29/09/2012

Doublé de dupes (A.A.Fair)

doublé de dupes.jpgBertie Cool, directrice d'une agence de détectives privés, engage Donald Lam, un jeune homme révoqué par le Conseil de l'Ordre des avocats pour avoir prétendu être capable de commettre un crime, de se livrer à la justice, d'avouer et de ne jamais être condamné. La mission que Bertie propose à Donald est des plus simples : remettre une assignation à un certain Morgan Birkes au nom de sa femme Sandra qui demande le divorce. Cela va se révéler plus compliqué qu'il n'y paraît car Birkes se cache pour échapper à un gangster qu'il a essayé de doubler dans une affaire de machines à sous et d'argent sale caché dans des coffres mis au nom de sa femme.

Un roman policier avec enquête classique, rebondissements et entourloupettes mais vu sous l'angle judiciaire et présenté comme une belle démonstration de la thèse de Donald Lam. C'est écrit de façon vivante et très enlevée grâce à une écriture fluide et à un maximum de dialogues. Lam est un frère ou un cousin de Perry Mason. Tout aussi procédurier et retors, il arrive à mettre tout le monde dans sa poche, juges, policiers, truands et bien entendu son lecteur qui se régale devant tant d'astuce, de trouvailles d'humour et d'intelligence. Une bien agréable lecture de divertissement.

4,5/5

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27/09/2012

La dernière estive (Antonin Malroux)

La dernière estive.jpgFils de réfugiés espagnols installés dans le Cantal entre les deux guerres, Auguste se fait difficilement accepter par les enfants du pays. Il deviendra maçon comme son père. Sur les bancs de l'école, il a rencontré Hélène, une petite parisienne placée en nourrice dans une ferme voisine. Un tendre sentiment unit ces deux « étrangers » au pays. Puis au fil des années, cette amitié se transforme en un très bel amour. Mais soudain, en 1944, une compagnie allemande débarque dans ce village si tranquille. Il n'avait pas vu un seul occupant pendant toute la durée de la guerre. Le destin des deux amants bascule alors dans le drame.

Roman de terroir plein de bons sentiments, ce livre laisse le lecteur un peu frustré et sur sa faim. Autant la description de la vie rurale, des décors et des plantes auvergnates est précise et soignée, autant le contexte historique, pourtant crucial pour l'intrigue, est traité avec une insouciance qui semble fort proche de la légèreté. Que font ces Allemands dans des jeeps de GI's en 1944 au fin fond de l'Auvergne ? Qui cherchent-ils ? Qui aurait trahi les étrangers ? Tout cela n'est pas bien sérieux. C'est dommage, car le côté roman sentimental était assez réussi en dépit d'un nombre impardonnable de coquilles et autres fautes d'orthographe non corrigées. A croire que chez certains éditeurs, les manuscrits ne passent plus à la relecture...

3/5

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25/09/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 7/2ème partie)

Et quand le silence revint, elle énonce un autre nom : « Vincent Tcheng, 149 kg ».

Et un énorme chinois, gras comme un bouddha se fit connaître à l’assistance. Et l’appel continua avec cette liste d’obèses plus ou moins vieux, plus ou moins décatis qui ne donnait pas une image vraiment glamour de l’espèce humaine.

- Et bien, leurs nuits torrides sur Voluptuosa vont ressembler à des accouplements de baleines et de cachalots, persifla Eva. Ca ne va pas être bien ragoûtant !

Balena terminait son palmarès quand Tom ne put s’empêcher d’intervenir : « Madame, j’ai une question à vous poser… »

- Faîtes, mon ami, faîtes, l’encouragea la ventripotente responsable.

- Comment se fait-il que vous ayez sélectionné uniquement des personnes âgées et obèses en écartant les plus jeunes et les plus sportifs ?

- Il faut atteindre une certaine masse critique pour résister aux inconvénients de la mise sous deuxième RTT. Si votre poids est trop faible, il est médicalement prouvé que vous ne pourrez pas résister au voyage… Je suis désolée que vous et vos amis n’ayez pas été retenus, mais c’est ainsi, nous sommes responsables de votre intégrité physique. Il ne vous reste plus qu’à mettre les bouchées doubles, si je peux m’exprimer ainsi, et vous ferez partie du prochain voyage…

- Madame Balena, lança John dans la foulée, vous venez de sélectionner les partants, mais nos rangs étaient déjà clairsemés. D’autres résidents avaient déjà disparu de la circulation. Je pense en particulier à Mademoiselle White… Pouvez-vous nous dire où elle est ? Nous commençons à être inquiets à son sujet…

- Il n’y a pas de quoi, Monsieur J.S.Kwick, répondit-elle, cette demoiselle a fait connaître son intention de rentrer directement sur Terre. Nous l’avons accompagnée à l’astroport avant-hier…

- Mais, c’est criminel de lui faire subir un nouveau voyage dans l’état de maigreur qui est le sien.

