30/11/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 6)

Le calme était revenu dans l’appartement. Renard alla replacer le caquelon à la cuisine avant de retourner dans la chambre de Virginie. Celle-ci était étendue à plat ventre en travers du lit avec le quintal de Louis Dubois effondré sur elle. Lerenard tira de toutes ses forces pour la dégager du gros corps inanimé. Il y mit tout son cœur et eut beaucoup de peine à faire glisser son comparse sur le sol. « Il me l’aurait étouffée l’imbécile… » Se dit-il en s’épongeant le front.

Il l’observa un long moment. Chemisier dégrafé, short et string rabattus donnaient une impression de débraillé, d’abandon. Il était intervenu juste à temps. Quelques secondes de plus et l’autre la violait. Ce que le maigrelet n’aurait pas pu supporter. Plus il regardait le corps de la pauvre Virginie étendue devant lui, à sa merci, dans cette position lascive, plus il sentait le dégoût monter en lui. Il n’aimait que les petites gamines pré pubères, pas ou peu formées. Et là, abandonnée devant lui, cette femelle, avec sa poitrine opulente, ses fesses rebondies et son sexe offert, c’en était trop. Il avait l’impression que son regard était sali par la vue des quelques poils pubiens qui apparaissaient dans l’échancrure.

Sans plus attendre, il remonta le string puis le mini short en s’interdisant de regarder, retourna la fille sur le dos et reboutonna le chemisier rouge. C’est alors qu’il remarqua son sac à main, sorte de besace de toile qui traînait sur le sol non loin du corps de son complice. Il commença à fouiller dedans. Il trouva un portable, divers produits de beauté, un bâton de rouge à lèvres, des clés, l’attirail habituel de la jeune femme moderne. Quand il eut presque tout vidé, un petit bouquin broché aux pages coupées à la main apparut. Il s’en saisit. L’ouvrage n’avait pas fière allure. La couverture de papier jaunâtre était abîmée, les pages froissées ou cornées étaient parfois couvertes d’annotations. Sur la couverture, il lut ceci : John Wesley Montgomery, « Les voies secrètes de la puissance nazie ». Un bouquin historique paru en 1969 dans la traduction française d’une édition Penguin jamais rééditée depuis lors.

Jacques Lerenard s’assit sur le bord du lit et commença à tourner les pages du bouquin. Il y vit une photo du Messerschmitt BF 110 qui aurait dû permettre à Rudolf Hess de débarquer en Angleterre pour y négocier une paix séparée avec les anglais. Mais cet épisode rocambolesque de la vie du célèbre nazi ne l’intéressa pas outre mesure et pourtant le livre de Montgomery en racontait de belles. Il apportait une explication à l’échec de la tentative ainsi qu’à l’acharnement contre celui qui fut le tout dernier interné de la prison de Spandau à Berlin-Ouest où il finit par mourir en 1987 pendu à l’aide d’un fil électrique. Son fils et quelques historiens non-conformistes y virent la main de services secrets comme le Mossad ou la CIA. La thèse de l’assassinat camouflé en suicide ne fut bien entendu jamais retenue par les médecins légistes anglais…

(A SUIVRE)

Ouvrage disponible en version e-book sur Amazon.fr et en version papier sur TheBookEdition.com)

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28/11/2013

Le ventre en l'air (Frédéric Dard)

le ventre en l'air.jpgA New-York, un certain O'Massett, qui se présente comme agent du FBI, oblige l'Ange Noir à assassiner le sénateur Pall qui s'est fait le champion toute catégorie de la pays et du désarmement. En échange de quoi, il lui fournira un billet pour quitter les Etats-Unis ainsi qu'une belle somme d'argent. L'Ange noir remplit son contrat. Mais quand il s'agit de se faire payer et d'être exfiltré, impossible de retrouver O'Massett. Notre héros voit rouge et se lance à la recherche des commanditaires de ce crime assez étrange. Réussira-t-il à démêler ce sac de noeuds alors qu'il a à ses trousses toutes les forces de police de la ville qui ne dort jamais. Heureusement que quelques jolies poupées vont l'aider à découvrir le pot aux roses...

Ce roman policier, très inspiré des grands classiques américains, reste dans le style bien particulier et bien français de Frédéric Dard, fait de gouaille, de galéjades, de détachement et souvent de second degré. Les tournures amusantes, l'argot et l'humour ne manquent pas. Le héros, qui fut une sorte d'esquisse version gangster du futur San-Antonio, a en commun avec ce dernier une détermination farouche, beaucoup de courage et de grandes capacités de séduction. Les femmes tombent toutes dans ses bras, mais sont un peu moins nombreuses que les cadavres qui jalonnent son chemin. Aux limites du roman noir et du thriller, non encore finalisé à l'époque, cet ouvrage n'a d'autre ambition que de divertir et il y réussit très bien, même à des années de distance et ce, presque uniquement en raison du style si particulier de son auteur. Pour les aficionados...

