30/06/2012

Un rocker de trop (Paul Fournel)

Un rocker de trop.jpgFrédéric Jaunissert, natif de Bourg en Bresse, joue de la guitare solo depuis des années. Il a débuté sous la cagoule des Pénitents de Danny Boy dans les années soixante, il a accompagné Schmoll (Eddy Mitchell) à Nashville (Tennessee) et a même joué avec les plus grands guitaristes de studio de là-bas. Ils l'ont reconnu comme l'un des leurs et lui ont même attribué le prestigieux surnom de « Fast Freddy ». Trainant de concert en studio et de scènes rurales en stades municipaux, il court un peu le cachet et mène depuis trois décennies une vie de rocker professionnel de moyen niveau. Jusqu'au jour où un vieux manager sur le retour lui propose la place de guitariste soliste dans le groupe de Jacky Space, un jeunot qui se la pète un max et qui lui file le blues.

Un court roman sur le monde du show-biz de province et des rockers dans la débine. C'est sympathique pour qui apprécie cette musique et ce milieu et ça sent vraiment l'authentique, le vécu. Ce livre est quasiment un témoignage sur une époque révolue, celle des mobylettes, des teppaz et des petits orchestres de bal qui se mettaient à vouloir imiter les plus grands groupes de rock. Un livre bien écrit, agréable, sympathique et qui se lit très vite. Le lecteur regrette de devoir quitter presque trop tôt ce brave et désabusé Fred Jones et sa rock and roll attitude...

5/5

Citations : « Bien sûr que je l'ai entendu à la radio son zinzin. Comment ne pas l'entendre ? Il a été matraqué sur Europe, sur RTL, sur RMC ; mais j'aime bien doucher un peu Max, surtout quand il grimpe comme ça, quand il m'accroche les revers de blouson pour mieux me hurler dans les oreilles. Je lui dis en toussant que je n'écoute que France-Musique et je recule la tête à cause de l'odeur du cigare et je le calme. »

« L'escalier du parking servait de chiottes, des flaques d'urine et des merdes sur chaque marche. Une lueur là-bas au fond, entre les rangées de 504 familiales déglinguées. Un bordel du diable répercuté par le béton et les tôles. Je me suis arrêté une seconde, assis sur un capot de Simca, j'aurais voulu ne pas avoir de nez, ne pas avoir d'oreilles. Pour la première fois depuis ma cure, j'ai cherché instinctivement des pilules dans ma poche, prêt à replonger. Simplement pour tenir et pour que le monde redevienne doux, un peu plus doux. »

« En 1960, à Bourg, dans le dernier groupe que j'avais créé avant de monter à Paris, rien ne dépassait : on était tous les quatre dans le même costume bleu ciel avec des revers noirs et on faisait sur scène le pas en carré à la mode des Shadows. Pas question de s'offrir la moindre fantaisie. Si je me souviens bien, on portait même de ces petits noeuds twist noirs que l'on glissait sous le col de la chemise. Je m'étais offert des montures de lunettes en écaille (sans verres) pour ressembler à Hank Marvin. »

« Côté tournée, les gamins sont vite rentrés dans les baskets des anciens : ils se lavent pas, mettent du fond de teint par-dessus le fond de teint, du Pento par-dessus le Pento. Ils picolent comme des fous, fument, sniffent et se speedent avec la tentation d'aller jusqu'au bout, le même désir de se défoncer pour voir, pour avoir la paix, pour être en colère, pour avoir l'impression d'être meilleurs, pour avoir la force de détester tous les autres, pour tenir bêtement une semaine de plus, un gala de plus. »

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28/06/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 5/4ème partie)

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27/06/2012

Le fusil de chasse (Yasushi Inoué)

le fusil de chasse.jpgUn homme d'affaires japonais, passionné de chasse, croit se reconnaître dans un poème publié par l'auteur dans une revue spécialisée. Dans le courrier que le chasseur envoie à l'écrivain, il joint trois lettres de femmes qui permettent de comprendre ce que fut sa vie amoureuse. La première est de Shoko, la fille de sa maîtresse, qui raconte les derniers instants de sa mère. La seconde est celle de sa femme Midori qui supporta sa disgrâce avec dignité et la dernière celle de sa maîtresse Saïko qui ne supportant plus le poids de la culpabilité, finit par se suicider.

