20/04/2013

Ma vie au coeur de l'école (Nicole Ruppert-Gambini)

ma vie au coeur de l'école.jpgEn 1956, Nicole Ruppert-Gambini, originaire de la région de Grasse, se retrouve remplaçante dans une des deux écoles primaires de la petite ville de Dammartin en Goële (Seine et Marne). Avec ses 1500 habitants, ce n'est encore qu'un modeste village briard un peu endormi et ne disposant même pas du tout à l'égout. D'abord logée au « Café de France », elle emménage un peu plus tard dans un logement de fonction à peine salubre. Elle se marie avec un jeune du pays encore étudiant, le suit en Seine-Maritime où elle exerce quelques années avant de revenir à Dammartin où elle exercera à mi-temps jusqu'en 1984, date à laquelle elle décidera de quitter l'enseignement sans attendre l'âge de la retraite.

Sous-titré « Récit », cet ouvrage est en réalité un témoignage très personnel sur l'école telle qu'elle était plus de dix ans avant le grand chambardement de Mai 68. L'auteur l'a pris de plein fouet et comme tous ceux qui ont connu ce qu'était l'enseignement « avant » son jugement est plutôt sévère sur toutes les « nouveautés » apportées à la pédagogie (disparition des devoirs, des cours magistraux, des notes, des classements, de la discipline, de la dictée, de la leçon de choses voire de la récitation, introduction des mathématiques modernes, de la grammaire structurale, de l'éveil, des enquêtes et travaux de groupe...) L'intérêt principal de ce livre réside moins dans les comparaisons entre méthodes ou les considérations techniques ou morales que dans les anecdotes amusantes ou attristantes qui illustrent bien la réalité d'un métier passionnant mais difficile et malheureusement souvent ingrat voire usant. Ecrit dans les années 80 (bien des choses ont évolué depuis et rarement en bien), et agrémenté d'une mise à jour de 2010 illustrée de photos montrant un autre temps et presque un autre monde ainsi que de textes et poèmes à la gloire de l'enfance, cet ouvrage a pour ambition finale de réhabiliter l'école laïque et de tenter de réconcilier toutes les parties prenantes en usant de bon sens et de bonne volonté. Le lecteur un peu introduit dans les arcanes du « Mammouth » ne peut qu'avoir les plus grands doutes sur les éventuelles possibilités de réforme de ce monstre froid. Madame Ruppert-Gambini propose un texte bien écrit, fluide et facile à lire à ceci près que le lecteur se demande pourquoi elle utilise la deuxième personne du singulier au lieu de la première pour lui raconter sa vie d'instit' de base. Technique rarement rencontrée en littérature qui donne l'impression que l'auteur se parle à elle-même en se regardant dans la glace sans vraiment s'adresser à quiconque, ce qui semble un peu étrange sans être gênant. Après tout, les rois se servaient bien de la première du pluriel...

3,5/5

09:36 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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