3,5/5

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26/11/2013

Le boulevard des allongés (Frédéric Dard)

Le-Boulevard-des-allonges.jpgA Chicago, un gangster surnommé « L'ange noir » roule dans une voiture en compagnie de sa petite amie quand il s'aperçoit qu'il est filé par un autre malfrat. Il a vite fait de lui faire avouer pour qui il travaille. Il s'agirait d'un certain Little Joly, un vieux receleur homosexuel qu'il connaît bien. Mais quand l'Ange noir arrive au domicile de Joly, il ne découvre que son cadavre. Et pour ne rien arranger, la police lui tombe dessus, l'arrête et le met en prison pour assassinat... Ainsi débute une aventure policière assez échevelée qui verra se succéder évasion, course poursuite, acrobaties, complicités surprenantes sans parler de toutes sortes de coups tordus et de rebondissements divers et variés...

« Le boulevard des allongés » est un texte assez ancien du regretté Frédéric Dard. Il date d'avant les San-Antonio qui le propulsèrent au sommet de l'Olympe du roman policier à la française. Dans la lire Boudard, A.D.G ou Audiard. C'est à dire avec un style truculent, frondeur, rempli d'argot, de tournures drolatiques et d'images amusantes. En effet, dans ce texte écrit dans ses débuts et sans doute pour faire bouillir la marmite comme on dit, Dard déploie tout son art. Comme il le dit lui-même : « Du temps que je la pilais, histoire de me dépanner l'estom', j'avais pondu cette prose surchoix. Un vrai nectar ! Du San-Antonio d'avant San-Antonio, en somme. Tu vas voir, tout y était déjà : la trouduculence, la connerie, le m'enfoutisme, et même le reste. Surtout le reste ! » A ceci près que l'Ange Noir est un très très méchant truand et pas un commissaire de police de choc et qu'il sème autant de cadavres sur sa route que le petit Poucet de cailloux sur son chemin. Là encore, Dard se montrait précurseur. Il avait déjà dépassé le simple roman noir à l'américaine (enfin dans un dérivé du genre) pour jeter les premières bases de ce qu'on appellerait plus tard thriller. Et avec un tel panache et une telle gouaille que cette histoire de truand flingueur n'a pas pris une seule ride et se lit encore aujourd'hui avec grand plaisir.

4,5/5

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24/11/2013

Patricia Kaas, ombre et lumière (Bernard Pascuito)

Patricia Kaas.jpgNée de père mineur lorrain et de mère d'origine allemande, la chanteuse Patricia Kaas a passé toute son enfance à Habsterdick, un bourg de 1300 habitants coincé entre Forbach et la frontière allemande. Dernière d'une fratrie de sept enfants, la petite Patricia, fan de Claude François, a été majorette et a chanté dès son plus jeune âge pour les amis et la famille avant de débuté tout juste adolescente dans de petits clubs, des bals populaires et surtout sur les planches d'un cabaret allemand, le « Rumpelkammer », ce qui l'amènera à quitter les bancs du collège en quatrième. Repérée par Bernard Schwarz, un architecte, et financée par Gérard Depardieu, elle produit un premier single qui n'aura aucun succès. Didider Barbelivien lui écrit ensuite son premier tube « Mademoiselle chante le blues » qui rencontre un succès immédiat et l'amène à monter à Paris et à chanter pour la première fois à l'Olympia. Ainsi débute une carrière aussi fulgurante qu'exemplaire jalonnée de tournées marathon, de triomphes internationaux (Allemagne, Suisse, Belgique, Russie, Canada etc...). Avec 6 millions de disques vendus et une Victoire de la musique, Patricia Kaas est devenue une star déjà confirmée au moment de la parution de ce livre en 1994.

Le lecteur peut se demander quel intérêt réel peut présenter ce genre d'ouvrage, sorte de biographie d'une bien jeune artiste. D'autant plus qu'il n'apprend que peu de choses sur sa vie. L'auteur avoue que la plupart des témoins se taisent obstinément et que les rares qui s'expriment ne révèlent pas grand chose pas grand chose de plus que ce qu'il a pu trouver dans les magazines. Le livre refermé, le mystère Kaas reste entier : ses démêlés avec son premier producteur, l'arrivée de Cyril Prieur dans sa carrière et peut-être dans sa vie. Ses rapports avec Alain Delon, Bernard Montiel et quelques autres admirateurs, amoureux platoniques ou non, restent dans un flou savamment entretenu. Curieux mélange de glace et de feu, de réserve et d'exhibitionnisme, d'objet de passion collective et de solitude assumée, Patricia Kaas, à la fois nouvelle Piaf et nouvelle Garbo, se veut ou se vit perpétuelle demoiselle à la fois cassante (dans sa rivalité avec une certaine Vanessa Paradis par exemple) et fragile lors de l'épisode du fou maître chanteur. Un ouvrage éphémère, déjà daté, vieilli, n'ayant d'intérêt que pour les fans, de ce genre de « consommable-jettable » dont les éditeurs, confondant cyniquement reportages people et littérature, aiment remplir les rayonnages des librairies et des supermarchés pour leur plus grand profit.

2,5/5

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22/11/2013

Lina et la forêt des sortilèges (Serge Brussolo)

Lina et la forêt des sortilèges.jpgPour échapper aux griffes du Traqueur, monstrueux géant de métal capable de tout détruire sur son passage, Lina et ses amis, Toddy, un garçon capable de se transformer en ours-garou et Kanzo, un kangourou jaune doté de la parole, essaient de se cacher dans la forêt des sortilèges. Mais celle-ci est loin d'être accueillante aux humains. Pour se venger d'eux, elle multiplie les embûches et les pièges mortels. Les trois jeunes héros trouvent refuge dans une ville invisible peuplée de forbans, pirates et autres fuyards, tous horriblement cupides et décidés à tout leur faire payer au prix fort. Le remède se révélant pire que le mal, cette solution montrera ses limites. Bien d'autres mésaventures et tribulations barreront la route des trois amis bientôt rejoints par Dita, une jeune, jolie et capricieuse fée domestique.

