24.05.2012

Les chemins qui ne mènent pas à Rome (Georges Brassens)

Les chemins qui ne mènent pas à Rome.jpgQui était vraiment le brave Georges Brassens ? L'auteur-compositeur-interprète connu pour des chansons aussi célèbres que « L'auvergnat », « Gare au gorille », « Les copains d'abord » ou « Supplique pour être enterré sur la plage de Sète » ? Un simple fabricant de chansons parmi tant d'autres ? Que nenni ! Et s'il fallait retrouver trace de toutes les autres facettes d'un personnage bien plus complexe que l'impression qu'il donnait, il suffirait de lire ce livre, simple compilation de « Réflexions et maximes d'un libertaire », c'est à dire de pensées, sentences et aphorismes d'un esprit libre qui n'aimait rien tant que brocarder le pouvoir, la connerie, la consommation, les curés et les militaires. Ni Dieu, ni maître ! Eh oui, le brave Georges était un anar, un athée et un pacifiste convaincu, n'en déplaisent aux récupérateurs de tous poils.

Ce recueil de pensées est divisé en quelques grands chapitres (Moi, Georges Brassens, Etre ou avoir, Rêver, Résister, Croire ou ne pas Croire, Aimer, Gamberger, Lire, écrire, Chanter, Mourir) qui sont autant de grands thèmes de réflexion. En plus de comprendre la psychologie et les tendances de l'auteur du « Grand chêne », chacun pourra y puiser son miel tout en se disant que notre chanteur-poète était également un véritable sage, un authentique penseur, même s'il se défendait, modeste comme il l'était, d'être un philosophe ou de délivrer quelque message que ce fut...

5/5

Citations : « Je vis en marge. Chez moi, la nourriture, qui est indispensable évidemment, n'a pas une grande importance. J'ai longtemps vécu avec un morceau de pain et un morceau de fromage. Je suis un anthropoïde frugivore. Je suis le type même du végétarien. »

« Les idées sociales de Proudhon, de Kropotkine et de Bakounine correspondaient à ma nature et je les ai adoptées. Dire que je les ai suivies au pied de la lettre, c'est une autre histoire ! Il s'est trouvé qu'ils étaient anti-étatistes, ça me convenait assez. Ils n'étaient pas très partisans de l'armée, ça me convenait assez. Ils n'étaient pas très partisans de l'exploitation de l'homme, ça me convenait assez. Ils étaient partisans de l'égalité sociale, ça me convenait aussi. Ils étaient partisans d'une certaine indépendance de l'individu en face de la société, ça me convenait tout à fait. Alors, j'ai adopté ces idées, parce que je n'en ai pas trouvé de meilleures. »

« Je refuse qu'un groupe ou une secte m'embrigade, et qu'on me dise qu'on pense mieux quand mille personnes hurlent la même chose. »

« Les hommes ont de moins en moins besoin de Dieu. Ils « sont » leur Dieu. Ils se posent de moins en moins de questions ; en tout cas, cela reste au niveau du réfrigérateur, de la voiture, du métier, des femmes. Ils en arrivent à se foutre de tout ce qui ne les touche pas personnellement : on en vient à un monde d'indifférents et de hargneux. »

« Le seul paradis que je préconise, c'est le paradis de l'individu qui a sa liberté, même dans la société actuelle. Et même dans une société pire. »

« Si on m'enlevait tout ce que les autres m'ont donné, il me resterait peu de choses. »

« La femme est un être charmant quand elle s'en donne la peine, et pénible sans s'en donner la peine. »

« Les cons n'ont pas d'espoir. Ils n'en ont pas besoin. Du fait qu'ils sont cons, tout leur paraît simple. »

« Qu'est-ce que nous sommes ? Un peu d'argile et d'eau. Et nous voulons être éternels... C'est l'éternelle sottise. »

22.05.2012

Fini de rire, fillette ! (Charles Exbrayat)

fini de rire, filette.jpgA Baroquier-la-Benoîte, petit village perdu de la province profonde, les mauvaises langues vont bon train. Elles accusent la plus belle fille, Marguerite, de se conduire de façon des plus malhonnêtes avec les hommes, en un mot comme en cent, de les allumer et de se comporter comme une perdue. L'abbé Quettehou est désolé car il la considérait comme sa meilleure catéchumène. Mais quand elle est retrouvée étranglée dans un bois, trois hommes semblent particulièrement suspects : l'instituteur chez qui elle se rendait régulièrement, l'épicier qui était prêt à divorcer pour elle et le simple d'esprit qui en était éperdument amoureux. Aidé de l'inspecteur Rulles, le brave curé va avoir bien du souci à démêler la trame d'une affaire qui s'annonce compliquée dès le départ.

Un roman policier bien classique plus dans la ligne des Simenon que dans celle des Agatha Christie. En effet, pour une fois, Exbrayat ne nous emmène ni dans les brumes de l'Ecosse ni dans la chaleur de la Sicile, mais dans la campagne bien française et s'attache à décrire l'ambiance feutrée d'un village des années soixante, c'est à dire encore très rural et très influencé par la religion, même s'il ne reste plus que quelques bigotes pour assister à la messe. Le personnage de Quettehou, vieux curé traditionnel, un peu porté sur la chopine et peu enclin à se laisser aller aux nouvelles idées conciliaires, est assez intéressant par son humanité, sa naïveté et sa faconde. C'est écrit d'une plume alerte et pas désagréable à lire, même aujourd'hui, et pourtant c'est loin d'être le meilleur des Exbrayat. L'ensemble manque un peu d'humour et de rythme. A la décharge du maître, il faut dire qu'avec une production aussi énorme (plus de cent romans policiers), tout ne pouvait pas être toujours génial !

4/5

20.05.2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 4/3ème partie)

19.05.2012

La femme du métro (Mènis Koumandarèas)

la femme du métro.jpgKoula est une athénienne de quarante ans. Elle a un mari, deux filles, une maison en banlieue et elle exerce un bon métier, comptable à la perception. Mimis a vingt ans. Il est étudiant en architecture et tous les soirs il prend le métro pour rentrer chez lui quelques stations avant celle de Koula. Un soir, à force de se rencontrer, ils finissent par se parler d'abord de choses futiles puis de plus sérieuses. Il lui propose de poursuivre leur conversation dans une taverne, puis dans sa garçonnière. Koula acceptera-t-elle ? Iront-ils plus loin si affinités ? Quel peut être l'avenir d'une liaison entre deux êtres ayant une aussi importante différence d'âge.

