30/09/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitres 4/3)

Cette femelle complètement dépoitraillée l’excitait au plus haut point. Il l’attrapa à bras le corps, la souleva comme un fétu de paille et la plaça en travers de son épaule. « Allez la belle, tu seras mieux dans la chambre.. » Trois pas plus loin, il la balança sans ménagement sur le lit. Il entendit la voix de l’autre lui redire de ne pas esquinter la marchandise. Il finit la fiole presque comme s’il s’était agi d’eau claire et la lança rageusement au travers de la chambre. Il ne prit même pas le temps de jeter le moindre regard sur les lieux familiers de Virginie. C’était presque une chambre de jeune fille avec un lit deux places couvert d’un plaid rose, des murs tapissés d’un papier peint assorti, une vieille armoire repeinte en blanc et fuchsia et décorée de motifs floraux exécutés au pochoir. Une étagère accueillait quelques bouquins de littérature féminine ainsi qu’une touchante collection de peluches en tous genres. Loup ne voyait rien de tout cela. Il s’escrimait sur le bouton et sur la fermeture éclair du mini-short tout en s’énervant sur son propre pantalon quand il eut l’impression que le ciel lui tombait sur la tête. En l’occurrence, le marteau du dieu Thor n’était tout prosaïquement qu’un gros caquelon de fonte manié sans ménagement par son comparse à la longue mèche pendante…

(A SUIVRE)

Ouvrage disponible en version numérique sur Amazon et en version papier sur TheBookEdition.com

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27/09/2013

Je haïs les parfums (Olivier Novanni)

je haîs les parfums.jpgUne femme déclare détester les parfums tout en en achetant et en les collectionnant pieusement. Elle s'en met avec parcimonie. Elle vit avec un homme appelé Martin et apprend un jour qu'elle a le cancer... Lucas, un ado, se parfume beaucoup trop. Ses copines le rejettent méchamment et se moquent de lui à tout moment... La journaliste Clémentine part en Afrique pour interviewer Kate, un célèbre top model dont l'image va servir d'icône pour le lancement d'un nouveau parfum...

« Je haïs les parfums » est un recueil de nouvelles futiles, gaies ou mélancoliques. Des voix féminines ou masculines s'expriment sur le thème récurrent du parfum. Elles l'aiment ou le détestent, le recherchent compulsivement ou le rejettent violemment. Sur un pareil sujet, le lecteur ne pourrait s'attendre qu'à quelque chose de léger, d'élégant, de diaphane et pourquoi pas d'humoristique voire de décalé. Mais là, rien de cela. De petites historiettes platement racontées. Des personnages sans épaisseur. Des intrigues sans grande consistance. Et souvent une absence de chute surprenante (ce qui en principe devrait faire le charme de ce genre particulier qu'est la nouvelle). Une seule échappe à tous ces défauts, « Fracas », une petite pépite particulièrement réussie pour son intrigue assez originale et pour sa fin intéressante. En la lisant au second degré, elle approche même du conte philosophique, c'est dire...

2,5/5

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25/09/2013

Robert Mitchum ne revient pas (Jean Hatzfeld)

Robert Mitchum ne revient pas.jpgEn 1992, à Sarajevo encerclée et pilonnée par les Serbes, deux champions de tir tentent de continuer à s'entraîner en vue des Jeux Olympiques de Barcelone. Marija est ingénieure des Eaux et Forêts est serbe et son amant, Vahidin est bosniaque et musulman. Un jour, Vahidin se retrouve bloqué à l'intérieur de la ville à la suite d'un contrôle à un barrage alors que Marija est contrainte de rester à la périphérie, côté serbe. Les deux camps font tout pour récupérer les deux tireurs d'élite, trop heureux d'exploiter leurs talents et de les transformer en snipers. Jusqu'au jour où une grande chanteuse d'opéra venue avec une délégation officielle pour tenter de ramener la paix est touchée par un tir. Coincés des deux côtés de la barricade, accusés de ce méfait scandaleux, pourront-ils participer aux Jeux et finir par se retrouver quelque part ?