« Lina et la forêt des sortilèges » est un roman de pure fantaisie bien dans le registre plutôt inquiétant du prolifique Serge Brussolo qui reste sur ses habituels thèmes de fantastique et d'horreur à peine édulcorés ce qui donne un ouvrage à plutôt réserver à des enfants de dix à quinze ans peu impressionnables. Dans cet univers aussi horrible qu'irrationnel, tous les ressorts de la magie noire, toutes les arcanes de la sorcellerie sont utilisés. Le lecteur nage dans les cauchemars, les délires, le paranormal et l'onirisme le plus échevelé. Quelle imagination, c'est un festival, un feu d'artifice assez unique ! Ca n'arrête pas une seconde. On rêve de la débauche d'effets spéciaux que le cinéma actuel pourrait tirer de l'adaptation de cet ouvrage. Entre la forêt maléfique qui envoie des flèches empoisonnées capables de vous transformer en lapin, les champignons espions et délateurs, les guêpes géantes aux dards monstrueux capables d'injecter un venin ressuscitant le vieux bois, les herbes porc-épic se transformant en longues aiguilles capables de vous embrocher comme papillon pour collectionneur, (et tant d'autres...) les pauvres malheureux ne cessent d'échapper à mille dangers. Au point que le lecteur qui a dévoré ce livre magnifiquement écrit ressort pantelant d'une histoire racontée à cent à l'heure. L'art de Brussolo est peut-être celui d'un cousin éloigné de Boris Vian, Lewis Caroll voire d'Eugène Ionesco et pourquoi pas leur hybride réincarné. Au pays de la magie, même sauvage et hyper dangereuse, tout est possible ! A signaler que ce livre, bien que le deuxième tome d'une série peut parfaitement se lire indépendamment du premier dont un court résumé est donné au début.

5/5

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20/11/2013

Echappées belles (Charlie Buffet)

Echappées belles.jpgDepuis 1862, où Edward Whymper fait une chute dans un couloir glacé et s'arrête à quelques mètres d'une chute mortelle lors d'une tentative solitaire sur le versant italien du Cervin jusqu'en janvier 2007 où un alpiniste slovène appelle l'hélicoptère des secours avec son téléphone portable après avoir dévissé de quinze mètres et s'être retrouvé suspendu dans le vide, en passant par Catherine Destivelle qui, pour avoir reculé d'un pas sur un sommet de l'Antarctique, redescend sur 1600 mètres avec une fracture du tibia et sans oublier Guy Labour qui tombe en 1934 dans une crevasse du glacier des Nantillons et y séjourne 164 heures, l'histoire de l'alpinisme n'est qu'une suite d'échappées belles, d'histoires de survies incroyables et surtout de courage et de furieuse envie de s'en sortir. La liste est longue de tous ceux dont la montagne n'a pas voulu prendre la vie et qui ont survécu miraculeusement ou grâce à leur forme physique exceptionnelle, leur ténacité hors norme : Guido Lammer, J de Golcz, Raymond Lambert, Fritz Wiessner, Robert Bates, Walter Bonatti, Serge Goussault, Patrick Valençant, Reinhold Messner, Joël Coquegniot, Doug Scott, Patrick Berhault, Bruno Pratt, Jean-Marc Boivin... Humbles ou célèbres, tous auront eu cette chance inouïe d'échapper à une mort quasi certaine et de revenir dans le monde des vivants, blessés, traumatisés et peut-être marqués à jamais...

Ce livre se présente comme une longue suite d'histoires et d'anecdotes de survie qui montre combien le monde de la montagne peut être périlleux et jusqu'où l'humain poussé dans ses derniers retranchements, blessé voire mourant, est encore capable de se surpasser pour sauver sa peau : passer des heures et des jours dans le froid, ramper pour cause de jambes cassées ou se traîner jusque chez soi avec une fracture du crâne et j'en passe ! A la lecture de ce livre, le lecteur restera confondu et admiratif devant tant de courage et de chance. Après tout, ce jour là n'était pas le bon pour tous ces miraculés. D'ailleurs certains repartiront quelques années plus tard et ne rentreront pas car ils n'auront pas de seconde chance. Bien écrit et bien documenté, cet ouvrage permet aussi de prendre conscience de l'évolution de l'alpinisme tout au long de son histoire ainsi que des progrès réalisés dans les techniques de sauvetage en montagne. On restera plus réservé sur le parallèle fait entre Primo Levi et Marc Augier qui fait dévier l'auteur pendant quelques pages sans grand intérêt vers les pentes glissantes et fangeuses de la politique. S'il est un lieu où celle-ci devrait être absente, c'est bien dans ces hautes solitudes réservées à ces conquérants de l'inutile...