Un court roman sentimental présenté de façon épistolaire, parcellaire et relativement sibylline. Les trois points de vue différents permettent de mieux comprendre les sentiments ressentis par les trois femmes mais ne donnent qu'une idée très vague du personnage central, Josuke Misugi, sorte d'ectoplasme relativement peu intéressant au bout du compte. Au total, une banale histoire d'adultère qui n'apparaît originale que par sa présentation littéraire et par son style alambiqué et exotique. La quatrième de couverture ose parler d'une « formidable économie de moyens » (sans doute par les non-dits et par la brièveté du discours) et d'une « langue subtilement dépouillée ». On nous permettra de penser qu'on n'est pas loin de la publicité mensongère tant l'écriture d'Inoué manque de la légèreté promise. Le fil conducteur de cette histoire étant le péché, la culpabilité, comment échapper à une lourdeur certaine ? Mais peut-être faut-il incriminer la traduction ?

2,5/5

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25/06/2012

Dix contes (Jules Lemaître)

Dix contes.jpegA Bagdad, le riche prince Touriri rencontre dans la rue une jolie petite mendiante. Attendri, il lui donne deux pièces d'or. Puis il croise un vilain petit garçon à qui il n'en octroie qu'une seule. Puis un très vieux et très laid mendiant qui ne recevra qu'une pièce d'argent... A Athènes, Helli, la fille du grand stratège Thémistocle et son amie Mnaïs sont désignées pour tisser et broder la robe de cérémonie de Pallas-Athénée... A Rome, Myrrha, jeune chrétienne fille d'un esclave se retrouve prise dans le tourbillon déclenché par la folie meurtrière de l'empereur Néron en train d'organiser l'incendie de la ville avant d'en accuser les chrétiens... A Jérusalem, Lilith, fille du terrible roi Hérode, cache l'enfant d'une amie pour qu'il échappe au massacre des innocents...

Un recueil de contes inspirés de l'histoire ancienne et de la Bible, magnifiquement écrits dans un style classique si indémodable qu'il en devient intemporel. De très beaux et souvent très touchants portraits d'enfants, de femmes et de jeunes filles. Des histoires morales, pleines de bons sentiments, comme on n'en écrit plus et comme on n'en lit malheureusement plus non plus. Tous ces textes plus ou moins émouvants font réfléchir sur la condition humaine, la vie, la mort, la foi ou la folie du pouvoir absolu (Lilith, Myrrha). « Dix Contes » de Jules Lemaître est un ouvrage qui mérite de quitter au plus vite le purgatoire où il est cantonné, ne serait-ce que pour nous aider à retrouver les valeurs.

4,5/5

Citations : « Leur vue te fut d'abord une surprise désagréable. Elle te rappelait trop brutalement l'existence de la souffrance et de la misère. Puis tu leur en voulais d'offusquer tes yeux par leur malpropreté et leur laideur. Tu leur en voulais aussi de leur avilissement, de la bassesse avec laquelle ils t'imploraient, et de l'opiniâtreté de leurs traînantes prières ; tu leur jetais l'aumône avec dégoût. Tu méprisais si fort les malheureux qu'un jour tu ne pus supporter leurs actions de grâces, car la grossièreté des effusions populaires t'irritait ; et la délicatesse de ton goût refusa à ses pauvres gens le droit de te prouver, par leur reconnaissance, qu'ils n'étaient pas indignes de tes bienfaits. »

« C'est une joie de signer sa foi de son sang, en bravant la colère impuissante de l'impie. Ce sang criera contre lui. Encore une fois, les temps sont proches... Et qu'est-ce qu'un moment de souffrance pour une vie éternellement bienheureuse ? Imbécile et lâche qui refuserait le marché ! »

« Petit-Pierre allait en trébuchant, de tout ce qui restait de force à son petit corps épuisé, vers cette gloire et vers ces cantiques. Tout à coup il tomba au pied d'un buisson encapuchonné de neige ; il tomba les yeux clos, subitement endormi, et souriant au chant des anges.

