15/07/2013

La dispute des économistes (Gilles Raveaud)

La dispute des économistes.jpgBienheureux qui comprend quelque chose aux discours contradictoires et aux explications fumeuses des « experts » en économie qui dissertent à longueur de temps dans les stations de radio et sur les plateaux de télévision. Entre eux, jamais ils ne sont d'accord sur rien. Pour l'un, il faut impérativement diminuer les impôts alors que l'autre insiste sur « la nécessité de les augmenter ». Certains pensent que la sortie de l'euro et un retour à un protectionnisme intelligent seraient la solution à la crise où nous sommes englués alors que d'autres hurlent au fou furieux et à la catastrophe absolue. Et les exemples sont légions. Ce livre permet au béotien qu'est le lecteur d'y voir un peu plus clair dans cette science des plus inexactes. Pour l'auteur, les économistes sont à classer en quatre catégories :

1/ Les « libéraux » (souvent qualifiés par leurs adversaires « d'ultra-libéraux », tous disciples d'Adam Smith, voient plutôt l'économie comme un immense marché qu'il faut laisser le plus libre possible car il s'auto-régule toujours, mais à la condition que la concurrence soit « libre et non faussée ». Reagan et Thatcher ont plus ou moins appliqué cette théorie avec les résultats que l'on connaît.

2/ Les « keynesiens » (adeptes de Keynes), pour qui l'économie est un circuit d'échange où l'argent règne en maître et ne fonctionne vraiment bien que si l'Etat intervient, contrôle, régule, redistribue et au bout du compte réinjecte de l'argent. Ce faisant, il finit par accroitre les dettes de façon exponentielle. C'est la ligne suivie par la plupart des pays occidentaux avec les ardoises et la pauvreté que l'on laisse en héritage aux générations futures.

3/ Pour la troisième chapelle, celle des économistes marxistes, l'économie n'est qu'un lieu de rapports de force. Tout y fonctionne selon le principe de la lutte des classes, de l'exploitation de l'homme par l'homme et de l'aliénation du travailleur. Le capitalisme allant de crise en crise ne peut finir que par s'effondrer sur lui-même ou même par être détruit. L'économie socialiste ou communiste qui pourrait prendre sa place a déjà été expérimentée dans plusieurs pays du monde comme l'URSS, les pays de l'Est, la Chine, la Corée du Nord, le Viet-Nam ou Cuba, sans parler de maints pays d'Afrique ou d'Amérique du Sud. Ce fut une catastrophe.

4/ Pour la quatrième courant, celui des économistes écologistes (Polanyi, Georgescu-Roegen, Meadows et quelques autres), l'économie doit être envisagée de manière beaucoup plus globale et dans son environnement naturel et humain. Dans un monde fini, la croissance ne peut en aucun cas demeurer infinie. Il faut passer à une alternative cohérente plus respectueuse de l'être humain et de l'environnement. (Agriculture responsable, relocalisation des productions, économie solidaire, logement accessible et de basse consommation, objets durables, réseaux de soins solidaires, coopératives de production et de distribution...) Encore fort peu mis en application, cette dernière option fort sympathique reste largement utopique dans le cadre actuel, on s'en doute, bien qu'elle bénéficie de toute la faveur de l'auteur...

Court ouvrage de vulgarisation, (moins de cent pages), bien mené et très facile à lire, « La dispute des économistes » peut être placé dans la lignée de « L'économie expliquée aux Nuls » et peut se révéler fort utile pour qui veut s'initier sérieusement à ces questions délicates.

5/5

09:10 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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