31/10/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 5/2)

 

Venue on ne sait d’où, une délicate musique bretonne mêlant harpe et flûte se répandit doucement dans la cave. Les participants se mirent à se déplacer de côté et d’autre, se tenant toujours par la main, balançant les bras, un pas à gauche, deux à droite dans une sorte d’an-dro un peu lent. Puis tout s’arrêta. Le cérémonial semblait réglé comme du papier à musique. Les mains se séparèrent, chacun recula de deux grands pas en arrière et se retrouva devant une sorte de rondin faisant office de tabouret. Seul Arménius bénéficiait d’un véritable siège de bois sombre, une sorte de trône ouvragé, une cathèdre avec marche pied et accoudoir. Il s’y installa solennellement avant de déclarer :

« Plie-toi en deux, tu resteras entier,

Incurve-toi et tu seras redressé,

Sois vide afin d’être rempli,

Usé, tu seras rajeuni,

Possède peu, ce peu fructifiera,

Accumule beaucoup, ce beaucoup se perdra. »

Il se fit un grand silence puis un coup de gong suivi d’un long « Ooom padme ooom » avant qu’Arménius ne reprenne la parole dans un silence recueilli : « Mes frères, mes amis, pauvres Chevaliers du Temple et du Gwaal, nous voici réunis en tenue tout à fait extraordinaire car nous allons aujourd’hui introniser un nouveau frère. Si l’un d’entre nous y voit quelque inconvénient qu’il se lève et parle sans peur ni contrainte car ensuite il sera trop tard, il lui faudra se taire définitivement. »

Une voix féminine se fit entendre : « Espérons, Grand Maître, que ce ne sera pas un cas comme les deux personnages qui ont troublé notre précédent chapitre… »

- Ces deux individus, personnages louches, peut-être dangereux et sûrement envoyés par nos ennemis - et le Puissant sait combien ils sont nombreux- s’étaient introduits parmi nous d’une façon pernicieuse. Ils avaient honteusement trompé notre vigilance. Sachez mes frères et mes sœurs, que même s’ils ont réussi à fuir, nous les retrouverons et nous leur ferons rapidement oublier ce qu’ils ont pu découvrir à notre sujet.

- Il me semble que ce lieu de réunion n’est plus très sûr, fit une grosse voix masculine avec une pointe d’accent africain. Ne pourrions-nous pas tenir nos convents ailleurs ou communiquer autrement ?

- Nous y songeons, mon frère, nous y songeons. D’ailleurs, tout à l’heure nous nous disperserons un par un et par deux issues différentes.

Il y eut comme un soupir de soulagement dans le cercle et Arménius reprit : « Donc pas d’objection à cette intronisation… Le frère qui va paraître devant vous a un grand désir de nous rejoindre et il a déjà apporté plusieurs preuves de sa loyauté et de sa bonne foi. Depuis 48 heures maintenant, il attend enfermé dans une cave voisine, dans l’obscurité la plus totale avec une cruche d’eau pour seule boisson et un quignon de pain pour seule nourriture. Dois-je le faire entrer ? »

- Qu’il se présente, Grand-maître, répondirent les autres d’une seule voix.

Sur un signe de tête d'Arménius, le templier à la peau noire quitta le cercle et revint quelques instant plus tard en guidant un homme qui arriva avec un bandeau sur les yeux.

- Qui donc êtes-vous pour vous présenter ainsi parmi nous ? commença Arménius.

« Je me nomme Nogaro Eric et suis habitant de Villedieu le haut », répondit l’impétrant.

- Pourquoi vous présentez-vous dans ce cercle ?

- Je désire être un des vôtres, ô Grand Maître… Si vous m’accueillez dans votre maison, je promets d’être fidèle, discret et obéissant jusqu’à la mort…

- Ne croyez pas que vous allez entrer dans notre fraternité pour y recueillir honneur, argent, plaisirs et récompenses. Attendez-vous plutôt à n’y trouver qu’ingratitude, souffrance et tourments. Vous étiez homme libre, vous allez devenir serviteur. On vous demandera de faire ce qui peut-être ne vous plaira pas. Mais comme vous nous devez obéissance, il faudra vous y résoudre. Voulez-vous toujours être introduit parmi nous ?

- Je le veux, Grand Maître, je le veux.

- Tout ce que vous entendrez, tout ce que vous verrez, tout ce que vous apprendrez devra rester secret. Même à votre épouse, à vos enfants, à vos proches, vous ne pourrez absolument rien raconter. Si vous enfreigniez cette règle sacrée, non seulement vous seriez rejeté immédiatement dans les ténèbres extérieures, mais encore votre vie ne vaudrait plus grand-chose car notre règle punit de mort celui qui la viole. Sachant cela, voulez-vous toujours être introduit parmi nous ?

- Je le veux, Grand-maître, je le veux.

- Et vous mes frères, acceptez-vous d’accueillir Eric ici présent, de le considérer comme votre frère, de lui demander aide, accueil et protection si vous en avez besoin et d’agir de même vis-à-vis de lui le cas échéant 

- Nous le voulons ! braillèrent les tuniques blanches.

- Dans ce cas, que la Lumière l’illumine ! annonça solennellement Arménius.

Le templier noir dénoua le bandeau des yeux de Nogaro qui se retrouva ébloui puis appuya fortement sur son épaule pour l’amener à mettre un genou en terre.

« L’impétrant Nogaro Eric, ici présent, a répondu de façon satisfaisante à nos questions. Si un des frères a quelque chose a dire qu’il parle. S’il n'a rien à dire, qu’il se taise à jamais ! »

(A SUIVRE)

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08:15 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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