Les voix reprirent : « Il est né le divin enfant ! »

Au même moment, la descente molle et silencieuse des blancs flocons recommença. La neige recouvrit le petit corps de ses mousselines lentement épaissies...

Et c'est ainsi que Pierrot entendit la messe de minuit dans la chapelle blanche. »

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23/06/2012

Prothèse (Andreu Martin)

prothèse.jpgMiguel Vargas est un petit truand qui sort de sept années de cabane avec une idée obsessionnelle : faire payer ce que lui a fait subir l'inspecteur Gallego. En effet, lors d'un interrogatoire qui a mal tourné, le flic s'est acharné sur lui et lui a complètement démoli la mâchoire à grand coups de crosse alors qu'il n'avait pas vingt ans. Depuis ce temps, il porte un dentier qui lui donne un sourire de mort et un air de cadavre quand il l'ôte. Mais la vengeance est un plat qui se mange froid et nécessite une longue et minutieuse préparation sans garantie de réussite certaine.

Ce roman policier relève du genre « roman noir » le plus sombre possible et l'auteur catalan fait évoluer ses personnages dans un Barcelone particulièrement sordide qui n'a rien à envier aux pires bas-fonds de Chicago ou d'ailleurs. Le monde de la prostitution, de la drogue et du grand banditisme ici sont sans issue ni espoir ni rédemption d'aucune sorte. Et cette histoire des plus dramatiques va crescendo jusqu'à un dénouement particulièrement gore (à déconseiller d'ailleurs aux âmes sensibles...) Que dire du style de Andreu Martin, écrivain catalan, sinon qu'il est parfaitement adapté à l'ambiance glauque du bouquin avec en prime une certaine étrangeté : de temps en temps, l'auteur se met à parler à ses personnages en les tutoyant avant de repasser à la troisième personne du singulier comme si, pris de pitié ou de compassion pour les malheureux pantins dont il tire les ficelles, il voulait parfois abandonner sa position de Pygmalion pour prendre celle de confident ou d'ami proche. Malgré ces petites poussées de schizophrénie, un sacrément rude polar quand même...

4/5

Citations : « Avant trois heures du matin, en dehors des Ramblas et des ruelles voisines, Barcelone est une ville abandonnée, déserte. Les habitants restent chez eux, à regarder la télévision. S'ils sortent, c'est qu'ils ont un but : le cinéma, le théâtre, une soirée dansante... Il est rare que les gens sortent dans la seule intention de faire une promenade. Ceux qui veulent simplement se dégourdir les jambes, ou prendre un verre en regardant le spectacle de la foule, se retrouvent sur les Ramblas, noires de monde à toute heure du jour ou de la nuit. Les Barcelonais recherchent la foule, de préférence sur cette artère qui draine à peu près toute la population de la ville. Tous en choeur à jouir du même spectacle, celui des autres. »

« Le couteau est dans la main droite de Miguel. On dirait que ses couilles ont cessé d'être en berne. D'un mouvement brusque et précis, Miguel ouvre une portière arrière de la voiture et s'engouffre à l'intérieur. Claquement sec du cran d'arrêt. Il empoigne les cheveux blonds, poisseux de laque, tire férocement en arrière, pose la lame sur le cou de la jeune femme, qui pousse un cri étouffé. Le type a retiré instinctivement sa main du décolleté.