- Détrompez-vous, nous étions parfaitement parvenus à lui faire atteindre le poids voulu, la masse critique nécessaire pour résister au choc du RTT…

Manifestement Balena leur mentait. Pas un des trois amis ne croyait à cette histoire. La dernière fois que John avait vu Lilia, elle n’avait pas pris un gramme. Un engraissement aussi rapide était impossible même en employant des drogues et en lui bourrant l’estomac avec un entonnoir… Il y avait donc anguille sous roche. Il leur fallait reprendre l’espionnage. Ils se répartirent la tâche, histoire d’être plus discrets, d’être moins repérables quand ils traîneraient autour des cases… Trois jours plus tard, Eva était persuadée de détenir la réponse.

- Les gars, j’ai surpris quelque chose de bizarre. Deux boys et une fille ont traversé la palmeraie avec une popote portative et une sorte de plateau repas. Ils sont entrés dans la cabane à outils. Je les ai suivis discrètement et ne les ai pas vus ressortir. Je me suis approchée. Aucun bruit. J’ai donc ouvert la porte…

- Ils ne la ferment jamais, commenta Tom. C’est comme ça que j’ai récupéré les outils…

-… et je suis entrée, continua Eva. Et vous ne devinerez jamais ce que j’ai trouvé dans cette grande baraque…

- Raconte, fit John.

- Mes trois AA ne s’étaient pas dissous dans l’atmosphère tout de même. J’ai fouiné un peu partout et j’ai découvert une trappe. Elle doit donner sur un escalier menant à un souterrain… Mais je n’ai pas pu la soulever car elle était très soigneusement verrouillée…

- Incroyable, dit John. Lilia serait donc encore ici, enfermée dans un cachot ou un cul de basse fosse et ils continueraient à la gaver et à lui faire subir Dieu sait quelles expériences, mais encore plus discrètement qu’auparavant…

(Disponible sur Amazon, Lulu & TheBookEdition) 

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23/09/2012

La nuit du chien (Olivier Brunhes)

la nuit du chien.jpgTobias Collet est un jeune homme qui a eu un démarrage difficile et pas mal de malheur dans sa chienne de vie. Son père s'est suicidé peu de temps après être sorti de prison. Lui-même a dû affronter et venir à bout d'un chien méchant lors d'une fugue, d'où son surnom de « Dog ». Orphelin, il a été recueilli par la brave Martine et protégé par quelques vieux montagnards taiseux et bourrus. Après un séjour en prison où il s'est lié d'amitié avec Marco, un géant violent et caractériel, il n'aspire plus qu'à une chose : retrouver Chloé, la femme qu'il aime et mener une vie tranquille. Mais ce projet va s'avérer plutôt difficile à réaliser.

Ce premier roman d'Olivier Brunhes, auteur de théâtre, attire l'attention par un style très personnel, à la fois poétique et descriptif, travaillé voire précieux et vulgaire tout à la fois ainsi que par une écriture qui s'attache au moindre détail des sentiments, rêves et impressions de personnages somme toute classiques dans le registre du roman noir. L'ennui c'est que l'intrigue tient sur un timbre poste, que l'histoire manque de rythme et de rebondissements et que la fin en happy end mélancolique est totalement convenue. Résultat : assez rapidement, la lecture devient laborieuse et l'intérêt retombe après un début punchy plutôt réussi. D'où un bilan mitigé.

2,5/5

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21/09/2012

Freedom (Jonathan Franzen)

Freedom.jpgEtudiante et très bonne joueuse de basket, Patty tombe amoureuse de Richard, chanteur et compositeur dans un groupe de rock. Mais le « bad boy » charmeur et papillonnant ne se montre pas à la hauteur de ses attentes. Déçue, Patty se rabat sur Walter Berglund, le meilleur ami de Richard, un garçon sérieux, responsable et qui cherche toujours à bien faire. Ils se marient, ont deux enfants Joey et Jessica et semblent être parvenus à accomplir le rêve américain : une famille épanouie, une jolie maison, une mère au foyer qui s'occupe des enfants et à père disposant d'un bon revenu. Mais un jour, Patty commence à déprimer... Les enfants ont grandi. Ils posent des problèmes. Et pour ne rien arranger, Richard réapparait...

Une chronique familiale douce-amère, une description de l'intérieur d'une famille de la classe moyenne américaine qui s'étale dans la durée sur trois générations. Des grands-parents alcooliques ou autoritaires aux enfants paumés de la génération internet en passant par les parents baby-boomers désabusés ou marqués par les lubies écologiques de leur époque. Un véritable pavé (718 pages en petits caracètres) dont le lecteur s'est demandé du début à la fin pourquoi il continuait la pénible lecture. Certainement pas pour son intrigue digne d'une série télé type « Desperate House Wives » avec ses histoires de tromperies minables, pas non plus pour ses personnages tous plus quelconques et minables les uns que les autres et encore moins pour son style lourd, filandreux, truffé de répétitions et de phrases mal construites... (Damned ! Que se passe-t-il chez nos grands éditeurs ? Pas les moyens de s'offrir de bons traducteurs ?) Alors, pourquoi ? Sans doute parce que ce livre sent le vécu, parce que l'observation est nette, précise, juste et minutieuse. Franzen a un oeil d'entomologiste. Il passe ses personnages et ses situations au microscope, nous raconte tout par le détail, ne nous cache rien et le lecteur en reste bluffé, ne pouvant que se dire : « Mais oui, mais bien sûr, c'est comme ça que nous réagissons (ou réagirions) tous autant que nous sommes... » Au final, un grand bouquin quand même et qui ne laissera personne indifférent.

