02/06/2012

La querelle des livres (Olivier Larizza)

la querelle des livres.jpgAvec l'ère d'Internet, des e-books et autres liseuses, ne risque-t-on pas d'entrer dans un monde complètement numérique pour ne pas dire totalement virtuel ? A plus ou moins long terme, le livre, objet de papier et de carton, ne pourrait-il pas disparaître ou, à tout le moins, se voir marginalisé et finir dans un avenir plus lointain au rayon des antiquités entre un rouleau de papyrus et trois 78 tours ?

C'est sur ces questions et quelques autres comme l'avenir des bibliothèques papier et même de la grande littérature elle-même que s'interroge Olivier Larizza en se rangeant ouvertement dans le camp de ceux qui déplorent l'avènement de ce nouveau livre fantôme, de cette chimère technologique inconsistante et pernicieuse alors que d'autres y voient une avancée extraordinaire, un accès plus aisé au savoir et une diffusion élargie et démocratisée de la pensée et du savoir. Les tenants du livre numérique lui trouvent trois avantages majeurs : ses qualités nomades, ses possibilités de désencombrement (un Kindle peut contenir dans un volume réduit la valeur d'une bibliothèque de 1500 ouvrages) et surtout son plus grand respect de l'environnement grâce à l'économie de papier réalisée. Larizza démolit allégrement tout cela et arrive même à prouver qu'avec ses coûts de fabrication et d'utilisation la liseuse représente une plus lourde empreinte écologique que le livre papier. De plus, l'e-book créerait une dilution des repères, un éparpillement de la lecture encore aggravé par les liens hypertextes de l'Internet. Il ne serait qu'une pâle copie de l'original, le livre-papier restant pour l'éternité « l'objet parfait » et non perfectible... On l'aura compris, cet essai reste assez nettement manichéen. Il confortera tout le monde quand il affirme avec force et conviction que le vrai livre a toujours un bel avenir devant lui et que son vilain golem venu de l'infosphère n'a encore réussi qu'à peine faire vaciller le trône du maître sur ses bases. Cependant le lecteur sera moins rassuré en ce qui concerne les habitudes de lecture des jeunes générations, ainsi que le statut du créateur, c'est à dire de l'écrivain, déjà en position de faiblesse face aux marchands de papier imprimé. Pour Larizza, le tout numérique lui ôterait tout statut et toute crédibilité.

Un essai intéressant, parfois un peu trop orienté didactique voire universitaire, parfois même déjà un peu dépassé (les commentaires sur les liseuses datant d'un an sont déjà presque obsolètes), souvent partial, mais qui peut servir de base à une réflexion plus approfondie. Derrière cette bataille « technologique », ce combat des « anciens contre les modernes », se cachent des enjeux autant culturels que civilisationnels. A lire néanmoins, car les ouvrages sur ce sujet particulier ne pullulent pas vraiment.

3/5

Citations :« Or le vertige de la virtualité est ce qui caractérise les utopies : elles sont virtuelles et elles sont vertigineuses par les promesses qu'elles font, les espoirs qu'elles prodiguent. Leur seule limite est l'idéal. Elles absorbent aussi angoisses et frustrations jusqu'à nous abstraire de la réalité concrète; ne dit-on pas que l'on va sur Internet, comme si l'on embarquait pour un autre monde, l'espace de tous les possibles ? »

« Il n'est pas certain, loin s'en faut, que le numérique constitue une avancée culturelle, écologique, économique et symbolique par rapport au papier. (…) Le livre numérique ne remplacera jamais complètement le livre papier, ou bien cela prendra plusieurs générations quand il n'a fallu que quelques années pour les autres industries culturelles. »

« Le livre est comme la cuillère, le marteau, la roue ou le ciseau. Une fois que vous les avez inventés, vous ne pouvez pas faire mieux. Vous ne pouvez pas faire une cuillère qui soit mieux qu'une cuillère. »

« Ecrirai-je encore, se demande souvent Umberto Eco, si on me disait que demain une catastrophe cosmique allait détruire l'univers, si bien que personne ne pourrait lire demain ce que j'écris aujourd'hui ? Au premier abord, la réponse est non. Pourquoi écrire si personne ne peut me lire ? Ensuite, la réponse est oui, mais uniquement parce que je nourris l'espoir désespéré que, dans la catastrophe des galaxies, une étoile survivra, et que demain, quelqu'un pourra déchiffrer mes signes. »

09:02 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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