« Robert Mitchum ne revient pas » est un récit dramatique qui plonge le lecteur dans l'ambiance aussi glauque que sordide de la guerre civile de Bosnie. Cette présentation quasi journalistique du contexte représente le côté le plus intéressant du livre. Le lecteur y découvrira que, dans le cadre d'une guerre aussi fratricide, tous les coups sont permis même les plus tordus et que, bien conditionné, n'importe qui peut se retrouver dans la peau d'un tueur. Moins dure et plus romancée qu'« Une Saison de machettes », cette histoire explore une nouvelle facette de la guerre et de la sauvagerie humaine. Dommage que le ton soit un peu froid, que le rythme ne suive pas l'intensité de l'intrigue et qu'on peine à éprouver un peu d'empathie pour ces Roméo et Juliette perdus dans une guerre inutile. Sinon, ce livre, écrit d'une manière agréable et très facile à lire, peut se dévorer très vite. On n'a pas non plus l'impression de perdre son temps, on apprend même pas mal de choses sur le tir de compétition car l'auteur a dû beaucoup se documenter.

3,5/5

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23/09/2013

Homeland, la traque (Andrew Kaplan)

Homeland, la traque.jpgA Beyrouth, Carrie, agent de la CIA, a rendez-vous dans un cinéma avec un certain Al Doumi, un informateur. Non seulement celui-ci ne vient pas mais encore, Carrie se retrouve pourchassée par quatre tueurs qui n'hésitent pas à tirer sur elle et à aller la débusquer dans une planque pourtant réputée sûre. Que s'est-il passé ? Comment un pareil enchaînement a-t-il été possible ? Elle s'était pourtant lancée sur les conseils de son propre chef de poste qui l'avait assuré lui-même de la validité de ses renseignements. Tout commence donc très mal pour la pauvre Carrie. Et ce n'est que le début d'une longue traque qui ne manquera ni de suspens ni de rebondissements.

« La Traque » est un roman d'espionnage de facture totalement classique, à l'américaine, c'est à dire efficace et obéissant à des recettes rodées et parfaitement au point. C'est à dire écrit dans le style direct et sans fioritures des scénarii de cinéma ou de séries télé. Au bout du compte rien de bien original. Si ce n'est que le lecteur passe un bon moment de divertissement à lire ce « page-turner » comme il s'en publie chaque année des dizaines. Pour les amateurs du genre pas trop difficiles. 

3,5/5

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21/09/2013

Le roi des requins (Karl May)

Le roi des requins.jpgAprès un naufrage au large des îles de la Société, un équipage américain accompagné d'un unique passager allemand trouve refuge sur une île déserte où finit par aborder un peu plus tard Potoma, un prince polynésien pourchassé par ses ennemis, des païens qui lui reprochent sa conversion au christianisme. De retour à Tahiti, Potoma découvre que son beau-père, chaman animiste, a tué sa mère et a enlevé sa jeune épouse. Comment va-t-il pouvoir la récupérer et se venger sans renier son idéal ?... Dans les plaines du Far-West, Canada Bill est un joueur et tricheur professionnel. Confondu avec une carte dans la manche par le héros, Tim Kroner, il le menace de revenir se venger de la pire manière. Leurs routes vont se croiser dramatiquement à plusieurs reprises... A Alger, Monsieur Latréaumont, un négociant qui voit toutes ses caravanes attaquées dans le désert du Sahara, ses serviteurs assassinés, son fils pris en otage et ses marchandises volées, en appelle au narrateur et à Emery Bothwell, un aventurier anglais, pour aller faire rendre gorge aux auteurs de ces rezzous...

