30/08/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitres 4/1)

CHAPITRE IV

 

 

Les deux individus se relevèrent lentement en se regardant d’un air désappointé. Ils étaient là, comme deux nigauds, plantés dans le vestibule du minuscule deux pièces de Virginie Lepayen avec leur victime inconsciente à leurs pieds… Le plus mince, l’homme à la mèche pendante et au profil en lame de couteau, attaqua immédiatement : « Tout ça, c’est de ta faute, Loup ! T’es vraiment qu’une grosse brute épaisse ! »

- Ecrase Renard, lui répondit l’autre. Je veux plus que tu m’appelles Loup ! Mon nom c'est Louis et pas Loup. J’suis pas une bête, bordel.

- T’es surtout très con, Môssieur Louis Dubois, reprit l’autre. Et je t’appellerai Loup Dubois aussi longtemps que toi, tu n’utiliseras pas « Jacques Lerenard » à mon sujet.

- OK, Renard, mais qu’est ce qu’on fait maintenant ?

- Maintenant que t'as tout salopé le boulot, ça va pas être facile, soupira le maigrichon qui avait l’air d’être le cerveau de l’équipe. Cette petite Virginie, c’est qu’une gamine, elle est toute jeune, fallait la traiter avec délicatesse.

- Pars pas dans tes fantasmes, contesta Louis, c’est tout de même pas une gosse de six ans…

- Oui, dommage qu’elle en ait un peu plus, soupira Lerenard. Elle devait être craquante à cet âge-là. J’aurais aimé la rencontrer…

- Mais elle, peut-être pas… balança l’autre non sans à propos car il connaissait les penchants peu ragoûtants de son équipier.

L’immeuble était plongé dans le plus grand silence. Minuit était passé depuis longtemps et il apparaissait à Jacques Lerenard que cette expédition avait reposé sur l’improvisation la plus totale. Ils étaient à l’intérieur même de l’appartement de leur victime pris dans une affaire d’enlèvement qu’ils avaient l’air de ne maîtriser que fort peu. Passé ce moment de confusion, le maigrelet fut le premier à reprendre ses esprits. De la poche de son blouson militaire, il sortit un rouleau de ruban adhésif large en disant : « Première chose, on la bâillonne ; comme ça, elle pourra pas hurler quand elle se réveillera… »

- Et moi je lui attache les poignets avec ce bout de ficelle, ajouta Loup qui ne voulait pas être en reste.

- Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre qu’elle se réveille…

- Ca peut être long, fit remarquer le plus costaud.

Son acolyte sortit un cutter de sa poche de jean, et lança un regard vicieux à son comparse en l’accompagnant d’un clin d’œil salace : « Voilà ce qu’il nous faut pour accélérer les choses… Je suis sûr qu’elle a la peau sensible la gamine. Tu as vu comme elle a filé doux dès que je l’ai piquée avec ma lame ? »

- Et moi avec un crayon, je suis sûr qu’elle a cru que j’avais un flingue, ajouta Loup.

A SUIVRE

Ouvrage disponible en version ebook sur Amazon et en version papier sur TheBookEdition.com

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27/08/2013

Fleurs de Paris (Michel Zévaco)

Fleurs de Paris.jpgA Paris, au début de l'autre siècle, Lise et Georges Meyranes, deux jeunes gens d'un milieu très populaire, viennent de convoler en justes noces. Ils ont invité quelques voisins et amis à leur modeste mariage. Mais au moment des voeux de bonheur et des chants de fin de repas, on frappe à la porte. C'est la police qui vient pour arrêter le jeune marié, lequel serait un dangereux malfaiteur qui aurait pris une fausse identité pour mieux tromper son monde...