- On se tire d'ici, rugit Miguel. Magne-toi, enculé, on se casse. »

« Et pourtant elle était belle la Pilar. Et elle lui en avait manifesté de la reconnaissance ! Elle travaillait comme danseuse au Molino et sans lui, elle aurait fini comme entraîneuse à la Bodega Bohemia, ou à tailler des pipes dans le Barrio Chino, car elle bougeait son cul avec autant de grâce qu'une bourrique chargée de foin, pauvre pomme. Mais elle avait un corps fait au tour, avec des seins comme des soleils et des jambes, il fallait voir ça. Et puis, un caractère fantastique, toujours souriante, affectueuse, toujours prête à déconner aussi, elle racontait les blagues comme personne. Etre et avoir été ! Une vraie serpillière, à présent ! Bouffie comme une vache, avec un regard vitreux et des poches sous les yeux, elle aussi. Mais quel âge peut-elle bien avoir maintenant ? Elle a cinq ans de moins que toi et on dirait ta grand-mère. »

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21/06/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 5/3ème partie)

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20/06/2012

La piste oubliée (Frison-Roche)

la piste oubliée.jpgQuelques années après la Première Guerre Mondiale, dans le grand sud saharien à peine pacifié, les tribus de nomades s'affrontent encore. Ayant arrêté Akou, le meurtrier, un soldat français est assassiné par celui-ci alors qu'il le ramenait à un poste pour qu'il soit jugé. Aussitôt, une expédition est organisée. Mais pour être plus discrète, elle aura une mission scientifique qui lui servira de prétexte. Elle inclura le professeur Lignac qui recherche les vestiges d'une piste oubliée dans le Ténéré. Le lieutenant Beaufort, solide chasseur alpin mais novice du désert, et Franchi, méhariste corse blanchi sous le harnais mais ensorcelé par sa vénéneuse compagne Tamara, l'accompagneront ainsi qu'une poignée de Touaregs et de Chaamba et une bonne trentaine de chameaux. Mais dans ces étendues désolées et brulées de soleil, ces hommes parviendront-ils à mener à bien leur mission au milieu des vents de sable, des attaques de vipères, de frelons géants et autres embûches ?

« La piste oubliée » est un grand roman d'aventures et d'exploration comme savait si bien en écrire Frison-Roche, l'écrivain spécialiste des montagnes (« Premier de cordée », « La grande crevasse ») qui commença comme alpiniste et comme guide d'expéditions au Hoggar (1000 km à dos de chameau, traversée du désert en 2 CV, etc, etc...). C'est dire si l'on a affaire à un spécialiste de la question. Il sait mieux que personne nous faire découvrir ces lieux aussi splendides qu'hostiles. Cette histoire d'hommes, pleine de fureur, de violence, de souffrance et de courage sent vraiment l'authentique et le vécu. Rien que pour cela, elle mérite d'être lue si l'on s'intéresse aux grands espaces et aux grandes épopées de cette époque déjà fort lointaine. On apprend énormément de choses sur la vie et les moeurs des peuplades du désert. Un seul petit reproche : une profusion de mots arabes ou tamacheks qui oblige le lecteur ne connaissant pas ces langues à aller presque à chaque page en chercher la signification dans le lexique placé en fin d'ouvrage. Terrible et exaltant.

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18/06/2012

La fille aux orages (Jean Anglade)

la fille aux orages.jpgRaoul Mercier, mécanicien auvergnat de la marine marchande (si si, ça existe !), est tout heureux de rentrer chez lui à Riom après une longue mission dans le Pacifique. Il compte bien retrouver sa femme Béatrice, métisse franco-vietnamienne, et sa belle-fille Jeannette. Mais dans l'appartement vide, il ne trouve qu'une lettre de Béatrice lui disant qu'elle le quitte car elle ne supporte plus les longs mois de séparation et qu'il ne faut pas chercher à la retrouver. Ainsi Raoul se retrouve-t-il victime d'une vocation déjà incomprise par sa famille et surtout par son père, Auguste, qui exerce la double profession de facteur et d'agriculteur et qui espérait bien lui transmettre une exploitation qui était restée dans la famille depuis la nuit des temps.

