26/05/2012

Le carcajou (Bernard Clavel)

le carcajou.jpgDans le grand nord canadien, deux couples de vieux Indiens Cris tentent de survivre tant bien que mal en chassant et piégeant selon les méthodes traditionnelles. Leur motoneige tombe en panne. Mooz, l'un des deux hommes, tousse et crache le sang. Et pour ne rien arranger, leurs pièges sont systématiquement visités et leurs proies dévorées ce qui les met en grande difficulté. Qui peut leur jouer un aussi vilain tour, sinon le carcajou, cet animal sauvage qu'on appelle aussi « glouton » tant son appétit est vorace ? Les Indiens le redoutent autant que le diable. Dernier homme valide, Waboos se lance avec son chien à la poursuite du néfaste animal. Il doit absolument le tuer. La vie de son petit groupe en dépend.

Un magnifique roman qui nous fait partager la vie traditionnelle des Indiens du Grand Nord. En fait, des tous derniers survivants car ils ne sont plus nombreux à vivre en plein hiver dans un wigwam et à essayer de vivre des produits d'une taïga qui se montre de plus en plus inhospitalière. Grands espaces, liberté et dépaysement garantis. Grandeur de la lutte de l'homme contre une nature hostile. On ne peut s'empêcher d'établir une sorte de parallèle d'inspiration avec « Le vieil homme et la mer » d'Hemingway. Même ode à la nature, à la liberté, au dépassement de soi, même quête désespérée et même nostalgie d'un monde qui est condamné à disparaître. Un style vif et prenant. Un roman bref, simple et admirable. Du très grand Clavel.

5/5

Citations : « L'ours, c'est le Frère. L'Indien, c'est le Vrai Homme. Celui qui, parce qu'il est un vrai homme, le tue sans lui porter le respect qu'on lui doit sera puni. Il connaîtra les pires maux. Il aura froid sans feu. Il aura faim sans rien à manger. Il aura soif sans pouvoir faire fondre la neige pour boire son thé. Il aura peur comme l'enfant a peur dans la tente tremblante et il mourra de ce froid, de cette faim, de cette peur. »

« La terre est pourtant aux Indiens, mais les hommes blancs sont venus avec des armées. Partout où le sol contient du métal, ils creusent. Ils élèvent vers le ciel des constructions étranges où grondent des machines monstrueuses. Des machines qui les aident à descendre dans le fond de la terre où ils arrachent l'or des pattes crochues du diable. Les hommes blancs font alliance avec toutes les forces du mal. »

« Ainsi les barrages vident de sa vie la forêt où les Indiens ont vécu depuis la nuit des temps sans jamais demander l'aumône aux hommes blancs. En tuant la forêt, les grands barrages ont tué l'âme indienne. Ils ont privé les vrais hommes de leur dignité. On n'achète pas l'âme d'un peuple avec de l'argent. Si un peuple accepte de se vendre pour des billets de banque, c'est que son âme est vraiment noire. Et l'âme des Indiens est lumière. » 

09:20 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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