Ainsi s'engage un roman fleuve de 76 chapitres navigant entre « Rocambole », « Les Mystères de Paris » et le « Boulevard du crime ». Publié en 1921, ce roman posthume de Michel Zévaco aborde un genre totalement différent de son habituelle production de « cape et d'épée », celui du roman noir, de la tragédie mélodramatique et surtout celui du roman social. Le lecteur y trouvera une inspiration proche de celle d'Eugène Sue tant la ressemblance est grande entre les deux oeuvres sans qu'on puisse parler de plagiat, mais plutôt de pastiche. Proche également de l'esprit d'un Zola ou d'un Hugo (Les Misérables, bien sûr). Mais que de mauvais sentiments, que de crimes, que d'enlèvements, de disparitions, de séquestrations, d'abandon d'enfants, de duels, d'adultères et même de parricides ! Fort peu de personnages positifs en dehors de Rabastens, le jeune journaliste ambitieux, avatar de l'auteur et des trois malheureuses jeunes femmes, nouvelles Cosette ou Fleur de Marie. La description de l'aristocratique famille d'Anguerrand est brossée au vitriol. On sent un peu trop la démonstration et le parti pris négatif de l'auteur contre ce corps social particulier. Les personnages du petit peuple, Zizi Panpan, La Merluche, Biribi, bien campés sont assez peu sympathiques. Beaucoup trop manichéen pour notre époque remplie de doutes et d'incertitudes, ce roman a pas mal vieilli. Cependant les situations improbables, les coups de théâtre à répétition, les rebondissements « abracadabrantesques » maintiennent un intérêt constant et permettent une lecture toujours aussi passionnante et aussi divertissante en dépit de tout le reste. Quelle imagination débridée que celle de Michel Zévaco !

3,5/5

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24/08/2013

L'héroïne (Michel Zévaco)

L'héroïne.jpgSous le règne de Louis XIII, Madame de Lespars meurt empoisonnée par un certain baron de Saint Priac, homme lige du Cardinal de Richelieu. Sa fille, la belle Annaïs de Lespart, elle-même fille illégitime de Henri IV, jure de venger sa mère. Elle s'entoure de quatre jeunes gentilshommes qui épousent immédiatement sa cause et rallie un grand complot organisé autour de la personne du futur Gaston d'Orléans, frère du roi avec la complicité bienveillante de la reine Anne d'Autriche et de plusieurs grands du royaume. Mais Richelieu veille au grain. Il dispose de nombreux agents secrets tels Rascasse, le spadassin contrefait ou Corignan, le capucin espion. Annaïs mettra-t-elle à exécution son projet d'assassinat de Richelieu ? Le cardinal saura-t-il désamorcer le complot ?

On l'aura compris ce roman historique du prolifique Michel Zévaco, journaliste anarchiste et romancier populaire du début de l'autre siècle, relève plus de la fantaisie que de l'Histoire tant les privautés avec la réalité des faits sont nombreuses. Ce texte parut d'abord en roman feuilleton dans un journal de l'époque. Il met en scène des personnages hauts en couleurs qui n'ont pour la plupart existé que dans l'imagination de leur auteur, présente Richelieu, Louis XIII, Gaston d'Orléans et Anne d'Autriche d'une manière assez peu fidèle à ce qu'on peut savoir d'eux et nous embarque dans une histoire parfaitement rythmée, pleine d'aventures, de chevauchées, de duels et autres combats à un contre quatre avec le maître d'armes Trencavel en magnifique figure du héros de cape et d'épée chevaleresque. Un peu inférieur en qualité littéraire par rapport à l'étalon de référence, Alexandre Dumas, ce livre permet quand même de passer un bon moment de divertissement sans vouloir demander plus à ce genre de littérature particulier.

4/5

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22/08/2013

Pavane pour un enfant (Georges Bordonove)

Pavane pour un enfant.jpgA Sainte-Aulaire, au fin fond de la Corrèze, dans les années d'après la guerre de 14, Bernard Longis, jeune garçon souffreteux et rêveur vit chez Aurélie une grand-mère revêche et près de ses sous. Veuf, son père, professeur dans un lycée en ville, a une nouvelle compagne aussi frivole que dépensière. Le couple reconstitué a pris prétexte de la santé fragile de l'enfant pour s'en débarrasser. Il mène une petite vie de moineau solitaire entre une préceptrice très douce et une petite camarade très attachée à lui et fille de ses voisins. Il n'a qu'un rêve et qu'une attente : le retour de son père qui finira d'ailleurs par arriver mais pas avec les conséquences prévues.

