadeloupe. Tous deux filent le parfait amour. Mais un jour, Arnaud, qui se retrouve licencié, décide de rentrer au pays. Marie-Claudine se retrouve seule, sans travail, dans une famille et un milieu inconnu. Parviendra-t-elle à s'adapter à ce nouvel environnement ?

Ce très court roman (124 pages), qui en contient encore moins si l'on retranche les nombreuses et copieuses citations du livre de Jacques Roumain « Gouverneurs de la rosée », se lit très rapidement sans doute en raison du style simple et proche de la langue parlé qui est utilisé. La pensée d'Edith Serotte est claire et facile à suivre même si elle truffe son texte d'une multitude d'expressions haïtiennes ou québécoises très souvent traduites en bas de page mais pas toujours. L'ennui avec ce roman, c'est que ce n'en est pas vraiment un. C'est plutôt une sorte d'extrait de journal intime présenté en trois parties (matin, après-midi et soir) et composé d'impressions passagères, de portraits de personnages et de scènes de la vie quotidienne croquées sur le vif. Le lecteur est heureux d'apprendre que Marie-Claudine se trouve trop grosse mais n'en souffre pas, qu'elle adore cuisiner antillais, qu'elle s'estime polyglotte mais a un peu de peine avec le créole, qu'elle a le blues de Montréal et qu'elle se croit trompée quand son « chum » a l'air de s'éloigner un peu d'elle. Tout cela est d'un banal, d'un quelconque, d'un quotidien si peu signifiant qu'il ne fait pas rêver du tout. Raconter une tranche de vie, pourquoi pas ? Encore faut-il y mettre de l'humour, de l'originalité, de l'esprit ou tout sauver par un style flamboyant, décalé, époustouflant. Ce n'est malheureusement pas le cas pour ce livre qui sera aussi vite oublié qu'il a été lu.

3/5

 

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06/01/2014

La reine sanglante (Michel Zévaco)

La reine sanglante.jpgLa malheureuse Mabel, mère de la jeune et jolie Myrtille, s'est sacrifiée pour sauver sa fille. Elle a accepté d'être enfermée à sa place dans une sinistre geôle de la prison du temple. La haine de la reine Marguerite est toujours aussi tenace à l'encontre de Myrtille et de Buridan qui ne veut pas répondre à ses avances. Malgré leur ascendance prestigieuse, les deux jeunes tourtereaux doivent donc disparaître. La guerre larvée entre Valois et Enguerrand de Marigny atteint son paroxysme quand Valois dénonce ses malversations au roi Louis X le Hutin. Pendant ce temps, Philippe et Gauthier d'Aulnay continue à croupir dans leur cellule alors que Mabel parvient elle à s'échapper. Les vengeances des uns et des autres vont-elles finir par s'exercer ? Nos deux héros parviendront-ils enfin à filer le parfait amour ?

Ce second tome de l'histoire de la tour de Nesles relève tout comme le premier du roman d'aventures rocambolesques de type feuilleton à fond historique très relâché. Zévaco y privilégie les rebondissements, le suspens et l'es sentiments au détriment de l'Histoire avec un grand H. De très nombreuses libertés sont prises avec Clio. Parmi celles-ci, trois sont assez importantes voire même choquantes. Zévaco fait dépendre Marigny et remplacer son cadavre par celui d'un autre alors qu'en réalité le ministre tant détesté resta exposé deux années sur le gibet de Montfaucon. Encore pire pour les deux jeunes chevaliers Philippe et Gauthier d'Aulnay. L'auteur en fait mourir un de faiblesse et de folie dans sa cellule et sauve le second pour les besoins de son histoire. En réalité, les pauvres furent écorchés vifs, châtrés, décapités et pendus. Quant aux aventures sadiques et érotiques attribuées à Marguerite de Bourgogne, elles relèvent de la plus totale fiction vu que celle-ci n'a plus jamais quitté la forteresse de Château-Gaillard une fois qu'elle y a été internée. Mais ceci mis à part, « La reine sanglante » reste quand même un roman distrayant, foisonnant et passionnant qui permet de passer un très agréable moment de lecture, histoire de bien se convaincre que les Valois méritaient bien leur surnom de « Rois maudits » !

3,5/5

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04/01/2014

Buridan, le héros de la tour de Nesles (Michel Zévaco)

Buridan.jpgAu début du règne de Louis X le Hutin, la jeune et jolie Myrtille a rencontré le fringant Buridan. Tous deux s'aiment d'amour tendre. Myrtille est la fille d'un bourgeois qui cache sa véritable identité, celle d'Enguerrand de Marigny, le terrible ministre du roi, aussi cruel qu'avide d'argent qui se retrouve très vite défié par Buridan et par deux de ses amis, Philippe et Gautier d'Aulnay lesquels veulent venger la mort de leurs parents. Pour ne rien arranger, Myrtille, accusée injustement de sorcellerie, est arrêtée et jetée en prison. Alors que Marigny présente au roi le tout nouveau gibet de Montfaucon élevé par ses soins et grâce à ses deniers, un drame complexe se noue et verra intervenir toutes sortes de personnages venus de toutes les classes de la société depuis les coupeurs de bourses et autres tire-laines jusqu'aux plus hauts dignitaires de la cour sans oublier Marguerite de Bourgogne, la reine elle-même, qui ne se gène pas pour organiser des parties fines en plein Paris, dans la sinistre Tour de Nesles.

« Buridan » est le premier tome d'un dyptique toujours dans le style qui fit le succès de Michel Zévaco, le récit à fond historique et intrigue rocambolesque pleine de rebondissements, de quiproquos et autres développements surprenants. Le lecteur y découvrira les moeurs violentes des étudiants de la Sorbonne qui étaient plus voyous, truands et profiteurs que studieux élèves penchés sur leurs grimoires. De même, le portrait de Marguerite de Bourgogne est loin d'être flatteur. C'est celui d'une reine nymphomane particulièrement cruelle qui, telle la mante religieuse, faisait trucider ses amants d'un soir en ordonnant qu'ils soient noyés dans la Seine toute proche. Un roman bien écrit, une histoire de cape et d'épée haletante et rythmée sans le moindre temps mort. Principe du feuilleton. Seul bémol, au fil des lectures de cet écrivain anarchiste, le lecteur s'aperçoit que l'auteur applique systématiquement la même recette quels que soient l'époque ou le contexte (enfants secrets issus d'unions adultérines, disparus, volés ou retrouvés, vengeances longuement marinées et découvertes ultérieures de filiations incroyables qui placent tout le monde en porte au faux...) et distille toujours le même message : les gens du peuple sont plus honnêtes et plus chevaleresques que tous les rois et les princes qui eux, ne peuvent être que de tristes crapules. En faisant abstraction de ces deux défauts, on peut néanmoins apprécier une lecture divertissante, en ne se focalisant pas trop sur la véracité historique des faits relatés.

3,5/5

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02/01/2014

Les sept vies du Marquis (Jacques Ravenne)

Les sept vies du marquis.jpgFils de Jean-Baptiste, Comte de Sade, noble provençal désargenté, lettré et libertin, le jeune Donatien-Alphonse naît à Paris le 2 juin 1740 à l'hôtel de Condé. Après une enfance rebelle et difficile et une participation à la guerre de sept ans contre la Prusse, il devra épouser Renée Pélagie de Montreuil, de récente noblesse de robe, plus pour sa forte dot que pour sa beauté toute relative. Ses ennuis avec la police dirigée par le terrible Sartine et ses acolytes La Jeunesse et l'inspecteur Marais, débuteront avec ses premières débauches. Donatien est un client régulier des filles de joie. Il prend un malin plaisir à les humilier, les frapper et bien souvent ses actes dépassent très largement ce qui est acceptable et atteignent souvent une certaine forme de cruauté que l'on appellera plus tard « sadisme ». Arrêté et incarcéré pour violence aggravée sur une ouvrière pauvre, sa belle-mère parviendra à transformer sa peine en simple résidence surveillée dans son château de La Coste. Sa jeune belle-soeur, Anne de Launay, en profitera pour s'échapper de son couvent et pour venir l'y rejoindre. Il en fera sa maîtresse, une de plus sur une interminable liste. Condamné à mort pour empoisonnement et sodomie dans l'affaire des prostituées de Marseille, il sera à nouveau interné suite à une lettre de cachet du roi Louis XVI. Il passera ensuite treize années en captivité dans divers lieux de détention et finira son existence à l'asile d'aliénés de Charenton. Un temps libéré grâce à l'abolition des lettres de cachet, il deviendra, sous le nom de Sade (sans particule), président de la célèbre « Section des Piques », la plus radicale des factions révolutionnaires. Il s'opposera à Robespierre à propos de la question religieuse et sera à nouveau condamné à mort pour « intelligence avec les ennemis de la République ». Sauvé par la mort de l'Incorruptible (arrivée juste à temps et un tantinet aidée par une intervention « providentielle »), il échappera de peu au couperet de la guillotine et terminera sa vie en captivité après avoir écrit des milliers de pages et produit une véritable oeuvre littéraire qui connut un immense succès pendant la Révolution, puis une longue période d'oubli et finalement un retour sur le devant de la scène à notre époque par la grâce d'un certain Jean Jacques Pauvert.

« Les sept vies du Marquis » ne présente pas à proprement parlé comme une classique biographie de Donatien de Sade mais plutôt comme une évocation romancée très fidèle à la vérité historique. Jacques Ravenne a parfaitement su rendre vivante la personnalité de son héros en traitant son sujet sur le mode du thriller ou du roman d'action à l'américaine. Son style est si vivant et si punchy qu'il est quasi impossible de lâcher ce livre aussi passionnant qu'un « page turner ». Il a su éviter les écueils du salace et du graveleux en se montrant souvent d'une grande discrétion sur les pratiques sexuelles du Marquis. Une interminable description de sévices et de turpides aurait vite lassé le lecteur. Là, il n'en est rien, bien au contraire. Sade s'en retrouve complètement humanisé et peut être un tantinet idéalisé. C'est avant tout un amoureux (surtout de sa première maîtresse Laure et ensuite d'Anne) quelque peu infidèle et priapique et c'est également un esprit libre et révolté contre l'Eglise et contre la tyrannie. Libertin comme bien des aristocrates de l'époque, il semble qu'il ait payé pour servir d'exemple à un pouvoir qui ne savait plus comment détourner la colère du peuple. On ne peut que conseiller chaudement la si agréable lecture de ce livre, ne serait-ce qu'à titre d'introduction à la vie d'un personnage si célèbre qu'on n'en connait finalement que peu de choses. D'ailleurs, en fin de volume, le lecteur trouvera des annexes très utiles dont une bibliographie comportant la liste des ouvrages les plus importants sur le sujet, le devenir des principaux personnages et même celui des lieux et des textes. Nul doute que ce livre aussi instructif que divertissant devrait rencontrer un immense succès. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

(Livre chroniqué dans le cadre d'une opération « Masse Critique » de Babélio)

5/5

 

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