Un joli roman de terroir surtout en raison du cadre campagnard et provincial où évoluent les personnages, mais aussi un beau roman d'amour et d'aventures. Donc roman attrayant à plus d'un titre. Le lecteur apprendra beaucoup de choses sur le monde de la marine marchande et sur ses certaines escales exotiques avec leurs étranges traditions comme l'anthropophagie en Nouvelle Calédonie. Le personnage de Béatrice, cette « fille aux orages », tiraillée entre deux cultures, ballottée par les évènements politiques et militaires (Dien Bien Phu, perte de l'Indochine, rapatriement vers la métropole des enfants mixtes par le régime Diem etc...) et finalement un peu caractérielle, « un peu catholique, un peu bouddhiste, un peu mécréante », « un peu droite, un peu tordue », mais surtout « très folle avoine » pour finir tout autre est particulièrement attachant tout comme celui de Raoul, le marin au grand coeur et à l'immense générosité, véritable havre de paix pour elle. Un histoire touchante, pleine de bons sentiments et qui finit bien. De quoi garder confiance dans la bonté du genre humain.

4,5/5

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16/06/2012

Le corricolo (Alexandre Dumas)

le corricolo.jpgA Naples, dans le sud de l'Italie, à l'époque d'Alexandre Dumas, un corricolo est une sorte de calèche tirée par deux chevaux avançant à très vive allure en dépit de la quinzaine de personnes qui arrive à s'entasser à bord. Le grand romancier qui visite incognito la ville et toute la région, se sert principalement de ce moyen de transport particulier, souvent surprenant et parfois même dangereux. Dans les impressions de voyage qu'il nous propose, nous apprenons toutes sortes de choses. Par exemple : comment Rossini écrivit « Otello » en huit jours seulement. Comment l'impécunieux Don Philippe Villani escroc qui a plus d'un tour dans son sac parvient à soutirer de l'argent à pratiquement tout le monde sans jamais rembourser le moindre centime. Comment le roi Ferdinand qui régna 65 années sur Naples et la Sicile mourut en étant le roi le plus populaire que cette région eut connu...

Ainsi donc, Dumas nous fait-il visiter Naples quasiment rue par rue et anecdote par anecdote. Le lecteur a l'impression que l'érudition du maître est sans limite car il est capable de rappeler toutes sortes d'épisodes de l'histoire de la Rome antique aussi bien que des périodes plus récentes. C'est brillant, varié et toujours intéressant, même si ce type de livre n'a rien à voir avec les habituels romans de cape et d'épée...

4/5

Citations : « Nos théâtres sont régis constitutionnellement, nos directeurs règnent et ne gouvernent pas, suivant la célèbre maxime parlementaire. L'imprésario italien est un despote, un czar, un sultan régnant de droit divin dans son théâtre, n'ayant, comme les rois les plus légitimes, d'autre règle que sa propre volonté et ne devant de compte de son administration qu'à Dieu et à sa conscience. Il est à la fois un exploiteur habile et un père indulgent, un maître absolu et un ami fidèle, un guide éclairé et un juge incorruptible. »

« Le peuple est en général aux mains des rois ce qu'un couteau bien effilé est aux mains des enfants : il est rare qu'ils s'en servent sans se blesser. »

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14/06/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 5/2ème partie)

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12/06/2012

Lettres de ma chaumière (Octave Mirbeau)

lettres de ma chaumière.jpgUn paysan paresseux perd au jeu tout le pauvre bien qu'il avait et se retrouve clochard vagabondant sur les routes avec femme et enfant... Une fille de ferme placée à Paris est violée dans un hôtel borgne le soir même de son arrivée à Paris. Elle se retrouve enceinte et aura "bien du malheur"... Perdu, un chien erre dans les champs. Fatigué, sale et apeuré, il croise la route d'un notaire qui s'imagine qu'il est enragé... Un fermier surprend un paysan en train de trousser sa femme dans un fossé alors qu'ils rentrent à trois du marché plutôt éméchés. Comme il veut les interrompre, le paysan lui promet une demie pistole pour qu'il le laisse finir. Tout se termine au tribunal car le fermier ne verra jamais la couleur de l'argent...
"Les Lettres de ma chaumière" sont un recueil de vingt nouvelles qui sont autant de tableaux croqués sur le vif de la vie agricole du XIXème siècle, autant de portraits de paysans, de bourgeois ou d'aristocrates proposés par Octave Mirbeau dans divers registres littéraires et même quelquefois "à la manière de ". Ainsi "La Justice de Paix", dédié à Guy de Maupassant ou "La tête coupée", dédiée à Barbey d'Aurevillyauraient parfaitement pu être écrits par ces derniers. Ces textes, tous empreints de poésie, d'intelligence, de finesse analytique ou descriptive, relèvent d'une langue raffinée et très agréable à lire à plus d'un siècle de distance. Pas mal d'ironie, d'humour, un ton souvent désabusé et un regard plein d'humanité font de ces nouvelles de véritables petits bijoux qui font honneur à la littérature française de l'autre siècle. Auteur malheureusement oublié, Octave Mirbeau mériterait de très vite sortir de son purgatoire, ne serait-ce que pour la modernité de son style... 

