24/02/2013

La caravane de la mort (Karl May)

la caravane de la mort.jpgUn soir du début de l'autre siècle, le narrateur, l'explorateur allemand Kara ben Nemsi et son ami britannique Sir David Lindsay, accompagnés de deux serviteurs Halef et Haddedin et d'une petite troupe veulent se reposer dans un village perdu du Kurdistan irakien. Mais leurs hôtes kurdes, aussi frustes que malhonnêtes, n'ont qu'une idée, les dépouiller de leur argent, de leurs armes et de leurs montures. Mais les deux occidentaux ne se laissent pas faire. Le fils du chef du village ayant été tué lors de l'affrontement, les Kurdes exigent le prix du sang, se référant à une tradition ancestrale qui veut qu'un mort d'un camp soit compensé par un mort de l'autre ou par son équivalence en argent, armes ou chameau. Mais Kara n'accepte pas ce genre de marché, il tente de s'échapper avec toute sa troupe. Il faudra l'intervention in extremis du fils du Bey pour que la petite troupe puisse se tirer de ce mauvais pas...

Et ceci n'est que le tout début d'un long roman d'aventures foisonnant de péripéties et de rebondissements, et présenté comme un récit de voyage en deux parties, la première se passant chez les Kurdes et la seconde plus au sud, dans la région de Bagdad et de Kerbala. L'auteur, Karl May, sorte de Jules Verne allemand, n'ayant pas fait le quart des voyages qu'il raconte, s'est inspiré de guides touristiques et de récits de véritables explorateurs. Cela n'enlève rien à l'intérêt de ce texte qui se lit encore très facilement de nos jours et qui permet de se faire une idée de ce que pouvait être le Moyen-Orient à cette époque. Dangereux, avec des tribus en guerre permanente les unes contre les autres, des communautés chrétiennes comme les Nestoriens ou les Chaldéens persécutés par les Musulmans, des Kurdes en sécession contre les Turcs et des Perses, plus sympathiques (May les considère comme étant les Français d'Orient) mais tout aussi fanatiques. La description du pèlerinage chiite de Kerbala en est un bel exemple. On s'aperçoit quand même que ce récit est bien de son époque par une certaine forme de manichéisme et de simplisme dans les rapports humains. D'un côté, les Occidentaux avec leurs valeurs propres comme l'esprit chevaleresque; le respect de la parole donnée, la loyauté vis à vis de l'adversaire, l'honnêteté scrupuleuse et le respect de la vie. Et de l'autre, les Orientaux, brutaux, violents, voleurs, menteurs et tricheurs, toujours prêts à un mauvais coup, mais auxquels May reconnaît quand même un grand sens de l'hospitalité, une équité réelle et une capacité à pardonner les offenses. Les personnages sont assez stéréotypés et rarement sympathiques, excepté quelques belles figures de cheiks arabes et surtout celle du brave Halef, le serviteur d'une fidélité exemplaire qui ira jusqu'à partager l'épreuve de la peste avec son maître. Un bouquin comme on n'en écrit plus depuis longtemps. Rien que pour cela, il mériterait de ne pas tomber dans l'oubli.

3,5/5

09:25 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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