4/5

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19/09/2012

Loterie en noir et blanc (Max Allan Collins)

loterie en noir et blanc.jpgEn 1938, le ville de Cleveland est ravagée par une impitoyable guerre de gangs entre Noirs et Italiens pour le contrôle des loteries clandestines de l'East Side. La police est bien trop corrompue pour pouvoir y mettre un terme. Massacres et règlements de comptes de succèdent jusqu'à ce qu'intervienne un agent fédéral qui a déjà largement fait ses preuves à Chicago, le célèbre Eliot Ness et ses Incorruptibles. Les deux parrains Sal Lombardi et Angelo Scalise vont voir leur empire assez rapidement démantelé.

Un roman classé comme policier, mais qui reste très proche du roman historique. Il ne raconte pas une intrigue policière classique avec meurtre à élucider, mais retrace sous forme de fresque huit années du combat acharné d'un homme contre la pègre. Le lecteur y découvre à la fois les mécanismes de l'intimidation, de la prise de contrôle d'un quartier ou d'une ville entière avec la complicité d'hommes politiques véreux et la réplique d'une police épurée de ses pires éléments et remise dans le droit chemin par un homme intègre. Ce combat qui semblait perdu d'avance au début, bascule et se termine par un happy end classique : le bien triomphe du mal. Agréable et facile à lire grâce à une prose fluide et vivante, ce livre est à la fois distrayant et instructif car cette histoire semble inspirée de faits réels. Au détour d'une page, on y rencontre même un certain Chester Himes.

4/5

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17/09/2012

Le troisième trou (Erle Stanley Gardner)

le troisième trou.jpgKerry Dutton, conseiller en investissements, se présente au bureau de l'avocat Perry Mason en s'accusant de détournement de fonds au détriment de la jeune Desere Ellis. Le père de celle-ci lui avait confié la gestion de sa fortune pour protéger sa fille de mauvaises fréquentations et influences. Kerry devait lui verser des revenus et veiller à faire fructifier son capital. L'ennui c'est que Kerry est tombé amoureux de Desere et que, voulant trop bien faire, il a vendu des actions quand elles étaient au plus bas sans l'en informer et qu'il a fait d'autres placements plus juteux en son nom propre. Mason décide de le faire suivre par Paul Drake, son ami détective, car il est persuadé que le jeune homme lui cache quelque chose. Très vite, le financier se retrouve soupçonné d'un meurtre commis non loin du troisième trou d'un green de golf. Il faudra toute l'expertise de Mason et de son assistante Della Street pour dénouer une affaire particulièrement compliquée.

Ce roman policier datant des années 60 de l'autre siècle, s'il n'a pas trop vieilli, n'en demeure pas moins extrêmement classique de par son intrigue très orientée judiciaire (comme de coutume chez Gardner, lui-même ancien avocat). Le lecteur sera sensible au côté retors de ses assassins et à celui encore plus retors de son héros, Perry Mason, le chevalier blanc du barreau dont les aventures ont servi de base à une célèbre série télé. A ce côté énigmatique et tarabiscoté s'ajoute un style très vivant nourri de nombreux dialogues et dépourvu de descriptions ou fioritures inutiles. Sans doute est-ce cela qui rend agréable et divertissante la lecture de ce livre encore aujourd'hui.

3,5/5

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15/09/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 7/1ère partie)

John et Tom laissèrent s’écouler une bonne semaine, se contentant de vivre au jour le jour l’existence un peu morne des résidents. Nourriture à gogo, boissons alcoolisées, baignade, sport, divertissements et jeux d’argent. Ils remarquèrent que l’ambiance s’alourdissait lentement à mesure que les tours de taille s’élargissaient, les postérieurs s’épanouissaient, les cuisses s’épaississaient et les bourrelets de graisse apparaissaient un peu partout. Malgré tous les sports qu’ils pratiquaient, eux-mêmes avaient également l’impression de s’empâter même si ce n’était pas dans les mêmes proportions que les autres. Eva se montrait distante vis-à-vis de Tom qui la soupçonnait de fréquenter le bel Anlow en cachette. Sans en parler, mais d’un commun accord, les trois en restaient au strict plan de l’amitié sans apparente arrière pensée.

Inquiet, John se présenta à la case de Lilia nichée au fond de la palmeraie. Il frappa à la porte. Aucune réponse. Regarda par une fente de volet. Les lieux étaient complètement vides. Le lit était fait, la case rangée. Aucun objet ne traînait. Lilia avait disparu, évaporée dans l’espace. La blonde diaphane et rebelle qui occupait l’esprit de John ne vivait plus que dans son souvenir. Il se demandait même s’il n’avait pas rêvé. Il chercha à en savoir plus. Il interrogea un droïde jardinier facilement identifiable car il ressemblait sinon à un lutin du moins à une personne de petite taille.

- Il n’y a personne dans cette case, lui dit le droïde. Inutile de tourner autour comme vous le faîtes, Monsieur, vous perdez votre temps…

- Pour ce que j’ai d’intéressant à faire, je n’en manque pas, répondit John sur un ton désabusé. Je cherche Mademoiselle Lilia, une jeune femme blonde qui occupait cette case.