Ce très court roman (70 pages) raconte avec une minutie d'orfèvre une rencontre éphémère entre deux êtres que le simple hasard rapproche un moment. Un étudiant qui n'aime pas trop les filles de son âge et préfère les femmes mures et une femme délaissée par son mari et qui veut se prouver qu'elle peut encore plaire. Son personnage est certainement le mieux décrit et le plus attachant. En quelques pages et descriptions subtiles, l'auteur arrive à faire vivre une époque (les années 70 avec la libération de la sexualité), une ambiance (la vie quotidienne des gens ordinaires dans toute sa grise monotonie) et un lieu (le métro d'Athènes). Il aborde le thème de l'amour, de la jeunesse, du bonheur et de la hantise du déclin et du vieillissement. Un livre très bien écrit et qui donne à réfléchir malgré une intrigue d'une simplicité biblique et une thématique mille fois abordée dans bien des romans d'amour.

3,5/5

Citations : « Au début, ils ne disaient pas un mot. Même pas le « pardon » d'usage, lorsque le jeune homme se levait pour descendre à Nèa Ionia. Ils s'en tenaient à des coups d'oeil furtifs ; les jambes de la femme, le visage du jeune homme ; les yeux de l'une, la bouche de l'autre. Ils se regardaient comme les visiteurs d'un zoo les animaux. »

« Koula aimait ce corps juvénile, elle le prenait dans ses bras, le berçait comme un bébé, et Mimis caressait tendrement tous ces endroits où sa chair à elle se relâchait, embrassant les rides avec passion, presque avec respect. »

« Dans le métro, elle commençait à voir des ennemis partout. En entrant, son premier souci était de voir qui était assis à côté de Mimis. Si c'était une jeune fille, elle l'observait avec inquiétude, si c'était une femme mûre, elle la regardait de travers. Seuls la rassuraient les vieilles et les infirmes. Il lui semblait que tout le monde sentait mauvais, que les gens étaient laids, arrogants. Elle n'avait d'yeux que pour son homme. » 

17.05.2012

Petit abécédaire des entreprises malheureuses (Anne Matalon)

petit abécédaire des entreprises.jpgNathan Robinski est un cadre en apparence heureux qui travaille pour la GAL (Générale d'Assurances Limousines), une entreprise qui a le vent en poupe. En réalité, il se trouve au bord du gouffre. Adrienne Lévy, sa compagne qui passe le plus clair de son temps à jouer les ethnologues chez les Papous, n'a plus donné de signe de vie depuis pas mal de temps. La dizaine de cadres du staff de direction qu'il a expédié en stage de survie au milieu du désert vient d'y trouver la mort. Et lui passe son temps à soigner un aphte qui lui brûle la langue et à rafistoler un mental en berne sur le canapé d'une psychanalyste compréhensive...

A lire cette description de l'accroche (pitch) de cette histoire, le lecteur naïf peut croire qu'il va avoir affaire à un bon thriller à l'américaine avec suspens, rebondissements, dépaysement plus violence et sexe si affinités. Malheureusement, il n'en sera rien. Cet ouvrage ne relève en réalité ni du roman policier classique, ni du thriller tant l'intrigue part dans toutes les directions, se perd dans des digressions et oublie l'essentiel : maintenir l'intérêt. L'auteure s'est complu à raconter l'ambiance particulière d'une compagnie d'assurances, à se perdre dans la description d'un papier peint (1 page entière), voire à tartiner deux autres pages sur le wallabie et à promener ses personnages d'Afrique en Europe, de Paris à Stockholm et de l'Aubrac à Chamonix comme ectoplasmes en goguette. De plus, l'ensemble est présenté sous forme d'un abécédaire (ainsi que l'indique le titre), ce qui n'apporte strictement rien de plus, si ce n'est une forme d'originalité gratuite. Quelques citations d'ouvrages de management abscons et des extraits totalement inintéressants du journal intime d'une certaine Marie Berthier, sorte de candide de la photocopieuse, servent d'intermèdes. On quitte ce bouquin en ayant l'impression d'avoir un peu perdu son temps. Le style est quelconque, sans grand rythme, ni caractéristiques particulières. A noter, de ci, de là, quelques fulgurances ou traits d'esprit qui ne suffisent malheureusement pas à racheter l'ensemble.

2,5/5

15.05.2012

Imogène et la dame blanche (Charles Exbrayat)

imogène et la dame blanche.jpgA Callander, petit patelin des Highlands écossais, Ken Benalder, un bon à pas grand chose, a disparu depuis plus de dix ans sans laisser de trace et sans jamais donner la moindre nouvelle. Suite à l'arrivée de trois lettres anonymes, Dave Belford, inspecteur à Perth, entame une enquête. Ken a-t-il été tué et par qui ? Le principal suspect est un certain Georges Macosquin, amoureux perpétuellement repoussé par Joyce, jeune femme qui attend amoureusement le retour de Ken. Et, pire que tout, Imogène McCarthery aurait été complice du forfait...

Un roman policier plein d'humour et d'esprit picaresque dans lequel Exbrayat se livre à son exercice habituel : décrire les excès de ses chers Ecossais, buveurs de scotch, braillards, bagarreurs et aussi plein de mauvaise foi que d'amour de leurs hautes terres. Le lecteur retrouvera la pétaradante Imogène, l'héroïne récurrente à la crinière rouge et aux manières très brutes de décoffrage. On aura compris que dans ces conditions très particulières, l'intrigue policière et l'enquête elle-même passent au second plan dans pareille ambiance et avec pareils personnages hauts en couleur et comme on n'en rencontre plus nulle part. Détente et amusement garantis.

