18/08/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 6/7ème partie)

Support independent publishing: Buy this book on Lulu.

Bienvenue sur Deliciosa couv.jpg- Tu es bien naïf, mon petit gars. Si KJ te dit que c’est fichu, c’est que ça l’est. Ils nous tiennent et pas que par les grossistes. Les producteurs aussi sont de leur bord. Il faut laisser tomber, c’est tout…

- Ca m’ennuie, j’avais besoin de ce job pour survivre…

- Tu es jeune, tu trouveras autre chose, tu rebondiras, j’en suis sûr. Un gars futé, débrouillard comme toi, je ne me fais pas de soucis… Il n’y en a pas eu beaucoup à te suivre dans ton truc de souterrain. Ca m’a bien amusé, ton histoire. C’est pour cela que je t’ai laissé faire.

- Merci, King…

- Seulement, aujourd’hui, tout est terminé. Rien ne va plus. Le grand KJ va livrer sa dernière bataille… L’heure est grave, Tom, l’heure est très grave… Est-ce que je peux compter sur toi ?

Son regard se fit soudain dur, soupçonneux. Sans doute avait-il été si souvent trompé, abandonné qu’il n’avait plus confiance en grand monde et qu’il avait besoin de se rassurer sur la fidélité de sa garde rapprochée. Son ultime bataillon était-il prêt à se battre jusqu’à la mort ?

- Absolument, chef. J’ai toujours été fidèle…

- Oui, mais aujourd’hui, c’est complètement différent. Es-tu toujours, vraiment, sincèrement, indéfectiblement un KJ’s black boy même si ceux-ci ne sont plus qu’une pauvre poignée ?

- Je le suis comme je l’ai toujours été, lui répondis-je de ma voix la plus assurée.

Le gras visage du vieux chef s’orna d’un grand sourire de soulagement.

- A la bonne heure, s’exclama-t-il. Es-tu bien chargé ?

- J’ai une lame, lui répondis-je en songeant au cran d’arrêt qui ne quittait jamais ma poche de pantalon.

- Pour ce à quoi tu vas être mêlé, ça ne convient pas du tout. Il te faut du lourd.

Et il sortit d’un des tiroirs de son bureau un engin bizarre qui ressemblait très vaguement à un pistolet automatique.

- Je préfère que tu prennes ça. C’est un vrai swinger, la toute dernière arme des flics. Une petite merveille de technologie. Il a tout : la visée nocturne, le laser et même le détecteur de chaleur et le correcteur de trajectoire. L’arme absolue. Même si tu tires à côté de la cible, tu fais mouche…

Je n’en revenais pas. Je n’avais jamais entendu parler d’un pareil engin. Je le prenais en main, le soupesais et l’examinais sous toutes les coutures.

- Je n’ai pu en avoir que trois. Tu vois la faveur que je te fais. Te voilà aussi bien armé que moi.

- Merci, patron, c’est un honneur…

- Bon, je t’explique un peu ce qu’on va faire. On ne peut pas se lancer dans une bataille rangée avec ces salauds. Donc, on va se contenter d’une sorte de guérilla urbaine à l’intérieur de leur propre territoire. Exactement comme ils ont fait chez nous. On pratiquera par opérations coup de poing en deux équipes de cinq. Nous venons de déterminer une dizaine d’objectifs pour cette nuit et ce serait bien le diable qu’on n’arrive pas à leur porter de sales coups. Les explosifs sont prêts, les gars déterminés et je prends même la tête des troupes…

En soi, l’idée n’était pas mauvaise et même excellente, quoiqu’un peu tardive. Etait-il encore temps de renverser la vapeur, je ne le savais pas trop. Mais l’enthousiasme apparent de KJ me décida. D’ailleurs, que pouvais-je faire d’autre ?