- Vous devez faire erreur, il n’y a jamais eu de Lilia ici. Moi, je me souviens très bien du dernier occupant. C’était un gros bonhomme d’une cinquantaine d’années, largement déplumé sur le dessus de la tête. Ah, celui-là, il était tellement goinfre, qu’avec tout ce qu’on lui donnait à manger, il avait presque doublé de volume. C’est à peine s’il arrivait à passer la porte et il a même trouvé le moyen de démolir le lit. Oh, il devait peser pas loin des deux cents kilos quand il est parti…

- Vous êtes sûr que c’est ce type qui a été le dernier occupant des lieux et pas mon amie ?

- Certain, Monsieur, absolument certain. Même qu’ils l’ont transféré hier sur Voluptuosa et que j’ai été obligé de rafistoler le lit. Vous voulez que je vous montre les lattes que j’ai dû rajouter pour renforcer le sommier ?

- Non, c’est inutile. Je vous crois…

Et Kwick laissa en plan le mini-jardinier en se disant qu’après tout, il avait pu s’être trompé de case vu qu’elles se ressemblaient toutes. Il se mit à rôder dans la palmeraie. En vain. Lilia n’était nulle part. Il trouva même le moyen de se faire repérer par deux AA, vêtus d’un pagne et d’un tee-shirt portant leurs noms, « Tété » et  « Titi ».

- Pourquoi restez-vous ainsi dans la zone de la palmeraie alors que vous dépendez du Grand Hôtel ? lui demandèrent-ils d’un air soupçonneux.

- Je croyais que cet endroit agréable et ombragé était libre d’accès pour l’ensemble des résidents, rétorqua John assez agacé.

- Disons qu’il n’est pas totalement interdit, mais nous trouvons un peu suspect que vous y traîniez aussi longtemps alors que vous devriez vaquer à vos activités… Ne devriez-vous pas être en salle de musculation en ce moment ?

- Disons que j’ai eu un coup de mou. Je n’ai plus la même forme qu’au début du séjour. Vous nous faîtes trop manger. On engraisse, on a beaucoup moins de dynamisme…

- C’est pour votre bien, Monsieur Slim Kwick. Rappelez-vous que si vous n’avez pas la condition physique voulue pour être en mesure de supporter une nouvelle RTT, vous ne pourrez pas aller terminer votre séjour sur Voluptuosa et ce serait dommage…

- Je ne me fais pas de souci. J’ai pris du poids. Mais dîtes-moi, savez-vous ce qu’est devenue une pensionnaire appelée Mademoiselle Lilia White ?

- Nous ne voyons pas, répondit celui qui était marqué Tété.

- Mais si, voyons, une jeune femme mince et blonde qui vous a donné du fil à retordre dès le début du séjour…

- Non, vraiment, fit l’autre. Il n’y a eu personne de ce genre dans votre groupe. Excepté vous, tout le monde s’est montré tout à fait coopératif…

- Elle ne voulait pas qu’on la gave. Vous avez même été obligé de la nourrir de force et de la consigner dans sa case pour qu’elle ne donne pas le mauvais exemple aux autres.

- Mais vous délirez complètement, mon pauvre ami, s’exclama Titi qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à son « frère ». Cette personne n’a dû exister que dans votre imagination. Allez consulter l’Autorité si vous ne nous croyez pas… Mais je puis vous assurer qu’elle vous dira, tout comme nous, qu’il n’y a jamais eu de Lilia White parmi les résidents de Paradise Resort!

Songeur, John regagna la plage. Il parla de cette disparition à ses deux amis Eva Brown et Oncle Tom qui ne purent que compatir à sa douleur sans lui apporter la moindre explication. Tous se sentaient assaillis de questions : « Où Lilia avait-elle été transférée ? Sur Terre ? Sur Voluptuosa ? Sur Somptuosa ? Ou tout simplement dans un endroit encore plus discret ? A moins qu’elle n’ait disparu définitivement, morte brusquement d’une rupture d’anévrisme, d’une crise cardiaque ou d’une overdose de produits hallucinatoires ou anesthésiants ? Personne bien sûr n’évoqua cette dernière éventualité à haute voix, mais chacun y pensa fortement.

A la fin d’un long repas du soir qui leur sembla durer une éternité, l’énorme Balena apparut sur la scène, perchée sur une sorte de soucoupe sur coussin d’air. Toujours aussi outrageusement maquillée, elle était vêtue d’une large robe de brocard vert serrée sous la poitrine ce qui mettait en valeur un décolleté si plantureux qu’on pouvait l’assimiler à une vue sur une paire de mamelles de vache laitière. Elle commença son discours d’une voix grave, fort peu féminine : « Chères Résidentes, Chers Résidents, nous voici bientôt arrivés au terme de votre séjour sur Déliciosa. J’espère qu’il vous a été agréable et que vous en avez profité comme il faut. Beaucoup d’entre vous ont respecté scrupuleusement nos consignes. Ils peuvent donc être fiers d’avoir suffisamment grossi, prospéré pour être capables de supporter un nouveau voyage spatial vers notre planète sœur Voluptuosa. Tout le monde n’aura pas cette chance. Certains d’entre vous devront rester avec nous en regrettant les merveilles de volupté dont jouiront les autres. Déliciosa a été pour vous la planète des délices principalement culinaires, je vous l’accorde. Voluptuosa sera celle de l’amour, du plaisir, du sexe. Vous allez multiplier les expériences voluptueuses avec les partenaires les plus merveilleux. Dîtes-vous que les nuits les plus torrides vous attendent… Ah ! Les petites chanceuses et les petits chanceux que vous êtes ! Comme j’aimerais être à votre place ! Pour l’instant, je vais procéder à l’appel de toutes celles et de tous ceux qui se sont révélés suffisamment lourds et pesants lors de leur dernier passage devant le scanner de gravité.

