06/05/2012

Les amants du Saint Laurent (Alain Dubos)

les amants du saint laurent.jpgEn 1833, à Montréal comme dans tout le reste du Canada, les descendants des Français vivent sous le joug de l'Anglais depuis 1760. Ils sont traités comme des citoyens de seconde zone et subissent le favoritisme, la corruption, le déni de droit et même la spoliation pure et simple. La dernière révolte a été matée dans le sang. Lors d'un voyage à l'est du Saint Laurent, le jeune Frédéric Fonteneau, fils cadet d'un notaire et déjà clerc dans l'étude de son père, découvre la misère des paysans et les injustices qu'ils doivent subir. Il tombe amoureux de la belle Adeline Desrouets, fille d'un pauvre laboureur. Sa famille ne voit pas d'un bon oeil cette union qui ressemble à une mésalliance. Et les désaccords ne vont pas s'en tenir à cela. Adeline et Frédéric vont devoir prendre partie. Le rouleau compresseur de l'Histoire en marche épargnera-t-il les amants du Saint Laurent ?

Un roman sentimental et de terroir sur fond de trame historique qui ne laissera personne indifférent. Le mérite particulier d'Alain Dubos est surtout de nous faire découvrir une période de l'histoire des Canadiens français assez méconnue. La colonisation anglaise fut loin d'être un long fleuve tranquille. Elle ressembla plutôt à un injuste esclavage semé de révoltes et doublé de persécutions diverses et variées quand ce ne fut pas purement et simplement un nettoyage ethnique comme ce fut le cas pour les Acadiens déportés par bateaux entiers jusque dans les marais insalubres de Louisiane. Livre très agréable à lire et surtout très documenté (jusque dans les expressions si pittoresques du parler québécois !) Pas étonnant de la part d'un écrivain comme Alain Dubos, passionné par l'histoire et la culture des peuples francophones du Nouveau Monde. On lui doit également Acadie, terre promise, Retour en Acadie et La Plantation de Bois-Joli. Un livre à conseiller plus pour son volet Histoire que pour ses péripéties sentimentales.

4/5

Citations : « On ne peut guère concevoir nationalité plus dépourvue de tout ce qui peut vivifier et élever un peuple que les descendants des Français dans le Bas-Canada, du fait qu'ils ont gardé leur langue et leurs coutumes particulières. C'est un peuple sans histoire et sans littérature. » (John George Lambton, premier comte de Durham – 1839)

« Regarde là-bas. Des Loyaux, comme mon frère Julien. Ils t'écoutent, paraissent t'entendre, mais leur esprit est ailleurs, dans la compromission molle, la sujétion consentie. Ces faibles acceptent la défaite de Montcalm comme une fatalité. A quoi bon se révolter puisque personne, Français, Américain ou Chinois, ne viendra à leur secours ? Autant reconnaître la loi du vainqueur tout en y cherchant les failles par où se glisser, comme les rats le font entre les sacs de grain. »

«  Comment tolérer ça plus longtemps ? Comment continuer à vivre sous le joug, à voir tant d'énergie détournée et nos Canadiens réduits à mendier la liberté de vivre à leur guise sur leur terre ? Car c'est bien leur terre, n'est-ce pas, où gît leur ascendance, où palpite leur matrice. Cartier, Champlain, Talon, Frontenac ! Seigneur ! Que penseraient de nous ces hommes s'ils revenaient au monde ? »

09:00 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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