01/03/2014

Opération Baucent (Chapitre 7/4)

- Messieurs, commença Armen en se calant dans son immense fauteuil de cuir noir, il y a des rigolos qui essaient de me faire chanter. Des guignols qu’il va falloir corriger de belle manière…

- Dîtes-nous qui c’est patron, dit Babacar et on va illico leur faire leur fête !

- C’est pas si simple. Pour l’instant, je n’ai qu’une très vague idée. Ils ont certainement enlevé Melle Virginie et j’attends qu’ils me recontactent. Pour commencer, vous filez à son appartement et vous tâchez de ramener quelque chose qui vous mettra sur leur piste.

Peu après, les deux nervis se retrouvèrent donc à l’endroit où Lee Ling et Gérard s’étaient cassés les dents. Ils tambourinèrent bruyamment dans la porte. La voisine de palier les épiait sans doute par son œilleton, mais se garda bien d’intervenir. Ces deux-là n’avaient pas l’air commode et la vieille était cancanière, envieuse et râleuse mais pas téméraire. D’un coup d’épaule, Babacar explosa le chambranle de la porte. Ils se précipitèrent à l’intérieur. Il avait dû s’en passer de belles là-dedans. Dans la chambre, où il régnait le plus grand désordre, on pataugeait dans l’eau. « Tiens, remarqua Davidovitch, on dirait le sac à main de Mademoiselle Virginie… »

- Oui, répondit l’autre. Ca, c’est son portable et regarde, on dirait bien qu’il y a aussi toutes ses affaires éparpillées un peu partout.

- On embarque le tout, décréta l’Africain. Le patron va être content. On est sur une piste encore toute chaude. Ils devaient être là, il n’y a pas si longtemps…

- T’emballe pas Banania, lui lança Davidovitch goguenard, ils sont peut-être n’importe où maintenant !

- Tu m’appelles pas Banania, connard de facho de serbe ! s’énerva le noir. Tu dis Babacar ou à la rigueur Baba, enfoiré de Merdovitch sinon je t’éclate ta sale face de bidet…

- C’est d’accord, Balouba, répondit l’autre.

 

Dans les locaux encombrés de « L’Echo de la Plaine », le quotidien régional bien connu à Saint Aubin et dans les alentours, on prépare laborieusement l’édition du lendemain. Les uns tapent des articles sur leurs ordinateurs, d’autres trient des photos, d’autres encore s’entretiennent au téléphone avec leurs correspondants locaux. Le rédacteur en chef se démultiplie entre les différents services et donne l’impression d’une grande agitation à défaut d’une véritable efficacité. Arsène Furet, qui signe ses chroniques « Le Furet », est nonchalamment assis sur le rebord de son bureau. Avec son gilet de daim beige, sa chemise à carreaux, ses jeans et ses santiags, il cultive un style western un tantinet ringard. Un gobelet de café en plastique blanc à la main, Jacques Tardif, Coco pour les intimes et photographe pour le journal, le regarde de son air le plus endormi. Ca fait un sacré bail que ces deux-là font équipe. Ils savent bien qu’ils sont les bêtes noires de leur rédac' chef et que l’ancien chevillard qui fait office de patron ne les tolère que parce que ce grand escogriffe complètement ahuri de Tardif est le neveu d’un copain député qui a le bras long et qui lui a renvoyé l’ascenseur. Au journal, le Furet énerve pas mal, mais tout le monde lui reconnaît un réel talent de plume et la paternité de quelques articles qui ont autrefois dopé les ventes. Alors, on le supporte jusqu’au jour où on pourra s’en débarrasser, ce qui ne saurait tarder.

- Alors, les bras cassés, leur lance au passage le rédacteur en chef, on glande comme d’habitude.

- On cherche un sujet porteur, chef, répondit Arsène. Et ça court pas les rues.

- J’ai peut-être quelque chose pour vous. Une fille vient de disparaître cette nuit. L’info est sérieuse, je l’ai récupérée directement du commissariat.

- Bof, répondit Tardif, des filles qui fuguent ça arrive tous les jours.

- Oui, mais quand c’est la bonne amie de Paul Armen, c’est déjà plus rare. Alors au boulot, les Rouletabille, je vous ai mis tous les renseignements qu’on a dans ce dossier. Et il leur tendit une chemise rouge qui ne contenait qu’un seul feuillet avec nom, adresse, profession et trois infos gribouillées à la va vite…

***

(A SUIVRE)

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09:39 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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