Dans « Le roi des requins », le lecteur a droit à trois romans d'aventures et d'exploration pour le prix d'un ! Karl May le transporte de la Polynésie au Sahara en passant par le grand Ouest américain. Trois histoires passionnantes, bien écrites, pleines de sentiments positifs, sans doute un peu manichéens (époque oblige, le livre a été écrit au tout début du vingtième siècle) et avec un réel désir descriptif et didactique. Sorte de Jules Verne ou de R.L.Stevenson allemand, May se sert de ses souvenirs de voyages (et également de guides quand il n'est pas allé physiquement sur les lieux) pour rendre vivantes les descriptions de décors, de situations et de territoires encore considérés à l'époque comme « sauvages » voire inexplorés. Dans cet ouvrage, le plus surprenant est sans doute l'intervention d'Abraham Lincoln en coureur de prairie tenté par la profession d'avocat, rôdant ses plaidoiries seul au fond des bois. (Authentique ???) A notre époque de mondialisation et de tourisme tout azimut, il peut être tout à fait passionnant de retrouver un regard différent, une fraîcheur et une assurance qui n'est plus de mise aujourd'hui. Ne serait-ce que pour considérer le chemin parcouru par nous en un siècle ainsi que l'évolution du monde et des mentalités, voire leur immanence...

4/5

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19/09/2013

S'il n'avait pas neigé (Sharon Bolton)

S'il n'avait pas neigé.jpgA Larkhill Park, le lieutenant de police Lacey Flint est le témoin fortuit du meurtre d'un homme immolé par le feu. La victime, Aamir Choudhury est un musulman britannique d'origine pakistanaise, interne dans un hôpital londonien. Les enquêteurs optent immédiatement pour une hypothèse de crime à caractère racial avant de rapidement faire chou blanc. Les terribles extrémistes blancs arrêtés ne sont que de petits voyous de quartier sans envergure. Il va falloir chercher ailleurs. Bien malgré elle, Lacey Flint se retrouve donc avec une sale affaire sur les bras et, par la même occasion, face à une mystérieuse femme en tchador...

Ce roman policier bien dans le ton de notre époque bigarrée nous est présenté sous la forme d'une novella d'une petite centaine de pages, format assez peu courant chez nous mais très répandu chez nos amis anglo-saxons. Cette longueur a l'avantage d'aller à l'essentiel sans s'embarrasser de longues descriptions de décors ou de paysages et sans grandes considérations psychologiques ou philosophiques. Cela offre l'avantage d'une lecture rapide ce qui n'est pas négligeable avec ce genre de littérature de simple divertissement. Avec le revers de la médaille évident d'une certaine forme de simplisme combiné à pas mal de bien pensance dans ce cas particulier. Le lecteur se retrouve plus face à un scenario voire à un synopsis ou à une bande dessinée sans images qu'à un véritable roman bien charpenté et bien construit. Disons qu'il s'agit plutôt d'une longue nouvelle qui pourrait donner lieu à l'adaptation d'un épisode d'une série télé récurrente et rien de plus. L'héroïne principale est sympathique et intéressante. Le milieu « paki » est assez bien rendu. L'intrigue n'est pas inintéressante dans la mesure où elle aborde le problème de l'intégration, du choc des cultures, de la tolérance et de l'acceptation de l'autre quelles que soient ses orientations sexuelles. L'écriture est agréable et aisée à lire. Ce texte semble être le « teaser » d'une longue série d'aventures de cette jeune policière.

3,5/5

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17/09/2013

Jusqu'au cou (Dick Francis)

Jusqu'au cou.jpgAu fin fond de l'Ecosse, Alexander Kinloch vit en reclus dans une bergerie sans le moindre confort entre sa cornemuse et ses pinceaux. Il n'aime guère le monde civilisé et préfère vivre en solitaire, mais sa tranquillité va être troublée quand quatre faux randonneurs font étape chez lui et l'agressent en lui posant toujours la même question : « Où est-elle? » Et pour ne rien arranger, sa mère l'appelle au secours. Son beau-père se trouve soudainement au bord de la ruine... De précieux trésors familiaux disparaissent. La vie tranquille du peintre musicien semble bien terminée...

« Jusqu'au cou » est un thriller à l'anglaise, c'est à dire élégant et sans hécatombe. L'histoire démarre sur les chapeaux de roues et, malheureusement, s'enlise assez vite. Le rythme ralentit. Peu à peu, se dévoile une intrigue basée sur une escroquerie avec détournement de fonds assez banale et l'intérêt retombe peu à peu. Excepté le héros assez atypique et le détective privé transformiste, les personnages sont assez peu intéressants. Un style quelconque. Pas la moindre trace d'humour. Du simple divertissement de niveau juste moyen. A oublier.