4/5
(Disponible gratuitement sur Kindle)

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07/06/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 5/1ère partie)

09:23 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

06/06/2012

Jésus, fils du charpentier (Bernard Clavel)

jésus le fils du charpentier.jpgDans « Jésus, le fils du charpentier », le regretté Bernard Clavel nous raconte avec simplicité et humilité l'histoire bien connue du Christ, de sa naissance à Bethléem, son enfance à Nazareth et bien sûr les années d'enseignement en Galilée en compagnie de ses disciples, le tout couronné par la mort sur la croix et la résurrection. « Ce qui m'a conduit à raconter cette histoire, dit-il, c'est l'enfant Jésus et ceux qui l'aimaient. Tant de tendresse et tant d'amour pour aboutir à tant de violence et de cruauté.

Un livre magnifique, écrit avec ferveur, comme un roman, donnant une image terriblement humaine à son personnage principal et également à la plupart des autres, tous autant de magnifiques figures, tels Joseph, Pierre, Jean ou Marie, bien sûr. Des mots et des images d'une grande beauté et d'une certaine naïveté apportent au lecteur une émotion extraordinaire. Au sommet de son art, Clavel parvient, grâce à ce livre, à se hisser au niveau des plus grands (Hemingway, Saint-Exupéry ou Hesse). En lisant « Jésus, le fils du charpentier », on pense à des titres comme « Le vieil homme et la mer », « Le petit Prince » ou « Siddartha », même style éblouissant et dépouillé, même simplicité sereine et même évidence qui parle au coeur. Magnifique. A ne pas manquer.

5/5

Citations : « Joseph allait sa vie sans se soucier des commérages. Et sa vie c'était le travail du bois. La charpente surtout, mais aussi la menuiserie à la grande et à la petite cognée. Il s'entendait aussi bien à bâtir et couvrir une maison qu'à fabriquer une huche à pain, une maie, une table et ses bancs, un lit, un coffre ou un métier à tisser. Quand on le complimentait sur la qualité de son travail, il souriait dans sa barbe, frottait l'une contre l'autre ses grosses mains qui faisaient un bruit de râpe, et lançait un regard vers un angle de son atelier. Son oeil luisait de telle sorte qu'on voyait bien qu'il y avait dans cette direction quelque chose à découvrir.

Eh oui ! Il y avait un berceau. »

« Comme leur chemin allait vers le sud, ils durent marcher avec cette neige qui leur piquait la joue droite et ce vent qui se coulait sous leurs vêtements. Marie qui grelottait devait souvent descendre de sa monture pour se réchauffer en marchant. Mais elle se fatiguait vite et son ventre lourd lui donnait beaucoup d'inquiétude. Elle avait fait la fière devant les craintes de Joseph, à présent, elle devait serrer les dents pour ne pas se plaindre.

- Nous allons retarder tout le monde, s'inquiétait-elle. »

« Dès qu'elle eut apporté le pain, Jésus le bénit au nom de son Père, le rompit et le leur tendit. Quand ils l'eurent pris, il ouvrit largement ses bras et montra ses poignets où saignaient encore les plaies laissées par les clous. Aussitôt, les disciples le reconnurent et se prosternèrent à ses pieds.

- Relevez-vous, ordonna Jésus. Mangez et buvez, et soyez dans la joie !

