25/08/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 6/8ème partie)

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Bienvenue sur Deliciosa couv.jpg- Ils m’ont eu, ces salauds, me souffla-t-il. Je pisse le sang. Je crois que je me suis pris une balle dans le bide. Ca fait un mal de chien… Laisse-moi, tire-toi, m’attends pas… Vas-y ! Fonce ! Je vais essayer de te couvrir…

Et ce bon frère se mit à tirer de longues rafales de son fusil mitrailleur en arrosant toute la zone sur presque 360°. J’en profitais pour courir vers l’angle de l’immeuble. J’y trouvais un tas de bidoche carbonisée d’où émergeait un bout de ferraille tordu, sans doute l’arme du sniper que mon rayon avait déniché tout seul. Me sentant hors champ, je pris mes jambes à mon cou, alors que résonnaient au loin les dernières salves de l’attentat qui s’achevait faute de combattants. Dans une ruelle déserte, je soulevais une plaque d’égout, me glissais dans le conduit non sans oublier de replacer le lourd rond de fonte au dessus de moi. Là, enfin, je pouvais me sentir en sécurité. Les Pakis ne viendraient pas de sitôt pourchasser jusque dans ce souterrain le dernier survivant du malheureux gang des KJ black boys… Maîtres provisoires du quartier, ils allaient devoir soumettre la population noire du ghetto, la plier à leurs lois, ce qui ne manquerait pas de provoquer des vagues et peut-être même de susciter la création d’autres gangs ou même de milices d’auto défense. Allez savoir…

 

Me retrouvant donc seul et livré à moi-même, je passais quelques temps à me cacher dans les tunnels et les souterrains. J’allais de temps en temps chez Mamy Blunt, histoire de lui donner un coup de main. J’étais costaud, j’en imposais car tout le monde savait que j’étais un des rares survivants du gang. Un regard, un geste de moi suffisait à calmer les ivrognes, les camés ou les obsédés qui hantaient le boxon et essayaient d’en troubler la bonne marche. La petite entreprise de ma mère adoptive n’était qu’une sinistre maison d’abattage sans aucune envergure ni réputation. Des filles assez moches, plutôt vulgaires, écartaient les jambes et se laissaient souiller sans bouger ni simuler quoi que ce soit pour trois misérables dolros. Des prolos peu ragoûtants s’y vidaient les poches et les burnes les uns à la suite des autres en deux temps trois mouvements, sans joie ni volupté, plaisirs qui sans doute leur étaient totalement inaccessibles. On donnait dans le rut bestial, le coup de rein salvateur et l’éjaculation libératrice…

Du petit troupeau des bêtes à plaisir abruties par l’alcool ou le bang, n’émergeait qu’une fille, une métisse d’asiate et de black appelée May. Svelte et agréable, elle disposait de traits fins, de cheveux lisses et noirs, d’une bouche aux lèvres pulpeuses, mais pas trop épaisses et surtout ne souffrait ni d’un nez épaté ni de cuisses lourdes et de ventre proéminent. Une beauté gracieuse, souriante, un rayon de soleil dans un monde de noirceur et de grisaille… La nature avait gâté May. Elle lui avait permis de prendre le meilleur des noires, leur chaleur, leur sensualité et le meilleur des asiatiques, leur grâce, leur finesse et leur douceur. Et, merveille des merveilles, May s’intéressa à moi. De cet instant, je ne quittais plus la maison de Mamy. Nous nous installâmes très vite dans une piaule pour y satisfaire notre penchant naturel. Notre premier accouplement fut sauvage, bestial, inoubliable. On aurait dit que nos corps étaient faits l’un pour l’autre tant ils s’emboîtaient à la perfection, tant leurs fluides s’accordaient, tant les peaux restaient en contact sans vouloir se séparer. Nous restions nus, couchés dans le lit. Nous n’arrêtions de faire l’amour que pour nous reposer ou pour manger ce que les autres filles voulaient bien nous apporter. Nous ne pouvions plus quitter la chambre, épicentre de notre plaisir. Nous ne parlions presque pas. Nous baisions, baisions et rebaisions comme des animaux qui chercheraient à assouvir une jouissance perpétuelle, une soif inextinguible ou une faim dévorante…

Bien entendu, Mamy Blunt ne l’entendait pas de cette oreille. Dans son immense bonté, elle nous laissa tranquilles une bonne semaine, son expérience lui ayant sans doute appris que cet amour fou, cette copulation sauvage duraient rarement plus longtemps. Un matin, elle entra dans la chambre qui était restée close et non aérée et qui empestait le stupre et la fornication…

- Eh bien, vous vous en êtes donné les enfants, commença-t-elle doucement. Vos cris et vos soupirs ont même stimulé la consommation de mes clients. Il faut dire qu’ici les murs ne sont pas bien épais…

- Personne ne nous a rien dit, fit May.

- Ce n’est pas important. Ce qui m’ennuie, c’est que vous ne bossez plus, ni l’un ni l’autre. Toi, Tom, tu ne surveilles plus rien et surtout toi, May, tu ne prends plus aucun client. Les filles n’arrivent pas à fournir ! Et qu’est-ce que je vais devenir si ma meilleure gagneuse me laisse tomber pour prendre du bon temps avec mon fils ? Sans parler que vous monopolisez une chambre qui pourrait servir pour l’entreprise…

- On a compris, Mamy, lui répondis-je. On se lève et on te rend immédiatement ta foutue piaule…

- C’est bien aimable à toi mon garçon…

- Et voilà pour le dérangement, ajoutai-je en lui tendant royalement une grosse poignée de dolros. Mais ne compte plus sur moi pour « protéger » ton business. Je me casse !

- Tu ne changeras jamais, Tom. Bon, enfin, May, enfile immédiatement ton kimono et file au salon. Il y a « Fabulous Jonston », l’ancien basketteur qui réclame après toi…

- Ah, non, pas lui, ergota la belle, il me dégoûte, il empeste et il bave…

- Ici, ma petite, on n’a pas les moyens de faire sa mijaurée, lui lança la mère maquerelle.

- Alors, je préfère m’en aller, dit May en rassemblant ses quelques affaires. Tom, s’il te plait, emmène-moi avec toi !

Et c’est ainsi que tout débuta. Nous nous installâmes dans un petit trois pièces propret de la partie « honnête » de Blackpool et May, sans que je ne lui demande rien, reprit son boulot de tapineuse en arpentant simplement les trottoirs de la ville. Je me retrouvais souteneur, maquereau si tu préfères, sans même l’avoir voulu. Quand celle-ci réceptionnait un client, je restais toujours à proximité, en général dans la chambre à côté, en protection, prêt à intervenir. Je me rendis compte très vite que les hommes que May attirait étaient d’un tout autre milieu que celui des brutes qui disposaient d’elle auparavant dans le BTW. Ces gens étaient plus aisés, plus distingués, avaient plus de moyens financiers. J’avais d’ailleurs triplé les tarifs et une idée qui s’avéra géniale me vint rapidement à l’esprit. Beaucoup de ces gens fonctionnaient bizarrement dans le domaine de la sensualité. C’étaient souvent des hommes de pouvoir, habitués à commander, à disposer des autres, à s’imposer sans discussion, sans opposition. Et que cherchaient-ils dans leur sexualité la plus secrète ? Certainement pas retrouver leur vie de tous les jours. Ils humiliaient les autres à longueur de journées, ils les méprisaient, les commandaient avec une autorité indiscutable et indiscutée. Eh bien, on allait les humilier. Ils allaient être méprisés eux aussi, se faire traiter comme des chiens et être obligés d’obéir sans broncher…

A SUIVRE

09:11 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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