4/5

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18/11/2013

En Amazonie (Jean-Baptiste Malet)

En Amazonie.jpgUn mois avant Noël 2012, au moment du plus gros pic d'activité de l'année, le journaliste Jean-Baptiste Malet se fait embaucher une quinzaine de jours comme intérimaire sur la plate-forme Amazon de Montélimar (Drôme). Il estime que c'est le seul moyen de découvrir ce qui se passe réellement dans cet entrepôt géant, grand comme plusieurs terrains de football car Amazon refuse de communiquer avec la presse et interdit même à ses ouvriers de parler à qui que ce soit de leurs conditions de travail. Il va découvrir le travail du picker, qui consiste à parcourir chaque nuit plus de vingt kilomètres pour aller chercher les produits dans les rayonnages, les scanner, les placer dans un chariot et les amener au packer, celui qui pendant ce temps reste six heures debout à emballer les dits objets culturels ou non. Et il va s'apercevoir que c'est un travail épuisant, que les cadences sont infernales, qu'il est perpétuellement surveillé par caméras et ordinateurs et poussé par des leads et des managers à donner le meilleur de lui-même quitte à tomber d'épuisement pour un salaire de misère.

Ce compte-rendu d'infiltration est à la fois édifiant (quel client commandant tranquillement sur Internet s'imagine vraiment ce qu'implique son acte ?) et inquiétant. Le lecteur sent bien qu'Amazon et ses méthodes à l'américaine, c'est à dire cumulant tous les inconvénients des principes de Henry Ford, de Taylor, de MaoTséToung ou de Moon, sans oublier les recherches sur la soumission à l'autorité ou le conditionnement, est une sorte de prototype de l'usine de demain, celle où le travailleur n'a d'autre choix pour survivre que d'accepter d'inhumaines conditions de travail et où le patron joue cyniquement sur l'offre car il sait que sa main d'oeuvre, taillable et corvéable à merci, est parfaitement interchangeable. Pour mieux maintenir les cadences et atteindre les objectifs de production, il fait miroiter au pauvre intérimaire la promesse fallacieuse d'un CDI, lui offre de petits cadeaux et le tympanise largement de sa devise d'entreprise : « Work hard » (travaille dur, ça a au moins le mérite de la franchise), « Have Fun » (Amuse-toi, prends ton pied ! On se demande comment...) et surtout « Make History » (Ecris l'Histoire, là c'est le comble de la forfaiture car seule la multinationale le fait en remodelant au bulldozer tous les circuits de distribution et en renvoyant aux poubelles de l'Histoire les petits ou gros libraires qui ne pourront malheureusement qu'imiter leurs confrères disquaires... Avec la complicité du pouvoir socialiste d'ailleurs. Impôts optimisés (euphémisme), emplois subventionnés (7500 euros payés par nos impôts pour chaque emploi créé avec un Arnaud Montebourg se réjouissant d'une telle aubaine, un comble de sottise !). Il faut absolument lire ce livre ne serait-ce que pour ne pas consommer idiot !

4/5

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17/11/2013

Les traqueurs de la nuit / Nightrunner 2 (Lynn Flewelling)

Les traqueurs de la nuit.jpgLe mage Nysander confie à Seregil une mission secrète qu'il doit effectuer seul et hors de la présence d'Alec, son jeune compagnon d'aventures du tome précédent. Il l'envoie au pays des Dravniens ravagé par les exactions de marins plenimariens. Légèrement blessé à la main, Seregil en ramènera le trophée recherché avant de repartir en compagnie d'Alec sur la piste d'un certain Rythel, un espion qui organise le sabotage des circuits d'évacuation de déchets de la ville de Rhiminie. Alors que les rumeurs de guerre totale avec les Plenimariens se font de plus en plus insistantes, les aventures ne vont pas manquer à nos deux héros : escarmouches, enlèvements, tortures physiques ou morales, rencontre de nouveaux personnages et combats de toutes sortes. Pendant longtemps, le lecteur se demande quels rapports humains ces deux-là entretiennent. S'agit-il de simple amitié, d'une relation de maître à élève ou de beaucoup plus, si affinités ? Une réponse bien dans l'air du temps sera donnée. Il s'interroge également sur les secrets que Nysander refuse de révéler, sur le véritable rôle qu'il veut leur faire jouer et sur les buts ultimes des forces du mal, nécromants et autres monstres chimériques aux ordres du terrible Vargulah. Là encore, de grands pans de mystères seront levés, mais seulement tout à la fin du livre, ce qui laisse fort longtemps le pauvre lecteur dans l'expectative, lui demande patience et constance dans une lecture parfois un tantinet laborieuse. Il n'en demeure pas moins que ce second tome de la saga « Nightrunner », plus encore que le précédent, entraîne beaucoup plus loin dans un monde imaginaire foisonnant et fort dépaysant. Il permet de remonter dans le passé des héros et de retrouver, entre autres, la soeur de Sérégil, perdue de vue depuis de longues années.

Au total, un livre qui laisse une impression mitigée. Il relève du fantastique, de l'horreur ou de la fantaisie la plus débridée. Llewelling use et abuse de la magie noire ou blanche sous toutes ses formes, des plus anodines aux plus monstrueuses : passage dans des vortex de translocation permettant l'ubiquité, transsubstantiation des objets, télékinésie, télépathie voire apparition de monstres chimériques. Dans tous les compartiments de cet ouvrage, l'auteur pratique assez systématiquement la technique du flou artistique avec un foisonnement de personnages qui apparaissent et disparaissent, une abondance d'évènements survenant de manière quasi aléatoire et presque sans logique, de sorte que le lecteur se retrouve obligé d'abandonner tout rationalisme ou esprit cartésien pour se laisser emmener dans une sorte de tourbillon onirique qui menace de se transformer en un maelström des plus effrayants. Présentée par petites touches, un peu à la manière d'un puzzle géant, l'intrigue démarre lentement, presque péniblement, avant de monter peu à peu en puissance et d'arriver à une fin paroxystique qui semble fortement inspirée du monde de Tolkien. Du grand art. Ce dénouement digne d'une épopée rachète très largement les deux ou trois cent premières pages plus nébuleuses et pouvant pousser certains à abandonner la lecture de ce pavé de plus de 650 pages. Ce serait dommage car le meilleur est à venir et se révèle carrément époustouflant. Et quel plaisir de commencer à comprendre (un peu) les tenants et aboutissants de cette histoire si nébuleuse au début. Et quand on réalise que tout cela était voulu et soigneusement combiné, si on ne crie pas au génie (« Nighrunner 2 » n'est quand même pas du niveau du « Seigneur des Anneaux », cela va sans dire), on en redemande et on sait qu'on ne manquera pas de lire la prochaine livraison. D'ailleurs, Milady, l'éditeur, n'a pas manqué de placer, en fin de volume, un court extrait fort alléchant de la suite des aventures de Seregil et d'Alec, tiré du prochain tome à paraître, « La lune des traîtres ». De l'art et de la manière de rendre une saga totalement addictive !

4/5

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15/11/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 5/3)

Silence dans le cercle. Le Grand Maître quitta son trône et avança vers l’homme agenouillé. Il prit une épée, plaça le plat de la lame ainsi que sa main sur le crâne du postulant puis effleura chacune de ses deux épaules avant de planter l’épée juste devant lui, dans le sol de terre battue. Puis il prononça ces paroles un peu étranges : « Par Gwaal le puissant, Bouddha le très sage et Allah le très miséricordieux, je te fais chevalier du Temple. Montre-toi digne de cet honneur. » Et il lui tendit la main pour l’aider à se relever avant de lui donner l’accolade. Un autre templier lui présenta un minuscule bouclier rond qui, retourné, aurait eu l’aspect d’une sorte de grosse coupe ou même d’un saladier. Nogaro le mit à son bras. Un second lui apporta la grande cape blanche à croix rouge et l’aida à s’en revêtir. Et finalement un troisième termina l’étrange adoubement en lui plaçant un loup de velours noir sur le visage.

- Maintenant que vous voilà chevalier de premier grade, vous pouvez rejoindre notre cercle, conclut Arménius.

Et le cérémonial reprit avec les séries de « Ooom », les invocations au Gwaal ou au Bwaal, les lectures plus ou moins mystiques, la remise en cercle et l’an-dro guilleret du début.

Au bout d’environ un heure, chacun quitta la cave dans la plus grande discrétion. Les uns se dirigèrent un vers la cour de la rue des Bouchers et les autres remontèrent par la cave du « Griffon d’or » et la rue des Blancs-Manteaux. Il faisait nuit noire, les deux rues étaient vides. Personne ne remarqua l’étrange ballet de ses ombres qui disparaissaient une à une.

(A SUIVRE)

Ouvrage disponible en version e-book sur Amazon.fr et en version papier sur TheBookEdition.com

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14/11/2013

L'iroquoise (Bernard Clavel)

L'iroquoise (Clavel).jpgA Boston, dans les années 30, une rixe éclate entre un policier ripoux et des marins allemands qui n'acceptent pas de se faire traiter de nazis. Karl, le plus costaud des teutons, frappe un peu trop fort le flic qui tombe à la renverse, mort sur le coup, le crâne fracassé contre un coin de table. Les marins aident Karl, le meurtrier, à quitter au plus vite le territoire des Etats-Unis. Au volant d'une camionnette volée, Karl file vers la frontière canadienne en évitant les ports, endroits où la police ira le chercher en premier. Il n'a pas d'autre projet que monter le plus possible vers le Nord pour aller s'y cacher. Parviendra-t-il à se faire oublier ? Pourra-t-il y commencer une nouvelle vie en territoire indien ?

« L'iroquoise » est un court roman de 120 pages en gros caractères, autant dire le format d'une novella, cet intermédiaire entre la nouvelle et le roman, assez fréquent chez les anglo-saxons. Sur le thème classique de « Roméo et Juliette dans le grand Nord canadien », le regretté Bernard Clavel nous délivre une histoire simple, quasi biblique, faite d'amour sincère, d'aventures et de drames dans l'atmosphère rude des grands espaces qu'il sait si bien nous faire aimer. La rencontre du rustre Karl et de la jeune et belle Aldina relève de l'allégorie du choc de deux mondes, de la fascination réciproque qui aurait pu déboucher sur une histoire à l'eau de rose mais qu'un grain de sable fait basculer en drame bouleversant. Mais n'en disons pas trop pour ne pas gâcher le plaisir d'une lecture si passionnante et si agréable qu'on peut dévorer le livre en moins de deux heures et le refermer en regrettant de devoir quitter si vite ces deux magnifiques personnages. Une belle histoire aussi prenante qu'émouvante un peu en forme de conte philosophique. De l'excellent Clavel.