Georges Bordonove, principalement connu pour sa magistrale série « Les rois qui ont fait la France », aborde avec « Pavane pour un enfant » un sujet fort éloigné des thèmes habituels de l'historien. Avec Bernard, ce petit orphelin si touchant et si émouvant dans sa quête éperdue d'amour, il rejoint l'inspiration des grands auteurs qui ont traité de l'enfance comme Gilbert Cesbron, Georges Dickens ou Jules Renard. On peut même dire qu'il fait jeu égal avec eux mais sans le pathos du premier, ni le misérabilisme du second, ni l'ironie grinçante du troisième. Bordonove reste sur le fil du rasoir dans une sorte de flou poétique et tendre, il arrive même à nous faire observer choses et gens avec un véritable regard d'enfant. Il entraîne son lecteur dans un monde aussi cruel qu'il peut être magique ou mystérieux. Un très beau texte d'une grande facilité de lecture.

4,5/5

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20/08/2013

Sébastien Roch (Octave Mirbeau)

Sébastien Roch.jpgEn 1862, à Pervenchères, petit village de l'Orne, Monsieur Roch est un quincaillier bien pensant relativement prospère. Veuf et n'ayant qu'un fils unique, Sébastien, il a de grandes ambitions pour lui. Elève assez médiocre, l'enfant ne s'intéresse guère aux études, il préfère de loin courir la campagne avec ses petits copains campagnards. Mais son père l'inscrit au prestigieux collège Saint François Xavier de Vannes, tenu par les Jésuites. Il espère que son fils lui fera honneur et qu'il pourra s'introduire dans les milieux aristocratiques d'où seront issus la plupart de ses camarades de classe. Malheureusement, rien ne se passe comme prévu. Sébastien est rejeté par toute sa classe à l'exception d'un certain Bolorec, élève silencieux, voire mutique car rejeté lui-même pour sa laideur. Un brillant jésuite, le père de Kern finit par s'intéresser au cas « Sébastien Roch ». Va-t-il lui venir en aide ou aggraver son sort ?

Ecrit en 1889, ce roman psychologique et social reste étonnamment d'actualité par les thèmes qu'il aborde : la discrimination sociale, l'ambiance délétère des internats de garçons, la pédophilie (et l'homosexualité, mais de façon plus diffuse) sans oublier le pacifisme et une certaine forme d'anarchie. Octave Mirbeau, auteur un peu oublié de nos jours, mériterait de sortir au plus vite de son purgatoire tant son oeuvre, écrite de façon magistrale, dans un français impeccable, limpide, et agréablement lisible, est celle d'un précurseur et d'un visionnaire. Une histoire touchante et lamentable qui s'achève en drame. Un jeune héros dont la démarche est finement analysée du point de vue psychologique côtoie des personnages secondaires tout aussi intéressants même s'ils sont nettement moins positifs. Un ensemble proche du petit chef d'oeuvre, dans la veine d'un Maupassant ou d'un Dickens...

4,5/5

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18/08/2013

Toboggan (Fabrice Pliskin)

Toboggan.jpgDans le Paris des années 2000, Youri Bétrémieux, présentateur d'une émission féminine plutôt en perte de vitesse, mène une vie de père divorcé désabusé. Il a une petite fille prénommée Yasmine qu'il ne peut voir qu'un week-end sur deux, ce qu'il subit comme une injustice d'autant plus que son ex fait tout pour lui faire perdre contact avec elle. Il est membre de SOS Papa. Il se console dans les bras de diverses attachées de presse ou d'invitées de son émission quand ce n'est pas dans ceux de Nganga, son amie camerounaise. Un jour, il rencontre dans un square un certain Limbert, un type complexé par la petitesse de son sexe, qui exerce l'honorable profession de collecteur de lait de femme pour le lactarium de la ville. La petite vie confortable du bobo Youri va en être fortement bouleversée.