- Elma Tontron, 135 kg.

Une grosse femme toute souriante se leva de sa chaise.

- On l’applaudit ! brailla Balena.

(Disponible sur Amazon, Lulu & TheBookEdition)

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14/09/2012

Aux trois cassoulets (Charles Exbrayat)

Aux trois cassoulets.jpgDans la bonne ville de Rodez, trois aristocrates d'âge mûr, « les trois barons », entretiennent trois demoiselles de petite vertu. Cette situation peu conforme à la morale traditionnelle scandalise particulièrement Monique Sartilly, une enquiquineuse de première, tout à la fois sotte, stupide et snob. Pour faire gagner un peu de respectabilité à leurs trois amies, les trois barons les aident à ouvrir un restaurant de cuisine de pays sous l'enseigne « Aux trois cassoulets ». Le jour de l'inauguration, une altercation éclate entre Monique et Suzanne, l'une des trois restauratrices. S'en suivra un drame doublé d'une énigme que le brave commissaire Léonce Cernil aura bien de la peine à résoudre tout autant que cette question cruciale : « Où trouve-t-on le meilleur cassoulet de France ? A Carcassonne, à Castelnaudary ou à Toulouse ?

Un charmant roman policier comme personne n'en écrit plus de nous jour. Une très fine analyse des comportements de la bonne société provinciale du milieu de l'autre siècle. Une intrigue pleine de suspens et de rebondissements. Des personnages hauts en couleurs. Et, cerise sur le gâteau, une langue de très belle facture, un style agréable et enlevé sans oublier l'humour léger d'Exbrayat qui est la marque de facture d'un auteur un peu oublié de nos jours, ce qui est tout à fait regrettable.

4,5/5

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12/09/2012

Le bout du monde (Collectif)

Le bout du monde.jpgIncapable d'assumer son rôle d'épouse et terrorisée à l'idée de devenir mère, une jeune femme abandonne le foyer conjugal, part dans le désert sur sa Harley-Davidson et y fait une rencontre étrange... Un homosexuel, toujours amoureux d'un ancien compagnon, attend patiemment que celui-ci quitte sa femme et revienne vivre avec lui... Une jeune femme dotée de pouvoirs paranormaux provoque toutes sortes de catastrophes. Des sandows se détachent et blessent un importun, une planche de surf tombe et se fend en deux et une fourchette se transforme en dangereux projectile... Un jeune nageur tombe dans un guet-apens qui lui est tendu par deux bimbos fort agréables... Un bibliothécaire alcoolique et homosexuel invite d'improbables amis à une spaghettis-party... Un ado, qui rentre d'Italie après sa énième fugue, retrouve la maison familiale abandonnée...

« Le bout du monde » est un recueil composé de onze nouvelles sombres proposées par dix auteurs différents, six étrangers et quatre français. Au départ, ces textes inédits furent publiés dans le journal « Le Monde » avant d'être réunis dans ce livre. Comme toujours dans ce genre d'opus, le lecteur y trouvera le pire et le meilleur. « Ma première expérience de possession démoniaque » de Nicholas Blincoe, « L'autre côté de la mer » de Chantal Pelletier et « Le nid de l'année passée » de Chris Offutt dépassent très nettement le niveau des autres soit par leur étrangeté, soit par leur véritable maîtrise de l'art de la nouvelle qui se doit de raconter une histoire avec une chute surprenante si possible et ne pas se contenter de remplissage comme certaines que nous n'aurons pas la cruauté de citer. Un ensemble disparate où chaque auteur a pu s'intéresser à des thèmes aussi différents que le lombricompostage, le culte de la personnalité à Cuba, l'homosexualité ou la campagne pour la présidence aux Etats-Unis.

3,5/5

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10/09/2012

Le cadavre cavaleur (Erle Stanley Gardner)

Le cadavre cavaleur.jpgMyrna Davenport, femme d'un homme d'affaire s'intéressant à des spéculations minières est accusé du meurtre de son mari Edward. Il aurait été empoisonné au cyanure ou à l'arsenic. L'ennui, c'est que son corps a disparu pendant un moment laissant penser que, porté sur la boisson, il n'aurait subi qu'un coma éthylique, se serait relevé et aurait filé en enjambant la fenêtre. Mais quand des enfants découvrent son cadavre et que l'autopsie est pratiquée, les experts ne sont d'accord sur rien. L'un penche pour un décès dû au cyanure, l'autre pour une intoxication à l'arsenic. L'avocat Perry Mason, mandaté par Myrna Davenport, son assistante Della Street et son ami détective Paul Drake, vont devoir éclaircir cette ténébreuse affaire.