5/5

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12/11/2013

Gérard de Nerval (Gérard Cogez)

Gérard de Nerval (Cogez).jpgCe « Gérard de Nerval » se présente, sans aucun doute, comme une des biographies les plus complètes et les plus précises du grand poète du XIXème siècle mort pendu une nuit glaciale de janvier 1855 à une grille de soupirail de la rue de la Vieille Lanterne dans un des endroits les plus sinistres de Paris. Gérard Cogez propose en effet un travail particulièrement soigneux, très documenté et basé sur une étude pointilleuse autant des textes autobiographiques de l'auteur que de ses correspondances privées. L'ennui, c'est que Nerval rêvait sa vie, la mythifiait, la romançait à un point tel qu'il semble souvent improbable voire impossible de faire la part entre la réalité et la fiction. De plus, de nombreux documents manquent. Ainsi de grands pans de sa vie échappent au biographe : une partie de son adolescence, certains séjours et jusqu'aux endroits où Nerval habitait réellement au point où le lecteur arrive à se demander s'il ne couchait pas souvent dehors, tel un clochard, quand il ne trouvait pas de bonne âme pour l'héberger...

Le point fort de cet ouvrage se trouvera dans l'étude des très nombreux voyages du poète qui séjourna longuement en Allemagne, Italie, Egypte, Turquie, Liban et autres lieux. Sa carrière littéraire chaotique et difficile est particulièrement bien étudiée. Nerval fit d'innombrables tentatives pour percer comme auteur dramatique (seul ou en coopération, avec Dumas par exemple) et accumula les échecs. Par contre, si ses nombreuses crises de démence sont bien présentées, les causes de sa maladie mentale ne sont pas complètement élucidées. Cogez incrimine une certaine forme d'alcoolisme en ne citant pas les ravages causés au cerveau par la prise régulière d'absinthe. Pas un mot non plus sur les possibles dégâts occasionnés par l'opium. Nerval fréquentant des cercles qui en usaient a sans doute dû en tâter lui-même. Mais là encore, on reste dans le flou artistique, sans doute faute de preuves tangibles. Quant à ses rapports avec les femmes ou plutôt « l'éternel féminin », ils semblent le point faible de cet ouvrage. Pas le moindre éclairage sur cet autre mystère alors que le livre éponyme de J.P. Bourre en traite de manière beaucoup plus précise quoiqu'également sibylline. Au total, une excellente biographie enrichie d'un bien utile index de repères chronologiques ainsi que de nombreuses notes et références bibliographiques.

3,5/5

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10/11/2013

Le salaire de la peur et autres oeuvres (Georges Arnaud)

Le salaire de la peur.jpgAvec cette compilation composée de sept livres, Omnibus nous propose une sorte de survol de l'oeuvre d'un écrivain un peu oublié, Georges Arnaud, ex-fils de bonne famille, ex-accusé et emprisonné pour crimes avant d'être relaxé, ex-aventurier, ex-dur à cuire et journaliste engagé contre la guerre et la torture en Algérie et contre les mauvais traitements en prison sous le nom d'Henri Girard. Mais c'est l'écrivain qui nous intéresse ici, même si ses autres casquettes restent difficiles à dissocier du sympathique personnage.

Nous ne reviendrons pas sur le roman phare « Le salaire de la peur » avec son histoire de camionneurs transportant de la nitroglycérine sur les pistes défoncées d'Amérique du Sud. Clouzot en fit un film culte qui ne plut pas, dit-on, au romancier. Restent six autres ouvrages de registres et d'intérêts fort inégaux. « Le voyage du mauvais larron » qui aurait pu s'intituler « Impressions de voyage », texte lent, sans intrigue et qui a assez mal supporté les injures du temps. « Les oreilles sur le dos » sortent du lot car ce roman d'aventures puissant et violent n'a pas pris la moindre ride. A lui seul, il mérite le détour. Le recueil de nouvelles « La plus grande pente » se lit encore avec plaisir. Il n'en est pas de même pour la pièce de théâtre « Les aveux les plus doux » qui passe difficilement la rampe, tout comme « Prisons 53 » ou « Mon procès » qu'il faut classer dans les documents et qui ne gardent plus qu'un intérêt d'ordre historique ou sociologique. Au total, un ensemble hétéroclite qui a le seul et unique mérite de ne pas complètement laisser tomber cet auteur dans l'oubli.