2/5

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15/09/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitres 4/2)

Et les deux individus se lancèrent dans un étrange épluchage de leur victime toujours étendue inerte sur le tapis du vestibule. A mesure que Renard incisait le veston du tailleur de Virginie en long, en large ou en travers, Loup de sa grosse pogne finissait de déchirer le tissu. Les poignets entravés génèrent un peu aux entournures, mais cela ne dura pas. Assez vite, la victime se retrouva simplement vêtue de son chemisier de soie rouge. Les deux malfrats passèrent ensuite au pantalon qui, sous le cutter de ces étranges couturiers se transforma bien vite en mini-short effiloché.

- Maintenant tu me la laisses, tu sais que je suis le plus délicat de nous deux, minauda Renard.

Le gros renauda un peu avant de filer dans l’étroit cagibi qui faisait office de cuisine. « Je vais voir s’il y a quelque chose de sympa à boire là-dedans… »

- C’est ça. Tu pourrais même faire chauffer du café, si t’en trouves. On risque d’en avoir besoin. La nuit va être longue.

Et le maigrichon se pencha plus près de Virginie qui était maintenant étendue sur le dos. Il dégrafa deux boutons du chemisier rouge, révélant un soutien-gorge de même couleur. En trois coups de cutter, il se débarrassa du sous-vêtement affriolant et laissa apparaître au jour une poitrine suffisamment bombée pour troubler n’importe quel homme normalement constitué…

- Quelle horreur, quelle saloperie ! lança Renard au comble du dégoût. Mais c’est une vieille, elle est formée. Beurk, des miches, si je m’écoutais…

A cet instant précis, le gros sortit de la cuisine une fiole de kirsch à la main. Il interrompit son acolyte juste avant que celui-ci ne joigne le geste à la parole : « Ca va maintenant, ça suffit. Elle a beaucoup de valeur cette fille, c’est toi qui me l’as dit, Renard ! »

Le visage blême et l’air mauvais, l’autre eut l’air de bien vouloir s’en remettre à l’injonction de son comparse. Il fit rentrer la lame du cutter dans son manche et le remit dans sa poche. « Allez, je vais m’occuper du kawa, ça vaudra mieux que de faire une connerie… », admit-il. Sans plus attendre, Loup avala une grande goulée de sa fiole de kirsch, la vidant à moitié. Le feu lui monta immédiatement aux joues. Il sentit une excitation primaire monter du tréfonds de lui-même.

A SUIVRE

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09:00 Écrit par CCRIDER | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/09/2013

Projet Méduse (John J. Nance)

Projet Méduse.jpgAncien de la Navy, le pilote Scott McKay s'est reconverti en se mettant à son compte. Il a fondé Scotair, une petite compagnie aérienne qui survit difficilement. Pour son nouveau vol, il embarque par erreur une cargaison totalement incongrue : deux conteneurs, l'un de matériel scientifique, l'autre porteur d'une bombe thermonucléaire à retardement dont l'explosion programmée doit déclencher l'effet « Méduse », c'est à dire la perturbation de tous les serveurs informatiques du pays. Il s'agit de la vengeance posthume d'un savant fou. Le compte à rebours est lancé. L'équipage n'a que quatre heures pour trouver une solution. Et pour ne rien arranger, un terrible ouragan menace le vol...

Présenté comme un « thriller effrayant sur le thème du terrorisme nucléaire », « Projet Méduse » relève plutôt du bouquin catastrophe autant dans le style des films du même nom que dans le second sens du terme. Toute la problématique est posée des les premiers chapitres du livre : sautera, sautera pas ? Difficile de faire plus binaire. D'autant plus qu'avec ce genre très américain, le lecteur sait qu'il n'échappera pas au « happy end » après quelques péripéties, quiproquos et rebondissements opportuns d'ailleurs. L'histoire est menée tambour battant. L'auteur ne se perd pas en descriptions de décors ni en analyses de la psychologie de ses personnages. Il use et abuse des dialogues, plus ou moins utiles d'ailleurs. Le résultat, ni très original ni très palpitant, en devient presque ennuyeux, une curiosité dans ce genre de littérature. C'est de la BD sans images, du cinéma de série B sans effets spéciaux et sans acteur charismatique. Tout juste bon à lire sur la plage ou dans le train pour passer le temps. Et encore...

