30/06/2012

Un rocker de trop (Paul Fournel)

Un rocker de trop.jpgFrédéric Jaunissert, natif de Bourg en Bresse, joue de la guitare solo depuis des années. Il a débuté sous la cagoule des Pénitents de Danny Boy dans les années soixante, il a accompagné Schmoll (Eddy Mitchell) à Nashville (Tennessee) et a même joué avec les plus grands guitaristes de studio de là-bas. Ils l'ont reconnu comme l'un des leurs et lui ont même attribué le prestigieux surnom de « Fast Freddy ». Trainant de concert en studio et de scènes rurales en stades municipaux, il court un peu le cachet et mène depuis trois décennies une vie de rocker professionnel de moyen niveau. Jusqu'au jour où un vieux manager sur le retour lui propose la place de guitariste soliste dans le groupe de Jacky Space, un jeunot qui se la pète un max et qui lui file le blues.

Un court roman sur le monde du show-biz de province et des rockers dans la débine. C'est sympathique pour qui apprécie cette musique et ce milieu et ça sent vraiment l'authentique, le vécu. Ce livre est quasiment un témoignage sur une époque révolue, celle des mobylettes, des teppaz et des petits orchestres de bal qui se mettaient à vouloir imiter les plus grands groupes de rock. Un livre bien écrit, agréable, sympathique et qui se lit très vite. Le lecteur regrette de devoir quitter presque trop tôt ce brave et désabusé Fred Jones et sa rock and roll attitude...

5/5

Citations : « Bien sûr que je l'ai entendu à la radio son zinzin. Comment ne pas l'entendre ? Il a été matraqué sur Europe, sur RTL, sur RMC ; mais j'aime bien doucher un peu Max, surtout quand il grimpe comme ça, quand il m'accroche les revers de blouson pour mieux me hurler dans les oreilles. Je lui dis en toussant que je n'écoute que France-Musique et je recule la tête à cause de l'odeur du cigare et je le calme. »

« L'escalier du parking servait de chiottes, des flaques d'urine et des merdes sur chaque marche. Une lueur là-bas au fond, entre les rangées de 504 familiales déglinguées. Un bordel du diable répercuté par le béton et les tôles. Je me suis arrêté une seconde, assis sur un capot de Simca, j'aurais voulu ne pas avoir de nez, ne pas avoir d'oreilles. Pour la première fois depuis ma cure, j'ai cherché instinctivement des pilules dans ma poche, prêt à replonger. Simplement pour tenir et pour que le monde redevienne doux, un peu plus doux. »

« En 1960, à Bourg, dans le dernier groupe que j'avais créé avant de monter à Paris, rien ne dépassait : on était tous les quatre dans le même costume bleu ciel avec des revers noirs et on faisait sur scène le pas en carré à la mode des Shadows. Pas question de s'offrir la moindre fantaisie. Si je me souviens bien, on portait même de ces petits noeuds twist noirs que l'on glissait sous le col de la chemise. Je m'étais offert des montures de lunettes en écaille (sans verres) pour ressembler à Hank Marvin. »

« Côté tournée, les gamins sont vite rentrés dans les baskets des anciens : ils se lavent pas, mettent du fond de teint par-dessus le fond de teint, du Pento par-dessus le Pento. Ils picolent comme des fous, fument, sniffent et se speedent avec la tentation d'aller jusqu'au bout, le même désir de se défoncer pour voir, pour avoir la paix, pour être en colère, pour avoir l'impression d'être meilleurs, pour avoir la force de détester tous les autres, pour tenir bêtement une semaine de plus, un gala de plus. »

09:10 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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