04/04/2013

Ici là, sur le rivage (Alain Boudet)

ici là, sur le rivage.jpgCe court recueil de poésies contemporaines se compose en réalité de deux longs poèmes : « Ici là », d'une part et « Sur le rivage », d'autre part. Ecrits en vers libres très courts, ces deux textes nous font partager les impressions visuelles d'un homme marchant dans la campagne, sur de petits sentiers caillouteux, ou au bord de la mer, le long d'une plage sablonneuse ou d'une grève parsemée de rochers. Des paysages privés de toute présence vivante ou presque, excepté un oiseau perdu dans le lointain. Car telle est bien la particularité de la poésie d'Alain Boudet. Elle ne relève ni du classicisme, ni du romantisme, ni du surréalisme, ni du symbolisme, ni de l'hermétisme, mais d'un courant différent, que l'on pourrait qualifier de « minéralisme » tant les roches, cailloux, pierres, minéraux, mica, sable, galets, rochers, gravier et autres rocailles semblent d'une importance capitale pour cet auteur par ailleurs « coordonnateur académique en poésie ».

« Qu'il parle

le cailloux

Qu'il invite en lui

la lumière et la source

Qu'il invente un babil de rocaille

où pourront cliqueter les heures

et chanter les chemins rugueux

Qu'il parle

et nous saurons peut-être

si son coeur tient la nuit

en otage. », dit-il.

 

« Trouver la pierre du reflet

La pierre intense et vive

comme l'ardeur inquiète d'un sourire

sur le visage ouvert des sentiers

Trouver la pierre

feuillage d'ombre

La poser sur le sable

La fixer aux amarres du ciel

et ancrer fermement son double

à l'envie des paupières. »

 

« Le chemin nous assaille de cris

Il nous rapporte la musique des saisons

plaintes brisées de feuilles mortes

roulant dans le moulin des pierres

Les galets se préparent en silence

à la poussière de demain

au vent qui guide la lumière

Alors

nous connaîtrons

dans quelle pierre se cache

le chant. »

 

D'aucuns pourront trouver que ces deux poèmes manquent un peu d'humanité, de chair ou de sentiment. Ils auront peut-être envie de crier à l'auteur : « Allez, Alain, lâche-toi ! Laisse tomber ton appareil photo et dis-nous sincèrement ce que tu ressens vraiment... » D'autres pourront penser que, contrairement à ce qu'il annonce en quatrième de couverture, l'auteur n'avance pas « dans les mots, avec les mots, vers les autres et avec les autres », mais se paie de mots et pratique même un peu trop l'exercice de style. Pour ma part, je me contenterais de considérer que la liberté des poètes se cache justement dans ces recoins étranges et qu'elle peut résonner de mille façons en nos âmes si curieuses.

3/5

08:58 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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