08/05/2013

Dark room - Mémoires en noirs et blancs (Lila Quintero Weaver)

Dark room.jpgEn 1965, Lila a cinq ans, son père est un pasteur argentin d'origine métisse et sa mère est une américaine d'origine européenne, professeur de dessin. Depuis quelques années, le couple n'a cessé de faire des aller et retours entre Buenos Aires et les Etats-Unis. Lila a un peu de difficulté à s'acclimater à sa nouvelle vie dans le sud des Etats-Unis, en pleine « Black Belt ». Pour ses camarades blancs de la petite ville de Marion (Alabama), elle reste inclassable : elle n'est pas vraiment blanche mais pas noire non plus. La ségrégation raciale vit ses derniers jours. Les Afro-américains commencent à revendiquer de plus en plus pour obtenir leurs droits civiques et vont finir par les obtenir. Lila découvre des préjugés qui sont à mille lieues de ce qu'elle vit dans sa famille...

Un très gros (255 pages) et très bel album de bandes dessinées entièrement exécuté au crayon noir sur un registre à la fois historique et intime. On suit avec tendresse et affection le parcours de cette petite immigrante qui découvre avec effarement la réalité de ce « home of the free », cette terre de la liberté, cette patrie recevant tous les peuples de la terre qui se comporte si différemment selon la couleur de la peau des gens. Avec le recul, il est intéressant de remarquer qu'en l'espace d'à peine une décennie, les mentalités évoluèrent rapidement, passant de l'apartheid le plus strict à l'égalité la plus totale (plus en apparence, sans doute, que dans la réalité des faits) grâce à l'action des marches pour l'égalité, des grèves, des mobilisations de masse, des médias, de grands hommes comme Martin Luther King ou de simples artistes comme Joan Baez, Bob Dylan et tant d'autres. Un combat culturel qui porta de beaux fruits. Mais tout reste relatif. Les dernières pages sont là pour le prouver. A son retour en Argentine, trente ans plus tard, Lila découvre un tout autre pays. Homogène ethniquement, il était devenu multiracial et les tensions entre les communautés inconnues jusque alors apparaissaient. Doit-on en conclure que le racisme, tout comme la sottise, serait éternel et universel ? Un ouvrage d'une grande qualité plastique et esthétique à conseiller aux jeunes qui n'ont pas connu cette époque troublée et aux autres... pour s'en rappeler.

4,5/5

09:05 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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