Un roman policier de façon parfaitement classique qui propose un agréable moment de divertissement. Comme toujours avec le héros Perry Mason, l'aspect judiciaire se taille la part du lion ce qui apporte une certaine originalité à cette histoire. Le style est agréable car très parlé. Beaucoup de dialogues, quasiment pas de descriptions donne un rythme certain. Une enquête bien menée. Un style qui n'a pas vieilli pour une énigme assez compliquée pour rester encore intéressante aujourd'hui.

4/5

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08/09/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 6/10ème partie)

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Bienvenue sur Deliciosa couv.jpgL’autre ne le comprit pas du tout de cette façon. Il me fit arrêter en plein centre ville. Ces cochons devaient me surveiller depuis pas mal de temps. Je me retrouvais assis dans son bureau crasseux. Il commença à feuilleter un énorme dossier, puis à tapoter négligemment sur le clavier de son ordinateur avant de me regarder par-dessus ses lunettes à monture métallique.

- Monsieur Green, je me présente, Frantz Fanon, IGTP, section Blackpool et environs, je suppose que vous savez pourquoi vous vous retrouvez devant moi…

- Absolument pas.

- Vous n’avez pas reçu nos courriers ?

- Si. Il parait que je vous dois de l’argent…

- Enormément, Monsieur Green, beaucoup plus que vous ne pouvez payer…

- Oh, si vous me laissez un peu de temps, je finirai bien par y parvenir…

- Ce n’est pas si simple et pour nous, il ne saurait être question d’attendre 80 ou 100 ans avant de rentrer dans nos fonds… J’ai remis l’affaire entre les mains de la justice et en attendant, j’ai obtenu un mandat d’arrêt contre vous pour proxénétisme et fraude fiscale. Dès ce soir vous dormirez en prison…

A partir de cet instant, ils ne me lâchèrent plus jamais. Le tribunal me condamna à dix ans fermes et à plusieurs millions de dolros de redressement. Tous mes comptes bancaires furent vidés au profit du fisc, mon appartement saisi et vendu aux enchères de même que la totalité de mes biens, ce qui n’épongea qu’une partie de ma dette. Aucune fille ne vint jamais me voir au parloir. Sans doute furent-elles également inquiétées, arrêtées, rançonnées. Les seules visites que je reçus furent celles de la pauvre Mamy Blunt qui ne me retira jamais son affection et qui me fut fidèle jusqu’à la mort.

J’étais presque au bout de ma peine quand on me proposa ce séjour sur Déliciosa pour solde de tout compte. Je n’en revenais pas de mon aubaine. On me proposait ni plus ni moins que des vacances dans un cadre enchanteur à la place d’une durée triple à moisir dans un cachot. Entre l’enfer et le paradis, le choix était facile. Tout le monde aurait fait comme moi. Mais maintenant je me demande ce que cette proposition alléchante pouvait bien cacher… Et je n’ai encore pas trouvé !

- Tu étais donc un taulard n’ayant pas terminé sa peine. Tu devais encore plein de pognon à l’Etat et on t’a envoyé te goberger ici, commenta John, c’est tout à fait étrange…

- Il doit y avoir anguille sous roche. Je sais bien que les services sociaux sont parfois d’une générosité faramineuse, mais quand même…

A SUIVRE

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07/09/2012

Un Irlandais en Allemagne (Dermot Bolger)

un irlandais en allemagne.jpgEn 1988, Dermot Bolger est à un tournant de sa vie. L'équipe de foot d'Irlande affronte la Hollande lors de la demi-finale de l'Euro. Il est venu la soutenir à Hambourg en compagnie de deux amis d'enfance, Mick et Shane. Comme l'Irlande va perdre, ils vont devoir se quitter. Dermot restera en Allemagne pour vivre avec sa petite amie allemande qui attend leur premier enfant. Que sera-t-il ? Mi-allemand, mi-irlandais. Allemand pour les Irlandais et Irlandais pour les Allemands... Ses amis chômeurs pour la plupart iront chercher du travail un peu partout en Europe et même aux Etats-Unis.

Dans cette courte lettre à son fils (45 pages), Dermot Bolger parvient, en se servant de ses souvenir de supporter de foot, à évoquer la plupart des drames de l'Irlande. Les révoltes, les martyrs, les fusillades, les grèves de la faim jusqu'à ce que mort s'en suive, la misère, le chômage et l'éternel rêve d'une Irlande réunie. S'en suit une série de poèmes écrits dans une langue simple, élégante et naturelle et dédicacés aux chanteurs Tom Waits et Rory Gallagher, à sa mère et à ses fils. C'est émouvant et touchant. Un échantillon de la production d'un auteur sympathique qui donne envie de continuer à le découvrir plus pleinement.

