28/05/2011

Le Cherche-Bonheur (Michael Zadoorian)

le cherche-bonheur.jpgAtteinte d'un cancer en phase terminale, Ella, 80 ans, ne veut plus avoir affaire à la médecine. Elle se sent seule, en morceaux et au bout du rouleau, d'autant plus que John, son mari, atteint de la maladie d'Alzheimer, voit sa mémoire disparaître par lambeaux. Mais, comme il sait encore conduire, Ella l'entraîne dans un périple en camping-car le long de la mythique mais abandonnée Route 66 qui les amènera de Détroit à Santa Monica et leur permettra d'atteindre leur destination finale : Disneyland. Bien entendu, ce voyage buissonnier dans les territoires oubliés de l'Amérique profonde ne se passera pas sans incidents de toutes sortes...

Un « Road Story » se déroulant dans les décors grandioses ou misérables du célèbre « Sur la Route » de Jack Kérouac, mais avec d'autres personnages. Les beatnicks et les hippies ont vieilli. Ils se sont aimés, ils se sont mariés, ont eu des enfants, les ont élevés et ils se retrouvent en fin de vie dans cette escapade qui ressemble à une fuite en avant ou à une évasion à la recherche de leurs rêves anciens, des ultimes plaisirs de l'existence et des dernières étincelles de liberté. Ella et John forment un couple magnifique. Digne et fier dans l'épreuve. Leurs enfants les prennent pour des fous et songent à les faire rechercher par la police. Un livre touchant, émouvant, plein d'humanité qui donne à réfléchir sur la vieillesse, la maladie, la médecine et la mort dans la dignité. Une formidable leçon de vie que nous distille avec simplicité et honnêteté Michael Zadoorian dans son premier livre paru en français, véritable coup de maître. Bravo !

5/5

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20/05/2011

Dieu et nous seuls pouvons (Michel Folco)

Dieu et nous seuls pouvons.jpgEn 1683, à Bellerocaille dans le Rouergue, doit avoir lieu l'exécution d'un assassin d'enfant. Mais le seigneur du lieu, responsable de l'application des « hautes oeuvres », ne dispose pas d'un exécuteur. Pour recruter un volontaire, il propose une belle somme d'argent et comme personne ne se présente, il réussit à contraindre Justinien Pibrac, un prisonnier injustement condamné aux galères, d'en faire office. Son premier travail sera de briser dans le terrible supplice de la roue, les os du meurtrier, ce qui ne se passera pas sans quelques maladresses de débutant. Justinien, l'enfant trouvé et promu à cette haute fonction, sera le premier maillon d'une longue lignée de bourreaux qui exerceront dans le midi et bénéficieront d'une aisance certaine jusqu'aux décrets Crémieux qui mettront un terme à leur étrange épopée.

Roman historique et d'aventures particulièrement bien ficelé et documenté, ce livre ne manque pas de surprendre ne serait-ce que par l'enchaînement des causes et des effets. Une simple piqure de guêpe suffit à faire rater le plat d'un cuisinier, lequel se voyant vertement puni, trucide le très jeune fils de son maître et le lui donne à manger sous forme de boulettes... Toute la première partie du livre est de la même veine. Cruelle, sadique, glauque et sans tendresse ni pitié. On se retrouve dans une ambiance proche de celle du « Parfum » de Süskind. Puis on saute en 1901 et on passe au huitième et dernier exécuteur. Les temps ont changé. Tout doit se passer à Paris, on exécute à l'aube et même dans le secret des cours de prison. C'est le début de la fin, mais le lecteur aura quand même droit au passage à la guillotine d'une femme parricide et obèse. Autre moment bien gore ! Texte particulièrement soigné, intéressant, faisant souvent froid dans le dos et nous rappelant que le bon vieux temps ne l'était pas pour tout le monde...

5/5

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14/05/2011

Comment écrire de la fantasy et de la SF (Orson Scott Card)

comment écrire de la fantasy.jpgLes fans et amateurs des littératures de l'imaginaire étant fort nombreux et les « wannabees »-auteurs avec manuscrit poussiéreux traînant au fond du tiroir presque autant, ce livre, qui se présente comme un guide rempli de conseils d'écriture et d'organisation d'une histoire, pouvait sembler pertinent d'autant plus que M. Card n'est pas n'importe qui dans ces deux genres littéraires puisqu'il s'est autant illustré dans le premier (« Les chroniques d'Alvin le Faiseur ») que dans le second (« Le cycle d'Ender »). L'ennui, c'est que ce texte date un peu (les choses ont pas mal évolué depuis 20 ans) et qu'il est très représentatif des moeurs littéraires américaines qui n'ont pas grand chose à voir avec les nôtres. Importance des agents littéraires, des ateliers d'écriture, présence de nombreuses revues SF/ Fantasy, de fanzines, possibilité de n'envoyer qu'un synopsis aux éditeurs... Bragelonne a tenté de compenser ce handicap en y ajoutant des notes ramenant à la situation hexagonale. Le plus intéressant dans ce texte réside moins dans la définition des différences entre genres (souvent artificielles) que dans les véritables conseils d'écriture (importance du point de vue, du personnage, de l'intrigue, du niveau de langage, de la cohérence de l'ensemble etc...) Nul doute qu'un écrivain en herbe y trouvera son miel !

4/5

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12/05/2011

La cour des dames / Madame Catherine (Franck Ferrand)

la cour des dames 3.jpgRien ne va plus au royaume de France, en proie à des guerres incessantes et à un conflit religieux prenant de plus en plus d'ampleur et devenant de plus en plus sanglant. Tiraillé entre les Guise et les Montmorency, deux familles ennemies représentant les deux factions jusqu'au sommet de l'Etat, le roi Henri II, mal conseillé par sa favorite Diane de Poitiers, ne parvient pas à calmer les passions. Humble et discrète, la reine, Catherine de Médicis, peine à asseoir son autorité. La mort du roi suite à un mauvais coup de lance reçu dans l'oeil lors d'un tournoi et l'avènement du jeune et éphémère François II, vont bouleverser la donne et placer Madame Catherine et les Guise sur le devant de la scène ce qui ne va pas arranger les choses...

Ce troisième volet de la saga de « La cour des dames » est celui qui fait le plus la part belle aux personnages secondaires et romanesques comme les deux demi-frères Gautier et Simon de Coisay devenus père et oncle de la jeune et belle Françoise sur la tête de laquelle s'accumulent tous les malheurs du monde ce qui fait basculer ce tome dans le pur roman historique. Les évènements réels sont encore là (désastre de Saint-Quentin, mort d'Henri II, conspiration de La Renaudie, répression féroce contre les Protestants), mais passent au second plan quand ils ne servent pas de simple toile de fond. Bien qu'intitulé « Madame Catherine », celle-ci n'occupe qu'une modeste place dans l'intrigue, ce que l'on peut regretter, le personnage historique étant aussi important sinon plus que Diane de Poitiers que l'on suit pourtant jusqu'à la fin. Livre intéressant, écrit dans un style vif et agréable qu'on ne peut que conseiller aux amateurs d'Histoire (en raison du sérieux et de la qualité de la documentation) même s'il semble un peu inférieur aux deux premiers.

3,5/5 

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10/05/2011

La cour des dames / Les fils de France (Franck Ferrand)

la cour des dames2.jpgLa seconde partie du règne de François Ier va s'avérer aussi troublée que la première. La rivalité et les conflits avec l'empereur Charles Quint ne font que croître et embellir même si les alliances commencent à fluctuer (Princes allemands, Grand Turc). A la cour, deux femmes à la tête de deux clans ennemis, sont entrées dans une compétition sans merci pour la suprématie. D'un côté, Anne de Pisseleu, la jeune maîtresse du vieux roi et de l'autre Diane de Poitiers, la vieille gouvernante et future maîtresse d'Henri, le cadet des trois fils de François Ier. Avec la mort étrange de ses deux frères (sans doute empoisonnés), il se retrouve dauphin alors qu'il n'est que le cadet. Le roi le marie avec Catherine de Médicis, laide nièce d'un pape défunt, qui a bien de la peine à enfanter... Toute la fin du règne sera d'ailleurs marquée par de tristes perspectives pour la suite de l'histoire...

Ce deuxième tome de « La cour des dames » est parfaitement dans la lignée du précédent, encore plus chronique historique fidèle à la vérité des faits que roman historique comme on l'entend en général. Simon et Gautier, les deux écuyers déjà présents dans « La régente noire » apparaissent de ci de là, à titre de témoins, mais sans réelle importance pour le déroulement de l'intrigue. Ferrand cite toujours ses sources en annexe et signale ses (minimes) entorses. Il se veut dans la lignée des célèbres « Rois maudits » de Maurice Druon et multiplie allusions et clins d'oeil. Il est exact en effet que les deux sagas se répondent. Après la malédiction des Valois côté hommes, voici leur décadence orchestrée par les femmes. Le livre est aussi passionnant pour sa description de cette période de la Renaissance à la fois raffinée (arts, lettres, architecture) mais aussi violente et cruelle. On assiste à l'écartèlement d'un « traitre » innocent avec un grand luxe de détails ou au fameux « Coup de Jarnac » tout en croisant des personnages comme Clément Marot, Jean Goujon, Jacques Cartier et autres Ambroise Paré.

4,5/5

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08/05/2011

La cour des dames / La régente noire (Franck Ferrand)

la cour des dames.jpgPris en tenaille entre le roi d'Angleterre, Henri VIII et l'empereur Charles-Quint, le jeune François Ier, dispersé par ses amours et ses chasses, a bien de la peine à mener sa barque loin des écueils qui se multiplient. Il est trahi par son cousin, Charles de Bourbon, qui pactise avec ses deux grands ennemis. Sa mère, Louise de Savoie la régente, ne veut pas lâcher les rênes du pouvoir et sa soeur, Marguerite l'aime tant qu'elle le laisse aller plus loin que ce que les bonnes moeurs autorisent. Pris dans un conflit et des ambitions italiennes mal maîtrisées, François Ier est fait prisonnier à Pavie. Pour accepter de le libérer, Charles-Quint va se montrer d'une exigence implacable.

Premier volet d'une très intéressante saga historique, « La régente noire » nous montre un François Ier assez différent de son image habituelle de roi chevalier, conquérant et fin politique et une Louise de Savoie machiavélique, autoritaire et hypocondriaque. On y trouve également le personnage lumineux de Diane de Poitiers, mariée à un barbon du double de son âge et la triste réalité du calvaire subi par les enfants de France cédés aux Impériaux à titre d'otages de rechange. Une page peu reluisante de l'histoire de François Ier loin des images d'Epinal de Marignan ou du camp du Drap d'Or. Dans ce livre, peu de fantaisie ou d'inventions romanesques : Franck Ferrand fait vraiment oeuvre d'historien (les amours et aventures des deux jeunes écuyers sont très secondaires et presque anodines par rapport aux grands évènements), il cite ses sources et a même l'honnêteté rare de préciser sur quels points particuliers il s'est permis quelques privautés avec la réalité. Très bon travail qui augure bien de la suite.

4/5

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