4/5

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08/11/2013

Mon procès (Georges Arnaud)

Mon procès.jpgEn 1960, Georges Arnaud assiste à une conférence de presse donnée par Henri Jeanson, à l'époque recherché pour haute trahison car son réseau finance le FLN avec ses porteurs de valises qui se vantent de verser chaque mois 400 millions aux rebelles algériens. L'ennui, c'est qu'Arnaud est le seul journaliste français présent au milieu d'une quinzaine d'envoyés étrangers. Le pouvoir lui reproche de ne pas avoir dénoncé Jeanson, de protéger ses sources et au bout du compte d'être un irréductible opposant à la guerre menée en Algérie. Georges Arnaud est alors arrêté et jeté en prison. Lors d'un procès qu'il veut transformer en tribune politique, il reçoit le soutien de Joseph Kessel, Jean-Paul Sartre, Jacques Prévert, François Maspero, André Frossard, Pierre Lazareff et de nombreuses autres personnalités. Chacun s'élève à la fois contre la tentative de violation du secret professionnel, dont Arnaud bénéficie en tant que journaliste et, de plus en plus, contre la pratique de la torture en Algérie qui constitue le véritable enjeu de cette affaire. Inaugurant la stratégie dite d'enfermement militant, Georges Arnaud passera deux mois en prison. Il profitera du scandale occasionné pour demander non seulement son acquittement mais aussi des excuses de la part de l'armée. Son procès, qui se tient devant le tribunal permanent des forces armées de Paris, aboutira à une condamnation en sursis à deux années d'emprisonnement. Ce verdict sera ensuite annulé par la cour de cassation.

« Mon procès » est la simple reproduction de tous les échanges verbaux de ce procès, depuis les interventions de la kyrielle de témoins de moralité jusqu'aux plaidoiries du bataillon d'avocats au premier rang desquels ferraille le célèbre maître Vergès, lui aussi très impliqué dans cette lutte pour l'indépendance. Sans grand intérêt littéraire, ce livre reste néanmoins un véritable document historique et ne peut se révéler intéressant que de ce point de vue. Une fois encore, notre auteur à succès s'y présente comme un exemple probant d'intellectuel engagé et même activiste, comme un agitateur politique bien ancré à gauche et ayant permis notamment de mettre en exergue la notion déontologique de "secret professionnel" dans le journalisme.

3/5

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06/11/2013

Prisons 53 (Georges Arnaud)

Prisons 53.jpgEn 1953, Georges Arnaud, de son véritable nom Henri Girard, mène une enquête journalistique sur le système carcéral français pour le compte du journal « L'Aurore ». Il entreprend un véritable tour de France des prisons qui va le conduire de La Santé à Paris aux Baumettes à Marseille en passant par Fresnes, Clairvaux, Loos, Fontevrault, Melun, La petite Roquette et bien d'autres, au total une trentaine de lieux d'incarcération sur les 37 qu'il avait eu l'autorisation de visiter. En effet, l'expérience sera interrompue quand les autorités découvriront le tableau peu flatteur que peint Girard : à cette époque encore proche de l'après guerre, il découvre des anciens soldats allemands attendant d'être exécutés pour crime de guerre et de nombreux condamnés à mort qui passent leurs jours et leurs nuits enchaînés dans leurs cellules. Les conditions de vie en prison sont plutôt terribles et à mille lieues des actuelles. Si les gardiens ont abandonné les sanctions par privation de nourriture, ils n 'en continuent pas moins à punir par le froid en plaçant des détenus au mitard dévêtus, sans chauffage ni couverture en plein hiver. Ainsi la prison de Riom s'en est-elle fait une sorte de spécialité, le directeur de l'époque se vantant de venir à bout de toutes les résistances par ce terrible moyen. Le lecteur découvre également l'existence des prévôts, sorte de kapos, qui sont des détenus costauds et féroces choisis pour aider à faire régner l'ordre à coups de poings et de pieds si nécessaire. Il en est de même pour les travaux idiots voire humiliants et pour les moeurs homosexuelles partout présentes. Encore que les situations diffèrent selon les endroits et l'humanité des directeurs et des équipes. Avec ses 850 prisonniers, Poissy reste la plus peuplée. Grâce à la bienveillance de son directeur, Cormeilles est la plus humaine et presque la plus agréable alors que Riom avec ses glaciales cellules de pierre semble la plus terrible.

Ce livre-reportage bien écrit et parfaitement documenté a tout d'une descente dans les derniers cercles de l'enfer, entre maisons d'arrêt réservées aux détentions préventives (on y incarcère des gens qui, n'étant pas encore jugés, sont peut-être innocents) et prisons centrales où l'on purge de longues peines. Georges Arnaud qui a lui-même été injustement embastillé milite pour un aménagement des conditions de détention et même pour leur suppression pure et simple quand le remède semble pire que le mal, c'est à dire quand la prison transforme le petit délinquant en grand criminel. Il constate que déjà ses idées de réhabilitation (par les études, le travail intelligent, les réductions de peine, les sursis, la liberté surveillée et les libérations conditionnelles) commencent à être appliquées surtout dans l'Est et veut y voir des raisons d'espérer. Le lecteur d'aujourd'hui trouvera un double intérêt à la lecture de ce livre. Il pourra mesurer le chemin parcouru en plus d'un demi-siècle, se dira qu'Arnaud était un précurseur mais que l'application de ses idées (toutes entrées en vigueur au fil des ans et arrivant à leur apogée aujourd'hui) laissent un peu dubitatif sur leur intérêt et sur leur efficacité. Pour ceux que le sujet intéresse, bien que les problématiques de la privation de liberté pour le délinquant et celle de la défense de la société restent encore posées et toujours aussi brûlantes malgré toutes les évolutions.