Ce long roman de Fabrice Pliskin aborde d'une façon assez originale les thèmes de la sexualité festive, de la virilité et de la paternité à une époque de triomphe du féminisme où l'homme, le vrai, le macho est devenu si rare qu'on se demande si ce n'est pas déjà une sorte d'animal en voie de disparition. Le style de Pliskin est agréable, fluide et facile à lire. Il a quelque chose de journalistique et même de très commercial dans la mesure où, sans doute sous l'influence d'auteurs américains tels Brett Easton Ellis, il cite systématiquement toutes les marques de poussettes ou autres. Ce qui n'apporte pas grand chose sinon un certain agacement quand ça tourne au systématique. L'intrigue, malheureusement inexistante, bascule lentement dans une sorte de fantastique qui ne tient ni la route ni ses promesses, vu la fin bâclée et fort décevante. Pour ne rien arranger, le personnage principal n'est pas spécialement attachant. C'est une sorte d'obsédé doté de capacités sexuelles hors du commun qui ne pense qu'à coucher avec le plus grand nombre de femmes possible. Et c'est là que le bât blesse, quand l'érotisme vire au vulgaire et crasseux porno. Quelques scènes de tournage de film X particulièrement chaudes finissent par ranger cette oeuvrette parmi les productions sans envergure ni intérêt de ses consoeurs romancières exhibitionnistes comme C. Millet ou V. Despentes. Quelle originalité !

3/5

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15/08/2013

Opération Baucent (Chapitre 3)

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12/08/2013

Georges (Alexandre Dumas)

Georges (Dumas).jpgEn 1810, sur l'Ile de France (île Maurice), la bataille fait rage entre les Français qui la possèdent encore et les Anglais qui la convoitent. Commencé sur mer, le conflit se poursuit sur terre où, suite à un débarquement massif, les Anglais finiront par l'emporter. Pierre Munier, le plus riche propriétaire terrien de l'île mais mulâtre, se voit refuser par Monsieur de Malmédy, un autre notable mais blanc, l'autorisation de se battre avec son fils aîné aux côtés des colons blancs. Pierre prend alors la tête d'une armée de miliciens noirs et, suite à une escarmouche audacieuse, réussit à s'emparer d'un drapeau ennemi qu'il confie un moment à Georges, son plus jeune fils. Henri, le fils de Malmédy veut lui disputer son trophée. L'enfant refusant en se débattant comme un beau diable, il le blesse d'un coup d'épée. Son grand frère intervient en frappant Henry. Finalement, c'est Malmédy lui-même qui oblige Munier à céder. A l'issue de cette altercation, Pierre Munier décide d'envoyer ses fils étudier en métropole. Quatorze années plus tard, Georges rentre au pays. C'est un beau garçon grand, costaud, riche, courageux et surtout très déterminé à venger l'humiliation subie par sa famille. Y parviendra-t-il ?

Ce roman assez peu connu du grand Alexandre Dumas fut peut-être celui qui tenait le plus à coeur à son auteur. De même que Flaubert disait : « Madame Bovary, c'est moi ! », le lecteur peut aisément imaginer que Dumas, étant « quarteron », a mis énormément de lui-même dans le personnage épique et chevaleresque du mulâtre Georges qui doit subir rejet et avanies à cause de la couleur de sa peau. Il s'est contenté de transposer une histoire très voisine de celle de Toussaint Louverture des Antilles aux Mascareignes en gardant la même problématique, celle de l'abolition de l'esclavage et de l'émancipation des noirs. A l'appui de sa thèse, les noirs sont en général bons et généreux et les blancs mesquins, fourbes et lâches avec des exceptions qui nuancent heureusement le propos. Mais « Georges » n'est pas qu'un livre militant, c'est aussi un grand roman historique plein de bruit et de fureur, de batailles terrestres et navales, de cataclysmes (une belle description de cyclone tropical), de rebondissements et d'histoires d'amour et d'amitié. Et toujours, la qualité extraordinaire d'une prose rythmée qui s'empare du lecteur et ne le lâche plus, tellement tout est bien amené, bien documenté et bien raconté. A redécouvrir.

