15/09/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 7/1ère partie)

John et Tom laissèrent s’écouler une bonne semaine, se contentant de vivre au jour le jour l’existence un peu morne des résidents. Nourriture à gogo, boissons alcoolisées, baignade, sport, divertissements et jeux d’argent. Ils remarquèrent que l’ambiance s’alourdissait lentement à mesure que les tours de taille s’élargissaient, les postérieurs s’épanouissaient, les cuisses s’épaississaient et les bourrelets de graisse apparaissaient un peu partout. Malgré tous les sports qu’ils pratiquaient, eux-mêmes avaient également l’impression de s’empâter même si ce n’était pas dans les mêmes proportions que les autres. Eva se montrait distante vis-à-vis de Tom qui la soupçonnait de fréquenter le bel Anlow en cachette. Sans en parler, mais d’un commun accord, les trois en restaient au strict plan de l’amitié sans apparente arrière pensée.

Inquiet, John se présenta à la case de Lilia nichée au fond de la palmeraie. Il frappa à la porte. Aucune réponse. Regarda par une fente de volet. Les lieux étaient complètement vides. Le lit était fait, la case rangée. Aucun objet ne traînait. Lilia avait disparu, évaporée dans l’espace. La blonde diaphane et rebelle qui occupait l’esprit de John ne vivait plus que dans son souvenir. Il se demandait même s’il n’avait pas rêvé. Il chercha à en savoir plus. Il interrogea un droïde jardinier facilement identifiable car il ressemblait sinon à un lutin du moins à une personne de petite taille.

- Il n’y a personne dans cette case, lui dit le droïde. Inutile de tourner autour comme vous le faîtes, Monsieur, vous perdez votre temps…

- Pour ce que j’ai d’intéressant à faire, je n’en manque pas, répondit John sur un ton désabusé. Je cherche Mademoiselle Lilia, une jeune femme blonde qui occupait cette case.

- Vous devez faire erreur, il n’y a jamais eu de Lilia ici. Moi, je me souviens très bien du dernier occupant. C’était un gros bonhomme d’une cinquantaine d’années, largement déplumé sur le dessus de la tête. Ah, celui-là, il était tellement goinfre, qu’avec tout ce qu’on lui donnait à manger, il avait presque doublé de volume. C’est à peine s’il arrivait à passer la porte et il a même trouvé le moyen de démolir le lit. Oh, il devait peser pas loin des deux cents kilos quand il est parti…

- Vous êtes sûr que c’est ce type qui a été le dernier occupant des lieux et pas mon amie ?

- Certain, Monsieur, absolument certain. Même qu’ils l’ont transféré hier sur Voluptuosa et que j’ai été obligé de rafistoler le lit. Vous voulez que je vous montre les lattes que j’ai dû rajouter pour renforcer le sommier ?

- Non, c’est inutile. Je vous crois…

Et Kwick laissa en plan le mini-jardinier en se disant qu’après tout, il avait pu s’être trompé de case vu qu’elles se ressemblaient toutes. Il se mit à rôder dans la palmeraie. En vain. Lilia n’était nulle part. Il trouva même le moyen de se faire repérer par deux AA, vêtus d’un pagne et d’un tee-shirt portant leurs noms, « Tété » et  « Titi ».

- Pourquoi restez-vous ainsi dans la zone de la palmeraie alors que vous dépendez du Grand Hôtel ? lui demandèrent-ils d’un air soupçonneux.

- Je croyais que cet endroit agréable et ombragé était libre d’accès pour l’ensemble des résidents, rétorqua John assez agacé.

- Disons qu’il n’est pas totalement interdit, mais nous trouvons un peu suspect que vous y traîniez aussi longtemps alors que vous devriez vaquer à vos activités… Ne devriez-vous pas être en salle de musculation en ce moment ?