4/5

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04/11/2013

La plus grande pente (Georges Arnaud)

la plus grande pente.jpgAu Vénézuéla, un Français a investi toutes ses économies et au delà pour s'acheter un gros camion Mack qui doit lui permettre de gagner sa vie en transportant du fret entre la ville de Caracas et le port de La Guayra distant de seulement 40 km. Mais il s'agit de parcourir une route pentue, pleine de lacets (pas moins de 233 virages sur une si courte distance) et si dangereuse que de nombreux poids lourds finissent leur course au fond des ravins.Donc tout sauf une sinécure, d'autant plus qu'il y a du chômage technique en raison d'interruptions d'approvisionnement et pire encore avec l'arrivée d'une importante bande de camionneurs italiens fascistes qui mettent en place une concurrence aussi déloyale que violente... Un huissier découvre avec ses mots à lui le canal de Panama et les villes de Mexico, Lima ou Iquique... Jacques, un serveur de café, rêve de s'acheter un bateau et de parcourir le monde pour courir l'aventure. Quelques-uns de ses faux amis lui jouent un très mauvais tour en le lançant dans une course au trésor bidon... Le narrateur retrouve à Aubervilliers le père de son vieil ami, Jimmy le menteur, et découvre à quel point celui-ci est un mythomane de la pire espèce... Andréas a exercé des dizaines de métiers. Bon à tout ou bon à rien, il galère pour se faire embaucher. En désespoir de cause, il décide de devenir écrivain... Un comptable s'entiche d'une prostituée et attrape une MST qu'il arrive à soigner. La fille l'entraîne dans des nuits d'ivresse dans tous les coins à la mode du Paris branché... Les Indiens Tungura forment une tribu si primitive qu'ils ne connaissent ni l'argent, ni le salariat, ni aucun des aspects de la vie moderne. Un jour, des Blancs les embauchent pour exploiter une mine. Pour leur permettre d'utiliser l'argent qu'ils gagnent, ils leur proposent de les emmener une fois l'an en ville. Mais sept années s'écoulent et toutes sortes d'impondérables empêchent que ce projet se réalise. Quand les Blancs abandonnent la mine, les Indiens décident d'entreprendre eux-mêmes le fameux voyage...

« La plus grande pente » est un recueil composé de sept nouvelles dans le domaine du voyage et de l'aventure; à vrai dire de six nouvelles et d'une novella vu que la première, au titre éponyme, a presque la taille d'un roman et reste dans la lignée du « Salaire de la peur » ou des « Oreilles dans le dos ». On y retrouve tous les ingrédients des romans de Georges Arnaud : les camions, les mauvais garçons plus ou moins rangés des voitures, la violence, le drame et les grands espaces de l'Amérique du Sud. Il n'en est pas de même pour deux nouvelles qui ont pour cadre Paris et tiennent plus de l'anecdote. « Une heure avec Andréas Aalborg » et « Les nuits d'un chef comptable » sont d'un niveau inférieur aux cinq autres qui rivalisent d'ironie, de cruauté et d'agressivité virile. La préférence du lecteur ira au « Voyage en ville » ne serait-ce que pour la charmante naïveté de ces Indiens Tungara (on sent qu'Arnaud a dû les fréquenter et si ce n'est eux exactement, au moins d'autres qui ne devaient pas en être loin) et pour un essai assez convaincant d'incursion dans un registre différent de l'habituel, celui de l'étrange et du fantastique. Un ensemble à la fois intéressant et dépaysant.

4/5

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02/11/2013

Les oreilles sur le dos (Georges Arnaud)

Les oreilles sur le dos.jpgA la Nouvelle Grenade, un Français, ancien du bagne, prénommé Jackie et surnommé « Crocs de jonc », aventurier élégant et sans scrupules, tue dans un bar louche un certain Kousko dit « Mangemerde », un ukrainien sur la tête duquel il casse une bouteille un peu trop violemment. Quelques billets glissés dans les mains des bonnes personnes font qu'il n'est nullement inquiété dans un premier temps. L'ennui, c'est que dans ce coin d'Amérique latine, la CIA livre une guerre sans merci à l'AREC, une organisation communiste (ressemblant comme deux gouttes d'eau au Komintern) et que Kousko travaillait pour les Américains qui vont se montrer beaucoup plus sourcilleux sur les agissements du Français. Résultat la police locale donne douze heures à Jackie pour quitter le pays. En compagnie de la belle Monica, de George Whistway, de Jimmy le menteur et d'un couple d'Indiens, Jackie vole un camion, défonce les murs d'une banque locale, s'empare de 500 kg d'or et se lance sur des pistes défoncées, boueuses ou poudreuses dans l'espoir de gagner au plus vite la frontière. Y parviendra-t-il avant la police et l'armée lancées à ses trousses ?

« Les oreilles sur le dos » est à la fois un roman d'aventures exotiques et un roman noir fort bien mené sur fond de corruption et de lutte pour le pouvoir. L'intrigue ne manque ni de rythme ni de rebondissements. Les personnages de desperados sans scrupules arrivent à être attachants en dépit de leurs défauts ne seraient-ce que pour toutes les galères qu'ils doivent traverser. Publié il y a plus d'un demi-siècle, ce roman qui sent le vécu et le vent des grands espaces n'a pas pris une ride. Le lecteur prend un réel plaisir à le découvrir et se demande même pourquoi le cinéma n'en a pas encore tiré une des adaptations dont il a le secret. Il y avait là une matière quasiment aussi forte que celle du fameux et inoubliable « Salaire de la peur ».

4,5/5

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