5/5

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08/08/2013

Clovis (Saki)

Clovis.jpgParties à cheval pour une chasse au renard, deux ladies se retrouvent avec une hyène apprivoisée qui les suit dans les bois comme un petit chien, tue au passage une petite bohémienne et finit renversée par une automobile... Un des invités de Lord Wilfrid prétend que son chat parle aussi bien qu'un humain. Vérification faite, tout le monde découvre que non seulement l'animal s'exprime de façon parfaitement claire et compréhensible, mais encore qu'il est capable de colporter toutes sortes de ragots et potins voire même les secrets les moins reluisants des uns et des autres... Jalouse des exploits aériens de son amie Loona Bimberton, Mrs Packletide décide de partir chasser le tigre et de lui offrir un collier de dents du fauve pour la faire enrager... Un tableau « La chute d'Icare » tatoué sur le dos d'un voyageur lui cause bien des problèmes insoupçonnés au départ... Hermann l'irascible, le nouveau roi d'Angleterre prend une décision étrange : il n'accorde pas le droit de vote aux femmes, mais les oblige à aller voter à chaque élection sous peine de sanctions...

Ce recueil comporte une trentaine de nouvelles qui sont autant de petits récits, de tableaux, d'historiettes ou de contes écrits d'une manière fluide et délicate et épicés d'un humour très particulier, fait d'un mélange d'ironie, de dérision et même d'une certaine philosophie aussi élégante que détachée. Saki, de son véritable nom Hector Hugh Munro, a une élégance de style qui l'apparente avec Wodehouse pour l'humour british et avec Saint Exupéry pour le côté naïf et rêveur type « Petit Prince ». En effet, Saki se sert énormément des animaux pour dénoncer les travers des hommes. Avec une fausse naïveté confondante, il arrive à imaginer des situations souvent absurdes et presque toujours poétiques qui font de ces nouvelles de charmantes chroniques à déguster sans modération. Le lecteur y trouvera un tableau intéressant de la vie de la gentry britannique, des occupations et des passions des aristocrates désoeuvrés et des gentlemen farmers désabusés de la Belle Epoque. Tous les textes sont impeccablement écrits. Certains atteignent même aux rivages du fantastique comme « Les Ministres de la grâce » où Saki imagine ce que donnerait la gestion du pays si elle était confiée à des anges voire à la beauté de la fable avec « La réforme de Groby Lington » sur le thème de la ressemblance osmotique entre l'humain et son compagnon animal. A lire, même à un siècle de distance...

4,5/5

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05/08/2013

La maison de l'aube (N. Scott Momaday)

La maison de l'aube.jpgEn 1945, Abel, un indien Kiowa, retourne dans sa tribu réfugiée dans une lointaine mesa du Nouveau Mexique après des années de tribulations depuis le Montana. Parti de longues années, il a de la peine à retrouver ses repères et à renouer avec ses origines. Il va habiter chez son grand-père, un vieil homme parvenu aux portes de la mort. Il va devoir l'accompagner jusqu'à l'issue fatale. Il aime courir seul dans les canyons et vivre en sauvage. C'est un homme blessé et porteur d'un lourd secret. Il a froidement assassiné de plusieurs coups de poignard un homme blanc. Il a purgé sa peine et est passé par de longues années d'errance et d'alcoolisme. Mais dans le pueblo, il n'est pas le seul à avoir connu un parcours chaotique : il y a aussi le père Olguin, un vieux curé borgne qui a fauté autrefois avec une indienne, une américaine de passage qui a attiré Abel sur sa couche et une assistante sociale au coeur un peu trop généreux...