2,5/5

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10/09/2013

A part moi, personne n'est mort (Thomas Gunzig)

A part moi, personne n'est mort.jpgTrois bras cassés, handicapés de la vie, veulent se venger du sort que la société leur a réservé en fabriquant une bombe artisanale qu'ils se proposent de faire exploser à la porte d'un supermarché... Lors d'un conflit non précisé, un jeune garçon et son frère tout bébé, seuls survivants d'une famille massacrée, se cachent sous terre... Pendant une improbable guerre dans la jungle, un groupe de soldats est capturé et longuement torturé... Grégoire invite Caroline à dîner au restaurant dans l'espoir de la séduire pendant que Minitrip bat la campagne... Seul avec ses trois chiens de traineau, un météorologiste reste des mois loin du monde à faire des relevés dans les glaces du pôle. Un jour il perd le contact avec sa base... Pour ses vacances, un touriste loue une maison qui est restée longtemps inhabitée depuis la mort de sa propriétaire... Au cours d'un safari en Afrique, trois amis commencent à se lasser de tirer toujours les mêmes animaux.

« A part moi, personne n'est mort » est un recueil de douze nouvelles éditées à diverses époques et dans certaines circonstances qui sont présentées dans un prologue en forme d'avertissement. Le monde de Gunzig est à la fois étrange, cruel, absurde et impitoyable au point que ces histoires peuvent sembler improbables voire invraisemblables dans un premier temps et finalement pas si éloignées de notre réalité si on réfléchit un peu ou si on lit au deuxième ou au troisième degré. Le lecteur regrettera un peu l'humour qu'il avait pu trouver dans les romans de cet auteur. C'est dur, sombre, désespérant sur la condition humaine et, sans l'édulcorant que représenterait l'ironie, la dérision ou l'humour, même le plus noir, est à déconseiller aux âmes sensibles. On reste en permanence dans une sorte de cauchemar psychanalytique que peut-être un jour, quelqu'un voudra étudier. En plus d'une fréquente absence de nom des personnages, en plus de la récurrence de la figure féminine très particulière de son héroïne Minitrip, certains thèmes et certaines images reviennent de manière assez obsessionnelle : le trio de mecs tarés, les scènes de guerre type Balkans ou Rwanda, la séquestration ou l'enfermement, l'ennui et la solitude, le suicide, l'impuissance masculine, la torture, le viol et la mort. Rien que du morbide. L'auteur se servirait-il de sa plume comme d'une thérapie pour exorciser ses peurs et ses fantasmes ? Par la force des choses, le lecteur se retrouve dans le fauteuil du bon docteur Freud, ce qui n'est pas désagréable avec un patient pareil, sans doute presque aussi dérangé qu'un Kafka, un Poe, un Ionesco ou un Borgès. L'inspiration de ces nouvelles se situant quelque part à équidistance entre ces grands maîtres, autrement dit aux rivages de la démence, du sadisme, de l'absurde et de l'impossible. Comparaison à prendre comme un compliment, bien sûr. A lire absolument si on a le coeur bien accroché...

4/5

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08/09/2013

Il y avait quelque chose dans le noir qu'on avait pas vu (Thomas Gunzig)

Il y avait quelque chose (Gunzig).jpgLe jour de son mariage, l'Infante d'Espagne fait attendre tout le monde car elle n'arrive pas à programmer son magnétoscope toute seule... Un bateau de croisière fait naufrage. Seuls et uniques survivants de la catastrophe, un infirme et une très jolie fille se retrouvent sur une île déserte... Quelques volontaires essaient de subir avec courage sévices, tortures et internement dans un camp de concentration nazi reconstitué pour les besoins d'une cause peu claire... Lors d'un conflit, trois hommes se retrouvent attachés sur un pont pour faire office de boucliers humains... En route pour une soirée, trois jeunes hommes renversent avec leur automobile une auto-stoppeuse et cachent son corps dans le coffre de la voiture. Ils avaient perdu leur chemin et comptaient sur elle pour le retrouver... Un général invite un écrivain célèbre et le fait saluer par ses troupes...

« Il y avait quelque chose dans le noir qu'on n'avait pas vu » est un recueil regroupant neuf nouvelles de qualité malheureusement un peu inégale. Dans presque toutes on y retrouve le personnage récurrent de Minitrip, drôle d'image de la femme en général et en particulier à la fois belle, évaporée et capricieuse, mais également touchante et perpétuelle victime. L'ensemble de l'ouvrage qui garde une grande unité de ton (dans le macabre) commence gentiment avec l'absurde et l'humour décalé qui font la marque de fabrique de Thomas Gunzig puis dérive doucement vers un noir de plus en plus noir, une laideur de plus en plus glauque et s'achève dans le monstrueux, l'insoutenable voire la violence gratuite, inutile et plus drôle du tout. C'est d'ailleurs le plus gros reproche que l'on puisse faire à cet ouvrage. Un certain manque de légèreté, une lourdeur et une complaisance dans le sadisme absurde et la folie destructrice. Il n'en demeure pas moins que les trois premières nouvelles sont trois petits bijoux et que les autres, un peu plus faibles, seraient très acceptables chez un autre auteur. Mais Thomas Gunzig nous a habitué à un tel niveau de qualité littéraire, que le lecteur se croit en droit de se montrer exigeant avec lui. L'art de la nouvelle est un des plus difficiles et personne ne peut être génial en permanence.

4/5

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06/09/2013

Esaü ou le chaînon manquant (Philip Kerr)

Esau.jpgCherchant à atteindre un sommet proche de l'Annapurna dans le massif de l'Himalaya, l'alpiniste Jack Burnett échappe d'un rien à une avalanche dans laquelle meurt Didier son équipier. Dans sa chute, il atterrit dans une grotte où il fait une découverte susceptible de bouleverser le petit monde de la paléontologie et même de remettre en question rien moins que la théorie de l'évolution. En compagnie d'une équipe de scientifiques de premier plan, Burnett décide de repartir sur les lieux. Mais quelle n'est pas sa stupéfaction quand il découvre qu'il y a un intrus parmi les membres de son expédition.

« Esaü » est un pur roman d'aventures sur fond d'alpinisme et de paléoanthropologie qui fait penser, mais penser seulement, à certaines oeuvres de Jules Verne. Pour apprécier sans doute faut-il avoir gardé une âme d'enfant et oublier tout esprit cartésien ou rationaliste. En effet, il n'y pas grand chose de scientifique et même de simplement vraisemblable dans cette histoire de chainon manquant et de monde perdu. Plus gênant reste néanmoins le côté bien-pensant et convenu qui apparaît dans toute sa splendeur pleine de bons sentiments à la fin. Et, encore pire, le traitement simpliste des situations et des personnages qui font que le lecteur se demande s'il n'est pas tout simplement en train de lire une bande dessinée sans images. A classer comme lecture d'honnête divertissement sans plus.

3/5

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04/09/2013

Les dossiers secrets du médecin légiste de Hollywood (Noguchi - Dimona)

Les dossiers secrets.jpgMort par noyade de l'actrice américaine Nathalie Wood : était-ce une mort accidentelle ou un meurtre ?

Marilyn Monroe : un suicide ou un assassinat ? Robert Kennedy, un assassinat isolé ou un complot ? Et qu'en fut-il pour le cas d'autres célébrités, comme Sharon Tate, Janis Joplin, William Holden dont le médecin-légiste de Hollywood eut à traiter pendant sa carrière mouvementée. Nombreuses furent ces disparitions qui posèrent des interrogations légitimes, soulevèrent des tollés voire provoquèrent des controverses. Bien des années plus tard, un certain nombre de questions voire d'énigmes se posent encore. Noguchi propose d'y répondre avec une grande honnêteté et un apparent sérieux.

Il fut un grand professionnel qui fit progresser notablement les techniques médico-légales encore dans leurs débuts à l'époque. Ce volet du livre est certainement plus intéressant que les cas de figures étudiés. L'histoire de cette science, la présentation des techniques et de tous les déboires que Noguchi dut subir ne peuvent qu'étonner le lecteur. Les révélations fracassantes promises en quatrième de couverture (« Mi-scientifique, mi-polar, il présente une succession d'informations à couper le souffle. ») n'en sont pas vraiment, tout juste des mises au point et même de simples précisions. Tant de choses furent racontées à l'époque... Ainsi la mort du sénateur Robert Kennedy ne fut-elle pas l'oeuvre du seul « dément » Sirhan Sirhan, mais de deux tireurs. Le positionnement des impacts et le nombre de balles retrouvées l'attestent. Il n'en demeure pas moins que le livre ne donne pas l'identité de ce deuxième tireur et encore moins celle des commanditaires de cet assassinat. Et comme c'est un peu la même chose pour toutes les affaires, le lecteur restera donc sur sa faim s'il est venu chercher une ultime vérité révélée avec le temps...

3,5/5

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02/09/2013

Manuel de survie à l'usage des incapables (Thomas Gunzig)

Manuel-de-survie-a-lusage-des-incapables_9307.jpgPour aider sa direction à se débarrasser de Martine Laverdure, caissière capverdienne trop lente à la manoeuvre, l'agent de sécurité Jean-Jean l'espionne pour prouver qu'elle fréquente Jacques Chirac Oussoumo, le responsable fruits et légumes et que leur liaison représente un réel préjudice pour l'hypermarché qui les emploie. Dans le même temps, quatre loups, respectivement baptisés Blanc, Gris, Brun et Noir, montent une attaque de fourgon blindé, liquident les convoyeurs de fonds et s'emparent de la recette de ce géant de la distribution banlieusarde. Mais tout va se compliquer quand la route de l'incapable Jean-Jean va croiser celle des quatre loups gangsters qui s'avèrent être en réalité les fils abandonnés de ladite Martine Laverdure. Jean-Jean pourra bénéficier de l'aide de la belle Blanche de Castille Dubois, du service de Synergie et Proaction, mais cela sera-t-il suffisant pour lui sauver la mise ?

En dépit de son titre qui n'a pas grand rapport avec ce qu'on trouve à l'intérieur, « Manuel à l'usage des incapables » est une sorte d'OVNI littéraire particulièrement succulent, tout à la fois thriller, roman noir, roman d'anticipation, roman d'aventures, pastiche, roman social et même conte philosophique plein d'humour décalé assez typiquement belge. C'est gore et tendre, sinistre et drôle, insensé et intelligent, réfléchi et loufoque. Une sorte de cocktail paradoxal comme le lecteur en rencontre rarement. Sous des dehors d'aventures abracadabrantesques présentées de façon loufoque ou monstrueuse, l'auteur arrive quand même à nous livrer une description fidèle de l'univers impitoyable des coulisses d'un grand supermarché, des méthodes agressives des commerciaux ou de la mentalité simpliste des « jeunes » de cités. Il va même jusqu'à nous amener à réfléchir sur des thèmes aussi sérieux que les manipulations génétiques, la « brevetisation » du vivant, la « merchandisation » généralisée ou l'exploitation des travailleurs précaires. (L'histoire n'est pas datée, mais on peut la situer dans une sorte de futur très proche). Bien sûr, Gunzig joue de l'eau-forte, de la caricature, ce qui peut à premier vue sembler gore, balourd ou « hénaurme » mais peut également suggérer toutes sortes de vérités diffuses si on l'envisage plus finement, un peu comme un train peut en cacher un autre. Situations et personnages sont outrés, improbables et en même temps pleins de réalisme et si proches de nous qu'on ne peut dire que : « Chapeau, l'artiste ! » Un style clair, flamboyant, rythmé et si agréable que ce bouquin étrange ne se lit pas, il se dévore et on regrette même que ces 450 pages soient lues si rapidement. Une très très belle réussite. Un drôle de petit bijou qui divertit en faisant réfléchir. Que demander de plus ?

(Critiqué dans le cadre d'une opération « Masse Critique » sur Babélio)

5/5

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