Ils se redressèrent. Tous pleuraient de bonheur et la femme qui les avait servis pleurait avec eux en remerciant le ciel. »

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04/06/2012

Le secret du maître de thé (Kenichi Yamamoto)

le secret du maître de thé.jpgDans le Japon du XVIème siècle, la cérémonie du thé atteint de tels sommets de raffinement et de sophistication que les maîtres du thé deviennent de grands personnages très recherchés à la cour et même de véritables idoles. Sen no Rikyu, fils d'un simple marchand de poisson, est parvenu à se hisser au niveau suprême de cette caste enviée. Il officie à la cour du shogun Toyotomi Hideyoshi, personnage autoritaire, capricieux et imbu de lui-même s'il en fut. L'enseignement de Rikyu est suivi par de nombreux disciples, il lance des modes, on se réfère à lui pour tout et n'importe quoi. Sa célébrité est telle que le shogun en prend ombrage. Il commence par le bannir et finit même par ordonner qu'il se suicide en s'ouvrant le ventre.

Cette histoire basée sur un fait réel a inspiré de nombreux écrivains et cinéastes japonais. Elle fait tellement partie du patrimoine culturel de ce pays qu'il est à nouveau question de tourner un film sur le sujet en prenant pour base le livre de Kenichi Yamamoto. L'ennui pour le lecteur occidental, c'est que cette affaire lui paraît totalement exotique, étrange, improbable et qu'il n'arrive pas à entrer dans un livre descriptif, contemplatif, méditatif dans lequel, hormis d'innombrables dégustations de thé et autres discussions sur la qualité de tel ou tel bol ou pot de grès ou céramique pour le préparer, il ne se passe pas grand chose tout au long de ces 367 pages en petits caractères qui paraissent interminables, sans intérêt et pour tout dire d'un ennui insupportable. Il ne peut même pas éprouver de l'empathie pour des personnages déplaisants comme cet arriviste prétentieux et ce potentat caractériel ou falots comme la femme de Rikyu et son disciple le plus fidèle. Sans doute faut-il être japonais pour apprécier un tel salmigondis autour d'une vulgaire boisson chaude !

1/5

Citations : « Quelle est votre opinion sur Rikyu ? Demanda Ieyasu, visiblement intrigué. A mon avis, aucun homme n'a autant de facettes que lui. Parfois il est révérencieux, d'autres fois insolent. Il sait se montrer délicat, mais peut aussi se comporter comme le pire des vauriens. Il est insaisissable, pourtant son regard est toujours tendu vers la beauté. Quel mystère ! 

Rukyu est un homme qui à première vue semble calme et doux. En réalité, personne n'est plus entêté que lui. Il est d'une telle ténacité qu'il serait prêt à mourir pour donner une cérémonie de thé de façon réellement satisfaisante. Je lui reconnaît au moins cette force de caractère. »

« Vous êtes les seuls dans ce pays à avoir réellement vu l'Europe. Si le Grand Rapporteur vous interroge, vous parlerez en termes mesurés afin de ne pas lui déplaire, et vous lui direz combien l'Europe est merveilleuse, dans quel bonheur vivent les gens à Rome, et combien les habitants de l'archipel du Japon sont ignorants du monde extérieur. Dites-lui combien la terre est vaste. Si vous faites cela, le Grand Rapporteur cessera de s'entêter et se montrera plus tolérant envers les chrétiens. »

« Assurément, les flammes des trois venins embrasent le monde des hommes ! Les trois venins, selon la loi bouddhique, étaient la cupidité, la colère et la stupidité. Presque tous les malheurs du monde, les vicissitudes de la fortune, les bouleversements de la vie s'expliquaient par ces trois venins. Le dévoiement des hommes avait généralement pour cause ces trois poisons. »

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02/06/2012

La querelle des livres (Olivier Larizza)

la querelle des livres.jpgAvec l'ère d'Internet, des e-books et autres liseuses, ne risque-t-on pas d'entrer dans un monde complètement numérique pour ne pas dire totalement virtuel ? A plus ou moins long terme, le livre, objet de papier et de carton, ne pourrait-il pas disparaître ou, à tout le moins, se voir marginalisé et finir dans un avenir plus lointain au rayon des antiquités entre un rouleau de papyrus et trois 78 tours ?