4/5

Citations : « Toutes les mêmes, Tyler... A moitié folles ou complètement dingues comme votre Imogène ou encore cette tordue de Margaret Boolitt ! Et vous savez pourquoi elles nous turlupinent, tentent de nous jouer les plus méchants tours, s'acharnent à nous calomnier, s'acharnent à nous calomnier ? Parce qu'elles sont dépitées de notre indifférence à l'égard de leurs prétendus charmes ! »

« L'Ecossaise souligna son affirmation en pesant de tout son poids sur le pied gauche d'Haquarson, que des cors rendaient extrêmement sensible, et s'en fut, laissant le pasteur sur le trottoir où il invoquait le secours du Seigneur tout en dansant sur un pied. Attitude qui le fit mal juger par quelques-unes de ses ouailles estimant qu'il manquait de tenue et se promettant d'en référer à l'évêque. »

13.05.2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 4/2ème partie)

12.05.2012

Le blé qui lève (René Bazin)

le blé qui lève.jpgEn Nivernais, sur le domaine du général de Meximien, travaille une escouade de bûcherons sous la houlette bienveillante de son fils Michel. Mais en ce début de XXème siècle, la vie n'est facile pour personne. L'un des plus anciens bûcheron, Gilbert Cloquet, a fondé le premier syndicat d'ouvriers agricoles de la région. Mais de revendications en provocations, il s'est laissé déborder au point que les plus extrémistes l'ont évincé et commencent même à se retourner contre lui. De son côté, Michel va devoir quitter une propriété agricole qui est restée plus de quatre siècles dans sa famille. Son père veut s'en séparer pour pouvoir assurer le train de vie de son épouse qui ne peut vivre qu'à Paris et sur un certain pied.

Un roman paysan d'un auteur assez oublié, mais qu'il serait peut-être intéressant de découvrir ou redécouvrir ne serait-ce que pour prendre connaissance du tableau qu'il brosse de la fin d'un certain type de société rurale et de rapports humains passant de la soumission à la révolte dans les années précédents la Première Guerre Mondiale. L'Eglise a perdu toute influence, c'est tout juste si sept ou huit femmes assistent encore à la messe du dimanche. Le dernier aristocrate est un jeune homme philanthrope, idéaliste et souffreteux qui mourra sans descendance. Les ouvriers prennent conscience que l'union fait la force. Le lecteur assiste à la montée en puissance du mouvement syndical, lequel n'apparut pas sans violence ni injustice. Un livre comme on n'en écrit plus. Une langue et un style impeccable bien qu'un peu alourdi par de nombreuses descriptions de paysages. Intéressant néanmoins pour qui s'intéresse à l'Histoire et à la sociologie.

3/5

Citations : « On veut vivre. C'est pas la fortune qu'on demande; c'est du pain, et, à condition de se priver de lard, un bout de ruban pour nos filles. »

« Des mots qu'on avait point entendu depuis un siècle montaient sous les taillis ou entre les haies. Quelques très vieux arbres avaient frémi, jadis, au passage de mots semblables. On disait : « Les intérêts communs des ouvriers... plus d'isolement... les individus sont faibles;... groupons-nous pour soutenir nos droits; … formons une caisse, nous abandonnerons chacun une part de nos salaires. » On disait : « L'avenir est au peuple. La démocratie va créer un monde nouveau... Le droit au pain, le droit à la retraite, le droit de partager... »

10.05.2012

Moscou, cour des miracles (Martin Cruz Smith)

moscou, cour des miracles.jpgMaya, 15 ans, jeune mère célibataire russe, part en train tenter sa chance à Moscou en emportant avec elle son nouveau-né caché dans un panier. Au moment d'aller aux toilettes, elle manque d'être violée par un militaire avinée et n'y échappe que grâce à l'intervention d'une certaine « Tante Léna » qui lui offre une tasse de thé pour la réconforter. Maya s'endort aussitôt et à son réveil, son bébé a disparu. Tante Léna également. Ainsi débutent les tribulations d'une gamine paumée qui bénéficiera de l'aide d'Arkady, un inspecteur mal noté et menacé de révocation, et de celle de Zhenya, un jeune prodige des échecs.

Plus qu'un thriller ou qu'un roman policier classique, Moscou, cour des miracles est plutôt une sorte de roman noir tant est glauque l'ambiance du quartier des Trois Gares à Moscou, lieu où se déroule la majeure partie de l'histoire. Toute une faune y a établi ses quartiers : trafiquants tadjiks, prostituées, souteneurs, bandes de gamins clochards toujours à l'affut d'un mauvais coup, voleurs à la tire, pickpockets, etc... Les personnages principaux, au premier rang desquels se trouve la pathétique Maya, sont tous attachants et bien campés. Le lecteur les suit pas à pas dans cette jungle urbaine, cet enfer post-communiste dans lequel tous les coups sont permis, même les plus tordus. Et c'est là, plus que dans une intrigue assez simple avec un happy end peu vraisemblable, que réside l'intérêt premier de ce livre. Cette description minutieuse d'une société russe dont nous n'avons ici qu'une très vague idée. Style fluide et agréable.

4/5

Citation : « Bien entendu, il y avait prostituées et prostituées. Les beautés exotiques des clubs sélects comme le Night Flight ou le Nijinsky demandaient 1000 dollars la nuit. Au bar de l'hôtel Savoy, c'était 750. Le room service de l'Hôtel national, 300. Une masseuse thaïe pour la nuit coûtait 150 dollars. Une fellation place Loubianka, 10. Aux Trois Gares, 5.Il était même étonnant que le capitaine n'ait pas ramassé la fille à la pelle. » 

09.05.2012

La fin de la Saga d'un petit homme... Mieux vaut en rire qu'en pleurer !

Saga d'Un Petit Homme Tome 2 Chapitre 28

08.05.2012

Le chat au Congo (Philippe Geluck)

le chat au congo.jpgTout le monde connaît le Chat, ce bon gros félin philosophe devenu célèbre par la grâce du crayon simplificateur de Philippe Geluck, le plus français des humoristes belges ou le plus belge des humoristes belges. Pourquoi ce titre « Le Chat au Congo » alors qu'il n'est nulle part question de voyage, d'Afrique et encore moins de Congo ? Sans doute faut-il y voir une fine allusion à «Tintin au Congo » et à ses récents déboires médiatiques. Une chose est sûre, le Chat ne sortira pas de chez lui. Pourquoi irait-il se fourvoyer dans un Congo belge qui n'existe plus et où le bon roi Léopold n'a même plus de capitale ? Humour belge à n'en pas douter.

Ce recueil est composé de toutes petites histoires ou sketchs qui tiennent en une, deux ou trois images. Et plus rarement sur une page. C'est drôle, étrange, décalé, un peu absurde et souvent assez surprenant. Notre Chat se pose un tas de questions sur toutes sortes de choses. Il a une façon de voir les réalités de la vie on ne peut plus particulière. Jeux de mots, calembours et blagues en tous genres ne manquent pas. C'est un vaste et désopilant fourre-tout qui ne manque pas de charme et qui mériterait d'être remboursé par la sécurité sociale.

4/5

Citations : « Imaginons un instant que je commande un autre muscadet... Et le garçon qui me l'apporte trébuche et fasse un écart sur la rue. Le chauffeur de la voiture qui passerait à ce moment donnerait un grand coup de volant pour l'éviter. A son tour, l'autocar qui suivrait à vive allure, en freinant, déraperait sur une tache d'huile et faucherait trois petits vieux qui attendraient le tram. L'autocar terminerait sa course dans la tranchée des ouvriers du gaz en arrachant la canalisation. Il y aurait une énorme explosion dans toute la rue et... Je vais plutôt commander un jus de tomate. »

« J'aime beaucoup mon cardiologue. Je vais à l'oeil chez mon ophtalmo. Ma dermatologue je l'ai dans la peau. Mon radiologue écoute RTL. J'ai une dent contre mon prothésiste. Je partage les goûts de mon stomatologue. Mon entérologue me fait chier. Je suis fou de mon psychiatre. »

« Saluons l'initiative de la banque nationale de Suisse qui fait désormais imprimer sur ses billets les consignes de lavage permettant ainsi d'obtenir un meilleur blanchissement de l'argent sale sans risque de faire rétrécir les billets. »

« On dit que lorsqu'une oeuvre de Mozart s'achève, le silence qui suit est encore du Mozart. Moi, c'est pareil, quand j'ai dit une connerie, le silence qui suit a l'air très con aussi. »

07.05.2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 4/1ère partie)

06.05.2012

Les amants du Saint Laurent (Alain Dubos)

les amants du saint laurent.jpgEn 1833, à Montréal comme dans tout le reste du Canada, les descendants des Français vivent sous le joug de l'Anglais depuis 1760. Ils sont traités comme des citoyens de seconde zone et subissent le favoritisme, la corruption, le déni de droit et même la spoliation pure et simple. La dernière révolte a été matée dans le sang. Lors d'un voyage à l'est du Saint Laurent, le jeune Frédéric Fonteneau, fils cadet d'un notaire et déjà clerc dans l'étude de son père, découvre la misère des paysans et les injustices qu'ils doivent subir. Il tombe amoureux de la belle Adeline Desrouets, fille d'un pauvre laboureur. Sa famille ne voit pas d'un bon oeil cette union qui ressemble à une mésalliance. Et les désaccords ne vont pas s'en tenir à cela. Adeline et Frédéric vont devoir prendre partie. Le rouleau compresseur de l'Histoire en marche épargnera-t-il les amants du Saint Laurent ?

Un roman sentimental et de terroir sur fond de trame historique qui ne laissera personne indifférent. Le mérite particulier d'Alain Dubos est surtout de nous faire découvrir une période de l'histoire des Canadiens français assez méconnue. La colonisation anglaise fut loin d'être un long fleuve tranquille. Elle ressembla plutôt à un injuste esclavage semé de révoltes et doublé de persécutions diverses et variées quand ce ne fut pas purement et simplement un nettoyage ethnique comme ce fut le cas pour les Acadiens déportés par bateaux entiers jusque dans les marais insalubres de Louisiane. Livre très agréable à lire et surtout très documenté (jusque dans les expressions si pittoresques du parler québécois !) Pas étonnant de la part d'un écrivain comme Alain Dubos, passionné par l'histoire et la culture des peuples francophones du Nouveau Monde. On lui doit également Acadie, terre promise, Retour en Acadie et La Plantation de Bois-Joli. Un livre à conseiller plus pour son volet Histoire que pour ses péripéties sentimentales.

4/5

Citations : « On ne peut guère concevoir nationalité plus dépourvue de tout ce qui peut vivifier et élever un peuple que les descendants des Français dans le Bas-Canada, du fait qu'ils ont gardé leur langue et leurs coutumes particulières. C'est un peuple sans histoire et sans littérature. » (John George Lambton, premier comte de Durham – 1839)

« Regarde là-bas. Des Loyaux, comme mon frère Julien. Ils t'écoutent, paraissent t'entendre, mais leur esprit est ailleurs, dans la compromission molle, la sujétion consentie. Ces faibles acceptent la défaite de Montcalm comme une fatalité. A quoi bon se révolter puisque personne, Français, Américain ou Chinois, ne viendra à leur secours ? Autant reconnaître la loi du vainqueur tout en y cherchant les failles par où se glisser, comme les rats le font entre les sacs de grain. »

«  Comment tolérer ça plus longtemps ? Comment continuer à vivre sous le joug, à voir tant d'énergie détournée et nos Canadiens réduits à mendier la liberté de vivre à leur guise sur leur terre ? Car c'est bien leur terre, n'est-ce pas, où gît leur ascendance, où palpite leur matrice. Cartier, Champlain, Talon, Frontenac ! Seigneur ! Que penseraient de nous ces hommes s'ils revenaient au monde ? »

04.05.2012

Le chant des adolescentes (Richard Millet)

le chant des adolescentes.jpg« Le chant des adolescentes » est une imposante galerie de portraits de 70 jeunes filles de 15 à 16 ans environ, croqués sur le vif et non sans un certain humour (amour) par leur professeur, le sieur Millet en personne. Cette collection pourrait ressembler de près ou de loin à un tableau de chasse de dragueur infantile, mais cela reste improbable dans la mesure où la différence d'âge et de position sociale font que les rapports ou tentatives de rapports restent toujours symboliques ou platoniques. Ces nymphettes, plus vraiment des enfants et pas encore des femmes, sont toutes jolies et, si elles ne le sont pas vraiment, ont toujours quelques parcelles de beauté parfaitement décrites en fort peu de mots (chaque portrait tient sur une ou deux pages maximum) par la grâce de l'incontestable talent littéraire de Millet.

L'ensemble est frais, sensuel et un tantinet équivoque. En effet, toutes ces lolitas cherchent par mille moyens à capter son attention, à mesurer leur potentiel de charme et de séduction en se servant du seul adulte qui soit à la fois à leur portée et qui ne risque pas de les entraîner trop loin, leur prof. Lequel subit une sorte de supplice de Tantale délicieux car la seule réponse qu'il peut leur apporter est forcément réduit à de petites privautés bien innocentes. Cet ensemble de descriptions d'une précision d'entomologiste aurait pu lasser à la longue, ne serait-ce que par la répétition. Il n'en est rien car toutes sont uniques, différentes et très bien campées. Bien entendu, un tel exercice de style, car il s'agit bien de cela, même mené avec la plus formidable maestria littéraire, reste néanmoins d'un intérêt assez limité.

4/5

02.05.2012

Le dépaysement (Jean-Christophe Bailly)

le dépaysement.jpg« Le dépaysement », sous-titré « Voyages en France », n'est en aucun cas un guide touristique ni même le récit du périple personnel d'un voyageur attaché à rencontrer lieux, monuments et habitants. Reste à définir ce qu'il est et là ce n'est pas si facile. L'auteur lui-même, semble ne pas trop savoir où il voulait en venir. Les lieux choisis arbitrairement sont pour la plupart improbables et assez peu « touristiques » : Culoz, Varennes, Barr, Salins, Font de Gaume ou Origny Saint Benoît. Mais pas uniquement, car l'auteur s'intéresse également à des sites classés et reconnus comme Fontainebleau, le Pont du Gard ou des villes aussi importantes que Bordeaux, Toulouse, Nîmes ou Paris. Mais s'il s'intéresse à ces lieux, c'est toujours pour les présenter par leurs côtés les plus insolites ou les plus improbables : une fabrique de filets et de pièges à Bordeaux, une passe à poisson à Toulouse, la cité universitaire de Paris, les jardins ouvriers de Saint-Etienne ou le familistère de Guise (un des chapitres les plus intéressants d'ailleurs). L'ennui c'est que l'ensemble donne une impression de complet fouillis. Un micro-évènement historique succède à une description géographique, à des considérations sur les Eduens, à une méditation sur la poésie de Rimbaud ou à une analyse des paysages peints par Courbet.

On ne contestera ni l'érudition ni le travail de recherche de l'auteur, respectable universitaire, mais on lui reprochera un style qui se veut élégant, précieux et ciselé et qui n'est malheureusement que pédant, tarabiscoté et amphigourique au point qu'il faille relire souvent deux fois certaines phrases pour vaguement comprendre la pensée de l'écrivain. « Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire en viennent aisément » ! Et là ce n'est pas le cas, d'où une impression d'ennui qui saisit très vite le lecteur. Et comme si cela ne suffisait pas, le texte est truffé de mots anglais non traduits (downtown, skyline, nextdoor et j'en passe) et de toutes sortes de vocables pompeux ou sophistiqués (certains sont d'ailleurs des néologismes particulièrement barbares) comme individuation, photonique, obituaire, délinéation, serlienne, prépanoptique, figural, muséal ou véridicité. Un jargon universitaire qui est loin d'être un plus. Ah ! Avec Bailly, comme on est loin des récits de voyage des grands de la littérature (Stendhal, Stevenson, Chateaubriand ou Nerval) et comme ce monsieur nous les fait regretter ! Un livre à éviter ne serait-ce que parce qu'il ne donne à personne l'envie de visiter notre beau pays.

1,5/5

30.04.2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 3 / 5ème partie)

28.04.2012

Les noces de soie (Jean-Paul Malaval)

les noces de soie.jpgAu printemps 1875, en Ardèche, Théodore Andromas est fou de joie car sa femme Mariette vient de mettre au monde Silvius, son premier fils. Le couple avait déjà eu deux filles, Pauline et Eugénie. Il s'imagine que leur magnanerie a son avenir assuré grâce à la venue de cet héritier qui pourra reprendre son bien. Son ami, Barthélémy Sitbon, vigneron, venu pour le féliciter est assez mal reçu. En effet, une vieille rancune reste tenace entre les Andromas, protestants, et les Sitbon, catholiques. Elle remonte à fort loin, au temps des persécutions, des Camisards etc... Tout devrait se présenter sous les meilleures augures et pourtant rien ne va se passer comme il faudrait. Mariette, qui a été engrossée contre sa volonté, commence par se refuser à son mari. Et ce n'est que le tout début d'une longue suite d'incidents et de catastrophes.

Ce roman de terroir qui se déroule dans le milieu des éleveurs de vers à soie lance le premier épisode d'une saga familiale très représentative du monde paysan de cette époque. En effet, l'éditeur annonce une suite, « La villa des térébinthes », pour août prochain. Ce premier tome est déjà très prometteur. Les personnages sont bien campés : un paterfamilias dur, égoïste et dont on découvre toutes les turpitudes au fil de l'histoire, une mère Courage, une tante et une fille broyées par les évènements et une autre fille et un fils qui trouvent leur salut dans la fuite hors du « cocon » familial. L'intrigue est rondement menée et le style impeccable. Tout est soigneusement décrit et minutieusement étudié jusque dans les plus infimes détails techniques. Le lecteur apprendra donc énormément de choses sur culture des vers à soie et également sur le monde impitoyable des soyeux lyonnais. Un excellent ouvrage à conseiller aux amateurs du genre.

26.04.2012

L'abîme (Dickens & Collins)

L'abîme.jpgElevé dans l'orphelinat des « Enfants trouvés » jusqu'à l'âge de onze ans, le jeune Walter Wilding pense avoir ensuite été repris par sa mère qui, lorsqu'il atteignit l'âge adulte, l'a lancée dans la vie en lui confiant ses parts dans un négoce de vins et spiritueux. Plein d'idées philanthropiques, altruistes et paternalistes, Walter engage une gouvernante, Madame Goldstraw, ancienne employée de l'orphelinat, qui lui apprend qu'il s'est produit un échange d'enfants au moment de la récupération par les parents. Il se sent donc dans la peau d'un usurpateur qui a pris la place d'un autre et l'a même spolié de son héritage car il jouit du petit patrimoine de sa mère décédée. Il n'aura de cesse de retrouver le véritable Wilding et mourra avant que ses recherches n'aboutissent. L'affaire en serait restée là, si son associé, George Vendale, n'était tombé amoureux de la belle Marguerite, nièce sous tutelle d'un certain Obenreizer, négociant helvétique peu scrupuleux.

Un roman assez bizarre et assez difficilement classable car il oscille entre le roman social type « David Copperfield » (principalement dans la première partie où l'on reconnaît bien patte de Dickens, son style et ses thèmes habituels), le roman sentimental avec cette amourette très fleur bleue de George et Marguerite et le roman policier mal fagoté. L'ensemble semble donc à la fois fouillis, ennuyeux et disparate. L'intrigue est souvent invraisemblable et s'emboîte assez mal avec la première partie. Il faut préciser que ce roman a été écrit à quatre mains et qu'on a vraiment l'impression que chacun a tiré à hue et à dia et non travaillé en synergie. Le résultat, écrit dans un style vieillot et selon des codes archaïques, ne peut en aucun cas être classé dans les chefs d'oeuvres éternels. Comme quoi, même de grands auteurs peuvent parfois produire des titres de qualité très inférieure.

2,5/5

24.04.2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 3 / 4ème partie)

22.04.2012

Cet été-là (Véronique Olmi)

cet été-là.jpgComme chaque été depuis seize ans, trois couples d'amis passent ensemble le week-end du 14 juillet, au bord de la mer, à Coutainville (Cotentin) dans la maison des plus aisés d'entre eux, Denis, PDG et sa femme Delphine, un couple bien proche de la séparation mais qui fait tout pour donner le change. Les invités sont Nicolas et Marie, intermittente du spectacle en fin de droits, Lola, grand reporter dans la quarantaine, très instable sentimentalement, et son nouveau compagnon Samuel qui met beaucoup de bonne volonté à se faire admettre dans la tribu ce qui semble être le meilleur moyen pour en être exclu. Tout ce petit monde passe agréablement son temps entre baignade, bronzette, tennis, badminton, cheval et voile... Jusqu'à ce que Jeanne, la fille de Delphine et Denis, et son amie Rose rencontrent sur la plage Dimitri, un jeune de 20 ans un peu bizarre.

Ce roman intimiste est une sorte de chronique familiale concentrée dans une unité de temps restreint (les trois jours d'un week-end où les passions s'exaspèrent et où les amours à différents stades de leurs évolutions se délitent) et dans une unité de lieu (le huis clos de cette maison de famille fière de son grand pin centenaire menacé de mort par un parasite, tout un symbole). Les personnages sont intéressants et emblématiques de la classe des bobos privilégiés. Dommage que l'intrigue soit aussi banale. La petite énigme représentée par Dimitri ne sauve pas l'histoire. Ce livre reste néanmoins intéressant ne serait-ce que par la fluidité d'un style agréable et surtout par la finesse et l'intelligence des analyses psychologiques. De quoi passer un bon moment de détente sans en demander plus.

3,5/5

 

Citations : « Et Lola l'avait choisi pur se débarrasser de ce fardeau encombrant qu'elle se traînait depuis plus de seize ans : sa virginité. Il s'appelait Eric, venait d'une famille de communistes qui se disaient intellectuels, parce que communistes, et qui militaient dans leur salon avec d'autres gens instruits de tout, sauf de la réalité. (Ils avaient fêté le vingtième anniversaire du Printemps de Prague, en buvant du champagne, toujours dans leur salon.) »

« Elle sut qu'il avait raison : ce qu'elle avait à lui dire était déplacé ici, et maintenant. Alors pour ne pas perdre la face elle lui demanda simplement de l'argent. »

« Elle enviait Delphine : les hommes se retournaient encore sur son passage, et là sur la digue, leurs regards ne lui échappaient pas, ils disaient qu'elle était une femme qu'on avait envie d'aborder, une femme à qui on ne demanderait pas plus que ce qu'elle pouvait donner, et qu'on se contenterait de peu. »

20.04.2012

Le sillage de l'oubli (Bruce Machart)

Le sillage de l'oubli.jpgA Lavaca County (Texas) en 1895, Vaclav Skala, propriétaire terrien d'origine tchèque, perd la seule femme qu'il ait jamais aimée alors qu'elle met au monde Karel, leur quatrième fils. A partir de ce moment, pour Vaclav rien ne comptera plus que ses chevaux de courses qui vont lui permettre d'agrandir son domaine au fil des paris et des victoires remportées par Karel qui est un excellent cavalier. Mais tout va basculer quand Villasenor, un riche éleveur d'origine mexicaine, propose un nouveau pari qui engage tout l'avenir des quatre frère. Cette course décisive, Karel ne va pas la gagner. Il sera même battu par la fille de Villasenor...

Un premier roman relativement réussi, mais pas au point de mériter les dithyrambiques éloges de la quatrième de couverture : « épopée mythique et hypnotique », « écriture vertigineuse », « Le Sillage de l'oubli a valu à son auteur d'être comparé à Faulkner » et « des accents de Cormac MacCarthy ». Pour ce dernier, les accents n'ont rien à voir avec ceux de la période « La route », mais peut-être avec la période « Suttree », c'est à dire quand le maître écrivait encore avec une plume de plomb. Voir du Faulkner chez Machart est totalement controuvé, car à part la période décrite et les personnages de paysans américains, les deux auteurs n'ont pas grand chose d'autre en commun. « L'écriture vertigineuse » semble en réalité plutôt lourde et ennuyeuse car manquant de rythme. Se prenant pour un entomologiste, l'auteur s'évertue à décrire de nombreuses scènes sans intérêt et se perd dans un tas de détails inutiles, ce qui donne un style pompeux et vieillot à ce livre. « Epopée » est un bien grand mot pour cette histoire. Nous avons plutôt affaire à une saga familiale assez calamiteuse racontée de façon non chronologique avec d'incessants retours en arrière et des progressions en zigzag dans le temps qui n'aident guère à la compréhension. On apprend néanmoins pas mal de choses sur l'élevage des chevaux et en particulier sur leur castration qui est contée deux fois et dans tous les détails. Espérons que Machart, à l'instar de Cormac McCarthy, saura, dans ses prochains ouvrages, épurer son style et aller à l'essentiel. Là on pourra crier au génie...

3/5

Citations : « Et donc, quand cette fille – Graciela – s'avance vers Karel sous la faible lumière flottant dans l'écurie, déboutonne son chemisier et étend une couverture de selle sur des balles de foin, il est frappé, comme le sont souvent les jeunes hommes lors du moment de grâce qui les met pour la première fois en présence du miracle délicatement révélé d'un corps de femme, par sa propre gaucherie, par l'inexactitude et l'insuffisance de ce que lui avait suggéré sa faible imagination adolescente."

18.04.2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 3 / 3ème partie)

17.04.2012

Au coeur des forêts (Christian Signol)

au coeur des forêts.jpgA Servières, sur le haut plateau au-dessus de Tulle, Bastien Fromenteil, exploitant forestier vit seul depuis qu'il a perdu son épouse Louise. Pour rien au monde il ne quitterait ses bois. Son père Aristide lui a appris dès son plus jeune âge que les arbres vivent, parlent et rêvent. Un jour, sa petite fille Charlotte gravement atteinte d'une tumeur cancéreuse vient se réfugier auprès de lui, espérant se remettre plus vite au grand air. Nous sommes un peu plus d'un an après la grande tempête de 1999 qui fit tant de dégâts dans les forêts françaises. Il y a tant d'arbres abattus que le bois ne vaut plus rien et que les bucherons croulent sous le travail. Bastien est persuadé que Charlotte va pouvoir guérir s'il se bat à ses côtés et s'il lui fait partager tous ses secrets. Et ils sont nombreux car la vie n'a pas toujours été facile pour cette famille isolée au milieu des bois.

Un poétique roman de terroir dans lequel les arbres ont autant d'importance que tous les personnages de la famille Fromenteil qui se retrouva prise dans la tourmente de la Seconde Guerre Mondiale, puis qui vécut un drame familial, la disparition inexpliquée de la soeur de Bastien dans les années 60. Dans ce livre plus intéressant par son contexte que par son intrigue, le lecteur apprendra beaucoup sur l'exploitation forestière ancienne et moderne, les dangers d'un métier difficile, ingrat et peu rémunérateur (il faut 350 hectares de bois pour en vivre...) et l'importance des nouvelles machines comme le Timber Jack, cet engin canadien qui ébranche, écorce, coupe et transporte les troncs en deux temps trois mouvements. Il suivra le combat de Charlotte contre son cancer et découvrira par pans non chronologiques assortis de nombreux retours en arrière l'histoire d'un famille sur trois générations. Le style de Christian Signol est solide et agréable et ne manque pas d'un certain lyrisme.

3,5/5

Citations : « Nous écouterons notre père nous expliquer pourquoi les arbres, dans l'immensité de leur coeur, rêvent d'atteindre le ciel : c'est pour mieux nous hisser vers lui, nous les hommes, si petits, si perdus, si étrangers aux secrets merveilleux de nos vies. »

« Regarde bien les arbres. Ils savent, comme nous, qu'ils doivent mourir un jour, mais ils ne pensent qu'à une chose : grandir, monter le plus haut possible. »

15.04.2012

Nuit noire, étoiles mortes (Stephen King)

nuit noire, étoiles mortes.jpgDans les années 20, la femme d'un pauvre fermier du Middle West envisage de vendre une terre lui appartenant personnellement pour aller s'établir en ville. Ne parvenant pas à la raisonner, le fermier qui refuse de partir en ville, n'a plus qu'une solution : l'assassiner avec la complicité de son fils... Une femme, écrivain de romans policiers pour vieilles dames est invitée pour une conférence. Sur le chemin du retour, un pneu de sa voiture crève. Un conducteur s'arrête et propose de l'aider. Il en profite pour la violer et pour la laisser pour morte dans une conduite d'égoût... Un homme atteint du cancer n'a plus que quelques mois à vivre quand il rencontre un étrange marchand qui lui propose « une extension de vie » en échange d'une commission de 15% sur tous ses revenus... Après 27 années de vie conjugale réussie, une femme fait une découverte bouleversante en fouillant dans les affaires de son mari : les papiers d'identité soigneusement cachés d'une femme assassinée...

« Nuit noire, étoiles mortes » est un recueil de quatre nouvelles (dont deux novellas, véritables petits romans) tournant autour du fantastique au quotidien, style dans lequel l'ami Stephen King est passé maître depuis fort longtemps. L'auteur part d'un fait assez anodin ou d'une rupture dans le déroulement normal d'une existence et pousse au paroxysme les conséquences d'une suite de catastrophes s'enchaînant en cascade. Comme souvent dans ce genre de recueil, si tous les textes sont bons, bien écrits et forts intéressants, l'un est nettement supérieur aux autres, « 1922 », de loin le plus réussi car à la fois le plus étrange, le plus fantastique et le plus monstrueusement gore des quatre. Un très bon cru de King !

4,5/5

Citations : « Ma spécialité, ce sont les extensions, un produit typiquement américain. J'ai vendu des extensions d'amour, qu'on appelle aussi potions, aux âmes en peine, des extensions d'emprunt aux fauchés comme les blés – il n'en manque pas dans l'économie actuelle-, des extensions de temps à ceux qu'une échéance quelconque pressurait, et même une fois une extension oculaire à un type qui voulait devenir pilote de l'US Air Force et savait qu'il ne réussirait jamais le test de vision. »

13.04.2012

Itinéraire bis (Pépito Matéo)

Itinéraire bis 2.jpegTrès vaguement inspirée des Mille et une nuits, l'histoire commence par « Il était une fois un Sultan... » qui doit punir un voleur en lui faisant couper la tête par son bourreau. Au moment où la hache va trancher son cou, le condamné déclare qu'il a un secret à faire connaître au Sultan. Et il sauve une première fois sa tête par la magie d'un mot. En une nuit, une graine, si elle est plantée par une main innocente, peut donner un arbre et tous ses fruits. Le Sultan fait donc planter une graine de coing, mais, au matin, pas plus d'arbre que de fruit. Comment le voleur pourra-t-il s'en tirer cette fois ?

Dans un registre plus proche du conte classique, Matéo brode sur la magie, le fantastique et même sur les univers parallèles et les destins qui s'entrecroisent. Il use et abuse des digressions, des retours en arrière et autres histoires croisées selon le principe de l'escalier ou du coq à l'âne. Ainsi libère-t-il l'imaginaire, la poésie et promène-t-il le lecteur et surtout le spectateur car « Itinéraire bis » ainsi que l'amusant court sketch « Le trou de mémoire, histoire en rappel », ajouté en bonus en fin d'ouvrage, sont des textes destinés à être joués sur scène. C'est frais, amusant, baroque et un peu absurde. Ca se situe quelque part entre Ionesco et Raymond Devos. Un vrai régal !

4,5/5

 

Citation : « Non, il faudrait un monde, où chacun aurait les moyens... Mais il faudrait quand même un juste milieu et il faudrait se donner les moyens d'éliminer les gens du milieu, un peu sur les bords, mais sans faire l'amalgame avec le centre... Enfin, faudrait pas faire les choses à moitié... je veux dire un monde parfait, un monde... (…) Oh, c'est chiant le paradis !

12.04.2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 3 / 2ème partie)

11.04.2012

Survie (Pépito Matéo)

Survie.jpegPépito, le conteur, a bien des soucis avec ses personnages. Roger-Roger, par exemple, collectionne les trains miniatures et transforme son séjour en gare de triage. Félicien, tête de chien comme on l'appelle, vit tout seul dans un immeuble abandonné jusqu'au jour où une famille africaine venue squatter l'adopte. Rémi et Colette montent une boutique de frites sur le bord de la RN12. Et le commissaire à la cour des contes est toujours en quête de cadavres exquis. Avec tout ce petit monde qui apparaît puis disparaît sans crier gare, il a bien de la peine à inventer une histoire qui tiennent à peu près la route...

Une amusante pièce de théâtre en un acte et pour un seul acteur, lequel interprète tous les rôles, qui est un véritable petit bijou d'intelligence et d'humour. Pépito Matéo possède un style inimitable. Il jongle avec les mots, les expressions, les allusions. Il arrive à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. C'est drôle, absurde, délirant mais également léger et poétique. A déguster sans modération. Déjà excellent à lire, c'est encore mieux quand c'est joué sur scène par l'auteur lui-même !

5/5

 

Citation : « C'est ainsi qu'elle apprend la terrible nouvelle : l'auteur du feuilleton s'est donné la mort. Il a avalé trois stylos-plumes, son fax et une photocopieuse de marque ancienne. Conclusion intestinale : elle ne connaîtra jamais la suite du feuilleton. »

« Et de cette nuit-là sont nées les histoires. Des histoires en pagaille que la Terre nourrissait de ses rêves. Au début, c'était bien. Ils faisaient bon ménage, la Terre avait bon fond, au fond. Le Monde lui, cultivait son petit jardin secret, et la Terre lui apprenait tous ses mystères... Mais au bout d'un moment, le Monde a commencé à avoir la bougeotte.

Il a voulu vivre sa vie...

Il s'est mis à sortir dans les cavernes, à boire, à se battre, et, à jouer au 421. Ce qui fait que, quand il rentrait au petit matin ( dans la forêt de Brocéliande), il faisait les yeux doux à la Lune... »

(…) Je me suis dit : bon, cette histoire, je peux peut-être lui donner sa chance, après tout. Seulement, elle manquait de fond, et moi je n'avais pas la forme...

Alors j'ai essayé de remanier la forme... mais...

J'avais plus de fond. Je suis parti à la dérive... prêt à toucher le fond.

(J'étais prêt à jeter l'encre.)

09.04.2012

Les opinions de M. Jérôme Coignard (Anatole France)

Les opinions de M.Jérôme Coignard.jpgAncien professeur d'éloquence, ancien bibliothécaire d'un évêque, ex-écrivain public et simple précepteur du jeune Jacques Tournebroche, fils d'un rôtisseur, l'abbé Jérôme Coignard est une sorte d'érudit, de philosophe et de penseur populaire qui aime à faire partager ses idées au cercle d'amis qu'il retrouve à la taverne ou dans la librairie d'un certain Blaizot, sise rue St Jacques à Paris. Ainsi doit-il trancher de toutes sortes de questions comme celles-ci : une dévote doit-elle faire jeûner son chien pendant le carême ? La nature est-elle athée ? Une jolie servante peut-elle user de ses charmes pour faire libérer un voleur ? Un échevin a-t-il raison de proposer une pompe à incendie à une école construite en bois et qui risque de brûler ? Quelle est l'utilité du service militaire ? Comment fonctionne la justice ? Etc...

Ce Jérôme Coignard, sympathique homme de sagesse et de bon sens, qui se situe quelque part entre Diogène et Socrate, disserte sur tout et n'importe quoi. Ses avis sont tranchés, parfois paradoxaux, mais toujours intéressants et pragmatiques. Le lecteur devine qu'Anatole France a beaucoup mis de lui-même dans ce personnage. C'est brillant et souvent décoiffant. Les institutions, politiques, religieuses, judiciaires et militaires en ressortent joliment étrillées par ce pacifiste, anticlérical et plus ou moins anarchiste qui devait être très en avance sur son temps. Mis à part le contexte historique, ce texte classique n'a guère vieilli. Il surprend même par le modernisme d'idées qui semblent intemporelles. A ne pas oublier.

4/5

Citations : « Dans une démocratie, disait Monsieur l'abbé Coignard, le peuple est soumis à sa volonté, ce qui est un dur esclavage (…) car la volonté commune ne se trouve que peu ou point dans chaque personne, qui pourtant en subit la contrainte toute entière. Et le suffrage universel n'est qu'un attrape-nigaud, comme la colombe qui apporta le Saint Chrême dans son bec. »

« Je crains un empire dans sa première verdeur. Je crains l'âpre nouveauté d'une république. Et, puisqu'il faut être mal gouverné, je préfère des princes et des ministres chez qui les premières ardeurs sont tombées. »

« Le monarque apporte à ses sujets deux présents funestes, la guerre et la dîme. »

« Le service militaire me paraît la plus effroyable peste des nations policées. »

« Les hommes se font tuer volontiers pour des mots. »

« On est rebelle quand on est vaincu. Les victorieux ne sont jamais rebelles. »

« Le serpent de la Genèse est le plus antique des philosophes et leur prince éternel. »

07.04.2012

Le géant Yéous (George Sand)

le géant yéous.jpgDans les Pyrénées, le berger Miquelon possède une rencluse, c'est à dire une petite propriété d'altitude qui lui permet de faire paître son troupeau pendant les mois d'été. Un jour, un énorme bloc de pierre, personnalisé sous le nom de « Géant Yéous », s'abat sur la maison, détruisant tout sous un terrible éboulement. Miquelon en réchappe de justesse avec un bras mal ressoudé et une jambe en moins. Ayant tout perdu, il n'a plus d'autre solution pour survivre que de partir mendier sur les routes avec sa femme, son fils Miquel et ses filles. A sa mort, Miquel veut reprendre le flambeau et remettre en état la propriété familiale. Sa ténacité et son courage viendront-ils à bout de l'obstination du géant de pierre ?

Une histoire du terroir montagnard en forme de conte moral illustrant le proverbe « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage » avec un arrière-plan quasi fantastique dans la mesure où le géant réapparaît la nuit et parvient même à se reconstituer en dépit de tout ce que lui inflige Miquel. C'est bien écrit, encore agréable à lire et plein de fraîcheur. Ce classique écrit pour un public jeune n'a presque pas vieilli. Il reste une belle ode à l'humble travail des montagnards et à la beauté pleine de rudesse des sommets.

4/5

06.04.2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 3 / 1ère partie)