23/06/2012

Prothèse (Andreu Martin)

prothèse.jpgMiguel Vargas est un petit truand qui sort de sept années de cabane avec une idée obsessionnelle : faire payer ce que lui a fait subir l'inspecteur Gallego. En effet, lors d'un interrogatoire qui a mal tourné, le flic s'est acharné sur lui et lui a complètement démoli la mâchoire à grand coups de crosse alors qu'il n'avait pas vingt ans. Depuis ce temps, il porte un dentier qui lui donne un sourire de mort et un air de cadavre quand il l'ôte. Mais la vengeance est un plat qui se mange froid et nécessite une longue et minutieuse préparation sans garantie de réussite certaine.

Ce roman policier relève du genre « roman noir » le plus sombre possible et l'auteur catalan fait évoluer ses personnages dans un Barcelone particulièrement sordide qui n'a rien à envier aux pires bas-fonds de Chicago ou d'ailleurs. Le monde de la prostitution, de la drogue et du grand banditisme ici sont sans issue ni espoir ni rédemption d'aucune sorte. Et cette histoire des plus dramatiques va crescendo jusqu'à un dénouement particulièrement gore (à déconseiller d'ailleurs aux âmes sensibles...) Que dire du style de Andreu Martin, écrivain catalan, sinon qu'il est parfaitement adapté à l'ambiance glauque du bouquin avec en prime une certaine étrangeté : de temps en temps, l'auteur se met à parler à ses personnages en les tutoyant avant de repasser à la troisième personne du singulier comme si, pris de pitié ou de compassion pour les malheureux pantins dont il tire les ficelles, il voulait parfois abandonner sa position de Pygmalion pour prendre celle de confident ou d'ami proche. Malgré ces petites poussées de schizophrénie, un sacrément rude polar quand même...

4/5

Citations : « Avant trois heures du matin, en dehors des Ramblas et des ruelles voisines, Barcelone est une ville abandonnée, déserte. Les habitants restent chez eux, à regarder la télévision. S'ils sortent, c'est qu'ils ont un but : le cinéma, le théâtre, une soirée dansante... Il est rare que les gens sortent dans la seule intention de faire une promenade. Ceux qui veulent simplement se dégourdir les jambes, ou prendre un verre en regardant le spectacle de la foule, se retrouvent sur les Ramblas, noires de monde à toute heure du jour ou de la nuit. Les Barcelonais recherchent la foule, de préférence sur cette artère qui draine à peu près toute la population de la ville. Tous en choeur à jouir du même spectacle, celui des autres. »

« Le couteau est dans la main droite de Miguel. On dirait que ses couilles ont cessé d'être en berne. D'un mouvement brusque et précis, Miguel ouvre une portière arrière de la voiture et s'engouffre à l'intérieur. Claquement sec du cran d'arrêt. Il empoigne les cheveux blonds, poisseux de laque, tire férocement en arrière, pose la lame sur le cou de la jeune femme, qui pousse un cri étouffé. Le type a retiré instinctivement sa main du décolleté.

- On se tire d'ici, rugit Miguel. Magne-toi, enculé, on se casse. »

« Et pourtant elle était belle la Pilar. Et elle lui en avait manifesté de la reconnaissance ! Elle travaillait comme danseuse au Molino et sans lui, elle aurait fini comme entraîneuse à la Bodega Bohemia, ou à tailler des pipes dans le Barrio Chino, car elle bougeait son cul avec autant de grâce qu'une bourrique chargée de foin, pauvre pomme. Mais elle avait un corps fait au tour, avec des seins comme des soleils et des jambes, il fallait voir ça. Et puis, un caractère fantastique, toujours souriante, affectueuse, toujours prête à déconner aussi, elle racontait les blagues comme personne. Etre et avoir été ! Une vraie serpillière, à présent ! Bouffie comme une vache, avec un regard vitreux et des poches sous les yeux, elle aussi. Mais quel âge peut-elle bien avoir maintenant ? Elle a cinq ans de moins que toi et on dirait ta grand-mère. »

08:55 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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