- Ah, ça me rappelle le bon temps, disait le boss, on va leur en mettre plein la gueule, tu vas voir… Départ dans cinq minutes. Tu montes dans le deuxième glisseur…

On s’est donc retrouvés à cinq par véhicule, armés jusqu’aux dents et prêts à en découdre. Les gars étaient partagés entre la trouille et l’excitation d’avant les batailles. Avec l’autre glisseur, nous devions ouvrir la route au chef car on s’attendait à rencontrer des barrages qu’il faudrait forcer. La voie était libre. Nous partîmes sans encombre. Nous nous trouvions éloignés d’une cinquantaine de mètres quand le pilote de l’engin de KJ appuya sur le contact et déclencha une explosion terrible qui se répandit comme une monstrueuse boule de feu qui illumina tout le quartier pour retomber en divers débris incandescents… Le glisseur du boss avait été piégé ! Il venait de sauter devant nos yeux éberlués ! Heureusement pour nous, notre pilote accéléra aussitôt et prit très vite de l’altitude. Quelques bouts de métal percutèrent la calandre, mais sans vraiment faire de dégâts…

Comment ses salopards avaient-ils pu s’y prendre pour mettre au point un pareil feu d’artifice ? En permanence, KJ gardait un œil sur ses glisseurs. Il y avait toujours un guetteur à proximité et puis, bon sang, nous étions sur notre territoire ! Comment ces faces de rats pouvaient-elles s’y prendre pour se glisser parmi nous sans se faire repérer ? La seule explication plausible ne pouvait être qu’une complicité. Autant dire une traîtrise… Mais l’heure n’était pas aux règlements de compte. Le pilote fit redescendre notre glisseur dès que l’incendie commença à se calmer. Nous nous précipitâmes, espérant malgré tout sauver quelque malheureux. C’était complètement inutile. La fournaise avait été si énorme qu’il n’était pas question d’espérer retrouver autre chose que des cendres ou des restes complètement calcinés. Le souffle de l’explosion avait creusé la chaussée sur deux mètres de large et un mètre de profondeur. Les vitres avaient été soufflées partout alentour. Plusieurs baraques montraient des pans de murs effondrés. Il faut dire que dans le coin, les constructions étaient tout ce qu’il y a de vétuste ou de léger. Des gens commençaient à accourir. Quelques-uns étaient blessés, avaient le visage tailladé par les éclats de verre qui avaient dû voler dans tous les sens. Et bien sûr, pas un bruit, pas une sirène d’ambulance ou de pompiers. La solitude, l’abandon… Et soudain, partant de tous les côtés à la fois, des tirs d’armes automatiques se déchaînèrent d’un seul coup. Je me jetais à terre et sortit le swinger de ma poche. Je l’armai et appuyai sur la détente, presque sans viser, en tendant l’engin approximativement dans la direction d’un des tireurs embusqués que je ne voyais même pas. Un rayon laser de couleur verte stria la nuit noire, opéra un virage à l’angle d’un immeuble et disparut. Il y eut comme une explosion qui me fut révélée par une vive lumière qui éclaira l’endroit. Le swinger avait dû faire mouche car le silence s’établit dans cet angle mort, alors que les tirs continuaient de plus belle. Mes frères s’étaient jetés à terre. Trois d’entre eux se cachaient derrière le glisseur et essayaient de répliquer en tirant à l’aveuglette. Le pilote rampait à terre à quelques pas de moi. Soudain, une rafale plus précise faucha en même temps les trois du glisseur. Ils s’étaient fait repérer et prendre à revers par leurs tirs tous azimuts. J’envoyais un second rayon en direction de l’endroit d’où était venue la rafale et neutralisait ainsi un autre angle. Les tirs ne provenaient plus que de deux ou trois endroits. J’estimais que le groupe ennemi ne devait pas comporter plus d’une dizaine de snipers, mais comme ils étaient placés stratégiquement, ils conservaient un avantage énorme. Des tirs épars reprirent et à ce moment, j’entendis un cri. C’était notre pilote qui venait d’être touché alors qu’il était resté allongé au sol à moins de cinq mètres de moi.

A SUIVRE

09:03 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.