4,5/5

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05/09/2012

Le Quinconce / Le secret des cinq roses (Charles Palliser)

Le secret des cinq roses.jpgDe retour à Londres, le jeune John tombe à nouveau dans un guet-apens. Il est capturé par Daniel Porteous, héritier du clan Clothier qui a tout intérêt à ce que le jeune homme disparaisse. Mais au moment où John doit être précipité dans un puits, c'est Porteous qui y tombe et trouve la mort. Il en sera de même d'Henry Bellringer, personnage trouble qui se révèlera un faux ami et sera assassiné par l'héritier Mompesson au moment de son mariage avec Henrietta... Un à un, les prétendants des quatre autres branches de cette famille « tuyau-de-poële » meurent ou disparaissent laissant le champ libre à notre jeune héros qui aurait bien mérité de l'emporter au bout du compte et de récupérer son fameux héritage. Mais quel sera son choix ? « L'on attendait une fin à la Dickens, avec plus d'âpreté peut-être, et c'est Shakespeare qui se trouve convoqué – et son noir cortège. »

Encore des rebondissements dans ce cinquième et dernier opus de cette série «Le Quinconce ». Le petit héros surmonte tous les pièges, évite tous les complots et survit à toutes les tentatives de meurtres. L'imbroglio inextricable finit par être débrouillé de façon aussi rocambolesque qu'improbable et le lecteur se retrouve gratifié d'une fin aussi équivoque que tout l'ensemble de cette sordide histoire. D'où l'impression que l'auteur l'a baladé sur plus de 5 tomes de 5 chapitres comportant chacun 5 parties et beaucoup plus de 1000 pages pour une histoire qui aurait gagné à être réduite au quart ou au cinquième de cela. Rythme et intérêt y auraient beaucoup gagné. Dans une longue post-face, l'auteur explicite ses intentions et sa technique d'écriture. Il a voulu écrire un roman plus didactique et philosophique que victorien, bâti sur une architecture « mathématique » et s'en excuse presque auprès de ses lecteurs, parfaitement conscient de « l'énormité » littéraire obtenue. Pour sa part, le lecteur reste très partagé sur l'intérêt de tels procédés qui ne lui semblent guère convaincants. Seule consolation, cet ouvrage ne compte que 185 pages, une liste exhaustive des personnages et un indispensable arbre généalogique (enfin complet) sans lesquels la compréhension de ce salmigondis alambiqué serait quasiment impossible.

2,5/5

09:02 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/09/2012

Le Quinconce / La clé introuvable (Charles Palliser)

la clé introuvable.jpgInterné dans une maison de fous qui ressemble à une prison dans laquelle il subit les pires avanies, le petit John retrouve un moment son père et profite de son décès pour s'en échapper d'une manière on ne peut plus rocambolesque. Revenu à Londres, il est recueilli par la famille Digweed, de braves miséreux qui « font les berges », c'est à dire qu'ils explorent la vase des égouts à marée basse dans l'espoir d'y trouver quelques pièces ou bijoux perdus. Puis John se risque à une première tentative de récupération du fameux testament et de son codicille, mais il ne parvient pas à faire basculer la plaque de marbre qui ferme le coffre-fort de Sir Percival car il n'en connait pas la combinaison. Il ne lui reste plus qu'à s'y faire embaucher comme domestique ce qui lui permettra de retrouver la petite Henrietta qui ne l'a pas oublié et son amie, la très vieille Miss Lydia, qui va se révéler une alliée non négligeable pour ce projet.

Ce quatrième et avant dernier tome de la saga « Le Quinconce » ne manque ni d'actions ni de rebondissements. Les tribulations et persécutions pleuvent toujours autant sur le malheureux jeune héros et l'énigme de cet héritage perdu n'est bien entendu toujours pas résolue même si quelques bribes de vérité nous sont distillées ici ou là. Et malgré tout cela, un certain ennui s'installe insidieusement pendant une lecture laborieuse. Est-ce dû au style descriptif plutôt lourd de l'auteur ou à ce besoin de reprendre en boucle cette histoire à chaque fois qu'un nouveau personnage rencontre John. Ce procédé de perpétuel résumé des chapitres précédents est à la fois lassant et désobligeant pour le lecteur qui s'efforce de suivre cette intrigue alambiquée et redondante et a l'impression d'être un peu pris pour un idiot.

3/5

08:49 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/09/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 6/9ème partie)

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Bienvenue sur Deliciosa couv.jpgL’idée m’en était venue en entendant à travers la cloison un gros PDG demander à May de l’attacher aux barreaux du lit par les poignets et les chevilles en lui disant : « Fais-moi tout ce que tu as envie… Je veux me soumettre totalement à ta volonté… » May, qui n’était pas encore habituée à ce genre de client, se contenta de le faire jouir de la façon la plus classique et l’autre repartit heureux, ayant assouvi son fantasme de captif enchaîné…

J’expliquais alors à May l’évolution sado-maso que je lui proposais. Moyennant quelques tenues en cuir et quelques instruments de base comme des fouets et des menottes, je la fis passer du statut de vulgaire prostituée jolie, mais quelconque à celui beaucoup plus recherché de maîtresse et dominatrice de haut vol. Je lui fis augmenter ses tarifs de manière plus que significative, et hanter les bars et les salons des grands hôtels. Immédiatement, elle rencontra un succès fou. Nous pratiquions à la manière des call-girls de haut vol. Un rendez-vous par téléphone et May se présentait à la chambre du palace ou au lieu de résidence du client… L’ayant soigneusement briefée, elle connaissait parfaitement son rôle et le jouait avec un grand sérieux. Elle arrivait, vêtue d’une sorte de longue houppelande noire, d’un boléro, d’une minijupe et de cuissardes de cuir. Sans un sourire, sans un mot de politesse ou de remerciement, elle ramassait l’enveloppe que lui tendait d’une main tremblante le terrible décideur ou le puissant manager transformé en agneau bêlant devant cette maîtresse aussi belle qu’impitoyable. Ensuite May se débarrassait de son long manteau et se dévêtait rarement beaucoup plus. Ses étranges clients ne recherchaient pas la jouissance dans un vulgaire accouplement, mais dans l’humiliation glacée, la soumission totale. Les contacts physiques, les attouchements voluptueux se retrouvaient donc hors de propos. Seule la maîtresse pouvait avoir l’initiative et devait rester lointaine, intouchable…

La plupart du temps, elle les attachait au lit à l’aide de deux paires de menottes, puis les griffait, les giflait, en fouettait même certains jusqu’au sang et surtout jusqu’à ce qu’ils crient « Pitié ! ». Le plus souvent, on convenait d’un mot ou d’un geste qui servait de signal à l’arrêt des mauvais traitements. Quelquefois, emportée par son élan, May poursuivait un peu au-delà, mais c’était assez rare. Son côté sadique ne s’exacerbait guère au-delà de l’admissible. L’immense majorité des clients se contentaient de cette séance de « torture ». Mais quelques-uns pouvaient aller très loin comme se laisser uriner dessus, se faire écraser les extrémités sous les talons de la belle, mais le plus souvent, ils ne refusaient pas les soins post-opératoires comme les massages avec onguents et crème cicatrisante quand ce n’étaient pas de véritables consolations sexuelles que May leur prodiguait moyennant un léger supplément. Pour les clients les plus atteints ou les plus accros, j’avais aménagé une véritable de salle des supplices dans une des caves discrètes que je pouvais utiliser dans un souterrain un peu à l’écart. Les plus vicieux de nos patients y trouvaient des crochets permettant de les suspendre comme ils le désiraient, des chaînes et même des sortes de treuils pour les soulever du sol, des étaux, des presses pour leur écraser les extrémités sans oublier la fameuse baignoire, la classique potence et le sinistre garrot. Pareils engins nécessitaient ma présence pour les manipuler car il me fallait faire preuve d’énormément d’habileté et de doigté. En effet, il s’agissait uniquement de faire souffrir et en aucun cas de blesser ni à fortiori de tuer aucun de ces misérables pervers…

Bizarrement, l’un des supplices les plus recherché était la pendaison car elle était censée entraîner une érection très importante et sans doute hors du commun chez le patient. Yeux bandés et poignets entravés, le maso montait complètement nu sur une chaise. Je lui passais alors le nœud coulant autour du cou et je le soulevais en tirant sur la corde passée dans une poulie. Dès que le membre entrait en érection, je relâchais aussitôt la traction et laissait retomber l’homme, souvent quasi évanoui sur la chaise. Une fois qu’il avait retrouvé ses esprits après avoir été aspergé d’eau, May n’avait plus qu’à passer à l’action. Il va sans dire que ce supplice particulièrement risqué faisait partie des plus onéreux de notre catalogue…

Notre petite entreprise fonctionnait si bien et notre fichier clientèle s’étoffait si vite, qu’il fallut bientôt prendre de l’extension et engager du personnel. J’embauchais ainsi une secrétaire pour noter les rendez-vous et servir de filtre ainsi que deux nouvelles filles dans un premier temps, recrutées d’ailleurs parmi d’anciennes collègues de May, puis très vite quelques autres ce qui amena mon équipe de « Drôles de dames » à un effectif d’une bonne dizaine de titulaires. Je les choisissais toujours très belles, très typées et surtout à tendance saphiques car j’avais remarqué un très net penchant pour la cruauté chez ces dernières. En toute tranquillité et en toute bonne conscience, elles laissaient s’exprimer leur mépris des mâles ce qui les rendaient encore plus attrayantes, plus professionnelles, en un mot, plus crédibles.

Etant leur protecteur, je me retrouvais être leur Pygmalion, leur référence, leur repère incontournable et cela me plaisait énormément. Je me sentais un peu comme une sorte de satrape au milieu de son harem. Quelle que soit leur sexualité véritable, je mettais un point d’honneur à la satisfaire et je reconnais que cette période de ma vie a représenté pour moi une sorte d’âge d’or. J’avais sous la main, tout ce qu’un homme pouvait souhaiter : les femmes, le sexe, l’argent, l’alcool. J’étais à l’aise et comblé. Je jouissais sans frein et sans jamais penser au lendemain…

Mal m’en prit. Un Inspecteur Général de la Taxation Planétaire, le plus enférocé des fonctionnaires des services d’impôts et de taxations, découvrit notre existence sans doute lors d’une partie fine avec une de nos filles. Se montra-t-il peine à jouir ou mauvais joueur, toujours est-il qu’il nous pourchassa de sa hargne. Cela commença par des courriers que je me permis d’ignorer superbement. Nous avions fonctionné près de douze années sans jamais verser un sou à l’Etat, il n’était pas question de commencer aujourd’hui, pensai-je bien naïvement.

A SUIVRE

09:17 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |