09/04/2012

Les opinions de M. Jérôme Coignard (Anatole France)

Les opinions de M.Jérôme Coignard.jpgAncien professeur d'éloquence, ancien bibliothécaire d'un évêque, ex-écrivain public et simple précepteur du jeune Jacques Tournebroche, fils d'un rôtisseur, l'abbé Jérôme Coignard est une sorte d'érudit, de philosophe et de penseur populaire qui aime à faire partager ses idées au cercle d'amis qu'il retrouve à la taverne ou dans la librairie d'un certain Blaizot, sise rue St Jacques à Paris. Ainsi doit-il trancher de toutes sortes de questions comme celles-ci : une dévote doit-elle faire jeûner son chien pendant le carême ? La nature est-elle athée ? Une jolie servante peut-elle user de ses charmes pour faire libérer un voleur ? Un échevin a-t-il raison de proposer une pompe à incendie à une école construite en bois et qui risque de brûler ? Quelle est l'utilité du service militaire ? Comment fonctionne la justice ? Etc...

Ce Jérôme Coignard, sympathique homme de sagesse et de bon sens, qui se situe quelque part entre Diogène et Socrate, disserte sur tout et n'importe quoi. Ses avis sont tranchés, parfois paradoxaux, mais toujours intéressants et pragmatiques. Le lecteur devine qu'Anatole France a beaucoup mis de lui-même dans ce personnage. C'est brillant et souvent décoiffant. Les institutions, politiques, religieuses, judiciaires et militaires en ressortent joliment étrillées par ce pacifiste, anticlérical et plus ou moins anarchiste qui devait être très en avance sur son temps. Mis à part le contexte historique, ce texte classique n'a guère vieilli. Il surprend même par le modernisme d'idées qui semblent intemporelles. A ne pas oublier.

4/5

Citations : « Dans une démocratie, disait Monsieur l'abbé Coignard, le peuple est soumis à sa volonté, ce qui est un dur esclavage (…) car la volonté commune ne se trouve que peu ou point dans chaque personne, qui pourtant en subit la contrainte toute entière. Et le suffrage universel n'est qu'un attrape-nigaud, comme la colombe qui apporta le Saint Chrême dans son bec. »

« Je crains un empire dans sa première verdeur. Je crains l'âpre nouveauté d'une république. Et, puisqu'il faut être mal gouverné, je préfère des princes et des ministres chez qui les premières ardeurs sont tombées. »

« Le monarque apporte à ses sujets deux présents funestes, la guerre et la dîme. »

« Le service militaire me paraît la plus effroyable peste des nations policées. »

« Les hommes se font tuer volontiers pour des mots. »

« On est rebelle quand on est vaincu. Les victorieux ne sont jamais rebelles. »

« Le serpent de la Genèse est le plus antique des philosophes et leur prince éternel. »

08:52 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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