- Disons que j’ai eu un coup de mou. Je n’ai plus la même forme qu’au début du séjour. Vous nous faîtes trop manger. On engraisse, on a beaucoup moins de dynamisme…

- C’est pour votre bien, Monsieur Slim Kwick. Rappelez-vous que si vous n’avez pas la condition physique voulue pour être en mesure de supporter une nouvelle RTT, vous ne pourrez pas aller terminer votre séjour sur Voluptuosa et ce serait dommage…

- Je ne me fais pas de souci. J’ai pris du poids. Mais dîtes-moi, savez-vous ce qu’est devenue une pensionnaire appelée Mademoiselle Lilia White ?

- Nous ne voyons pas, répondit celui qui était marqué Tété.

- Mais si, voyons, une jeune femme mince et blonde qui vous a donné du fil à retordre dès le début du séjour…

- Non, vraiment, fit l’autre. Il n’y a eu personne de ce genre dans votre groupe. Excepté vous, tout le monde s’est montré tout à fait coopératif…

- Elle ne voulait pas qu’on la gave. Vous avez même été obligé de la nourrir de force et de la consigner dans sa case pour qu’elle ne donne pas le mauvais exemple aux autres.

- Mais vous délirez complètement, mon pauvre ami, s’exclama Titi qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à son « frère ». Cette personne n’a dû exister que dans votre imagination. Allez consulter l’Autorité si vous ne nous croyez pas… Mais je puis vous assurer qu’elle vous dira, tout comme nous, qu’il n’y a jamais eu de Lilia White parmi les résidents de Paradise Resort!

Songeur, John regagna la plage. Il parla de cette disparition à ses deux amis Eva Brown et Oncle Tom qui ne purent que compatir à sa douleur sans lui apporter la moindre explication. Tous se sentaient assaillis de questions : « Où Lilia avait-elle été transférée ? Sur Terre ? Sur Voluptuosa ? Sur Somptuosa ? Ou tout simplement dans un endroit encore plus discret ? A moins qu’elle n’ait disparu définitivement, morte brusquement d’une rupture d’anévrisme, d’une crise cardiaque ou d’une overdose de produits hallucinatoires ou anesthésiants ? Personne bien sûr n’évoqua cette dernière éventualité à haute voix, mais chacun y pensa fortement.

A la fin d’un long repas du soir qui leur sembla durer une éternité, l’énorme Balena apparut sur la scène, perchée sur une sorte de soucoupe sur coussin d’air. Toujours aussi outrageusement maquillée, elle était vêtue d’une large robe de brocard vert serrée sous la poitrine ce qui mettait en valeur un décolleté si plantureux qu’on pouvait l’assimiler à une vue sur une paire de mamelles de vache laitière. Elle commença son discours d’une voix grave, fort peu féminine : « Chères Résidentes, Chers Résidents, nous voici bientôt arrivés au terme de votre séjour sur Déliciosa. J’espère qu’il vous a été agréable et que vous en avez profité comme il faut. Beaucoup d’entre vous ont respecté scrupuleusement nos consignes. Ils peuvent donc être fiers d’avoir suffisamment grossi, prospéré pour être capables de supporter un nouveau voyage spatial vers notre planète sœur Voluptuosa. Tout le monde n’aura pas cette chance. Certains d’entre vous devront rester avec nous en regrettant les merveilles de volupté dont jouiront les autres. Déliciosa a été pour vous la planète des délices principalement culinaires, je vous l’accorde. Voluptuosa sera celle de l’amour, du plaisir, du sexe. Vous allez multiplier les expériences voluptueuses avec les partenaires les plus merveilleux. Dîtes-vous que les nuits les plus torrides vous attendent… Ah ! Les petites chanceuses et les petits chanceux que vous êtes ! Comme j’aimerais être à votre place ! Pour l’instant, je vais procéder à l’appel de toutes celles et de tous ceux qui se sont révélés suffisamment lourds et pesants lors de leur dernier passage devant le scanner de gravité.

- Elma Tontron, 135 kg.

Une grosse femme toute souriante se leva de sa chaise.

- On l’applaudit ! brailla Balena.

(Disponible sur Amazon, Lulu & TheBookEdition)

08:50 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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