C'est sur ces questions et quelques autres comme l'avenir des bibliothèques papier et même de la grande littérature elle-même que s'interroge Olivier Larizza en se rangeant ouvertement dans le camp de ceux qui déplorent l'avènement de ce nouveau livre fantôme, de cette chimère technologique inconsistante et pernicieuse alors que d'autres y voient une avancée extraordinaire, un accès plus aisé au savoir et une diffusion élargie et démocratisée de la pensée et du savoir. Les tenants du livre numérique lui trouvent trois avantages majeurs : ses qualités nomades, ses possibilités de désencombrement (un Kindle peut contenir dans un volume réduit la valeur d'une bibliothèque de 1500 ouvrages) et surtout son plus grand respect de l'environnement grâce à l'économie de papier réalisée. Larizza démolit allégrement tout cela et arrive même à prouver qu'avec ses coûts de fabrication et d'utilisation la liseuse représente une plus lourde empreinte écologique que le livre papier. De plus, l'e-book créerait une dilution des repères, un éparpillement de la lecture encore aggravé par les liens hypertextes de l'Internet. Il ne serait qu'une pâle copie de l'original, le livre-papier restant pour l'éternité « l'objet parfait » et non perfectible... On l'aura compris, cet essai reste assez nettement manichéen. Il confortera tout le monde quand il affirme avec force et conviction que le vrai livre a toujours un bel avenir devant lui et que son vilain golem venu de l'infosphère n'a encore réussi qu'à peine faire vaciller le trône du maître sur ses bases. Cependant le lecteur sera moins rassuré en ce qui concerne les habitudes de lecture des jeunes générations, ainsi que le statut du créateur, c'est à dire de l'écrivain, déjà en position de faiblesse face aux marchands de papier imprimé. Pour Larizza, le tout numérique lui ôterait tout statut et toute crédibilité.

Un essai intéressant, parfois un peu trop orienté didactique voire universitaire, parfois même déjà un peu dépassé (les commentaires sur les liseuses datant d'un an sont déjà presque obsolètes), souvent partial, mais qui peut servir de base à une réflexion plus approfondie. Derrière cette bataille « technologique », ce combat des « anciens contre les modernes », se cachent des enjeux autant culturels que civilisationnels. A lire néanmoins, car les ouvrages sur ce sujet particulier ne pullulent pas vraiment.

3/5

Citations :« Or le vertige de la virtualité est ce qui caractérise les utopies : elles sont virtuelles et elles sont vertigineuses par les promesses qu'elles font, les espoirs qu'elles prodiguent. Leur seule limite est l'idéal. Elles absorbent aussi angoisses et frustrations jusqu'à nous abstraire de la réalité concrète; ne dit-on pas que l'on va sur Internet, comme si l'on embarquait pour un autre monde, l'espace de tous les possibles ? »

« Il n'est pas certain, loin s'en faut, que le numérique constitue une avancée culturelle, écologique, économique et symbolique par rapport au papier. (…) Le livre numérique ne remplacera jamais complètement le livre papier, ou bien cela prendra plusieurs générations quand il n'a fallu que quelques années pour les autres industries culturelles. »

« Le livre est comme la cuillère, le marteau, la roue ou le ciseau. Une fois que vous les avez inventés, vous ne pouvez pas faire mieux. Vous ne pouvez pas faire une cuillère qui soit mieux qu'une cuillère. »

« Ecrirai-je encore, se demande souvent Umberto Eco, si on me disait que demain une catastrophe cosmique allait détruire l'univers, si bien que personne ne pourrait lire demain ce que j'écris aujourd'hui ? Au premier abord, la réponse est non. Pourquoi écrire si personne ne peut me lire ? Ensuite, la réponse est oui, mais uniquement parce que je nourris l'espoir désespéré que, dans la catastrophe des galaxies, une étoile survivra, et que demain, quelqu'un pourra déchiffrer mes signes. »

09:02 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |