19/11/2010

Le coeur régulier (Olivier Adam)

le coeur régulier.jpgSarah, femme mariée et mère de deux ados, vient de perdre presque coup sur coup son travail et son frère Nathan, mort dans un accident de voiture. Elle se sent de plus en plus étrangère à sa propre vie. N'a plus de rapports intimes avec Alain, son mari et n'a plus goût à rien. Elle soupçonne son frère, souffrant d'une forte tendance à l'auto-destruction, d'avoir conduit en état d'ivresse et même d'avoir provoqué sciemment la catastrophe. Elle décide de partir au Japon, dans un petit village au pied de falaises escarpées où les gens viennent aisément se suicider. Nathan prétendait avoir trouvé la paix en ce lieu un peu étrange. Mais la rencontre avec Natsume, le sauveur de suicidés, va permettre à Sarah de découvrir d'autres facettes de leur histoire commune.

Un roman psychologique où une large place est donnée à l'impression, à la sensation, au ressenti des personnages et principalement de Sarah ainsi qu'aux descriptions extérieures d'un Japon à la fois serein et sinistre, dynamique et mortifère. Prototype de « l'ultramoderne solitude ». Ce roman très français (intrigue réduite au minimum et analyse psychologique et sentimentale détaillée au maximum) n'est pas désagréable à lire grâce à l'impression de dépaysement qu'il donne et surtout en raison du style très personnel de l'auteur qui se permet quelques libertés avec la ponctuation (absence de certaines virgules), ce qui n'apporte qu'un léger inconfort à une lecture qui peut être assez rapide et donnera à réfléchir sur le sens de la vie et laisse un goût doux amer.

3,5/5 

 

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09/11/2010

Beijing coma (Ma Jian)

beijing coma.jpgDai Wei est un jeune et brillant étudiant en biologie moléculaire à la Faculté des Sciences de Beijing. Il porte la honte d'être le fils d'un droitiste. En effet, dans les années 50, son père, grand violoniste émigré aux Etats-Unis croyant naïvement aux lendemains qui chantent avec l'arrivée de Mao au pouvoir, rentra au pays pour être immédiatement enfermé au Lao-Gaï (Goulag chinois) pendant plus de vingt ans. En juin 1989, des milliers d'étudiants occupent pacifiquement la place Tienanmen, réclamant la fin de la corruption, un peu de liberté et plus de démocratie. Avec autant de sauvagerie que les fois précédentes, le pouvoir communiste réprimera cette action avec la plus extrême violence : tirs à balles explosives sur la foule, intervention des chars pour écraser les manifestants. Au milieu de ce carnage, Dai Wei reçoit une balle dans la tête qui le plonge dans un coma profond qui durera dix ans. Transformé en légume qui sent et entend tout, le malheureux étudiant se souvient.

« Beijing Coma » est un livre bouleversant qui nous raconte minutieusement non seulement la sinistre affaire de la place Tienanmen mais encore la révolution culturelle avec ses millions de morts, ses gens ébouillantés, enterrés vivants, ses prisonniers battus à mort à coup de pierres ou de bâtons, ses hommes que l'on oblige à se battre entre eux pour prouver qu'ils sont de bons maoïstes, ou qui sont si affamés qu'ils en arrivent à manger leurs excréments et même à se comporter en cannibales. Sans oublier la vente systématique des organes des condamnés à mort ou la facturation à la famille des frais d'exécution. Ce livre est le plus terrible réquisitoire jamais écrit contre le communisme chinois. Tous les faits rapportés sont accablants. Personne ne peut donner un chiffre fiable du nombre de morts et de blessés de la place de Tienanmen, pas plus que le nombre de millions de morts victimes du communisme chinois. Ma Jian a travaillé dix ans pour nous proposer ce livre majeur du niveau de ceux de Soljénistsine. Bien entendu, cela choque, dérange et est souvent pénible à supporter. C'est l'horreur à l'état maximal, le totalitarisme froid, organisé, sans aucun scrupule, sans coeur, sans âme, sans tripes. Si l'on veut être un tant soit peu averti et aller au-delà de la sino-béatitude actuelle, il faut absolument lire ce livre majeur (car les médias ne nous ont pas raconté le dixième de ce qui s'est réellement passé à l'époque... Qu'en est-il d'ailleurs aujourd'hui ? On peut douter qu'un régime aussi monstrueux se soit réformé de l'intérieur, même touché par la grâce du divin capitalisme. La sanglante répression des Tibétains vient encore de le montrer. Les tapis rouges que l'ont vient de déployer sous les pas du dernier empereur rouge sont toujours aussi rouge du sang des innocents).

5/5

 

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02/11/2010

Les Faux As (Bernard Viallet)

les faux as.jpgAlors que les histoires concernant la « banlieue » défraient régulièrement la chronique médiatique, peut-on dire que nous sachions réellement de quoi il en retourne derrière ce vocable finalement peu précis ?
C'est un séjour au cœur des banlieues les plus chaudes, représentées principalement par la cité des Asphodèles que nous convie l'auteur des Faux As.
L'usage d'une langue parfaitement correcte mais parsemée aux bons endroits de termes argotiques du cru contribue à mettre le lecteur dans le bain. L'originalité et l'humour, malgré certaines scènes particulièrement violentes, sont au rendez-vous.
Intrigue bien menée, suspens, rythme, progression régulière de l'action, le roman les Faux As est une excellente carte littéraire qui se veut également une prise de vue très nette, un témoignage concret de ce qui se passe en banlieue. Les quelques exagérations nécessaires à la dynamique de l'histoire restent réalistes. Il faut dire que Bernard Viallet connaît bien ces lieux qu'il a déjà dépeints - avec une tendresse contrastant avec l'environnement - dans son témoignage autobiographique de directeur d'école « Le Mammouth m'a tuer ».
Au travers de chapitres assez courts, Viallet nous dessine les portraits de tous ces habitants, jeunes ou vieux, français de souche ou étrangers, racailles ou policiers.
Sans rancœur, Viallet nous décrit des gens finalement tous livrés à eux-mêmes, voyous mineurs s'extériorisant dans des exactions de plus en plus violentes et malsaines, citoyens français abandonnés par une police elle-même dépassée et craintive, clandestins courageux manipulés puis laissés à leur triste sort, politiques égoïstes eux-mêmes inconscients de la réalité sociale.
La religion est également abordée, au travers de l'Islam, mais également du Christianisme plus présent en ces zones qu'on ne peut le croire.
C'est d'ailleurs par la Foi et l'Amour que propose Bernard Viallet de s'évader de ces banlieues, que l'auteur nous présente comme un maelström d'incompréhensions et de vengeances réciproques sans cesse renouvelées et amplifiées.
Le message d'espoir qui malgré tout clôt cette œuvre nous fait un peu regretter qu'aucune véritable cause initiale ne soit donnée sur l'état de fait présent dont on semble ne plus pouvoir sortir.
C'est sans doute ce qui fait de ce roman, malgré tout très humoristique par sa franchise, un matériau au fort pouvoir de réflexion.

09:15 Écrit par CCRIDER dans Livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |