10/09/2013

A part moi, personne n'est mort (Thomas Gunzig)

A part moi, personne n'est mort.jpgTrois bras cassés, handicapés de la vie, veulent se venger du sort que la société leur a réservé en fabriquant une bombe artisanale qu'ils se proposent de faire exploser à la porte d'un supermarché... Lors d'un conflit non précisé, un jeune garçon et son frère tout bébé, seuls survivants d'une famille massacrée, se cachent sous terre... Pendant une improbable guerre dans la jungle, un groupe de soldats est capturé et longuement torturé... Grégoire invite Caroline à dîner au restaurant dans l'espoir de la séduire pendant que Minitrip bat la campagne... Seul avec ses trois chiens de traineau, un météorologiste reste des mois loin du monde à faire des relevés dans les glaces du pôle. Un jour il perd le contact avec sa base... Pour ses vacances, un touriste loue une maison qui est restée longtemps inhabitée depuis la mort de sa propriétaire... Au cours d'un safari en Afrique, trois amis commencent à se lasser de tirer toujours les mêmes animaux.

« A part moi, personne n'est mort » est un recueil de douze nouvelles éditées à diverses époques et dans certaines circonstances qui sont présentées dans un prologue en forme d'avertissement. Le monde de Gunzig est à la fois étrange, cruel, absurde et impitoyable au point que ces histoires peuvent sembler improbables voire invraisemblables dans un premier temps et finalement pas si éloignées de notre réalité si on réfléchit un peu ou si on lit au deuxième ou au troisième degré. Le lecteur regrettera un peu l'humour qu'il avait pu trouver dans les romans de cet auteur. C'est dur, sombre, désespérant sur la condition humaine et, sans l'édulcorant que représenterait l'ironie, la dérision ou l'humour, même le plus noir, est à déconseiller aux âmes sensibles. On reste en permanence dans une sorte de cauchemar psychanalytique que peut-être un jour, quelqu'un voudra étudier. En plus d'une fréquente absence de nom des personnages, en plus de la récurrence de la figure féminine très particulière de son héroïne Minitrip, certains thèmes et certaines images reviennent de manière assez obsessionnelle : le trio de mecs tarés, les scènes de guerre type Balkans ou Rwanda, la séquestration ou l'enfermement, l'ennui et la solitude, le suicide, l'impuissance masculine, la torture, le viol et la mort. Rien que du morbide. L'auteur se servirait-il de sa plume comme d'une thérapie pour exorciser ses peurs et ses fantasmes ? Par la force des choses, le lecteur se retrouve dans le fauteuil du bon docteur Freud, ce qui n'est pas désagréable avec un patient pareil, sans doute presque aussi dérangé qu'un Kafka, un Poe, un Ionesco ou un Borgès. L'inspiration de ces nouvelles se situant quelque part à équidistance entre ces grands maîtres, autrement dit aux rivages de la démence, du sadisme, de l'absurde et de l'impossible. Comparaison à prendre comme un compliment, bien sûr. A lire absolument si on a le coeur bien accroché...

4/5

09:16 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.