« La maison de l'aube » se présente comme un roman totalement paradoxal et fortement déconstruit. Momaday, que la préface présente comme le premier et le seul véritable auteur peau-rouge, a une façon très particulière et très personnelle de présenter son récit. Pas vraiment de logique, ni d'intrigue, ni de chronologie. Mais de petits récits mis bout à bout. Des personnages à peine présentés qui apparaissent puis disparaissent après s'être exprimés sur le mode choral. Des faits de la vie ordinaire, de fort longues descriptions de paysages dans un apparent désordre, une sorte de puzzle comme abandonné à la sagacité, à la bonne volonté et à la logique du lecteur. Autant dire une lecture plutôt laborieuse au bout du compte. Néanmoins, cet ouvrage présente un certain intérêt ne serait-ce que du point de vue anthropologique, géographique ou psychologique. Le lecteur y apprendra pas mal de choses sur les moeurs et la mentalité des Indiens du Sud des Etats-Unis mais nettement moins que dans le plus modeste des titres de l'excellente collection « Terre Humaine ». En dépit des louanges dithyrambiques d'une préface outrageusement promotionnelle et de l'attribution d'un prix Pulitzer sur des critères qui mériteraient éclaircissement, un léger sentiment de déception prédomine quand même.

2,5/5

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03/08/2013

Les maîtres de l'ombre 1/ Nightrunner (Lynn Flewelling)

Les maîtres de l'ombre.jpgTout juste âgé de seize ans, le jeune Alec de Kerry est emprisonné et torturé par les sbires du terrible Seigneur Asengaï quand un certain Rolan Feuillargent se retrouve placé dans le cul de basse fosse où il croupit sans véritable raison. L'arrivant se présente comme étant un barde injustement embastillé et ne tarde pas à mettre au point une évasion spectaculaire. Comme il semble avoir sympathisé avec Alec, le fugitif l'entraîne dans sa cavale. Mais Feuillargent est un bien étrange personnage qui se fait également appeler Seregil, sait user de magie, est capable de prendre les apparences les plus diverses et même se faire passer pour une noble dame quand le besoin s'en fait sentir. Etant également d'une honnêteté à géométrie variable, un jour, Seregil dérobe un talisman qu'il glisse sous sa chemise et qui va lui causer bien des ennuis... Ainsi débute une longue série d'aventures pour nos deux héros qui bénéficieront de l'aide d'un troisième larron, Micum, un colosse fort sympathique.

« Les maîtres de l'ombre » se présentent comme un pur roman de fantaisie à rebondissements qui, par certains aspects, fait un peu penser aux aventures du célébrissime Harry Potter. Tout comme le petit sorcier, Alec est jeune et naïf, il découvre la vie et apprend mille choses au contact de son étrange mentor dont le lecteur peine à savoir s'il est barde, sorcier, magicien ou simple espion. D'ailleurs tout l'art de l'auteure réside dans l'ambiguïté permanente où elle maintient son intrigue. L'ensemble en reste flou et volontairement sujet à caution, ce qui place le lecteur dans une position inconfortable tout en titillant en permanence sa curiosité. De plus, Lynn Flewelling prend tout son temps pour brosser ses décors, camper ses personnages, lancer des bribes d'intrigues, de complots politiques voire de débuts de grandes fresques historiques imaginaires bien sûr. Sur plus de six cent pages d'une lecture parfois un peu laborieuse, elle ne fait qu'introduire une immense saga dont on ne discerne que les prémisses en se doutant bien que toutes les zones d'ombre disséminées au fil des pages ne s'éclaireront que dans les tomes suivants. Un peu frustrant, mais diaboliquement addictif. Le livre à peine refermé, il va de soi qu'on n'a plus qu'une envie : retrouver au plus vite ce « monde raffiné de magie et de complots » comme indiqué en quatrième de couverture. Une belle réussite qu'entachent malheureusement quelques coquilles, lourdeurs et surtout erreurs dans la concordance des temps (un seul exemple parmi d'autres : « au cas où elle avait... » au lieu de « aurait », page 172). Faiblesse dans la traduction ? Relecture trop hâtive ? C'est un peu dommage...

4/5

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